EXPLICATIONS DES ACTEURS
plus de lucidité pour lire dans Tavenir (1) ; tandis que Pomponat, d'après sa manière astrologique de voir en pareille matière^ regarde les inspirations du Démon de Socrate comme le résultat de Tinfluence de l'astre qui avait présidé à sa naissance,, etqui réglait sa destinée (2).
Ceux qui ont le mieux traité Socrate, soit dans Tantiquité, soit dans les temps modernes, ont dit, en somme, que les inspirations de son génie, rendues par lui d'une manière trop figurée peut-être, n'étaient autre chose que celles de la raison la plus vertueuse, la plus sage, la plus éclairée qui fût jamais. C'est à peu près là l'opinion d'un des interlocuteurs du dialogue de Plutarque, qui dit que « l'esprit familier de c( Socrate estoit une parcelle de la commune nécessité, « qui confirmoit cet homme, par longue expérience, « à donner le contrepoids et le penchement, pour le « faire incliner deçà ou delà, en choses obscures et « difficiles à conjecturer par le discours de la raic< son (3). » C'est l'opinion de Montaigne (4), de Naudé (5), de Guy-Patin (6), de Fraguier (7), de Charpen-
(1) Theologia Platonica, lib. Xill, cap. 2.
(2) De incantationibus, in-12, Basiiese, 1556.
(3) Plutarque, Du Démonde Socrate, ch. 17.
(4) Essais, liv. I, ch. 2.
(5) Apologie pour les grands hommes faussement soupçonnés de magie, ch. iv.
(6) Esprit de Guy-Patin, Paris, in-12.
(7) Mémoires de V Académie des inscriptions et belleslettres, t. IV, p. 368.
tier (1), de Rollin (2), de Voltaire (3) et de quelques platoniciens tout à fait modernes (4) ; c'est peut-être celle de saint Augustin^ qui semble attribuer à la fourberie des disciples de Socrate ce qu'on raconte de son démon (5), fourberie que Rollin (6) et Barthélémy (7), au contraire, ne sont pas éloignés de faire peser sur ce philosophe lui-même.
Pour ce qui est de cette prétendue supercherie du sage d'Athènes ou de ses disciples, je n'ai plus à prouver, je pense, qu'il n'en était absolument rien. Je me borne à signaler l'opinion qui tendrait à y faire croire, comme une des importations les plus mal avisées qui se soient faites de l'astuce et de l'esprit philosophique modernes dans l'explication des faits de la raison grossière et ignorante des peuples qui vivaient il y a deux mille ans. La fraude ne saurait donner à une nation, au monde, des idées, des institutions, une rehgion nouvelles. Il n'y a que la foi, bien ou mal fondée, qui puisse produire cet effet-là. Nous aurions mauvaise grâce à le nier, nous, dont toutes les pensées, tous les actes sont encore maculés d'une foule de préjugés on
(1) Vie de Socrate, in-18, Paris, 1657, p. 139 et suiv.
(2) Hist. anc, liv. IX, ch. 4, s. 2.
(3) Dictionnaire philosophique, art. Socrate.
(4) Voyez, dans la deuxième partie, la note II : Opinion de M. Cousin sur le fait du Démon de Socrate.
(5) De civitate Dei, lib. VIII, cap. 27.
(6) Loco suprà.
(7) Voyage du jeune Anacharsis, ch. 67.