CHAPITRE QUINZIEME
DU DELIRE PERCEPTIF DANS LES NEVROSES AUTRES QUE CELLES DE LINTELLIGENCE,
L'hallucination existe très-fréquemment dans Vexlase, soit que celle-ci roule sur des matières profanes, comme chez Archimède, Scaliger ou le mathématicien Viete; soit qu'elle concerne des objets religieux, qu'elle revête la forme mystique, comme chez sainte Thérèse , la sœur Angèle, Chabanon, Marie Alacoque , etc.
« Une demoiselle douée de beaucoup d'esprit , née avec un orgueil extraordinaire, avait roulé dans sa tête une foule de projets à l'aide desquels elle espérait se distinguer et se faire un nom parmi les hommes. Dès son bas âge elle n'avait cessé de se nourrir l'esprit de la lecture des romans. Elle avait publié plusieurs morceaux où se faisait remarquer une imagination ardente et gigantesque •,. mais elle s'était surtout occupée d'un roman dont elle était l'héroïne, et depuis plusieurs années, elle n'avait cessé d'en faire l'objet principal de ses méditations et de ses veilles. Elle finit par rester des journées entières dans un état d'extase , immobile et assise, sans faire le plus léger mouvement. Sa figure était un tableau extrêmement changeant^ dans lequel se peignaient tous les degrés de la joie, depuis le simple bienêtre jusqu'au ravissement. Etrangère à tout, les objets environnants étaient pour elle comme n'existant pas. Elle ne répondait à aucune des questions qu'on lui adressait, quoi-
286 DU DÉLiUE DES SEiNSATlOINS.
que ses yeux fussent très-ouverts, et exprimassent les sentiments les plus vifs. Elle ne paraissait rien voir autour d'elle 5 les sons les plus forts ne faisaient aucune impression sur ses oreilles, et cependant, de temps en temps , elle paraissait écouter avec la plus grande attention. Quelquefois elle se promenait dans un vaste jardin et prenait une attitude fixe et imposante.
« Revenue à ellC;, on sut de sa bouche quel était Tétat de de son âme dans cette extase extraordinaire. Des hallucinations de tous les sens avaient réalisé sur elle-même tous les fantômes que son imagination avait créés dans son roman. Il lui semblait qu'elle était tout à coup transportée dans un palais d'une merveilleuse beauté. Au moment où elle y paraissait, c'est-à-dire lorsqu'elle passait de son état naturel à son état d'extase , elle était saluée de mille voix qui faisaient entendre ces mots : Salut à notre reine! Five notre reine! Elle voyait passer devant elle ses grands, ses officiers, son peuple et ses armées, qui contemplaient ses traits avec ravissement. Lorsqu'elle se promenait , elle voyait tout à coup se former devant elle des allées magnifiques d'arbres d'une beauté inconnue, et dont les fleurs répandaient partout les parfums les plus délicieux.
« Lorsqu'elle commençait à parcourir ces merveilleuses promenades, elle entendait tout à coup des voix lointairiés et mélodieuses qui célébraient le retour de leur reine ; et au moment où elles cessaient, une troupe de sylphes se plaçait au sommet des arbres et faisait entendre une musique harmonieuse et ravissante, dont les intervalles de repos étaient remplacés par le peuple qui chantait i Salut à notre reine , salut y salut! Venait ensuite un concert merveilleux résultant d'un millier d'instruments rassemblés dans une allée, et qui, doués d'une sorte de vie, n'avaient pas besoin de mains étrangères pour faire entendre leurs accords.
DANS LES DI YEUSES rSÉV ROSES. 287
" Un concert d'oiseaux d'un plumage, d'une beauté étonnante, et dont le phénix était le chef , remplaçait celui des instruments 5 et lorsqu'il était terminé, les sylphes reprenaient leurs chants.
« Tel est le tableau que cette demoiselle traçait de ses Visions extatiques , qu'elle regardait comme le plus haut degré de féhcité qu'il fût possible de concevoir. Aussi, dans les intervalles qu'elles lui laissaient, était-elle triste et sombre, quoique d'ailleurs elle raisonnât parfaitement juste(l).»
L'hallucination est constante dans la seconde forme de Vextase, dans la forme mystique.
« Estant une nuit dans un oratoire, dit Sainte Thérèse, et assez recueillie, mais si malade que je ne croyais pouvoir faire oraison, je me contentai de prendre mon chapelet pour prier vocalement je tombay dans un si grand ravissement que je me trouvay comme hors de moi-même; il me sembla que j'étais dans le ciel, et que les premières personnes que j'y rencontray furent mon père et ma mère. J'y vis aussi des choses merveilleuses dans le peu de temps que dura cette faveur, qui ne fut pas à mon avis plus d'un ave-maria(2). »
La mère Angèle, première fondatrice de la compagnie de Sainte-Ursule, vit dans une extase l'âme de sa sœur, environnée de gloire et de splendeur, assise au sein du paradis, auprès de la vierge, parmi la foule des esprits célestes 5 puis elle entendit une voix prononcer ces paroles : « Si tu poursuis la vie que tu as commencée, tu jouiras avec nous de cette gloire (5). »
(1) M. Bayle, Mém, déjà cit. ^ p. 45-46.
