‹ Du démon de Socrate: specimen d'une application de la science psychologique à celle de l'histoireChapitre 16 sur 54 · INCULPATIONS DIBIGÉES CONTRE SES DOCTRINES · texte numérisé non relu

INCULPATIONS DIBIGÉES CONTRE SES DOCTRINES

aussi bien que les cérémonies delà religion athénienne. Mais surtout son grand Dieu^ son Dieu supérieur et universel, sa Providence, n^avait rien d'analogue, dana les opinions de ce temps-là, que ce que parait en avoir pensé Anaxagôre ; et Ton sait que, pour cette idée trop intellectuelle, ce philosophe, sans la protec-> tion de Périclès, eût pu précéder Socrate dans les cachots du Céramique (i).

Il n'est point question ici d'établir ou d'invalider la justice de l'acte d'accusation porté contre ce dernier. Ces vieux débats ne nous importent guère, et l'équité, dont Jes règles sont éternelles, n'a rien à y perdre ni à y gagner. Socrate avait raison, non pas seulement de faire descendre la philosophie du ciel, mais de s'y élancer lui-même, pour en chasser les faux dieux, et y mettre à leur place une induction plus raisonnable de la cause première ; ou, plutôt, il était poussé à cela par les nécessités de sa nature penseuse, et par les idées de son époque ; et, pour la gloire de cette époque même, ileùt été mieux que ce double but de réforme ne devint pas, pour lui, l'occasion d'une condamnation capitale. Si les hommes éclairés qui l'accusaient, si les hommes grossiers qui le condamnèrent, n'ont pas

(1) Plutarque, Vie de Périclès, eh. lx. — Diogène-Laerce, lib. 11, 8. 12. — On accusait, en outre, Anaxagôre d'avoir avancé que le soleil n'était point un Dieu, mais une masse de feu plus grande que le Péloponèse. Au fond , ces deux accusations revenaient au même.

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cru qu'il corrompit la morale et la jeunesse, conformément à ce que portait l'acte d'accusation ; s'ils ont eu pour motif secret de leur accusation ou de leur jugement, de punir Socrate d'une opinion politique qu'il eût dû^ ce semble^ pouvoir émettre librement^ le bl^me de la voie du sort dans le choix des magistrats (1) ; que leur mémoire en reste flétrie ! Mais s'ils croyaient à leur religion^ à la religion de Minerve, la protectrice de leur ville^ religion que tendaient à renverser les idées trop intellectuelles de Socrate^ pouvaient-ils ne pas condamner, ou^ au moins^ ne pas improuver, par un blâme judiciaire^ des opinions dont ils ne comprenaient que ceci^ qu'elles voulaient se substituer aux croyances qui avaient paru jusque-là faire la force et la prospérité de là république (â) ?

Il fut donc porté par Mélitus^ et remis au second des Archontes, l'an 402, environ, avant l'ère chrétienne, un acte d'accusation ainsi conçu : a Mélitus, a fils de Mélitus, du bourg de Pythos, intente une a accusation criminelle contre Socrate, du bourg d'A^ a lopécie. Socrate est coupable, en ce qu'il n'admet a pas nos dieux, et qu'il introduit, parmi nous, des

(1) Xênophon, Memorab., lib. I, p. 712. — Isocrate {Aréopagitique) paraît avoir émis sans danger le même blâme, assez peu de temps après la mort de Socrate.

(2) M. Cousin a complètement raison en tout ceci, loco suprà. — Cicéron , envisageant d'un point de vue différent la condamnation prononcée contre Socrate, Ta qualifiée d'impie, impiis sententiis (De divinationSf lit). T, 54).

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