‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 5 sur 92 · BUT DE CET OUVRAGE · texte numérisé non relu

BUT DE CET OUVRAGE

clameurs de la populace d'Athènes (I), ou les menaces de mort des Trente (2). Tous ont vu, avec une admiration mêlée de quelque étounement, celte vio constamment et uniquement consacrée à faire triompher la vraie philosophie, c'est-à-dire la morale et la vertu ; vie continuée en tous lieux, dans toutes les circonstances (3) : dans les places publiques d'Athènes, comme dans les camps de ses armées ; dans les palais de Périclès et d'Alcibiade, comme à la forge de l'armurier Pistias (4) ; en compagnie des Béotiens Cébès et Simmins, comme aux pieds des savantes courtisanes Aspasie(.'i) et Diotime (6). Tous ont admiré cette espèce de préceptorat que Sociale s'était attribuée sur toute sa ville, et sur les étrangers qui la fréquen-

(1) Platon, Apologie, p..74, 7S. — XénobhoB, Memorab., lib. 1, p. 711; lib. IV, p, 803. — Elien, Hirtor. var„ W>. 111, cap. 17.

(2) Platon, Apologie, p. 75, 76. — Xénophon, Memorab,, lib. 1, p. 716; lib. IV, p. 803. — Diogéne-Laeuce, lili. Il, s. 2i. — Elien, liislor. var., lib. 111, tap. 17.

(3) Platon, Apologie, p. 41,49; Banquet, p. 2(18, 209.— Xésophon, Memorab., lih. 1, p. 709, T 10. — Cir.ËnOK, Brulus; s. 8. — Diogëne-Lakuce, lib. Il, s, 2t. — Plutauque. Si l'homme d'âge, ûic., ch. K3.

(!) Xésophon, Memorab., li!>. III, p. 782. — Athénée, Deipnosoph., Hb. Vj cap. 20.

(ii) Platon, Ménèxène, p. 277. — Plutàhqce, Fie de î'è- Ttdh, ch. 46. — Athénée, Deipnos., lib. V, cap. 20.

(0) Platon, Banquet, p. 227. Socralc appelait Diotime une femme Prophétesse, ^uvamit (tuntxïç; c'esL pour cela qu'il favail on si graiule estime.

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taient (i) ; préceptorat qu'il regardait comme bien supérieur, pour son utilité et son élévation, à toutes les magistratures qu'Athènes eût pu offrir à un homme de son mérite (2). Tous enfin ont vu, dans cette vie si constamment, si uniquement, si vertueusement consacrée au triomphe d'une seule idée, une particularité merveilleuse dont ils ont fait honneur à une organisation supérieure et presque divine, qui ne s'est plus représentée depuis Socrate, et qui a fait de lui, dans tous les siècles, un homme exceptionnel parmi tous les hommes (3).

Mais il est une singularité de sa vie ou plutôt de son intelligence, qui avait été prise en grande considération par l'histoire, par la philosophie et par la religion anciennes, et que les modernes ont presque complètement négligée, qu'ils ont même quelquefois niée, parce qu'ils ne pouvaient pas en donner l'explication; tandis qu'elle se trouvait tout expliquée, ainsi que je le montrerai plus tard, par tes croyances grecques et parcelles des premiers siècles de l'Église. Cette singularité psychologique est celle de son Démon au Esprit familier, des inspirations qu'itlui devait, des prophéties qu'elle le mettait à même de faire et des actes dont elle le détournait. . '

(1) Platon, Apologie, p. S3,-fl9.

(2) " Platon, Apologie.^. 07,09, 83; Gorgias,?. I60 r 16t. — Xènopiion, SIcmoràb., lîb.'l, p. 73t ût 132.

(3) Platon, Banquet, p. 270.

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Parmi ces écrivains, pourtant, dos hommes profondément versés dans lii connaissance des sources originales, se sont crus fondés à avancer (jue l'antiquité, en masse, s'était Irompée sur le fait du génie de Socrate, et que l'histoire de ce démon vient d'une mauvaise interprétation des paroles dont le sage d'Alhènes se servait pour rendre les inspirations de sa conscience. D'autres ont dit que l'histoire de ce démon et de ses avertissements n'était qu'une supercherie de Socrate, propagée par la fraude ou par l'enthousiasme imbécile de ses disciples ; et ils ont rapporté, à l'appui de leur manière de: voir, de prétendus exemples de pareilles fourberies, attribuées ù quelques autreséminents personnages de Vantjqtiilé ^l),.

