SA CROYANCE AUX SONGES
Socrate, en outre^ croyait aux songes (1)^ et il expose longuement, dans la République^ les conditions favorables de rame dans lesquelles ils ont de la valeur (2). Il racontait que, la veille du jour où il détourna Platon d'aller à Tarmée (3)^ il en avait eu un dans lequel il voyait un cygne sortir de son sein en chantant^ ce qu'il appliquait à Platon et à ses écrits (4). Dans la pri-
(1) Platon, i4potopte, p. 77; Philèbe, p. 227; Phédon^ p. 137 ; Banquet^ p. 230.
(2) a Cum dormientibus ea pars animi quae mentis et rationis sit particeps sopita langueat ; illa autem in qua feritas quœdam sit atque agrestis immanitas, cum sit immoderato obstupefacta potu atque pastu^ eisultare eam in somno immoderateque jactari. Itaque huic omnia visa objiciuntur, a mente ac ratione vacua : ut aut cum matre corpus miscere videatur, aut cum quovis alio vel bomine, vel Deo; ssepe bellua ; atque etiam trucidare aliquem et impie cruentari, roultaque facère impure, atque tsetre cum temeritate et impudentia. At qui salubri et moderato cultu, atque \ictu quieti se tradiderit^ ea parte animi, quœ mentis et consilii est, agitata et erecta^ saturataque bonarum cogitationum epulis ; eaque parte animi , quae Yoluptate alitur, nec inopia enecta^ nec satietate affluent! (quorum utrumque praestringere aciem mentis solet, sive deest naturae quippiam, sive abundat atque afiluit) ; illa etiam tertia parte animi in qua irarum exslstit ardor^ sedata atque restincta : tu m eveniet^ duabus animi temerariis partibus compressis, ut illa pars tertia rationis et mentis eluceat, et se vegetam ad somniandum acremque prœbeat : tum et visa quietis occurrent tranquilla atque veracia.» (Gicéron, De divinatione, lib. I, n. 29.)
(3) Elien, Hist, var.^ lib. III, cap. 28.
(4) Diogéne-Labrgb, lib. III, s. 5. — Origène, Contra Celsum^ lib. Yl, s. 8.
190 HISTOIRE PSYCHOror.lQUE DE SOGRATE.
son, avant que la galère sacrée fût revenue de Pélos^ en ayant eu un autre, où cette belle femme, dont U vient d'être question, lui adressait ce vers d^Homère :
« Dans trois jours tu seras dans la fertile Phthie » (1)...
il dit à Criton que^ ce songe signifiant que^ lui^ Socrate, devant mourir dans trois jours^ le fatal vaisseau n Priverait que le lendemain (2). Enfin, le jour même de sa mort, il raconta à ses disciples assemblés, que, sur la foi de songes multipliés, qui l'avaient poursuivi toute sa vie, il s'était enfin décidé à chanter le Dieu dont alors on célébrait la fête, et à mettre en vers je ne sais quelle fable d'Ésope (3). '
Assurément il n'est pas extraordinaire qu'un Athénien, et même un Athénien de marque, ait donné dans toutes ces erreurs de l'enfance de la raison humaine.Hais que telles aient été également les croyances d'un aussi grand esprit que Socrate, d'un philosophe qui admettait un être suprême, tel, à peu près, que celui des chrétienis^
(i) HoHÉRB, Iliade, liv. IX, y. 363.
(2) FlatoN) Criton, p. 102. ^ Gicéron, De divinat,^ lib. I, s, 2$. — Au lieude€riton, Diogène-Laêrce (lib. li, s. 35) donne ici pour interlocuteur à Socrate, Eschîne, rtn autre de ses éisciples.
(3) PLAtON,' Pfterfon, p. 137, 138. — Plutarque, Comment U faut lire 'tes pùëtes, ch. 4. -^ DiOgèn^-Ldêrce ( lib.* Il, s. 42) donne le commencemerrt dé cett^ fabté, ainsi' que celui de Thymne qcre fit Socrate en Thonneur d^Apollon : DêUê ApoUo,sal9e, et Diana, pueriinê^ti^^^^ «- •" "