‹ Du démon de SocrateChapitre 22 sur 74 · ACTE d'accusation · texte numérisé non relu

ACTE d'accusation

« divinités nouvelles^ sous le nom de démons; Soc( crate est coupable, en ce qu'il corrompt la jeunesse c( d'Athènes.

« Pour peinC; la mort (1).»

Mélitus, poëte froid et de peu de talent, avait pour coaccusateurs Lycon, orateur et sophiste, et Anytus, citoyen riche et considéré, qui avait contribué, avec Thrasybule, à délivrer Athènes de la tyrannie des Trente.

L'atfaire fut portée devant les Héliastes, tribunal chargé des affaires criminelles, et composé de cinq cents juges, désignés par le sort, et pour la plupart gens du peuple, sans principes et sans lumières. L'accusation y fut soutenue par ceux qui Favaient

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Accusavit Melitus, Meliti filius, Pitheensis, Socratem, Sophronisci filium, Alopecensera, de hisce criminibus. Jura Yiolat Socrates, quos ex majorum instituto suscepit civitas^ Deos esse negans, alla Yero nova dsemonia inducens. Contra jus et fas juvenes corrumpit. Pœna illi mors. (Phavorin, dans Diogéne-Laerce, lib. II, s. 40.)

Voyez aussi/^PLATON, Apologie, p. 56, Euthyphron, p. 5^ et XÉrsoPHON, Memorab.f lib. J, p. 708.

[a] S'ilm'a paru convenable de citer ici et ailleurs le texte grec, cela m' paru indispensable dans la deuxième partie de la vie de Socrate. Pour la prétention que ces citations pourraient me faire attribuer, voyez la N(;te 2, à Ja fîii du\olurae.

portée, et spécialement par Mélitus(l). Socrate y comparut, entouré de ses disciples et de ses amis (2). Platon, jeune alors, voulut dire quelques paroles en faveur de son maître; mais comme il n'avait pas encore trente ans, âge requis pour parler en public, il fut contraint de s'abstenir (3). Socrate, qui avait refusé Fassistance de plusieurs de ses disciples, et en particulier celle de Torateur Lysias, dont il trouvait le discours trop orné (4), Socrate prononça lui-même sa défense, que nous a conservée Platon, sous le titre de son Apologie.

Il y a longtemps que tout a été dit sur cet admirable discours. Socrate s'y montra ce qu'il fut toute sa vie, simple, grand, sublime, marlyr de la vérité et de la vertu. Il n'employa aucun de ces artifices oratoires qui peuvent être utiles à la cause de l'homme, mais qui nuisent à celle de la vérité (5). Il défendit ou expliqua ses opinions inculpées. La partie de l'acte d'accusation qu'il repoussa avec le plus de force et de

(i) Platon, Jpologie, passim. — Xénophon, Apologie, passim.

(2) Platon, Apologie, p. 78, 88.

(3) Diogène-Laerce, lib. Il, s. 41.

(4) CicÉRON, De oratore, lib. 1, s. 54. — Quintilien, Institut, orat., lib. XI, cap. i. — Diogène-Laerce, lib. II, s. 40. — Valére-Maxime, lib. VI, cap. iv.

(5) Platon, Apologie, p. 81, 82, 89. — Xénophon, Memorabilia, lib. IV, p. 804. — Quintilien, Institut, orator.y Ijb, XI, cap. I.

SON PROCÈS. iAb

succès fut celle qui était relative à la subversion de la morale^ ou plutôt à la corruption de la jeunesse. Quant à la première, celle où il était dit qu'il n'admettait pas les dieux d'Athènes, et qu'il introduisait parmi eux des divinités nouvelles, sous le nom de démons, j'ai déjà laissé entrevoir, et je dirai plus tard, pourquoi il ne pouvait pas s'en tirer aussi victorieusement.

Socrate prononça tout ce discours avec l'assurance d'un homme innocent et convaincu, et on l'eût pris, dit Cicéron (1), plutôt pour le maître de ses juges, que pour un accusé soumis au résultat de leur verdict. Cela n'empêcha pas qu'un premier jugement ne le déclarât coupable de ce dont il était accusé. Conformément à la loi d'Athènes, il en fallait un second pour la détermination de la peine (2). Suivant cette loi encore, l'accusé, contre lequel on concluait à la mort, pouvait choisir entre une amende et le bannissement ou la prison perpétuelle (3) . Socrate ne choisit aucune de ces punitions; mais il dit qu'à raison des services par lui rendus à la république, il se condamnait à être, pendant le reste de sa vie, nourri dans le Prytanée^ aux dépens de l'État (4). Cet orgueil inconsidéré in-

(1) Deoratore, hb. I, n. S4.

(2) Cicéron, De oralorey lih. I, n. o4.

(3) Platon, Apologie^ p. 86 ; Criton, p. 121.

(4) Platon, Apologie, p. 84. — Diogéne-Laerce, lib. Il, s. 42. — C'est là surtout la version de Xénophon [Apologie, p. 705 ) ; mais , suivant Diogène-Laërce et Platon, Socrate

i46 HISTOIRE ORDINAIRE DE SOCRATE.

disposa contre lui ceux de ses juges qui avaient d'abord opiné en sa faveur (1). La sentence de mort fut prononcée, et elle portait que le poison terminerait les jours de Faccusé.

La fermeté de Socrate ne se démentit point (2). Il reçut, avec le calme d'un homme qui, toute sa vie, avait appris à mourir (3), une sentence qu'il avait pour ainsi dire provoquée, et à laquelle il s'attendait (4). Reprenant une troisième fois son discours, loin de s'emporter en reproches contre ses juges, il les consola, ou les plaignit (5), et quand il sortit du tribunal pour se rendre à la prison, il semblait plutôt, à sa démarche, avoir gagné sa cause que l'avoir perdue (6).

Le lendemain de son jugement, partit pour Délos la galère qui allait porter à Apollon les pieuses of-

consentit ensuite à subir une amende. On voit, dans l'Apologie, qu'après s'être condamné à payer de ses deniers une mine d'argent, il alla ensuite jusqu'à trente, sur la caution de ses disciples, Platon, Criton, Critobule et Apollodore. (Platon, Apologie, p. 88.)

(1) Cicéron, De oratore, lib. I, n. 54. — Diogéne-Laerce, lib. II, s. 42.

(2) Platon, Apologie, p. 88. — Xénophon, Apologie, p. 705; Memorab., lib. IV, p. 81G. — Plutarque, De la tranquillité d'ame et du repos de V esprit, ch. xxvi.

(3) Platon, P/iéc?ori, p. 144, 145, 153, 184.

(4) PLAT0N,^|)0/0^2e, p. 83.

(5) VhkTQ's, Apologie, p. 90 et seq. — Xénophon, Apologie, p. 705.

(6) Xénophon, Apologie, p. 706.

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