‹ Du démon de SocrateChapitre 48 sur 74 · CARDAN · texte numérisé non relu

CARDAN

Jérôme Cardan, né près de Milan^ en 1508, était bâtard, mais d'une famille noble, dont il expose, avec orgueil et complaisance, la généalogie et les titres divers. Il fait la remarque, au moins singulière, qu'on y vivait longtemps^ qu'on y procréait à un âge avancé y qu'on y était d'une haute stature^ d'un grand savoir , d'une 2Jar faite probité.

Son père était un original, ne s'habillant pas comme tout le monde, bègue, superstitieux, amateur de toutes sortes d'études, ayant, par suite d'une blessure reçue à la tête, perdu dans sa jeunesse plusieurs parties des os du crâne, enfin se croyant déjà guidé par un esprit. Quant à sa mère, elle était colère, mais elle avait de la sagacité et de la mémoire. Elle avait tenté de se faire avorter, étant enceinte de lui. L'état du ciel et des planètes, à Theure où naquit Cardan, eiàt pu, dit-il, faire de lui un être monstrueux et disloqué. Mais il en fut quitte pour naître dans un état de mort apparente, avec des cheveux noirs et crépus, et frappé d'une impuissance virile qui ne cessa qu'à l'âge de trente et un ans. Ce n'est pas tout. Il était bègue, comme son père, sans force corporelle, doué d'une aptitude moyenne, inter frigidam et harpocraticam, id est inter rapacem et inconsultam divinationem. L'état astrologique du ciel, au moment de sa naissance, fit encore que, malgré une certaine subtilité, son esprit n'était nullement libre, qu'il ne put jamais former que des projets interrompus et empêchés, qu'il n'eut que

peu de biens, peu d'amis, mais qu^en revanche il eut beaucoup d'ennemis, dont la plupart lui étaient inconnus, soit de nom, soit de visage. Il fut toute sa vie, ditil, absque hiimana sapientia, nec memoria validus, sed providentia aliquanto melior.

Après ce singulier portrait que Cardan traçait de lui-même, un an seulement avant sa mort, il parle^ sans transition, de la naissance d'un prince impérial, arrivée le jour même où il écrit, d'une autre ère qui commence pour Tempire romain, de Ferdinand et d'Isabelle, qui ont mis en mer une nouvelle flotte, etc.. ; le tout sans qu'on sache d'où lui viennent ces idées, et absolument comme pourrait le faire un maniaque.

Dans le chapitre xlvii de son ouvrage, chapitre intitulé Spiritus bonus^ il commence par rappeler qu'il est bien certain qu'il y a eu des hommes célèbres assistés ou gouvernés par des esprits familiers, appelés, dit-il, par les Grecs, anges ou messagers, et par les Latins, esprits (1). Dans ce cas se sont trouvés, ajoutet-il, Socrate, Plotin, Dion, Synésius, F. Joseph, et enfin lui [mihi). Mais, à V exception de celui de Socrate (2), tous ces esprits favorables, aussi bien que les

(1) Voyez, pour l'idée générale que Cardan se faisait des esprits ou démons, le chap. 93 du livre XVI du traité Be rerum varietate, et le livre XIX du traité De subtilitate.

(2) Rapprochez de cette exception , qui est un éloge, la longue et dégoûtante diatribe que Cardan a écrite contre Socrate, sous le titre de De Socratis studio. Cette palinodie serait d'un homme sans probité, si elle n'était d'un fou.

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esprits funestes de C, César, de Gicéron, d'Antoine^ de Brutiis, de Cassiiis, n'étaient, dit Cardan, que des démons^ tandis que le sien est un esprit bon et misécordieux.

Il était persuadé depuis longtemps de l'existence de cet esprit ; mais ce n'est que dans sa soixante-quatorzième année, comme il commençait à écrire sa vie, qu'il put bien s'assurer de la manière dont cet esprit l'avertissait des choses futures. C'étaient de très-fortes palpitations de cœur, la sensation d'un violent tremblement de terre, avertissements partagés par Cardan fils, quand les événements à venir lui étaient communs avec son père ; c'étaient des mouvements d'espèces ou d'images (movît speciem mihi) ^ etc., etc. (4).

Je cite ce qui suit dans le texte original, pour plus de vérité, et parce qu'il y a, dans ces pensées latines d'un halluciné, des choses pour lesquelles toute traduc-

(1) Indépendamment de ces différentes espèces de fausses perceptions. Cardan avait encore des hallucinations de l'odorat. Voici ce qu'il en dit au chapitre 43 du livre YIII du traité De rerum varietate : « Il y a encore en moi quelque chose d'extraordinaire; c'est que je sens toujours une odeur quelconque. Tantôt mon corps exhale une odeur d'encens, et tantôt une odeur désagréable. Pendant près de deux ans, les pores de ma peau laissaient passer une si forte odeur de soufre, que j'en étais insupportable à moi-même, et que je craignais pour ma santé; mais cette odeur n'était pas sensible pour ceux qui m'approchaient. » Il parle encore de cette même espèce d'hallucinations au chapitre 37 du livre De vita propria.

tion est impossible, inintelligibles qu'elles sont pour des traducteurs raisonnables.

In universum Dœmonum apud antiques multiplices fuere differentiœ : prohibentes ut Socratis, admonentes ut Clceronis in obitu, docentes quid futurum sit per somnum, per casus, per belluas, hortando nos ut ad locum eamus, et fallendo per sensurn unum, aut plures simul, et eo nobilior (hallucinations d'un ou de plusieurs sens) : item per res naturales (illusions), et demum per nonnaturales (hallucinations), et hune censemus nobilissimum. Item bonus et malus.

Aliud cur quce admonet non aperte admonet ? adeo ut vellem ; sed unam rem pro alia docet, velut strepitibus il lis inconditis y ut confiderem, Deum cuncta spectare, licet illum oculis non videam ? Poterat enim per somnium admonere aperte, vel per aliud ostentum clarius. Sed hoc forsan judicavit magis curam divinam, majoraque quœ acciderunt timorés^ impedimenta, anxietates et stridor timoris loco ; obscuritate etiam opus est, ut intelligamus esse opéra Dei, non ut vetare do^ ceamur.

Cardan se demande pourquoi ces choses-là lui arrivent, et non pas aux autres. C^est qu^ii était halluciné, et que les autres ne le sont pas. Il donne ensuite comme des avertissements de son Esprit, ces mots qu^il n'a pas pu comprendre, et que le lecteur ne comprendra sûrement pas davantage, Te sin casa et Lamant, puis ces phrases également extravagantes, id de vitâ quatuor

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