(2) Sa vie écrite par elle-même, tiaduct. d'Arnauld d'Andllly, in-4% 1670, cLap. xxviii, p. 245-46.
(3) Jean Hugues Çuarré, Fie de cctlc religieuse^ iii-12, Paris, 1648, p. 256.
288 DU Di':LiPtK DES SIi:i^SATlo^'s.
Dans un aulre ravissement consécutif à une oraison , elle eut l'hallucination suivante : « elle vit, dit son biographe, une échelle semblable à celle de Jacob, qui de la terre touchait au ciel, et une multitude de saintes vierges richement couronnées qui montaient deux à deux comme une agréable procession. A côté des vierges, et à chaque rang, il y paraissait deux anges ; et chacun d'eux portait sur le front une perle d'une ravissante beauté et d'un prix inestimable. Pendant qu'Angèle tenait ses yeux attachés à la contemplation de tant de merveilles, et qu'elle considérait attentivement la beauté de ces bienheureux esprits, elle entendit une musique céleste, concertée par la voix des anges et les instruments du paradis, avec tant de douceur et de charmes, qu'elle fut ravie en extase ; et ce chant lui demeura si fortement imprimé dans Fàme et dans l'esprit, que dès lors elle pouvait facilement entonner ce cantique des anges, et souvent elle chantait le môme air qu'elle avait appris dans cette heureuse vision (1). »
«Un jour, dit Anne-Marie Alacoque, que j'étais devant le Saint-Sacrement exposé sur l'autel, après m'être sentie attirée toute au dedans de moi-même par un recueillement de toutes mes puissances et de mes sens, Jésus-Christ, mon divin maître, se présenta à moi tout éclatant de gloire, avec ses cinq plaies brillantes comme cinq soleils. De son humanité sacrée sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine qui ressemblait à une fournaise. Au milieu de cette fournaise ardente il me fit voir son tout aimable cœur qui était la source de ces flammes. Ce fut alors qu'il me découvrit les merveilles inexplicables de son
amour je lui remontrai alors mon impuissance. A
quoi il répondit : Tiens, voilà de quoi suppléer à tout ce qui
(1) lùid.y^.H.
D.LNS LES DIVERSES NEVROSES. 289
le manque; en même temps son divin cœur s'étarit ouvert, il en sortit une flamme si ardente, que je pensai en devoir être consumée (1). » Cette extase dura si longtemps, ajoute Lmguet, que les religieuses, étonnées de voir la sœur devant le Saint-Sacrement bien loin par delà le terme qu'elle devait y rester, vinrent l'en retirer, et la firent lever : mais voyant qu'absorbée encore dans l'union qu'elle goûtait avec Dieu, elle ne pouvait ni parler, ni répondre, que même elle avait peine à se soutenir, elles la traînèrent à la supérieure. »
Chabanon eut, dans sa jeunesse, deux accès d'extase déterminés par l'influence de la musique. « Deux fois, dit-il» au bruit des orgues et d'une musique sainte, je me suis cru transporté dans le ciel ; et cette vision avait quelque chose de si réel, j'étais tellement hors de moi tout le temps qu'elle a duré , que la présence même des objets n'aurait pas ag plus fortement (2). »
C'était évidemment une hallucination de la vue, à laquelle était soumise la jeune extatique dont parle Joseph Frank, qui , au milieu d'un accès, poussait un cri comme si elle eût aperçu un objet désiré; qui changeait tout à coup de physionomie, qui, tenant ses yeux ouverts, fixes et tournés vers le ciel, s'écriait : ô Saint-Louis! ô le plus beau des jeunes gens, approchez et recevez-moi (3).
Toutefois, comme l'extase est une individualité pathologique qui tient delà veille et du sommeil : de la veille en tant que la volonté, quoique aff'aiblie, subsiste toujours, en tant
(1) Ltmguet, Fie de cette religieuse, écrite cV après ses mémoi' res, in-4% 1729, liv. 4, p. 119-20.
(2; OEiwres posthumes de cet auteur, livre intitulé : Tableau de quelques circonstances de ma vie^ p. 10 et 11.
(3) Traité de patholog. tiaduct. de VEncyclop, mcdic.y livruis, Lxxxvii, note de la p. 72.
290 ^^ DÉLIRE DES SErs'SATlOXS.
que rame jouit encore du pouvoir de disposer de sa force d'attention; du sommeil, en ce que les sens sont passifs, en ce quMls ont suspendu en grande partie l'exercice de leurs fonctions, il suit de là que l'hallucination qui se manifeste alors ne peut pas être aussi franche que dans tout autre état morbide où les sens sont actifs, ouverts aux impressions du monde extérieur, c'est-à-dire qu'elle doit participer et de la fausse perception de l'état de veille et de la fausse perception du rêve.
T Les hallucinations peuvent aussi coïncider avec l'état d'épilepsie. Arétée est le premier auteur qui ait mentionné ce fait (1).
A quelle période de la maladie ces symptômes se manifestent-ils ? Ce ne peut pas être durant l'accès, puisque alors il y a perte complète de connaissance ; c'est donc avant ou après son explosion.
Le plus ordinairement les hallucinations sont un des phénomènes précurseurs, un des prodromes de l'attaque.
