BUT IIE CET OL'VHAGE
Sans avoir jamais rien écrit (1), sans avoir tenu école, sans jamais avoir enseigné du haut d'une chaire ou d'une tribune (2), il fut le père de toutes les sectes philosophiques qui vinrent après lui (3] ; et, sans parler de Xénoplion, de Platon, et de leurs successeurs des trois académies ; sans parler d'Aristole- et du Lycée, de Zénon et du Portique, d'Épicure et de ses jardins, d'Antisthène et dit Cynosarge ; Eschine (i), Cébès (5), Phédon {6); Ménédème (7), Euclïde (8), Arislippe (9),aIlèrentporler dans les villes les plus.célèbres de la Grèce, "de l'Asie Mineure et môme de l'Afrique, le fruit de l'enseignement immédiat de leur maître.
Platon et Xénophon, ses deux disciples les plus chers et les plus célèbres, remplirent leurs ouvrages
lib. 1, p. 721, 731. —Çicébon, De oratore, lib. 111, ri. 16; Brutus, n. .8. — Elien, Varia historiœ, lib. II, cap. 13.
(1) Cicékok, De oratore, lib. III , n. 18. — Ohigène, Phi- /osopftumena.cap. 18. — Stobée., Loci communes, scrm.2l. — Otto Fbisisgensis, lib. 11, cap. 19.
(2] Plutabque, Si l'homme d'âge doit se mêler encore des affaires publiques, ch. 53,
(3) CicÉaon, De oratore, lib. III, n. 16 et 17. — Ohigéne, Gontra Celwm, lib. III, n. 13.
(4) Après la mort dû Socrale, il passa quelque temps eu Sicile, à la cour de Denis le Tyran.
(5) Il était de Thèbes, et s'y' relira après la mort de son maître.
(b) Chef de récole d'Élis.
(7) Chef de la secte Érétriaque. '
(8) Chef de la secte Mégarique.
(9) Chef defécoledeCyrène.
de ses préceptes et en quelque sorte de ses actions. Thucydide, son contemporain, retraça, dans ses histoires, des faits militaires auxquels il avait pris une part glorieuse. Amcipsias, Eupolis, Aristophane, appelèrent sur lui, par leurs comédies, l'attention d'Athènes et de toute la Grèce. Plus lard, Plutarquc-j Diogène-Laërce, Apulée, Lihanius, écrivirent sa vie ou son apologie, ou bien consacrèreiildes écrits spéciaux à l'exposition et à la discussion de ce qui n'en est pas la partie la moins curieuse ; et depuis lors, une foule d'historiens et de philosophes, soit payons, soit chrétiens, et parmi ces derniers presque tous les Pères ou Docteurs de l'Eglise, mers, asiatiques, latins, africains, remplirent, du nom de Socrate, des ouvrages de toute sorte, où la postérité savante est allée prendre le texte d'études et de .jugements innombrables sur le caractère de sa philosophie et sur lu nature de son esprit. Or, qu'est-il résulté de tous ces témoignages, de toutes ces traditions, de tous ces commentaires, pour le fait de cette double appréciation ?
Du premier point de vue, les voix ont été unanimes. Socrate est le restaurateur de la philosophie, celui qui l'a remise dans sa véritable voie, en faisant, comme l'a dit Cicéron (1), et comme tout le monde l'a répété
([) uSocrates autem primas philosophiam devocavil e cœlo, et in urbibus collocavit, et in domos cliam introdiixil; et coegit de vila et min ibus, rehusqne bonis et malis quaerare.s Tuscul, quant., lib. V,ji. 4.
BUT DE CET OUVRAGE. 8'J d'après lui, descendre la morale du ciel, pour l'introduire dans les villes et jusque dans les maisons particulières ; celui, enfin, qui a levé le premier, peulêtre, l'étendard delà révolte philosophique contre les absurdités du polythéisme et les vices de la société ancienne,' pour pousser le monde à un autre ordre d'idées et au changement de ses institutions..
Du second point de vue, c'est-à-dire du point de vue purement psychologique, tous les écrivains, tous les historiens, tous les philosophes, ceux surtout qui ont étudié Socrate avec le plus de soin, se sont accordes encore à voir en lui un homme au moins aussi extraordinaire, aussi différent des autres hommes, que du premier. Tous ont remarque cette double fermeté de sa nature, qui le rendait presque insensible aux impressions delà douleur physique comme aux tourments de la souffrance morale (1) -, qui lui permettait de supporter, sans se plaindre, la faim, la soif, le froid (2), comme de recevoir, en riant, les invectives de Xantippe (3), et de braver, le front calme, les
(1) Plutàrque, Comment il faut refréner la colère, ch. 8, 21 ; Comment il faut nourrir les enfants, ch. 3t. — Séné-, que, De ira, lib. III, cap. II, 13. — Diogène-Laerce, lili. II, s. 23, 2+, 2«. — Ellkn, HÙtûr. var., lib. IX, cap. 29.
(2) Putos, Banquet, p. 207. — Xénophon, ifemorab., lib. I, p. 7H.-723: — Autu-GEixE, Nocles altkœ, lib. H,
. cap.i. : '***■*■ •
(3) Diocèmî-LaEhck, lib. Il, s. 36. — Aolu-Gelle, tïoet. 'att., lib; I, cap. il. ' " " ; ' ' < /. .