HISTOIRE ORDINAIRE DE SOCBATE
se frottent aux pierres; » sarcasme que CritiaSj qui fut depuis un des trente tyrans, ne lui pardonna jamais. Enfin, Socrate redoutait tellement tout ce qui . pouvait, môme de loin, avoir trait à l'amour infâme, qu'il alla jusqu'à blâmer Crilobule, et cela devant Xénophon qui rapporte le fait, d'avoir donné un baiser au fils d'Alcibiade (1).
11 me paraît donc prouvé qu'il n'y a rien que de calomnieux dans tout ce qu'on a avancé sur la nature des rapports qui existaient entre Socrate et ce dernier. Ainsi que le remarquent Platon et Xénophon, il ne faisait semblant d'aimer à la mode grecque ce bel Athénien/que pour se l'attacher davantage. Mais son amour pour lui était tout philosophique {2) ; c'était le désir d'empGcher Alcibiade, par les préceptes de sa morale, de se livrer à tous les écarts qui ont flétri sa renommée, et de compromettre, par son ambition et sa légèreté, la fortune d'Athènes et la sienne propre.
En somme, donc, sous le rapport privé, Socrale jouissait detoutcequiconstituelavertulaplusintelligente,la plus pure et la pl us solide :profond discernement d u bien, empire sur soi-même, sobriété, tempérance de toute sorte, désintéressement, générosité, indulgence pour les habitudes et môme pour les défauts des autres, et jusqu'à l'enjouemenl, au laisser-aller, nécessaires dans
(1) Xénophon, Memorab., lib. I, p. 723 et seq.
(2) Platon, Premier Alcibiade, p. 7, et ; Deuxième Alcibiade, p. 102 ; Protagoras, p. 85.