Elles peuvent précéder la perte de connaissance et la convulsion, d'une part, d'un intervalle qui varie entre deux ou trois heures et deux ou trois jours ; de l'autre, d'un temps compris entre un quart d'heure et quelques secondes.
« Un jeune homme, nommé Baurain, âgé de dix-neuf ans, d'un tempérament sanguin, d'une bonne constitution, d'une mémoire et d'une intelligence médiocres, ayant eu la scarlatine sans complication, à l'âge de neuf ans, et une fièvre cérébrale avec délire intense à l'âge de dix, est atteint d'épilepsie depuis trois ans Chaque paroxysme est précédé deux ou trois jours à V avance d'un état d'excitation maniaque, avec délire général, tendance à frapper, et hallucinations de la vue et de l'ouïe : Ce malade voit
(1) De caus, et sign. de morb, diut.^ lib. i, c. 5.
et entend sa mère et sa sœur, avec qui il s'entretient (1). >>
Les hallucinations qui arrivent dans le second cas sont beaucoup plus fréquentes que celles qui ont lieu dans le premier.
Peiroux (2) parle d'un jeune homme qui voyait venir à lui au galop et avec grand bruit un carrosse dans lequel il y avait un petit homme en bonnet rouge. Alors, craignant d'être écrasé par ce carrosse fantastique, ce jeune homme tombait sur le-champ sans connaissance.
Schenckius (3) cite l'observation d'un autre jeune homme, le fils d'Alsaharavius, qui apercevait également venant à lui une femme noire couverte d'un cuir, et qui était pris d'une attaque sitôt que ce fantôme rapprochait.
« J'ai connu, dit Sauvages, une jeune fille qui avait deu ou trois accès d'épilepsie par an. Je lui demandai quel était l'effet que l'accès produisait sur elle^ elle me répondit qu'elle songeait en dormant, et qu'un peu avant que Vaccès la prît, elle voyait des spectres affreux devant ses yeux (4) »
« Un homme, âgé de 34 ans, tempérament sanguin, cheveux blonds, teint rosé à dix huit ans. . ,
.... eut un accès épileptiquë. Accès pareils presque tous
les jours suivants Ils sont précédés, quelques
jours d'avance, par un mal de tête sourd -, un quart d'heure avant Vaccès, il éprouve un clignotement accompagné d'é^
tincelles Un bourdonnement incom-^
mode se fait entendre, et une minute après, un bruit tel que celui que produirait la décharge d'un pistolet , lui semble
(1) M. Billod, Considérât, sur la sjmptomat. de Vépilepsie^ Annal, médico-psychol., iiov. 1843, p. 384.
(2) Ohs. mèdic, y>. 85.
(3) Ohs. medlc, in-folio, Francfort, 1609, p. 112.
(4) Ouvr. cit., tom. iv, p. 109.
292 DU DÉLIUE DES SliNSATIOrsS.
partir du sommet de la tête. Alors il tombe sans connaissance, etc., etc. (1). »
B. ..., âgée de 25 ans ; menstruation à 13 ans ; à 15 ans effrayée des rapports sur les Cosaques; dans la nuit hallucinations : elle croit voir et entendre les Cosaques ; aussitôt attaques d'épilepsie répétées plusieurs fois (2). »
» Le nommé Brnn, âgé de cinquante-six ans, ancien militaire de la Grande-Armée, d'un tempérament bilieux et d'une constitution affaiblie par des excès de femmes et de boissons. . . . Brun , disons nous , à la dernière campagne
de Prusse, aurait été affecté, à la suite d'un coup reçu sur la tête , d'une fièvre cérébrale qui lui aurait laissé une surdite presque complète des deux oreilles. Ce serait trois ans après que, pendant un acte copulateur, il aurait eu un accès d'épilepsie. Tous les accès de ce malade débutent par un bourdonnement d'oreilles très intense, dont nous faisons remarquer la coïncidence avec le fait de la surdité (3). »
«Jean Célestin C..., âgé de vingt ans, d'un tempérament sanguin, tomba à l'âge de trois ans sur le front et se fit une plaie grave sans fracture. Dix à douze jours après, accès d'épilepsie j retour de pareils accès tous les huit ou dix jours jusqu'à seize ans; ensuite tous les mois jusqu'à dix-huit, enfin point d'accès jusqu'à dix-neuf ans qu'il alla à Brest pour s'embarquer. Il y était depuis quelque temps, quand, témoin d'un assassinat commis par un matelot espagnol sur un officier français, il fut si vivement frappé de ce spectacle, qu'il eut sur-le-champ un accès épileptique. .....
, , . . . . Un jour, il regardait une voiture dont les
(1) Maisonneuve, Observât. surVépileps.y p. 95.
(2) Bouchet et Cazauvielh, Archiv, de médec.y 1825, tom. ix, page 22.
