‹ Du délire des sensationsChapitre 43 sur 70 · ILLUSIONS DU TACT INTERNE RELATIVES A LA PESANTEUR · texte numérisé non relu

ILLUSIONS DU TACT INTERNE RELATIVES A LA PESANTEUR

Ce qui distingue cette illusion, ce vertige du tact, comme l'appelle Sauvages, du vertige de la vue, c'est qu'il peut se manifester malgré l'occlusion des paupières, tandis qu'il n'en est pas de même pour celui-ci.

Notre corps dont, à l'état normal, nous ne devons pas sentir le poids, ou plutôt qui doit nous paraître d'une pesanteur

(1) Menu surlesillus, des sens {Archis^. </d A«ef/(?c., janv, 1833, page 22).

(2) Actes de Copenhague^ 1678.

/|44 DU DÉLIRE DES SEiNSATIONS.

déterminée, offre quelquefois sous ce rapport plusieurs modifications singulières.

Une hypochondriaque, sur lessymptômes de laquelle je mo suis fort étendu dans un autre ouvrage (1), sentait parfois sa tête d*une si grande légèreté, qu'elle la comparait à la légèreté d'une plume ; et dans d'autres moments, elle lui semblait pesante comme un volume égal de plomb.

« J'ai vu des vaporeux, dit Cabanis, qui se trouvaient si légers, qu'ils craignaient d'être emportés par le moindre vent (2).

Sauvages rapporte le cas d'une femme qui sentait sa tête détachée du tronc, et son corps comme suspendu en l'air (3).

« Il me sembloit, dit sainte Thérèse (4), lorsqu'ils m'arrivoient (les ravissements), que mon corps ne pesait plus rien : et quelquefois je le sentois si léger, que mes pieds ne me pa-

raissoient plus toucher terre Je me sentois

enlever l'âme et la tête ensuite, sans que je pusse l'empescher, et quelquefois tout mon corps, en sorte qu'il ne touchait plus à la terre. Une chose si extraordinaire et qui ne m'est arrivée que rarement, advint une fois, entre autres, lorsque j'étois à genoux dans le chœur, avec toutes les religieuses, et prête à communier une autre fois,

durant un sermon qui se faisoit le jour de la fête de notre patron, et où il y avoit plusieurs dames de qualité. Commençant à sentir que la chose alloit m'arriver, je me jettai

(1) Voir mon Traité pratique ^ dogmatique et critique de Vhy'pochondriej p . 33.

(2) Rapports du physique et du moraly édit. du docteur Cerise, p. 120.

(3) Ouvr. cit. y tom. vu, p. 76.

(4) Ouvr. cit., cliap. xx, p. 109 et 115.

ANALYSE ET THEORIE DE LILLUSIOiN SENSORIALE. ^45

par terre. Dans la résistance que je faisois pour m'empescher d'être ainsi enlevée de terre, je sentois sous mes pieds quel' que chose qui me poussoit avec tant de violence, que je ne saurois à quoi la comparer. »

Saint Philippe de Néri se sentait aussi quelquefois élevé en Kair, malgré lui, presque jusqu'au plafond de sa chambre (1).

«» Nous avons connu, assure Dom-Calmet (2), un bon religieux, qui s'élève quelquefois de terre, et demeure suspendu sans le vouloir, sans y tâcher, et cela à l'occasion d'une image de dévotion qu'il voit, ou de quelque oraison dévote qu^il entend, comme du Gloria in excelsis Deo. Je connais une religieuse à qui il est souvent arrivé, malgré elle, de se voir ainsi élevée en l'air à un certaine distance de la terre ; ce n'était ni par son choix, ni par l'en vie de se distinguer, puisqu'elle en avait une véritable confusion. »

Page 1