PROPORTION DANS LA MONOMANIE
Sur 2 cas de monomanie gale ou d^aménomattie, 2 fois.
Sans attacher à ces chiffres plus d'importance qu'ils n'en méritent, et sans nous arrêter à la signification de chacun d'eux, dans les divers cas, faisons remarquer qu'ils tendent à faire envisager l'hallucination comme un symptôme constant du delirium tremens, symptôme dont Friederich (1) a signalé déjà toute la valeur dans cette sorte de vésanie.
Après le delirium tremens, l'espèce de monomanie où l'hallucination se rencontre îe plus fréquemment, abstraction faite de Térotomanie, de Taménomanie et de la monomanie religieuse simple, dont le chiffre est trop faible pour entrer ici en ligne de compte, c'est la lypémanie religieuse, supertitieuse ou la démonomanie. Quand on parcourt les ouvrages de Bodin, dé Boguet, de Del Rio, de Delancre, etc., qui traitent de ces variétés du délire partiel triste, variétés si répandues en France, à la fin du xvi^ siècle et au commencement du xvii% on y voit pareillement dominer léâ hallucinations.
« Il y a une femme au Ménil, madame Rosse, près Dammârtin, laquelle commença dès rage de huit ans d'être liée du malin esprit qui l'attachait quelquefois à un arbre, tantôt au pied du lit, tantôt à la crèche de l'étable, etc., etc. Le médecin Hotillier, qui la vit, dit au commencement que c'était une maladie mélancolique. Personne ne voyait rien hormis la fille qui voyait un nuage hlanc, quand l'esprit malin la venait lier (2). »
Jeanne Bonnet de Boissy, condamnée et brûlée le 13 janvier 1583, avait aperçu le diable pour la première fois, un jour, à l'heure de midi. Depuis lors Satan se manifestait corporellement à elle la nuit comme le jour. Il l'engageait à se
fl) ffandbuch, p. 298* •«* Allgemeine diagn&stik^ p. 95. (2) Bodin, Démonomanie^ liv. ii, p. 84.
2C)^l DU DKURF. DES SENSATIONS.
livrer à lui, il lui donnait des poudres afin de les répandre ça et là-, quelquefois il lui parlait très brutalement, et quand elle ne se hâtait pas de lui obéir, il la poussait rudement (1).
Le diable, sous la forme d'un être humain de haute stature, ayant barbe et vêtements noirs, apparaissait souvent à une autre sorcière, Antide Colas, qui fut brûlée à Dole, le 20 février li>99. Cette folle ayant été arrêtée et enfermée au château de Bétoncourt, il lui conseilla de se jeter sur le sol du haut d'une fenêtre; puis il coucha avec elle, et comme elle résistait à ses désirs, il la piqua au côté gauche et au bras droit. Une autre fois, Antide Colas l'entendit qui lui disait qu'elle déshonorait ses parents, qu'elle ferait mieux de mourir d'une autre mort etc., etc. Un jour de Pâques, au moment où elle communiait, elle ouït sa voix qui lui commandait de ne point avaler l'hostie (2).
Rolande Du Yernois, brûlée le 7 septembre 1600, confessait avoir reçu la visite de Satan sous la forme d'un chat noir, dans un endroit nommé la Croya (3).
Quand Aupetit, curé de Payas, brûlé en Limousin, Tan 1698, voulait se recueillir pour officier dignement, Satan voltigeait à ses côtés sous la forme d'un papillon (4).
Del Rio parle d'une nonne qui voyait entrer dans sa cellule une longue procession de démons déguisés en religieuses. Ces démons, dont le chef avait pris la figure de sainte Ursule, ne pouvant parvenir à lui en imposer par de falla-
(1) md,Viv. III, p. 152-59.
(2) Henri Boguet, Discours des sorciers, 3^ ëdit., p. 96-321-
(3) Ibid.,^. 503.
(4) Delancre, Tableau de Vinconstance des mauvais anges et démons, in- 4% Paris, 1613, p. 505-506.
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cieuses paroles, se vengeaient de son mépris en l'accablant d'injures (1).
M. Macario, qui a publié récemment quelques études cliniques sur la démonomanie, y signale aussi un très grand nombre de perceptions subjectives.
Voici quelques uns des faits observés par lui. Rapprochés des cas cités par Bodin et Boguet, ils prouvent combien l'intervalle d'un siècle et demi a peu modifié cette forme de la folie.