(3) M. Billod, mém, cit.^ p. 396.
roues tournaient rapidement ; tout-à-coup sa vue se trouble, il lui semble voir une roue dentée tourner autour de sa tête en se dirigeant de gauche à droite; sa tête suit les mouvements de cette roue sans qu'il puisse s'en empêcher; bientôt il sent qu'il n'est plus ferme sur ses jambes ; cependant il a le temps de courir à sa chambre, de se déshabilller et de se mettre au lit, où l'accès épileptique le prit complètement. Un mois s'écoula sans
accès ; mais un soir, étant occupé à faire tourner un laminoir, il sentit les approches d'un accès qui ne se compléta que deux heures après avec des convulsions etYrayantes et des cris aigus
Chaque accès s'annonce, au moins cinq
minutes d'avance, par la vue de la roue dentée dont j'ai déjà parlé (1). »
Maisonneuve rapporte encore l'observation d'un individu qui, deux minutes aidant un accès^ percevait une odeur qu'il ne pouvait comparer à rien, mais qui lui était infiniment désagréable (2).
Des hallucinations du tact se manifestent assez souvent dans l'épilepsie dite sympathique. Ce sont elles qui constituent en partie le phénomène de ïaura-^ mais elles roulent exclusivement alors sur des sensations de froid, de chaleur et de chatouillement.
Galien cite les cas de deux jeunes gens chez lesquels un vent froid montait le long de la jambe, le long des cuisses, du dos, de la nuque jusques à la tête, et qui tombaient sans connaissance sitôt qu'il y était parvenu (8).
Alexandre de Tralles rapporte le fait d'un lecteur qui sentait un vent également froid prendre naissance sur le dos
(1) Maisonneuve, oiivr, cit.^ p. 294.
(2) /^iV/., p.271.
(3) De locis affect,, lib, ii^ cap. ii, Chort., loni. vji; p. 444.
du pied et monter à la tôte, où il déterminait une attaque (1).
Un artisan ayant eu un ulcère à la jambe, qu'on traita mal et qu'on ferma trop vite, tomba dans Tépilepsie. Celle-ci commençait toujours par le sentiment d'un vent froid qui partait de la cicatrice. Si le malade pouvait faire une forte ligature au-dessus du genou, il arrêtait Taccès; mais dès que ce sentiment avait passé le genou, l'accès était déclaré (2).
Salmuth vit aussi un malade dont l'accès commençait par un sentiment de froid à une jambe, accès que ce malade prévenait très-bien par une ligature (3).
Dovinet rapporte l'exemple d'un individu chez qui l'accès était toujours précédé par un chatouillement de la lèvre supérieure } il sentait ce chatouillement monter le long des nerfs, et quand il parvenait au cerveau, il avait aussitôt une attaque (4).
« Le docteur Vigne, dit Esquirol, fut consulté pour un jeune homme, âgé de dix-huit ans, devenu épileptique par la rétropulsion d'un vice psorique : le malade ressentait un froid glacial au milieu du front, par lequel il était averti de l'invasion de l'accès (5). »
BIM. Bouchet et Cazauvielh parlent d'une épileptique de la Salpétrière, dont chaque paroxysme s'annonçait par un chatouillement de la paume de la main gauche (6).
Sur 28 épilepliques que nous avons observés à Bicêtre, dans le service de M. Leuret, pendant l'intérim de M. Delasiauve, nous avons noté 13 fois des hallucinations. Ces phé-
(1) Zife. I, cap. XV, p. 73.
(2) Purari, Thesaur, médecin. -practic^ in-12^Genevae, 1675, tom. I!, p, 463.
(3) Ohs. cent., obs. 90.
[A) SchenchiuSj p. 118.
(5) Artic. Epilepsie du Dlct. des sciences médic,
(6) Méin. cit. y Jrchi^. de médecine^ 1825, tom. x, p. 20.
nomènes ont eu lieu 2 fois parmi les prodromes médiats ou éloignés du paroxysme (1 heure et 18 heures avant), 7 fois parmi les prodromes immédiats ou prochains (depuis un quart d'heure jusqu'à quelques secondes avant l'altaque), 2 fois parmi les symptômes, non plus antérieurs, mais consécutifs aux paroxysmes; et dans deux cas, à la fois parmi les prodromes immédiats de l'attaque et parmi ses symptômes consécutifs.
Ces hallucinations ont été relatives à la vue seule, 4 fois -, à l'ouïe isolément, 5 fois-, à la vue et à l'ouïe réunies , 4 fois. Rien n'a eu lieu dans les trois autres sens.
Les hallucinations de l'ouïe ont consisté 7 fois en des bour. donnements, tintements, sons de cloches; et 2 fois en des voix.
Les hallucinations de la vue ont consisté 6 fois en des étincelles, des flammes ; 2 fois en des spectres d'animaux ou d'hommes.
S'' Tissot prétend avoir observé plusieurs fois des hallucinations de Todorat dans Vhjsiérie (1).
Une femme de quarante ans, douée d'une constitution robuste, éprouva une violente frayeur un jour de flux menstruel. Cette frayeur arrêta tout-à-coup les règles, et le mois suivant, à la même époque, la personne dont il s'agit eut un accès d'hystérie et des convulsions qui durèrent huit jours. Il se passa ensuite plusieurs années, pendant lesquelles les évacuations menstruelles n'ayant pas lieu, elle était prise de temps en temps de convulsions hystériques accompagnées d'hémorrhagies peu abondantes par les oreilles, par le nez et par la bouche, hémorrhagies qu'une saignée suspendait et prévenait même quelquefois.
