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INTRODUGTION
On désigne sous le nom de délire fébrile les troubles cérébraux qui surviennent, à titre de complication, dans le cours des maladies aiguës.
Les cas de délire fébrile sont très nombreux dans les services de médecine des hôpitaux. Pendant notre stage hospitalier, nous avons eu l’occasion d’en observer plusieurs. Il n’est presque pas un typhique qui, dès le début de sa maladie, ne présente des troubles mentaux. Très fréquent aussi dans la pneumonie, le délire fébrile se rencontre encore souvent dans la variole, l’érysipèle, la rougeole, la scarlatine. Ces complications psychiques des pyrexies sont même si communes que, d'ordinaire, elles attirent peu l'attention. On les attribue simplement à l’élévation de la température, et sachant que, dans l’immense majorité des cas, elles ne dureront pas au delà du terme de la maladie à laquelle elles se sont surajoutées, et disparaîtront sans laisser de trace, on se contente de les signaler sans s’y arrêter.
CR
En 1884, à l'hôpital de la Croix-Rousse, M. le professeur agrégé Vinay eut à soigner un grand nombre de varioleux. Il réunit les observations de ceux qui présentaient des symptômes cérébraux, avec l'intention de faire sur ce sujet un travail dont il avait commencé l’ébauche.
Lorsque, pendant l’année 1891, nous étions stagiaire dans son service à l’'Hôtel-Dieu de Lyon, à plusieurs reprises 1l nous montra des cas de délire fébrile dans la pneumonie et dans la fièvre typhoïde. Il nous conseilla d'étudier cette question et à la prendre comme sujet de notre thèse, Il nous abandonna le travail qu’il avait com mencé et que d’autres occupations l’avaient empêché de continuer.
Nous le remercions de l’obligeance avec laquelle il a mis à notre disposition la collection d’observations rassemblées par lui. Nous lui conservons en outre la plus grande reconnaissance pour la bienveillance qu’il n’a cessé de nous témoigner pendant l’année passée dans son service.
M. le professeur Pierret a bien voulu nous permettre de rechercher, parmi les observations de l’asile d’aliénés de Bron, celles qui se rapportaient au sujet de notre thèse.
Plusieurs fois il nous a été du plus grand secours en soumettant à l’épreuve d’une discussion serrée quelquesunes des idées que nous voulions émettre. Que M. le professeur Pierret reçoive l’expression de notre gratitude.
Nous remercions M. le professeur Teissier des marques d'intérêt qu’il a bien voulu nous donner. Nous sommes redevable à sa bienveillance de deux observations qu'il nous à autorisé à recueillir dans son service.
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Que nos maîtres de Paris et de Lyon et de l’École du Service de Santé militaire reçoivent nos remerciements pour les leçons que nous avons reçues. Nous remercions aussi M. le professeur Mayet de l'honneur qu’il a bien voulu nous faire en acceptant la présidence de notre thèse.
Nous nous sommes efforcé de grouper les faits présentés, de facon à ce qu’ils conduisent à une interprétation pathogénique simple et précise, but de notre travail.
Allant du connu à l'inconnu, nous commencerons par étudier minutieusement sur les observations les conditions étiologiques et les caractères du délire fébrile.
Les considérations qui ressortiront d’une semblable analyse seront basées sur des faits cliniquement observés. Elles nous permettront de fixer les conditions auxquelles devra satisfaire une théorie pathogénique du délire fébrile pour être déclarée valable.
Examinant ensuite les théories données jusqu’à ce jour, nous verrons si elles concordent avec les faits, si elles donnent satisfaction à l’esprit, en expliquant completement le mécanisme intime du délire.
Après avoir discuté ces théories, nous serons amené, n’en trouvant pas, à notre avis, une seule qui soit entière ment acceptable, à en formuler une nouvelle.
L'idée à laquelle nous nous sommes rattaché, dans notre conception, à déjà été en partie exposée dans la thèse inaugurale de M. Chardon-Fleuret ‘, mais d'une facon absolument hypothétique. C’est une vue doctrinale, tandis que nous croyons être arrivé à accumuler tant de
4 Thèse de Lille, 1889.
26, probabités en faveur de notre idée ; qu’elle nous semble logiquement acceptable, sinon démontrée.
Dans le premier chapitre nous chercherons à établir une définition du délire fébrile assez large pour comprendre tous les cas qui doivent s’y rattacher, et ils sont nombreux.
La place qu’occupe le délire fébrile dans la classification des maladies mentales et l'historique des principaux travaux dans lesquels il a été décrit formeront le second chapitre.
L’étiologie (chapitre IT), anatomie pathologique (chapitre IV), nous fourniront les éléments de la théorie exposée à propos de la pathogénie (chapitre V).
Nous terminerons par un court résumé des symptômes morbides observés (Symptomatologie, chapitre VI). Nous n’avons guère trouvé d'éléments nouveaux à ajouter aux descriptions déjà faites, et, dans un exposé complet des symptômes, nous n’aurions pu que citer les travaux publiés précédemment.
Le pronostic (chapitre VII) est trop incertain et dépend de trop de circonstances particulières à chaque forme de délire, à chaque malade, pour conduire à des considérations sur le délire fébrile pris dans son ensemble. Le pronostic varie suivant les phases de la maladie.
Le traitement enfin (chapitre VII) relève de l’idée pathogénique que nous nous sommes créée.
Les observations sur lesquelles seront établies nos sta tistiques sont au nombre de plus de quarante, les unes provenant du service de M. le professeur agrégé Vinay, d’autres de l’asile de Bron, les autres enfin recueillies par nous dans les différents services hospitaliers de Lyon.