‹ Du démon de Socrate: specimen d'une application de la science psychologique à celle de l'histoireChapitre 47 sur 54 · TROISIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIEME OBSERVATION

Folie parement sensoriale, durant depuis quinze ans. ^ Hallucinations et illusions relatives aux sens du tact, du goût, de Todoràt et de l'oale. — Nul autre délire que ces fausses per^ ceptions et les conséquences qui en sont Urées.

STHonTMiE. (Celle de l'observation précédente.)

B., vieillard sexagénaire^ appartenant à la classe aisée de la société^ d'un esprit naturel assez développé et ayant reçu une certaine culture^ était déj|t^n iS^% d'une susceptibilité et d'une défiance assez grandes^ lorsqu'il perdit son frère^ auquel il était fort attaché^ Qt se mit dans la tête que cette mort était le résultat d'un empoisonnement. Il voulut poursuivre judiciairement ce prétendu assassinat. Son esprit s'exalta da^ vantage^ et il se crut lui-même menacé de perdre la vie par le poison. Cette persuasion^ qui depuis ne l'a plus quitté; est fondée sur de fausses perceptions

relatives à tous les sens, excepté celui de la vue,

B. s'imagine qu'on empoisonne ses aliments ; qu'on lui fait respirer de mauvaises odeurs ; que^ pendant son sommeil^ on son séjour au lit^ on lui larde, avec des instruments piquants^ diverses parties de la peau, n entend des paroles^ des discours qui ne sont pas prononcés et qui sont relatifs aux mauvais desseins qu'il croit avoir été formés contre lui. D'autres fois seulemeût il travestit, suivant ses fausses idées, ce qu'il entend réellement dire à ses oreilles. Ces diverses hallucinations sont on ne peut plus fortes, suivies, déterminées^ Il n'y a pas de jour qu'il ne me fasse flairer ses aliments^ ses boissons, ses vêtements^ ses objets de couchage^ auxquels il trouve une odeur, ou iine saveur malfaisante, indice manifeste, dit-il^ de l'existence du poison. Ces fausses sensations ne s'ac* eompagnent d'aucune incohérence dans les idées, d'au« time erreur de conduite. Qu'on accorde à B. qu'elles sont vraies^ et il n'y a rien que de très-logique dans ses parolea et dans ses at^tions.

Si j'entreprends de les lui combattre, en lui repré* sentant qu'elles pourraient i)ien n'étire que des erreurs, des illusions, les rêves d'un homme qui veille, il va iout de suite au fond de la question, et mè répohd iju'il n'est pas fou, qu'il sait et sent bien ce qu'il sent; et il n'y a pas à lui dire le contraire. Ses fausses perceptions sont plus fortes, plus nettes, plus suivies que la plupart de nos vraies sensations 3 et sa réponse sir mes insinuations est celle que m^ont toujours faite

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tous les hallucinés qui se trouvent daus le même cas que lui.

Sa Yue^ qui a commencé à s^altérer au mois de novembre 1834; est maintenant tout à fait perdue, par .suite de lésions variées des nerfs et des globes ocuiaires> telles qu'amaurose^ taies sur les cornées^ staphylômeS; etc... Il pourrait y avoir^ malgré cette perte des organes externes de la vue, hallucinations relatives à ce sens. Mais^ comme je Tai dit^ il n'y en a pas.

Quand on change B. de salle et de voisins^ des im* pressions^ des idées nouvelles neutralisent^ pendant •quelque temps, la production de ses hallucinations, bien quMl se les rappelle et qu'il croie toujours aussi fort à leur réalité. Mais cet état de calme et de raison à peu près véritablement complète ne dure pas long<* temps, et peu à "peu, par Teifet de Fhabitude qui affaiblit les perceptions dont la nouveauté avait été momentanément un moyen de rémission, les hallucinations de tous les sens reviennent; elles augmentent d'intensité et de fréquence^ et finissent par faire en-^ trer B. en fureur contre ceux qui Tenvironnent ou <ç[ui lui donnent des soins, et qu'il accuse, sans les voir, d'être des assassins, des empoisonneurs ligués contre lui.

Cet état de manie purement sensitive dure depuis quatorze à quinze ans;

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