En novembre 1843, elle commença à voir des fantômes
{[) De Vèpilepsiey édit. de Halle, tom. x, p. 159.
sanglants-^ il loi semblait apercevoir du sang partout où se fixaient ses regards ; elle fut de nouveau tourmentée par de fortes convulsions et par des suffocations, mais elle ne tarda pas à guérir complètement quand on lui eut administré des purgitifset soustrait de huit à neuf livres de sang (1).
Divinis (Marie), domestique, est âgée de vingt-six ans ; elle est mariée et a un enfant. Sa constitution est robuste, son tempérament sanguin, son caractère vif et impatient.
Il y a huit ans, elle fut attaquée, au milieu des champs, par plusieurs hommes qui voulurent attenter à sa pudeur; elle fut tellement effrayée et indignée d'un pareil acte de brutalité, qu'elle fut sur-le-champ atteinte d'attaques de nerfs quiserépétèrentles jours suivants, trois ou quatre fois par semaine; leurdurée étaitde trois-quarlsd'heureenviron.
D'abord sa vue se trouble , une flamme oscille devant ses yeuxy les oreilles lui tintent^ un fourmillement se fait sentir dans sa tête, et elle éprouve la sensation d'une barre de fer qui la tient dans les reins; puis il lui semble qu'une espèce de globe part de l'épigastre et monte en dansant et en tremblant jusqu'au gosier : alors elle étouffe, perd connaissance, et tombe en convulsion avec écume à îabouche, etc (2).
Joannot (Virginie), lingère, est âgée de dix-sept ans; son tempérament est sanguin, sa constitution forte et robuste^
sa menstruation irrégulière Un soir, vers dix ou
onze heures, un jeune homme s'offrit à sa vue, au milieu d'une campagne, couvert d'un linceul; saisie d'effroi et de terreur, elle crut voir un fantôme, et immédiatement elle tomba en convulsions. Ce premier accès dura quarantehuit heures, pendant lesquelles elle s'écriait à chaque instant : Il est près de moi, il veut me saisir. Les jours sui-
(1) ionvutxW Expérience^ octobre 1844, n° 383. (â) M. Macario, mém. sur la paralys, hystérique ( Annal, médico-psycholog., janv. 1844, p. 68),
DANS LES DIVERSES ISÉYllOSES. 297
vants^ les attaques se renouvelèrent jusqu'à dix-sept fois par jour. Yoici comment elles débutent : d'abord elle est saisie d'un tremblement dans tout le ventre, qui dure d'un quartheure à une demi-heure environ ; elle est ensuite prise de palpitations très-fortes et très-violentes, et enfin une espèce de boule se détache de Thypogastre, monte en oscillant jusqu'à la gorge; alors elle étouffe, elle éprouve des éblouissements, le fantôme paraît aussitôt à ses regards effrayés, elle pousse un cri de désespoir, perd connaissance et tombe en convulsions avec écume à la bouche ; et l'accès dure, terme moyen, une demi-heure (1).
Lallemand ( Sydonie ) est entrée dans le service de M. Piorry, le 5 juin 1843. Elle est âgée de dix-sept ans, et est née à Saint-Ouen (Yosges). Sa mère, femme très-nerveuse, la contrariait souvent, et elle tient de sa mère , car elle est très-impressionnable, colère, impatiente. Ses règles ont toujours été très-peu abondantes.
Il y a un an, en traversant un soir un appartement, une de ses amies s'offrit à sa vue, couverte d'un linceul , dans le dessein de lui faire peur, car elle se vantait souvent de ne rien craindre. C'était l'époque de ses règles. Elle en fut si effrayée, qu'elle perdit connaissance et eut son premier accès d'hystérie. Cette jeune fille présente ceci de remarquable, que ses attaques sont d'abord précédées de frisson, sa figure est inondée d'une sueur froide et glacée^, elle éprouve la sensation d'une boule qui a son point de départ à l'épigastre et monte jusqu'au gosier ; alors elle étouffe, aperçoit le fantôme et tombe dans une espèce d'évanouissement tel qu'on la croirait plongée dans un sommeil paisible; puis, quelques convulsions se déclarent , et l'évanouissement se prolonge encore une demi-heure ou une heure.
(1) Ibid,, p. T2.
298 DU DKLmE DES SEiSSATTONS.
Après l'attaque, elle reste pendant quelque temps sans pouvoir parler^ et ne peut, malgré tous les efforts, parvenir à délier sa langue (1).
Madeleine de Mandol, qui était souvent environnée d'une troupe de diables, qui était mise par eux à la torture, qui les voyait monter à sa gorge sous la forme de crapauds, et lui projeter des poudres à l'aide de sarbacanes ; Madeleine de Mandol avait des mouvements convulsifs et des constrictions au pharynx (2).
C'est en sortant d'une attaque, où elle était tombée à terre, la tête à la renverse, qu'une femme du duché de Lorraine, Alexie Belhore s'écriait : Ne voyez-vous pas le démon qui vient de me terrasser, et qui s'est caché sous ce meuble. . . Tout-à-l'heure il me pressait la gorge pour m'étrangler; à présent il me fait un visage menaçant (3).
Les hallucinations furent très- communes dans l'épidémie d'hystérie dont furent affectées les religieuses de Sainte- Elisabeth à Louviers (4).
