‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 13 sur 92 · HISTOIRE ORDINAIRE DE SOCRATE · texte numérisé non relu

HISTOIRE ORDINAIRE DE SOCRATE

dications continuelles, qu'il allait semant de toutes parts, et que, surtout dans la période avancée de sa vie, il eût pu se faire payer fort cher. Mais il ne voulut jamais rien accepter d'aucun de ses disciples, au-delà, au moins, du nécessaire (1); et Criton lui-même, qui l'avait tiré de sa boutique de sculpteur, pour lui donner les moyens de philosopher à son aise, ne put ensuite venir à bout de vaincre sa résistance à cet égard (2).

Ce Socrate, au reste, si pauvre et pourtant si peu nécessiteux, qui n'avait qu'un manteau pour l'été et pour l'hiver, qui marchait nu-pieds en toute saison, parce qu'il ne sentait pas le besoin de chaussures (3), à qui la pompe et l'appareil du luxe n'arrachaient que ces paroles ': a que dé choses dont je n'ai pas besoin (4) ! » Socrate n'était ni malpropre dans ses vêtemehta (5), ni ennemi de la gaité et des plaisirs (6). C'était lui qui voyait poindre la vanité d'Antisthène à

lib. I, p. "731 ; Apologie, p. "704. — Diogène-Laeiice, lib. 11, s. 27.

(1) Platon, Apologie, p. 72. — Xenofhon, Memorab., lib. 1, p. 721.

(2) Platon, Criton.

(3) Platon, Banquet, p. 267; Phèdre, p. 284. — Xénophom, Memorab., lib. I, p. 730.

(4) « Quam piulta non desidero ! i> CicÉnos, Tuscttl. quœsl., lib. V, s. 32. — Diogène-Laeiice, lib. Il, s. 25.

(5) Xénopbon, Memorab., lib.l, p. 712.— Diogëne-Laeuce, lib. II, s. 28 et 36. — Eukis, Hist. var., lib. IV, cap. xk

(6) Plwob, Banquet, p. 287.

SA TEMPÉRANCE. Î2i travers les trous de son manteau (1), et, loin d'imiter en cela le fulur chef du Cynosarge, il savait mettre une robe neuve et des sandales, quand il allait dîner chez Agathon (2). Là, il n'était ni le moins gai, ni le moins engageant des convives (3), et ii n'y avait pas de buveur qui pût lui tenir tête (i). Ainsi, sans aller lui-môme jusqu'à l'intempérance, il savait encore ici faire comme et mieux que les autres, aussi bien qu'en matière de guerre, d'obéissance aux lois et de respect à la religion de l'État.

If y avait pourtan!, ce me semble, et bien qu'on ait prétendu le contraire (5), un point dans lequel il dif-

(1) Diogênk-Laehce, lib. 11, s. 36. — Elien, Hist. var., lib. IX, cap. ni v.

(2) Platon, Banquet, p. 108, — Diogéne-Laebce, lib. H, s. 28.

(3) Xènophon, Banquet, p. 878. . .

(4) Platon, Banquet, p. 173, 234, 207, 274. — Pobchïbe, dans TnÉODOiiET, 6'rœc. aft'ect. cur., serm. 12.

(5) Elien, Hist. Var., lib. IV, cap. XXI. — Tertullien, Âpologet., p. 70. — Athénée, Deipnosoph . , lib. V, cap: in. — Théodoret, Grœc. affect. cur., serm. 12. — Voir, poulies fondements de celle imputatioù : le Banquet, le Philèbe, le Phèdre, le premier Ahiblade, les Rivauçc, le Oharmide, le Protagoras. — Porphyre, dans Théodore! , serm, 12, prétend, en outre, que Socrale avait été le mignon d'Archélaùs, son maîuc : « Decimum verp ac septimum agenli annum (fama percrebuil) accesslsse Ai'clidaûm, Anaxagorœ discipulum, qui se uicerel amore ejus coneplum; Socralem î ero, amatoris occursum ac familiaritalem minime aversalum, mullos illi annOB convixisse, eoque pacto ah Arclielao ad philosophiam traductum esse, n Quand ce

