ILLUSIONS DE LA VUE RELATIVES A LA DIMENSION
Les objets peuvent paraître plus petits qu'ils ne sont en réalité. Abraham Vater rapporte trois faits concernant cette erreur (1). Marcel Donat parle, suivant Barthohn (2), d'une hystérique qui voyait les corps raccourcis de moitié.
Sauvages prétend que ce phénomène peut tenir à un état de rétrécissement de la pupille. Cette hypothèse est en contradition flagrante avec les faits, car non-seulement les auteurs ne signalent pas ce symptôme parmi ceux du myosis, mais ils le rangent au nombre des caractères propres à l'état opposé de la pupille, c'est-à-dire à sa dilatation, au mydriasis (3).
Scheid l'explique d'une autre manière. Il lui donne pour cause l'aplatissement du cristallin, déterminé par l'augmentation de l'humeur aqueuse (4).
Il est une seconde variété de cette espèce d'illusion : elle consiste à voir les objets au dessus de leur grandeur naturelle. Cette erreur avait lieu, conjointement avec d'autres, chez une femme dont j'ai déjà parlé : une mouche lui semblait avoir le volume d'une poule, et celle-ci la dimension d'un bœuf (5).
(1) Dissert, de vîsus vîtiis, 1723, Yittemb.
(2) De luce animal.,^, 41.
(3) Orihase, Synopsis j lib. viii, cap. xliv. — Aetius, Tetr,, lib. II, serin, ii, cap. lu. — Paul d'Egine, De re medicd, lib. m, cap. XXII. — Demours fils, Ouvr.-cit., tom. i, p. 439.
(4) F^isus 'vitiaius, sect. ii, § 17.
(5) Journal de médecine, novembre 1760.
ANALYSE ET THÉORIE DE LILLISIOK SENSOIUALE. \Â\
JohnHunter (l) et M. Blaud (2) citent des faits analogues.
Ce mode d'illusion peut être produit par la trop grande convexité de la cornée, car lorsqu'un myope regarde de loin une chandelle allumée, par exemple, la flamme lui en paraît beaucoup plus grande qu'elle n'est en réalité.
Mais s'il est des cas où les deux variétés d'illusions dont il s'agit sont sous la dépendance exclusive des lois de la dioptrique, il en est d'autres qui leur échappent tout à fait.
Une jeune aliénée de la Salpétrière, dont j'ai recueilli l'observation dans la division Rambuteau, apercevait parfois, dans un même quart d'heure, M. Falret avec la taille d'un géant, puis ensuite avec celle d'un nain.
Une autre folle, que je vois habituellement dans un établissement particulier, m'aperçoit par moments, si grand, que ma tête touche à un plafond très-élevé, et en même temps celle-ci lui semble du volume d'une pomme; toutes illusions qui font beaucoup rire cette malade.
Il est bien évident, dans ces deux cas, que la réfringence de la lumière à travers les milieux de l'œil ne joue aucun rôle capital, c'est-à-dire que la nature du phénomène est entièrement psychologique.
Les illusions du tact externe sont relatives aux perceptions de température j de mouvement, de pesanteur et d'état des surfaces.