La mère Angèle de Foligny va nous fournir un exemple très-remarquable d'hallucinations coïncidant avec un léger degré d'hystérie qui revêt chez elle la forme mystique si répandue au moyen-âge dans les cloîtres de femmes.
« Comme je demandois à Dieu, dit cette religieuse, ce que je pourrois faire pour lui devenir plus agréable, il dai-
(1) Ibld., p. 77.
(2) Michaelis, oui^r. cit., p. 80, 81.
(3) NicolaiRcmigii, Demonolalr'œ lihrl ires, Coloniae Agrippinae, anno mdxcvi, p. 359.
(4-) La sœur Barbe de St. -Michel vit plusieurs fois dans sa cellule grand nombre de chandelles allumées. La sœur Marie de St. Nicolas aperçut deux fantômes effrayants dont l'un, représentant un homme orné d'une longue barbe, s'assit sur son lit, au levçrdu soleil, et lui dit : Je viens de voir Madeleine et la sœur
gna, par sa bonté, s'apparaître à moi plusieurs fois, aussi bien durant la veille que durant le sommeil. Il m'apparut plusieurs fois attaché à la croix et me dit de bien considérer
ses plaies. , Lorsqu'il s'apparoissoit à
moi en veillant (ce qui se faisoit fréquemment), c'était avec plus d'attraits et de douceur que durant le sommeil ; mais il ne m'apparoissoit jamais que comme souffrant beaucoup et comme tout pénétréde douleurs. Il me montrait les peines et les plaies de sa tête, et comment on lui avait arraché jusqu'au poil de la barbe et même des sourcils, aussi bien que ses cheveux. Il me racontait le nombre des coups qu'il avait reçus et m'en montrait les endroits , puis il ajoutoit : Tout
cela, je l'ai enduré pour vous
Il me redisoit toujours en me faisant voir sa passion : Que pouvez-vous donc faire de suffisant pour moi ? Je fondais en larmes à ces paroles, et mes larmes étoient si ardentes qu'elles me mettaient le visage eu feu, et qu'il me fallait y
du Saint-Sacrement, Ah ! que Madeleine est méchante ! Elle est entièrement à nous. La sœur Anne de la Nativité voyait une bête affreuse qui ouvrait la gueule comme pour l'engloutir^ cette bête marchait toujours devant elle. Pendant que la sœur Marie du St.- Esprit prenait la discipline dans le chœur de l'église du couvent, avec la communauté, après Complies, elle vit un homme avec des cornes^ une tête horrible, des griffes et une clarté qui sortait de ses yeux et de sa bouche. Le diable arrachait la discipline des mains de la sœur Marie du Saint-Sacrement, il la lui jetait au visage^ il la poussait rudement, il la tirait par la manche, il lui enlevait ses couvertures quand elle était couchée, il s'appuyait sur ses épaules, il se présentait à elle sous la forme d'un prêtre, et s'écriait en hurlant : ça, ça tu es à moi (Bosroger, La piélé aj/ligée ou discours historique et théologique de la possession des religieuses dites de S te. 'Elisabeth à Louviers\ Rouen 1752, édit. in-l2, chap. x, p. 127, 140, 141, 145. •p- chap. XI et xii, p. 190 et 198).
appliquer de l'eau fraîche pour en modérer Tardeur. . . J'avais dans le cœur un si grand feu de Tamour divin, que je ne pouvais entendre parler de Dieu sans jeter des cris qu'il m'étoit impossible de retenir, quand môme on eust été prest
à me tuer pour me faire taire
Lorsque je fus arrivée entre la caverne et le chemin étroit qui monte vers Assises (la sainte allait prier à l'égUse de cette ville, bâtie par St-François), un peu plus outre que la caverne, il se prit à me dire les paroles suivantes (le St-Esprit) : Ma chère et douce fille ! ma fille et mon temple ! ma fille et mes délices î Aimez-moi, car je vous aime singulièrement, et beaucoup plus que vous ne m'aimez, lime redisoit souvent ces consolantes paroles : Ma chère et douce fille! ma chère et douce épouse ! A quoi il ajoutoit : Je vous chéris plus qu'aucune des femmes de cette contrée (la vallée de
Spolette ) , Quand
vous serez de retour chez vous, je vous ferai encore goûter d'autres divines douceurs que vous n'avez jamais éprouvées; et je ne vous parleray pas simplement comme à présent ,
mais vous me sentirez
J'allai après le repas à l'église de St-François -, comme j'y entrais et que, m'agenouillant à l'entrée de réglise, je considérais un tableau où St-François étoit représenté dans le sein de Jésus-Christ, le Seigneur me dit : Je vous embrasserai et vous étreindrai ainsi, et d'un emhras-
sement encore bien plus fort
Yoici maintenant l'heure où je dois vous donner la grâce particulière que je vous ai promise, et puis vous quitter.
