WIER, BODIN, NAUDÉ
liant son ouvrage, avait dans l'esprit tout à la fois plus de philosophie et de bonté. Si, dans son livre, De prestigiis Dœmonum, il ne met pas en doute le pouvoir malfaisant du Diable, et celui des véritables magiciens, au moins ne croit-il pas que ce pouvoir soit partagé par les sorcières, et c'est dans cette persuasion qu'il fait tous ses efforts pour arracher au bijcher ces pauvres vieilles abusées, que Bodin, au contraire, y traînait. Ce serait une grave erreur que de penser que Wier ait feint de partager une partie des croyances superstitieuses de son temps, pour se soustraire aux persécutions des ministres du culte, et pour obtenir plus sûrement le résultat auquel il voulait arriver, l'extinction des bûchers pour crime de sorcellerie. Une pareille opinion sur Wier prouverait qu'on n'a pas lu son livre, ou qu'on n'entend rien à l'esprit des époques et de leurs représentants. Wier a cru tout ce qu'il a dit, le faux comme le vrai, et peu de temps après lui, G. Naudé, dans son Apologie des grands hommes faussement soupçonnés de magie^ n'a pas émis des idées beaucoup plus raisonnables. Lui, contemporain et ami du fameux Campanella, il croyait aussi à la magie, aux maléfices; seulement il ne voulait pas qu'on en accusât tous les grands personnages en l'honneur desquels il est venu rompre une lance, et qu'il regardait seulement comme des savants, ou des politiques. Aussi, pas plus qu'à Wier, pas plus qu'à Bodin, il ne lui est venu dans l'esprit que tous ces fameux magi-