‹ Du démon de SocrateChapitre 23 sur 74 · SON SÉJOUR DANS LA PRISON · texte numérisé non relu

SON SÉJOUR DANS LA PRISON

frandes des Athéniens (1). La loi défendait de mettre à mort aucun coupable jusqu'à son retour (2). Socrate passa donc trente jours à peu près à recevoir^ dans sa prison, les visites de ses amis. Qui ne sait quel calme admirable (3), quel mépris de la mort, quelle philosophie sublime et presque déjà du ciel il déploya pendant tout ce temps ? Qui ne connaît le refus qu'il fit à Criton de s'enfuir de sa prison en Thessalie, pour ne pas désobéir à la loi, à la justice, et déshonorer ainsi les restes d'une vie qui leur avait été consacrée tout entière (4) ? Et quand le terme fatal fut arrivé, quand la galère sacrée eut revu les murs du Pirée, Socrate, qui semblait ne pouvoir plus grandir, s'éleva pourtant encore au-dessus de lui-même. La coupe mortelle à la main, consolant ses amis en larmes (5), il les entretint longuement de son dogme favori de l'immortalité de l'âme (6), des espérances d'une autre vie (7), des vertus dont il faut embelHr celle-ci (8) ; et, après avoir bu le

(1) Platon, Phédon, p. 131. — Xénophon, Memorab., lib. IV, p. 816.

(2) Platon, Phédon, ibid. — Xénophon, Memorab. ^ lib. IV, p. 816.

(3) Platon, Criton, p. JOO.

(4) Platon, Criton, p. 422 et seq. — Xénophon, Apologie^ p. 703. — Origène, Contra Celswn, hb. Il, s. 17.

(o) Platon, Phédon, p. 266. — Origéne, Contra Celsum, lib. m, s. 67.

(6) Platon, Phédon, passim, mais surtout p. 158, 242.

(7) Platon, Phédon, p. 183, 258.

(8) Platon, Phédon, p. 243.

i48 HISTOIRE ORDINATRE DE SOCRATE.

poison et avoir continué , pendant quelque temps encore, à ses disciples^ ses conseils et ses consolations, s'enveloppant de son manteau, et consacrant aux dieux sa dernière pensée (1), il mourut, comme il avait vécu, le plus religieux, le plus vertueux, et sûrement encore le plus heureux des hommes (2).

Voilà, sauf quelques omissions que le lecteur a pu croire légères, et que j'ai faites à dessein, voilà Socrate, tel, à peu près, que l'a vu toute l'antiquité, tel surtout que l'ont fait les temps modernes : le restaurateur, le martyr, la gloire de la philosophie ; le triomphateur des faux dieux, et, comme le saint Jean- Baptiste du christianisme ; Thomme, enfin, dont on prononce le nom, quand on veut personnifier la vertu et donner un corps à la vérité.

Il faut bien que je le dise pourtant, puisque tel est le but de cet ouvrage, ce portrait n'est pas ressemblant. C'est. le profil d'une figure dont les deux côtés ne sont pas en harmonie, et c'est l'autre coté qu'il me faut en faire voir maintenant. J'arrive seulement, comme on le voit, au cœur de mon sujet, ou plutôt à ce sujet lui-même. Ici la lenteur remplacera la rapidité. Il me

(1) Platon, Phédon.T^. 266; recommandation faite par Socrate à Criton de sacrifier un coq à Esculape. Lactance {Divin, instit., II, xv) voit là dedans uu acte de foi païenne, et il a raison, ainsi que je le prouverai tout à l'heure.

(2) Platon, Phédon, p. 267. — Xénophon, Memorahilia^ lib. IV, p. 816 et 818.

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