EXPLICATIONS DES AUTEURS
ne peut moins intellectuels, et qui, malgré les lumières et le scepticisme dont nous nous targuons, continuons à porter dans tant de questions philosophiques et physiologiques une crédulité si peu éclairée et, si je puis ainsi dire, si antique.
Enfin, parmi les auteurs modernes, il n'y en a, comme je Tai dit, que quelques-uns qui aient pensé a attribuer à une exaltation voisine de la folie, les inspirations démoniaques du philosophe athénien. Mais cette opinion, jetée en passant, sous forme de doute, et sans aucune démonstration, paraît à peine avoir été prise en considération par ses auteurs eux-mêmes. J'ai déjà cité, à cet égard, Diderot et Barthélémy, qui disent là-dessus des choses très-sensées, mais auxquelles leur manque de développement et de preuves ne permet pas de faire autorité. Je rapprocherai de leur manière de voir une autre explication toute récente, et qui, quoique moins vraie qu'elle, est pourtant tout ce qu'on peut dire de plus satisfaisant sur le démon de Socrate, quand on n'a pas puisé, dans l'étude de la psychologie morbide, les moyens de voir toute la vérité à cet égard. Cette opinion est celle de M. Stapfer (1). En somme, suivant ce savant écrivain, le sentiment moral et religieux était tellement développé chez
(1) Biographie universelle, art. Socrate, 1825. Qu'on veuille bien toujours se rappeler que ce livre a été écrit en 1835, et que j'ai cru ne rien avoir à y changer. (Note de la deuxième édition.)
2i0 HISTOIRE PSYCHOLOGIQUE DE SOCRATE.
Socrate, que lorsque les mouvements s'en faisaient sentir avec le plus d'énergie^ ils lui apparaissaient comme partis d'une cause distincte de sa personne, et il devait croire les observer plutôt que les produire, entendre des voix plutôt qu'accomplir des actes ou éprouver des émotions dont ses facultés étaient ellesmêmes la source et Tobjet. Cette manière de sentir, M. Stapfer l'appelle une illusion d'optique Psychologique', et il faut convenir qu'il est impossible de parler avec plus de respect des hallucinations d'un grand honTme. Mais, malgré la délicatesse de l'expression, et, si l'on veut, sa justesse apparente, c'est ici que se trouve l'erreur (1). Pour que ces fausses perceptions de Socrate n'eussent constitué qu'une illusion, ou plutôt une méprise compatible avec un état de raison réellement intact, il eût fallu que ce philosophe ne les eût éprouvées qu'accidentellement , et surtout que , s'en rendant parfaitement compte, il ne les eût jamais prises que pour ce qu'elles étaient, ainsi que cela peut avoir lieu dans certains cas de folie sensoriale commençante. Mais il en était tout autrement. Socrate, ainsi que le reconnaît M. Stapfer, voyait dans son démon un être bien déterminé, bien réel, dont l'action
[\) Une question pour trancher la question. Un philosophe qui, aujourd'hui, se prétendrait en communication directe avec la Divinité, et dirait en entendre la voix, lui donnerait-on une chaire à la Faculté des lettres ou une cellule à Charenton ?