‹ Du démon de SocrateChapitre 59 sur 74 · LA FOLIE · texte numérisé non relu

LA FOLIE

« // est arrivé quelquefois^ quand les dieux en- « voyaient, sur certains peuples;, de grandes maladies c( ou de grands fléaux, en punition d^anciens crimes, « qu^wn saint délire^ s' emparant de quelques mortels y c< les rendît prophètes et leur fît trouver un remède à a ces maux dans des pratiques religieuses ou dans c< des vœux expiatoires ; il apprit ainsi à se purifier, a à se rendre les dieux propices, et délivra des maux « présents et à venir ceux qui s^'abandonnèrent à ses c( sublimes inspirations.

« Une troisième espèce de délire, celui qui est in- (( spire par les Muses, quand il s^'empare d'une âme « simple et vierge, qu'il la transporte et Texcite à c( chanter des hymnes ou d'autres poèmes et à emc( bellir des charmes de la poésie les nombreux hauts ce faits des anciens héros, contribue puissamment à c( l'instruction des races futures. Mais, sans cette poé- « tique fureur, quiconque frappe à la porte des Mua ses, s'imaginant à force d'art se faire poète, reste c( toujours loin du terme où il aspire, et sa poésie, c( froidement raisonnable, s'éclipse devant les ouvrac( ges inspirés.

(( J'aurais encore à citer beaucoup d'autres effets du a délire inspiré par les Dieux'. Gardons-nous donc de le « redouter, et ne nous laissons pas effrayer par celui c( qui prétend prouver qu'on doit préférer un ami de « sang-froid à un amant en délire

c( C'est ici qu'en voulait venir tout ce discours sur

DANS l'antiquité. 25f>

« la quatrième espèce de délire. L'homme, en apercec( vaut la beauté sur la terre, prend des ailes et brûle de a s'envoler vers elle; mais dans son impuissance ^ il « lève, comme l'oiseau, ses yeux vers le ciel, et négli- « géant les affaires d' ici-bas, il passe pour un insensé. « Eh bien, de tous les genres de délire, celui-là, selon c( moi, est le meilleur, soit dans ses causes, soit dans (.'.ses effets, pour celui qui le possède et pour celui à « qui il se communique. Or^, celui qui ressent ce délire c( et se passionne pour le beau^ celui-là est désigné c( sous le nom d'amant. En effets nous avons dit que . « toute âme humaine doit avoir contemplé les essence ces, puisque^ sans cette condition, aucune âme ne « peut passer dans le corps d'un homme. Mais il n'est « pas également facile à toutes de s'en ressouvenir, « surtout si elles ne les ont vues que rapidement^ si, « précipitées sur la terre^ elles ont eu le malheur c( d'être entraînées vers l'injustice, par des sociétés c< funestes, et d'oublier ainsi les choses sacrées qu'elles « avaient vues. Quelques-unes seulement conservent «des souvenirs assez distincts ; celles-ci, lorsqu'elles « aperçoivent quelque image des choses d'en haut, « sont transportées hors d'elles-mêmes et ne peuvent c< plus se contenir; mais elles ignorent la cause de leur « émotion, parce qu'elles ne remarquent pas assez ce c( qui se passe en elles. La justice, la sagesse, tout ce c( qui a du prix pour des âmes, a perdu son éclat dans « les images que nous en voyons ici-bas. Embarrassés

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