LE DÉMON PREND UN CORPS
« milier de Sacrâtes feust fort célébré et renommé à « Athènes (1). »
« Vax souvent esté présent, ajoute le même Sima mîas, quand Socrates disoit qu'il estimoit hommes « vains et menteurs ceulx qui disoient avoir veu à Toeil a quelque chose de divinité. Et au contraire, ilpresa toit Vaureille à ceulx qui disoient avoir ouy quelque a voix y et les enquerroit certes et diligemment ; dont il « nousdonnoit à penser et conjecturer entre nous à part, a et à souspeçonner que ce démon de Socrates ne feust « point une vision, mais un sentiment de voix et une « intelligence de paroles, gui le venoit à toucher par a quelque extraordinaire manière : comme en sonce géant ce n'est pas une voix que les dormans oyent; a mais ce sont opinions et intelligences de quelques « paroles qu'ils cuydent ouyr prononcer (2).»
Bien loin d'être ici de l'avis de Simmias^ ou de Plutarque, Apulée dit au contraire : « Je croirais volontiers « que ce n'était pas simplement par la voix que le génie « de Socrate se manifestait à lui, car souvent ce n*est a pas une voix qu'il avait ouïe : c'est un signe divin qui « s'était offert à lui. Or ce signe peut n'être autre chose « que f image même du génie^ qui n'était visible que pour cf Socrate, comme la Minerve d* Homère pour Achille.
« Les Pythagoriciens, au dire d'Aristote, étaient a étonnés toutes les fois qu'ils entendaient quelqu'un
(1) Plut ARQUE, Du Démon de Socrate, eh. i9.
(2) /d., ibid., ch. 35.
a assurer quil n^avait jamais vu de génie. Pourquoi a alors^ s'écrie Apulée, Socrate, si semblable aux a dieux^ n'aurait-il pas pu voir le sien (1) ? »
De cette opinion du philosophe de Madaure, il résulterait que Socrate était sujets non pas seulement à des hallucinations de Touïe^ mais encore à des hallucinations de la vue^ et probablement^ en outre^ à des hallucinations du tact ; et en eflet^ ses extases, ses impulsions^ les signes variés qu'il disait recevoir, ne permettent guère de douter de l'existence, chez lui, de ces deux ou trois espèces de fausses perceptions.
Socrate, il est vrai, dit, dans les Memorahilia (â) : a II a y a des dieux, et ils ont beaucoup de soin des hom- (( mes; mais n'attendez pas qu'ils vous apparaissent, et « qu'ils se présentent à vos yeux. Qu'il vous suffise de a voir leurs ouvrages, et de les adorer ; et pensez que a c'est de cette façon qu'ils se manifestent aux hommes. « Car, entre tous les dieux qui nous sont si libéraux, il (c n'y en a pas un qui se rende visible pour nous distri- (( huer ses faveurs. » Mais il est évident que, dans ce passage, le sage grec ne parle que des grands dieux, des dieux réels, et non des démons ; et, pas plus que le morceau dePlutarque cité plus haut, celui-ci ne prouve qu'il n'ait pas eu d'hallucinations de la vue. Ces dernières, au contraire, semblent se lier nécessairement
(1) Apulée, De Deo SocraiiSy dans Apulei Opéra omnia, Lugduui Batavorum, in-4, 1823, t. II, p. 166, 167.
(2) Lib. IV, p. 802.
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au songe de la prison (1), où Socrate avaij vu s'avancer vers lui (eWxet.... irpodeXôouaa), une belle femme, vêtue de blanc, qui lui annonça sa mort prochaine.
Après ces nombreux témoignages, que je pourrais multiplier encore^ témoignages pris^ soit de la bouche même de Socrate, soit de celle de ses amis, de ses disciples, ou d'auteurs peu éloignés du temps où il vivait, je passe sous silence une foule de détails du même genre qui ne sont, au reste, la plupart du temps, que la répétition, Tabréviation, ou une version différente des premiers; détails qu'Antipater avait réunis en grand nombre (2), et qu'on trouvera dans Diogène- Laërce (3), Aulu-Gelle (4), Élien (5), Maxime de Tyr (6), Lactance (7),Tertullien (8),0rigène (9),Eusèbe(10),et.c. C'est toujours ce même fait général, que Socrate avait un démon, entendait une voix, qui Tempêchait d'agir quand il ne fallait pas le faire, qui lui annonçait l'avenir pour lui et pour ses amis, qui lui permit même
(1) Platon, Çriton, p. 102. — Gotpr. Olearius, De Socratis Dcemonio, p. 153.
(2) GicÉRON, De divinatione, lib. I, s. 54.
{») Lîb. n, s, 32.
(4) Noctes attic, lib. U, cap. 1 .
(5) Historiœ variœ, lih. YUI, 6ap. 1, De Socratis Genio.
(6) Dissertationes 14 et 15 : Quid sit Socratis Deus ?
(7) Divinarum institutionumy lib. II, cap. 15.
(8) Apologeticus liber adversus gentes, p. 75 ; dans Opéra OKkma; in-fblio, Parisii», f608.
(9) Contra Celsum, lib. YI, n. 8.
(10) Prceparatio evangeliea, lib. ]^lll,cap. 8, n. 13.
quelquefois de faire des prophéties sur les affaires publiques^ notamment sur Texpédition de Sicile^ et sur celle d'Ionie^ dont il annonça le mauvais succès (1). Indépendamment de cette croyance théosophique à lui tout à fait personnelle^ Socrate^ il m'importe de le remarquer de nouveau^ partageait les croyances superstitieuses générales (2). Il admettait les dieux d'Athènes ; il voulait qu'on leur rendît les hommages prescrits par le culte du pays (3) ; qu'on leur offrît des sacrifices^ qu'on consultât leurs oracles, qu'on obéît à leurs commandements (4). Xénophon, ayant reçu des lettres de son ami Proxéuus, par lesquelles il était invité à passer en Asie, au service du jeune Cyrus, les communiqua à Socrate, et lui en demanda son sentiment; sur quoi il ne reçut aucune réponse de lui, sinon qu'il fallait consulter l'oracle de Delphes. Et Xénophon étant de retour, Socrate le blâma d'avoir demandé ce qu'il fallait faire pour se rendre les dieux favorables dans ce voyage, plutôt que d'avoir cherché à savoir s'il fallait l'entreprendre, ou non (5).
(1) Platon, ThéagèSy p. 21 . — Plutabque, Du Démon de Socrate, ch. 19; Vied*Alcibiade, eh. 31.
(2) Lactamce, Divin, instit., lib. 111, cap. 20.
(3) Xénophon, Memorab., lib. I, p..708, 722 ; lib. IV, p. 803.
(4) Platon, Apologie, p. 60, 61, 77; Phédon, p. 251; Euthyphron, p. 9 ; Deuscième Aldbiade, p. 76. — Xénophon, Memorab., lib. I, p. 708, 709, 727 ; lib. II, p. 749 ; lib. IV, p. 802, 815. — GicÉRON, De divinatione, lib. I, n. 3.
(5) Xénophon, De eœpeditione Cyriy lib. III, p. 294. — CïCÉRON, De divinatione, lib. î, n. 54.