HISTOIRE ORDINAIRE DE SOURATE
Quant à]lni, ce dernier point était ce qui lui importait le moins au monde (I). L'appétit ne lui manquait pas, et quand il en avait moins que de coutume, il se promenait à grands pas devant sa porte, en disant qu'il se faisait une sauce pour son souper (2). Sûrement que c'était la un soin que Xantippe ne prenait pas toujours.
Au reste, si Socrate était pauvrej c'était parce qu'il le voulait bien, et que cela convenait mieux à son indépendance et à sa philosophie. Il avait hérité de son père quatre-vingts mines, c'est-à-dire environ 8,000 francs de notre argent (3). Il les prêta à un ami qui ne les lui rendit pas (4). Cela ne l'empêcha pas de refuser les présents d'Archélaùs, tyran de Macédoine, qui eût bien voulu l'attirer auprès de lui. Il donna pour raison de ce refus, qu'il ne voulaitpasalter trouver un homme qui lui donnerait plus qu'il ne pouvait rendre (5) ; ré-
(1) Platon, banquet, p. 2Gfi. — Xénophon, Hemorab., iib, 1, [t. 723; LLbs III. p. 788. — Plutabqub, Jk la tranquillité dârae, ch. xn ; Un trop porter, ch. hïxvi. — Diocr.NE-l-AEBCE, Iib. Il, s. 20 et 62. — Auî i-T.f.li.e, .Yocf. att., Iib. Il, c. t. — ATHÉ>te, Dcipnos-, lib. V, c. h,
(2) «Sncralem fcrunt, cum nsque ad vcspcrum cnntcnlius ambularot, quaailumque esset es eo quare id faceret, répondisse : (e, quu inelius cœnaret, opsonare ambulando fameni. » Cicf.«»>, Tuscul. qutrsl., Iib. Y, a. 34.
(3) Suivant Rarllu-lemy. Iùco supra, cela irait à 7,200 livres de la monnaie" de son temps.
(4) LieANtvs, Af vhgia Socratis, p. 040.
(5) SftNEQtif., De benefiçiu, ltb. V. cap. ti,
ponse d'ailleurs beaucoup li'opniodeste de la pari d'un homme tel que Socrate. ■ . ;
Il refusa de même les présent,; de plusieurs riches Athéniens, et notamment ceux. d'Alcibiade, malgré les représentations do Xaniippe, qui n'eût pns demandé mieux que d'accepter (I). Alcibiade Un offrit, un jour un terrain d'une étendue considérable, pour qu'il s'y Mttt une maison ; Socrate remercia encore, et répondit, je crois, que, s'il avait besoin de chaussures, il se soucierait peu qu'on lui donnât du cuir pour en faire, parce qu'il n'était pas en état de payer les frais de la mise en œuvre (2). ,,.
II n'y avait d'ailleurs aucune ostentation dans tous ces refus, dans toute cette pauvreté du sage grec. Un jour que son pourpoint, comme celui de Scarron, était percé par le coude, j'achèterais bien un manteau si j'avais de l'argent, dit-il dans une réunion de plusieurs dé ses disciples, qui se disputèrent alors, mais un peu 1 tard, l'honneur de couvrir la nudité de leur maître (3).
: On sent bien que si Socrate vivait ainsi dans une . pauvreté volontaire, c'est que son désintéressement et son ardent amour de la philosophie et de la réforme qu'il y opérait, ne lui permettaient pas même de pen- . ser iY recevoir te prix des leçons (4), ou plutôt des pré-
(1) Elies, Hist^ar.; lîb.JX, cap. xxi*.
(2) ■ PiocfeNE-UuncE, liu: H, s. 24.
(3) Sénëquh, Du brnrfxiis, lib. Yll, cap. xxiv.
(*) Platon, Apoioiiic, p. 4îi, 78. — \ï*iw\\vx, ùfen.oTab .