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férait d'Alhènes, de la Grèce. entière, et même de plusieurs de ses omis et de ses disciples. Je veux parler de ce sale amour grec, dont brûlait toute l'antiquité (1}, et qu'elle regardait môme comme plus noble, plus élevé, plus céleste que l'amour ordinaire (2). Les anciens, les Grecs surtout, dans leur dédain pour le: sexe faible (3), voyaient, dans ces rapports d'intimité charnelle entre deux amis, un lien qui donnait plus de force à un sentiment si nécessaire dans ces temps de violentes passions et de lois souvent impuissantes, une cause de noble émulation et de vertueux dévouement, un moyen, il faut le dire, de perfectionnement

fait serait vrai, il n'en serait que plus honorable pour Socrate d'avoir pu renoncer à de pareilles habitudes. (!) Saint Paul, É pitre aux Romains, ch. i,y. 27.

(2) Platon, Banquet, p. 18* et seq. On voit dans ce dialogue que , chez les philosophes grecs eux- mêmes , l'amour des femmes, designé sous le nom de Vénus populaire, était regarde comme bas et honteux , tandis que celui du sexe mâle, qualifie de Vénus céleste ou Uranie, elaillc seul amour qu'un galanl homme pul avouer.

(3) Socrate ne partageait pas non plus ce sentiment. Sans doute, il ne voulait pas faire de la femme une Bradamauteou un Lycurgue. Il entendait mieux ce qui convient à sa nature et à son bonheur. Il voulait qu'il régnât la plus pleine confiance entre les époux ; que la femme lût niaitresse au logis, mais dans le cercle seulement de ses attributions ; que son mari n'eût pas de meilleur ami, .de plus intime confident qu'elle; et il rendait presque ce dernier responsable des fautes qu'elle pourrait commettre. C'était là une philosophie domestique bien sage et bien avancée. (Xéhophon, Econom , p.S2G, 827.) '

SOS RI .OIGNE MENT DE l' AMOUR f.REC. 12.1 moral et intellectuel (1). Or, Socrate ne garda de tout cet amour, que lui-même appelait infâme (2), que la forme, l'apparence, et, si je puis parler ainsi, l'intellectualilé. Mais il n'alla pas plus loin (3) ; et, pour s'en convaincre, il suffirait de lire le passage suivant, que j'extrais du Banquet de Platon, et où Alcibiade, entre deux vins, raconte, d'une manière un peu graveleuse, la résistance de son maître à toutes les avances qu'il put lui faire.

« Je me trouvai donc en tête-a-tête avec lui ; je a m'attendais qu'il ne tarderait guère à engager ce « genre de propos que tout amant adresse à son a bien-aïmé, quand il est seul avec lui, et je m'en ré- (i jouissais déjà. Mais il n'en fut rien absolument, a Socrate demeura toute la journée, s'entretenant avec a moi à son ordinaire, puis il se retira. Après cela, je « le provoquai à desexercices de gymnastique : je m'esb sayai avec lui, espérant par-là gagner quelque ebose. « Nous nous exerçâmes souvent, et nous luttâmes ena semble sans témoins. Que vous dirai-je, mes amis, ajén'en étais pas plus avancé. Voyant qu'ainsi je a n'obtenais plus rien, je me décidai à l'attaquer vive-

()) Platon, Banquet, p. 178 et scq.

[2) Platon, Phédon, p. 181; Lysis, p. 228, 249.— X4nophon, Memvrab., lin. T, p. 710, 724, 730; Ub. II, p. 753 ; lib: IV, p. 790.

(3) Pi.iitaho.iie, Vie d'/tlcibiade, ch. vi, vu, ix. — Diogéne-Lagrcg, lib. Il, s. 31. — Maxime i>e Tyr, Dissertatio

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