Cet ouvrage montrera, je crois, toule la Inusseté de la première dé ces opinions, sur laquelle, du resle, il me faudra revenir. Quanta la seconde, elle ne saurait provenir que d'une singulière préoccupai ion d'esprit, ou d'une étude bien superficielle des acteset des dits du philosophe athénien, ot des témoignages de toule sorle qui nous les oui fait connaître. Il y a eu un démon ou un génie de Socrate, et ce grand homme, comme fous ses contemporains, y a cru et devait y

(1) Saint Augustin, Cité de Dieu, liv. VII, ch. 21. — Vamiale, De oraculîs vcLcrumet/inicvrum, l~Qo, ln-4, p. iti et 50. — Rollin, But. «ne, I. IV, liv. IX, ch. iv, a. 2, — BnOTiF.n, OUsereat. sur /<■ Ikhiiun de Surrulr, ili' Plularquc. — lUnTnni.E^iï, Voyage du jeune Ana<-,har*is, ch. lxvii, Cli-nte de Socrali 1 .

UtT I>li CET OUVRAGE. 93 croire, ainsi que je ne tarderai pas à le montrer.

Reste une troisième et dernière opinion, proposée prtr des écrivains qui croyaient à peine à sa vérité, et qui ne l'émettaient peut-être que pour conclure, d'une pari, que Socrale n'était pas un fourbe, d'autre part, qu'il n'a rien existé chez lui de pareil aux inspirations de Son génie ; et cette opinion, qui consiste à dire que Socratc "était un Tlièomplw (1), un visionnaire (2), et, pour dire le mot, un fou, cette opinion est la seule vraie.

Je m'arrête ici un instant, pour prévenir les sarcasmes de la surprise, on les reproches d'une indignation que je comprends. Je veux empêcher qu'on ne croie qu'un homme, voué, par nécessité et par goût, aux études philosophiques, veuille, de galté de cœur, et par un amour coupable du paradoxe, (rainer, dans les cabanons de la folie, un des plusgrandspersonnages de l'histoire, et la première tête de la philosophie. Je discute une-question ilf psychologie historique, d'unintérôt immense et d'un caractère [ouli-lucidateu?-, et je le ferai avec les secours qu'ont pu me fournir, sur ce sujet difficile, il es études auxquelles la philosophie, la psychologie et l'histoire ordinaires ne sout pas habituées à se livrer. Mais je le ferai surtout avec la réserve qui m'est commandée par le sentiment que j'ai de ma faiblesse, et avcc'loute la'pùdeur que réclament et le nom de

.(1) DiiitHui, ail. SacrateH Tkéosophen,de V Encyclopédie mélhodiqw, t. III de la Philosophie amlenne ci moderne. (2) Barthélémy, oiwrage il nuirait cilès.

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Sorrate, etrhonnear de In philosophie, et le respect.des opinions des siècles. Je prie seulement qu'on veuille bien ne pas me juger sur une idée, ni mon travail sur un mot. Je prie qu'on me lise jusqu'au bout, avec Intention que demandent de pareilles matières, et qu'on fasse, comme moi, abstraction du nom, pour ne voir que la vérité de la chose, toutes les conséquences, sans douté, qu'elle comporte, mais aussi sans y ajouter celles qu'elle ne comporte pas.

Mais en m'accordant cette vérité, on va me demander, ainsi que je me le suis demandé à moi-même, quelle est la nécessité, l'utilité même de semblables études, et qu'est-ce que la philosophie et l'histoire et, avec elles, la société, gagneront à savoir que Socrate était fou, et à voir ainsi s'obscurcir la plus belle réputation peut-être dont se puisse enorgueillir le genre humain. *. ■ -

. D'abord, je pourrais répondre que, si le fait est vrai, je n'ai point à m'occuper de ses conséquences. Elles se développeront bien d'elles-mêmes, et elles ne sauraient être mauvaises, parce que jamais la vérité n'a ce caractère, quelque hautement, quelque nettement professée qu'elle puisse être. J'entends la vérité philosophique, savante, celle qui ne descend dans les carrefours et les places publiques, quand toutefois elle a à y descendre, que lorsqu'elle s'est dépouillée, dans les hautes régions de la science, de tous ses caractères d J flpreté, d'étrangeté, de malfaisanee même, que lorsque

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