‹ Du démon de Socrate: specimen d'une application de la science psychologique à celle de l'histoireChapitre 37 sur 54 · OPINION DE M. COUSIN · texte numérisé non relu

OPINION DE M. COUSIN

saire pour représenter la fausse sensation d'un halluciné.

Ce n'est pas que^ dans certains cas^ le mot BoLi^ui^m n'ait été véritablement employé adjectivement par Socrate, et je vais dire^ à ce sujet, suivant quelle échelle psychologique le sage Grec modifiait l'expression de ses sensations morbides. Lorsque ces dernières consistaient tout simplement en un sentiment vague^ indéterminé^ de l'assistance lointaine de son grand Dieu^ ou des Dieux paï^s, Socrate disait^ Oeoç, 6eo(, Dieu, les DieuXy le Dieu de Delphes. La sensation se particularisait-elle davantage^ le Dieu semblait-il se rapprocher? Socrate disait^ 6 Osoc^ le Dieu. Agissant de plus près encore^ le Dieu pour lui^ devenait le Démon, to $tttfji,(^v(ov^ ô 8a({juov. Dans certains cas^ la sensation^ quoique plus déterminée, n'était peut-être encore qu'une illusion, relative à un mouvement extérieur quelconque, que Socrate interprétait à sa façon, et alors il se contentait de dire, to $ac;xov(ov 9y){xeTov, le signe du Démon (Républ., VI), TO 6i(o6bç oTifjieTov tou SatfjLov(ou, le signe accoutumé du Démon (Euthydème), tI Saifjw^vtov IvavTtwfMt, quelque empêchement du Démon (I«^ Alcibiade) . Enfin, la sensation devenait-elle tout à fait spéciale, auditive, sans cause dans le monde extérieur^ Socrate alors entendait la voiXy cpojv^. C'était là le superlatif de ses hallucinations.

Je termine ici cette discussion, qu'il serait complètement inutile d'étendre davantage> et que je n'aurais

pas soulevée^ si je lui avais cru le moindre caractère philologique. Ma position m'a forcé à m'occuper^ en psychologie^ de choses plutôt que de mots^ et ce sont des choses seulement dont je voulais établir la vérité. Les mots se sont ployés à cela d'eux-mêmes. Ils sont venus expliquer les faits, comme ilsont à leur tour été expliqués par eux; et la facilité avec laquelle a été obtenu ce double résultat me parait un assez bon garant de la fidélité qu'ont mise Platon et Xénophon à rendre les préceptes et les hallucinations de leur maître. C'est une idée que je soumets au jugement des hellénistes et des philosophes.

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