• . . . . Je regardai alors si
je ne verrais pas le Seigneur des yeux du corps et de ceux de l'esprit; et je le vis. Mais si vous demandez ce que je vis ; je vis un être véritable, plein de majesté, immense, et que je ne puis exprimer Il me dit encore
DANS LES DlVEr.SES iNÉVROSES. 301
beaucoup de douces paroles^ et il se retira d'une manière infiniment agréable, pleine de douceur, posée et sans précipitation Dès qu'il se fut retiré,
je tombai sur mon séant, et commençai à gémir et à jeter de hauts cris sans que ni pudeur, ni bienséance pussent m'en retenir. Je lui disais à haute voix : 0 mon amour ^ je ne vous ai pas encore bien connu! Pourquoi me quittez- vous sitôt ? C'est tout ce que je pouvais dire, même ma voix était si étouffée, que ne pouvant pas bien articuler ceque je disais, je fus inintelligible à ceux qui m'ouïrent (1). »
Armelle Nicolas , religieuse qui vivait à Yannes , au miheu du XVII siècle, était tellement pénétrée de l'amour divin, qu'elle embrassait parfois des objets inanimés, des piliers, des colonnes de lit, par exemple, les étreignait comme si elle eiit voulu se les incorporer; et, fondant en larmes, s'écriait : « N'est ce point vous qui tenez caché le bien - aimé démon cœur? » Or, cette femme apercevait souvent des diables sous des formes horribles etsentait une puanteur qu'elle attribuait à leurs corps (2).
4** L'hallucination est un symptôme rare dans la chorée, telle qu'elle existe à notre époque, car Bouteille, parmi les observations assez nombreuses qu'il a recueillies, n'en signale qu'un seul cas (3). Mais au moyen-âge , il paraît qu'il était assez fréquent dans la maladie dont il s'agit. D'après
(1) Théologie de la croix, ou les œuvres et la vie de la hieiih. Angèle, de FoUgny^ inl2, tradurt. franc. Cologne, 1696, livre II, première partie, chap. ii, p. 219 ; — cliap. m, p. 2'28 ; — deuxième partie, chap. t, p. 253 et 261.
(2) Yoy. Sa vie, écrite par Olivier Echellard et traduite par Poiret dans les Mémoires pour servir à Vllist. des Pays-Bas^ par Pacquot ; 1770, tom. m, p. 185.
(3) Traité de la danse de St. Guy, 1810, p. 145.
302 DU DÉLIRE DES SEi>SAT10>S.
M. Hecker, Goriopontus, médecin deTécole de Salerne, qui vivait au xv^ siècle , décrit une forme de danse convulsive pendant laquelle les malades avaient des hallucinations de l'ouïe, entendaient des sons et des voix de différentes espèces. En 1374, on voyait à Aix-la-Chapelle arriver de l'Allemagne une foule d^individus dansants réunis par troupes. « Or, pendant leur danse, dit M. Hecker, ils avaient des apparitions, ils ne voyaient ni n'entendaient, et leur imagination leur faisait voir des esprits dont ils prononçaient ou plutôt hurlaient les noms. Plus tard, on en vit parmi eux assurer qu'ils s'étaient crus plongés dans un ruisseau de sang, et que c'était pour cela qu'ils sautaient si haut. D'autres voyaient , dans leur extase, le ciel ouvert, la vierge et le Sauveur sur son trône, selon les nuances variées que la croyance des temps imprimait à leur imagination (1) »
Mais la chorée dont parle M. Hecker n'était pas sporadique, simple, comme celle qui existe aujourd'hui ; c'était une chorée compliquée d'extase , d'enthousiasme rehgieux et d'hystérie, ce qui explique pourquoi les hallucinations en étaient si fréquemment un des caractères.
5* Si la manifestation du délire sensorial est impossible durant les accès delà catalepsie, puisque alors il y a toujours suspension plus ou moins complète des facultés de l'entendement, le symptôme en question peut s'y développer avant ou après l'explosion de l'attaque.
Ehsabeth Delvigne, âgée de vingt-cinq ans , fut prise d'accès cataleptiques le 26 mai 1T09. Les cinq premiers passèrent inaperçus, parce qu'on la croyait endormie. Dans le sixième, on la vit les yeux ouverts, sans mouvement ni
(1) Mémoire sur la chorée du Moyen-âge^ traduit de Tallemand par M. Ferdinand Dubois [AnnaL cC hygiène et de médecine légale, 1834, lora. xii, p. 314).
sentiment; on la crut morte. Elle sortit de cet état à cinq heures du soir.
Le lendemain on fut plus attentif. Quelques minutes avant une heure après midi, elle se frotta le front avec sa main, et peu de temps après elle tomba dans l'accès qui dura jusqu'à cinq heures. Un moment avant qu'il finît, elle passa plusieurs fois sa main sur son front, ce qu'elle faisait dans toutes les attaques, de sorte que quand elle portait sa main sur son front, c'était le signe du commencement ou de la fm de chaque accès.
Quand elle fut revenue à elle, on lui demanda pourquoi elle se touchait le front dans le temps où l'accès approchait, elle répondit qu'il lui semblait qu'une rivière passait dans sa lête, et qu'elle y entendait un bruissement qui l'obligeait d'y porter la main. On l'interrogea si elle sentait quelque chose qui l'obligeât de faire le même mouvement à la fin de chaque accès , mais elle répondit qu'elle ne se souvenait point de tout ce qui se passait dans ce temps-là (l).
60 Le délire sensorial peut encore se manifester dansr%drophohie, la rage^ les convulsions saturnines, les fièvres intermittentes et les névralgies.
