‹ Du délire des sensationsChapitre 2 sur 70 · VICTOR COUSIN · texte numérisé non relu

VICTOR COUSIN

EX-MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, GRAND-MAÎTRE DE L*UNI- YERSITÉ ; PAIR DE FRANCE , MEMBRE DU CONSEIL ROYAL DE L*IN- STRUCTION PUBLIQUE, PROFESSEUR D'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE A LA FACULTÉ DES LETTRES, MEMBRE DE L'aCADÉMIE FRANÇAISE, MEMBRE DE L'aCADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES , COMMANDEUR DE L*ORDRE ROYAL DE LA LÉGION-D'hONNEUR.

Monsieur ,

Fille légitime de la philosophie, la médecine devait choisir sa mère pour modèle et pour guide ; à tous les âges et chez tous les peuples civilisés, les systèmes de Tune reflètent avec fidélité les systèmes de l'autre.

En Grèce , dans l'école de Cnide, la première par ordre de date, apparaît Torganicisme, qui correspond au sensualisme. Dans l'école de Cos,dontHippocratese borne à poser les principes, mais dont ses deux fils et son gendre, Thessalus, Dracon, Polybe tirent les conséquences en faisant des emprunts considérables aux théories de Pythagore et de Platon, règne le vitalisme, qui correspond à l'idéalisme. L'empirisme de Philinus et de Sérapion est inspiré par le scepticisme pyrrhonien. La médecine occulte et miraculeuse de la secte des Esséniens dérive des doctrines tbéosophiques importées à Alexandrie de la Perse, de la Chaldée et de plusieurs autres contrées de l'Orient.

Chez les Romains, Asclépiade de Bythinie élève un système avec les idées de Démocrite et d'Epicure. Le vitalisme reparait dans l'école méthodique fondée par Thémison. Une secte, dont Marcellus est un des derniers représentants dans le monde antique, introduit en médecine le scepticisme d'Aenésidème et de Sextus; Apollonius de Thyane y importe le mysticisme de PIotin, de Porphyre et de Jamblique.

A la fin de la civilisation arabe et du règne de la scholastique, au xvi« siècle, quand le dogmatisme médical, si longtemps opprimé, recouvre l'originalité avec l'indépendance, les théories de Ferneî penchent vers le matérialisme, et celles d'Amatus Lusitanus vers l'idéalisme,

Forestus et Félix Plater tendent visiblement à Tempi-

risme. Le néo-plaionisnie de Marcile Ficin sert de base aux systèmes de Paracelse et de Van Helmont.

Au xvii^ siècle et durant le cours du xvm®, le sensualisme renait dans les écoles iatro-chimique et iatro-mathématique^ dont Sylviusde Leboë etBorelli sont les fondateurs , et Thomas Willis , Boerhaave , Frédéric Hoffmann les expressions les plus vives et les plus complètes. Le spiritualisme de Descartes brille de tout son éclat dans les doctrines de Stahl, de Gaubius, de Barthez. Sydenham etPringle arborent la bannière de l'empirisme ; Mesmer et Samuel Hahnemann sont les porte- drapeaux du mysticisme.

L'école, Monsieur, dont vous êtes le chef en philosophie, a produit en médecine une école qui marche exactement sur vos traces. La conciliation si parfaite et si lumineuse que vous avez opérée entre le sensualisme, l'idéalisme, le scepticisme et le mysticisme, elle s'efforce de l'introduire parmi nos systèmes correspondants : \ organicisme ^ le vitalismej Y empirisme et le thaumaturgiatrisme^ systèmes qui se succèdent d'une manière constante dans l'ordre de ceux dont vous avez si admirablement créé l'histoire.

Le sentiment de la reconnaissance imposait donc un devoir à ï éclectisme médical ; il lui prescrivait l'obligation de rendre un hommage public au philosophe illus-

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Ire et au grand écrivain dont les Iravanx ont suscité les

siens.

Partisan zélé de ce système conciliateur, appréciant de plus en plus sa sagesse, rendant justice chaque jour davantage à sa prudence, le regardant comme un port de salut, comme l'unique moyen de mettre un terme à des luttes stériles et infatigables, c'est une dette que j'acquitte aujourd'hui. Monsieur, pour ma part, en vous priant d'agréer la dédicace de ce livre, malgré les nombreuses imperfections qu'il présente, et tout indigne qu'il soit d'être placé sous le patronage d'un nom aussi grand et aussi célèbre que le vôtre.

J'ai l'honneur d'être, avec une haute considération,

Monsieur,

Votre dévoué serviteur,

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