CARDAN
annorum ex responsione Simii ? Et de vermiculis qui in scutellis apparuerunt ?
Mais Tesprit de Thomme^ dit-il, n'est pas toujours disposé à concevoir les signes du bon Ange, que ces signes soient une vapeur ou une forme imparfaite, ou toute autre chose. Ce défaut de conception a lieu, suivant les philosophes, par Teffet de la mauvaise disposition des organes, ou, suivant les théologiens, par la volonté de Dieu, dont TAnge n'est que Tinstrument.
Cardan est aidé par son Esprit dans la recherche des causes, des disciplines ; il en reçoit la connaissance des choses incorporelles et immatérielles. Il lui doit sa réputation, sa gloire, ses plaisirs, du soulagement dans ses peines, du secours dans l'adversité, une grande partie de tout ce qui lui est arrivé d'heureux ; il aurait pu ajouter avec non moins de vérité, la plupart des fautes par lui commises dans le cours de sa vie vagabonde et déréglée.
Après ce que j'ai dit de Socrate dans Touvrage qu'on vient de lire, je ne crois pas avoir rien à ajouter sur ce chapitre de la vie de Cardan, où ce malheureux philosophe fait lui-même, d'une manière si formelle, l'histoire de ses hallucinations. Comme Socrate, il rend compte de ce qu'il éprouve, sans se douter de la portée de ses paroles. Mais les historiens de la philosophie y ont plus fait attention qu'à celles du sage d'Athènes, et ils ne seraient pas éloignés de voir dans Cardan un
fou^ ou quelque chose de très-voisin (1). Seulement ce qui les embarrasse^ c'est que, dans plusieurs endroits de ses ouvrages^ il revient, pour la nier, sur Texistence de son démon familier. Et c'est là précisément ce qui caractérise la forme de maladie mentale à laquelle il était en proie. Quand un halluciné est guéri, il ne croit plus à la vérité de ses hallucinations ; sauf à se les rappeler et à y croire de nouveau quand il retombe. Il arrive enfin une époque où elles ne le quittent plus. Alors il croit et à celles qu'il a présentement, et à celles qu'il a eues jadis, qu'il avait presque oubliées, mais que les nouvelles lui remettent en mémoire ; et voilà justement ce qui est arrivé à Cardan. Il a écrit l'histoire de sa vie et de son esprit familier un an environ avant sa mort, et à cette époque il était plus halluciné, plus fou que jamais, ainsi que son ouvrage tout entier en fait foi.
(i) BuHLiî , Histoire de la philosophie moderne; Philosophie de Cardan, t. H de la traduction française.