Une femme était occupée à laver sous un pont à l'approche de la nuit, lorsqu'elle fut abandonnée par les personnes qui lavaientcomme elle. Alors, efTrayée de se trouver seule, elle voit une lueur sortir de la voûte du pont, le torrent augmenter, se déborder et couler avec Impétuosité. De retour à son domicile, elle ne peut avaler ni bouillon, ni aucun autre liquide, leur aspect même la fait frissonner, et quand on les lui introduit dans la bouche, elle présente toutes les apparences delà suffocation (2;.
(1) Dionis, Dissert, sur la calalepsic^ p. 45.
(2) Félix Plalcr^ ouvr. cit.^ p. 90.
304 DU DiÏLlRE DtS SEiNSATIOlNS.
Andry parle d'un jeune homme qui^ mordu à la joue par un chien enragé, ne tarda pas à présenter tous les caractères de l'hydrophobie. Or, ayant voulu se coucher sur le dos, il éprouva la même sensation que si un vent froid eût soufQé surlui. De plus, il se plaignait d'une odeur désagrcable qui sortait, selon lui, de sa blessure, odeur que lui seul percevait (1).
Leroux de Dijon mentionne le cas d'un enfant de cinq ans mordu dans plusieurs parties de la face et notamment à la paupière inférieure de l'œil droit. Il y eut d'abord cicatrisation successive de toutes les plaiesj mais bientôt une inflammation douloureuse de l'œil se manifesta, la plaie delà paupière se rouvrit et il en sortit une sérosité sanguinolente. Il survint enfm de la fièvre, des soubresauts des tendons, de la tristesse, des cris pendant le sommeil et au réveil. Or, le petit malade voyoit des fantômes qui le poursuivaient et qui vouloient lui arracher Vœil. Bientôt, il refusa de boire, l'agitation fut continuelle et la mort arriva après des mouvements convulsifsde la face (2).
Sur dix cas d'individus atteints de colique de plomb, qui avaient du délire et des mouvements convulsifs, M. Nivet a noté deux fois de fausses perceptions relatives à la vue. L'un des deux hallucinés racontait : « Qu'il voyait des cavaliers faire l'exercice. Vautre assurait qu'un bras nu s'était avancé vers lui, et que lorsqu'il s'était précipité pour le saisir, il n'avait plus rien trouvé. // disait aussi que tous les matins un oiseau venait se percher tantôt sur son lit, tantôt sur les traverses qui supportent les rideaux (3). »»
(1) Recherch. sur larage, p. 124.
(2) Dissert, sur la rage p. 20.
(3) Mémoire cité {Gazette médic. de Paris, année 1837, n° 2, page 22).
DArss LES DIVERSES NEVROSES. 305
André Osiander, Ihéologien de Nuremberg, était tourmenté, selon Jérôme Cardan (1), d'une fièvre quarte, dans son jeune âge. Or, durant les accès de cette maladie, il voyait des forêts, des serpents et une foule d'autres animaux prêts à l'assaillir. Ce symptôme dura autant que la fièvre intermittente.
Bonnard (2) parle d'une demoiselle qui, chaque fois qu'elle était prise d'oc^on^aZ^ie, voyait une flamme s'élever de l'endroit douloureux et croyait y ressentir comme la piqûre d'un million d'épingles.
M. Valleix (3) signale un cas de névralgie trifaciale du côté gauche, où, pendant l'accès, il y avait bourdonnement tantôt dans les deux oreilles, et le plus souvent dans une seule, la gauche; bourdonnement pareil au bruit que produit le roulement d'une voiture pesamment chargée, et qui dégénérait parfois en sifflement. La diminution de cette fausse perception de l'ouïe annonçait la fin de l'accès.
Le même auteur parle d'un autre cas, celui d'une femme dont la névralgie, également à gauche, était précédée de bluettes devant les yeux. Pendant l'accès il y avait bourdonnement et sifflement dans l'oreille gauche. « Six de mes malades sur quatorze, dit-il, se plaignaient d'entendre des bruits, des bourdonnements, dessifflements. Uneseule observation parmi celles des auteurs fait mention de ce phénomène. Dans trois de ces sept cas, le symptôme existait des deux côtés ; dans les trois autres iln'avait lieu que du côté malade. Ce symptôme avait lieu principalement pendant les accès et était en rapport avec la violence des élancements (4). >.
(1) De subtilitatejWh, 18.
(2) Journ. de Fandermonde, ann. 1760, p. 60.
(3) Traité des névralgies ^ 1841, p. 58.
30 G DU DÉLIKÊ DES SENSATIOiNS.
Onze malades sur Irente-six, affectés de névralgie fémoro poplitée ou sciatique j ont éprouvé, toujours selon M. Valleix (1), des fausses sensations. Le plus souvent elles consistaient en un froid dans le lieu occupé par la douleur. Au toucher on ne trouvait aucune différence de température entre le membre sain et le membre malade. Cette fausse sensation devenait plus forte à des moments variables du jourj ordinairementlorsque les malades se mettaient au lit, notamment en hiver. Dans trois cas, au contraire, c'était une chaleur brûlante, pareille à la douleur occasionnée par l'action d'un acide sur une plaie.
(1) Ibiâ. p, 532