INTRODUCTION
L'historique du délire post-éclamptique se confond avec celui de la folie puerpérale. Lallier, en sa thèse (Paris, 1892) a cité les auteurs qui, jusqu’à cette époque, s’étaient occupés des relations de l’éclampsie et du délire consécutif dans certains cas. Depuis, peu de travaux ont été publiés sur ces relations de cause à effet entre l’éclampsie et la psychose, mais l’étude de la forme de cette dernière a été très approfondie, d’une manière imcidente, 1l est vrai, dans les descriptions de la confusion mentale hallucinatoire, ce type de folie d’origine toxique.
Ileest en effet hors de doute à l’heure actuelle que convulsion et délire dérivent tous deux d’une même cause, d’une auto-intoxication de nature d’essence inconnue mais indéniable.
Nous passerons toutefois en revue toutes les diverses opinions émises pour expliquer le délire à la suite des accès d’éclampsie, les unes faisant de l’accès même d’éclampsie, la raison du délire, les autres, moins nombreuses, voyant
ape
en dehors des accès, un agent provocateur du délire, puis nous examinerons le rôle de l’auto-intoxication.
L'étude du délire post-éclamptique lui-même viendra nous confirmer dans cette assertion de délire d’auto-intoxication : ses ressemblances avec les délires suites d’intoxication, délire alcoolique, urémique, par exemple, sont telles qu'il est parfois difficile d'établir un diagnostic. La forme habituelle de cette psychose, connue depuis peu de temps, ainsi que nous le verrons en la décrivant, est la confusion mentale hallucinatoire. Celle-ci, suivant les cas, revêt une forme plus ou moins atténuée, au point qu’il est parfois possible de Passimiler à un rêve, ainsi que Lasègue Va fait pour le délire alcoolique. Nous nous arrêterons à ces diverses formes et après avoir fait l’exposé du diagnostic, du pronostic et du traitement, nous publierons les observaüions recueillies dans les auteurs et celles beaucoup plus précieuses qui nous ont été communiquées par M. le professeur Pinard. à
Les statistiques établies jusqu’à présent sont erronées, aussi avons-nous réuni la plupart des observations publiées afin d'essayer d’en tirer quelques conclusions, heureux si, à l’obstétrique, la pathologie mentale et à la thérapeutique, elles peuvent apporter quelque chose de nouveau.
CHAPITRE PREMIER Relation du délire post-éclamptique et de l’éclampsie.
L'existence d’un délire survenant à la suite d’accès éclamptiques sans qu’il soit question d'infection n’est plus à discuter et il serait déraisonnable de voir dans l’apparition d’une psychose à ce moment, une simple coïncidence fortuite.
Aussi que d'explications on a essayé de donner du trouble mental, les uns en cherchant la cause dans l’éclampsie ellemême, les autres en dehors.
Selade, le premier, attribua le délire d’origine éclamptique aux fortes déplétions sanguines pratiquées chez des femmes « dont le système nerveux se trouve déjà, dit-il, dans un état d’éréthisme et d’exaltation particuliers ». A remarquer dans cette théorie l’intervention d’un élément nerveux d’origine plus ou moins récente.
Marcé partagea cette opinion mais crut devoir la compléter en y adjoignant « l’action d’une véritable perversion nerveuse, qui, après avoir amené des désordres du côté des mouvements, finit par provoquer l’explosion de troubles intellectuels, ainsi, ajoute-t-il, qu’on l’observe dans lépilepsie, l’hystérie, alors qu'aux mouvements convulsifs succède souvent le délire ».
Seyne
Simpson, peu de temps après que Cotugno eut découvert l’albumine dans les urines, fut le promoteur d’une idée nouvelle qui réunit beaucoup d’adeptes : « le délire provient de l’intoxication de la masse sanguine par l’albumine de la grossesse »; pour lui, même, toutes les folies puerpérales dérivent de cette cause. Dès lors, Spiegelberg, Winckel, Zweifel, Donkin, apportent des observations pour affirmer ce fait, tandis que Imbert, Goubeyre, Frerichs et Boyer le combattent, soutenant avec feu la théorie de l’urémie brightique, l’urée étant seule cause du délire.
Bailly résumait ainsi ces questions : « albuminurie et éclampsie, par conséquent délire, sont symptomatiques d’un même trouble rénal, caractérisé dans un premier degré par l’albuminurie et ayant pour expression ultime la convulsion éclamptique » ; le délire post-éclamptique a même genèse.
Or, ilexiste des observations bien précises où l’éclampsie suivie d’aliénation mentale ne fut pas précédée d’albuminurie. On ne peut admettre l’hypothèse d’une éclampsie réflexe, ainsi que l’ont fait Mandillon et Pinzani, le shock seul des accès éclamptiques pouvant faire éclore les troubles psychiques. |
Nous éliminons les déplétions sanguines de la genèse de la psychose. Bien des éclamptiques sont devenues délirantes sans avoir été saignées. Il en est de même pour l’albuminurie, vu qu'il existe des cas de délire post-éclamptique sans qu’on ait pu, à aucun moment de la gestation, déceler même des traces d’albumine dans les urines. Trousseau et Fritz ont laissé chacun une observation très nette de ce fait.
Si, d'autre part, on a analysé les urines bien avant les