« Catherine J... est une vieille fille de soixante-huit ans; elle est petite, maigre et très vive, sa physionomie exprime la bonté et la douceur; ses traits sont grippés, son teint est jaunâtre, et sa toute petite figure est sèche et décharnée. . Quoique portée au mariage, Catherine vécut dans le célibat
. . . Dès l'âge de quatorze ans, étant à l'église, on lui a jeté un sort sur la main droite, qui est restée contractée pendant trois ou quatre ans. Aussitôt sa vue fut troublée, son intelligence bouleversée. Arrivée chez elle^ après la messe, elle tombe sans connaissance; le curé, appelé, accourut et l'aspergea d'eau bénite. Elle fut un peu soulagée, mais non délivrée. Depuis lors, pour son grand malheur, elle ne peut plus élever son âme à Dieu, car l'esprit malin, qui voltige sans cesse autour d'elle, l'en détourne, lui inspire de mauvaises idées^ il l'excite à blasphémer, à renier
Dieu et la sainte Vierge Catherine
couchait habituellement avec son père et sa mère; un soir, elle voulut coucher seule; mais elle ne fut pas sitôt dans son lit qu'un homme à figure sinistre parut tout à coup, comme par enchantement, au milieu de sa chambre;
(1) Del Rio, Disquisit, magicarum, libri sex, in-4®, 1649, p. 515-517.
elle poussa des cris d'effroi et de terreur, fit le signe de \t\ croix. Son père accourut, et l'homme mystérieux disparut.
« Une autre nuit, c'était une belle nuit d'été, la lune répandait ses pâles rayons sur toutle pays-, un profond silence enveloppait toutes les choses créées; Catherine était aux pieds d'une croix champêtre et priait Dieu avec ferveur, lorsque tout-à-coup parut à côté d'elle l'esprit des ténèbres. Un énorme chapeau lui couvrait la figure, une ample tunique recouvrait toute sa personne, ses pieds seuls étaient nus, et chose remarquable î c'étaient des pieds fourchus. Elle voulut recourir à son signe de croix ; mais ce fut en vain, car ses membres engourdis, glacés d'effroi, n'obéirent point à sa volonté •, l'inspiration lui vint alors de faire le saint signe avec la langue, et l'homme aux pieds fourchus disparut comme l'éclair.
« Souvent, pendant la nuit, quelque chose de lourd, ce ne peut être que le démon, monte sur sa tête, d'où il saute sur ses jambes de manière à les lui écraser. D'après le conseil d'une vieille femme, une nuit elle plaça une écuelle remplie d'eau bénite dans la ruelle de son lit, et à l'approche de l'esprit malin, elle la lui jeta à la figure : depuis, il n'est plus venu gambader et sautiller sur elle(1). »
« Jeune encore et d'une figure belle et agréable, mais flétrie par la douleur et le désespoir, Madeleine C. . . a dû, avant sa maladie, être jolie et pleine de charmes.— Son caractère est vif, impatient et enclin à la tristesse.
« Vers la fin de janvier 1841, ses règles coulaient depuis quatre jours lorsqu'elle eut une vive altercation avec son père, qui la menaça de la déposséder du bien qu'il lui avait donné lors de son mariage 5 le jour même, les règles s'arrêtè-
(1) Ëiïides sïit là détiiohomanîe {^nniâhs m^âk.'péythxjl.^ mai 1843, p. 449),
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rent. Depuis lors, elles ne coulèrent plus que pendant quatre jours, tandis qu'auparavant elles duraient huit jours ; en même temps on remarqua chez la malade un changement dans son moral ; elle devint triste et sombre, fuyait la société. . . . Bientôt des hallucinations de la vue et de l'ouïe l'effraient et l'épouvantent; Le diable s'off're à ses regards habillé en rouge-, il la tente, et elle lui vend son âme pour 1,000 fr., et le pacte est désormais signé avec du sang. Désormais plus de repos, plus de bonheur pour elle sur la terre; elle est à jamais perdue si on ne lui apporte pas 1,000 francs pour acquitter sa dette infernale; elle vivra longtemps, très-longtemps sur la terre, plus de deux cent mille ans, et après la mort son corps n'aura point les honneurs de la sépulture, il sera consumé par les flammes de l'enfer. Son désespoir est tel, que pour mettre un terme à ses souff'rances, elle tente à plusieurs reprises d'abréger ses jours (1). »
« Nicolas, âgé de vingt-deux ans, né dans les Vosges, est doué d'un tempérament bilieux très-prononcé ; il est enclin à la tristesse; il esta la fois simple et dévot.
« Nicolas était sujet à des épistaxis abondantes qui se supprimèrent quelque temps avant l'explosion du délire; dès lors aflections perverties, haine contre sa mère et ses parents.
« Au mois d'août 1830, le diable lui apparaît pour la première fois entouré de flammes, lui adresse la parole, jette des poudres malfaisantes dans sa nourriture pour l'empoisonner.»
« Une légion de démons s'empare de son corps, le soulève dans les airs; alors le pauvre malheureux jette les hauts cris, fait force signes de croix pour les chasser.
(1) Ibid.,p,45i.
« Parfois il voit Tesprit malin voltiger autour de sa mère; il donne des coups de pieds et de poings au démon pour le chasser, mais c'est sa mère qui les reçoit. — Tous ses parents sont damnés : « Vous brûlez déjà, leur dit-il souvent ; l'abîme est entr'ouvert sous vos pieds; changez de conduite
ou vous êtes perdus il écrit, blâme, tonne contre
rimpiété et l'athéisme. — Le Christ se présente à ses regards couronné d'épines, étendu sur la croix. Il lui adresse la parole avec bienveillance, et l'encourage à suivre la voie où il est engagé.— Elle le conduit tout droit à Maréville le 29 septembre 1831 (1).»
(2) Ihid,, p. 450.