‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 40 sur 92 · EXPLICATIONS DES AUTEURS · texte numérisé non relu

EXPLICATIONS DES AUTEURS

plus de lucidité pour lire dans l'avenir (I) ; tandis que Pomponat, d'après sa manière astrologique de voir en pareille malière, regarde les inspirations du' Démon dè Socrate comme le résultat de l'influence de l'astre qui' avait présidé àsa naissance, etqui réglait sa destinée (2).

Ceux qui ont le mieux traité Socrate, soit dans l'antiquité, soit dans les temps modernes, ont dit, en somme, que les inspirations de son génie, rendues par lui d'une manière trop figurée peut-être, n'étaient autre chose que celles de la raison la plus vertueuse, la plus sage, la plus éclairée qui fût jamais. C'est à peu près là l'opinion d'un des interlocuteurs du dialogue de Plutarque, qui dit que a l'esprit familier de o Socrate estoit une parcelle de la commune nécessité, « qui confirmoit cet homme, par longue expérience, « à donner le contrepoids et le pençhement, pour |e « faire incliner deçà ou delà, en choses obscures et « difficiles à conjecturer par le discours de la raia. son (3). ii C'est l'opinion de Montaigne (4), de Naudé (S), de Guy-Patin (6), de Fraguier (7), de Charpente Theologia Platonica, lib. XIII, cap. 2.

(2) De incantatioaibus, in-(2,Basilr(fs, 4SSS.

(3) Plutabque, Du Démon de Socrate, ch. i7.

' (*) Essais, liv. I,ch.2. ■ , .

[S) Apologie pour les grands hommes faussement soupçonnés de magie, ch. iv. , .

(0] Esprit de Guy-Patin, l'aria, in-12.

(7) Mémoires de l'Académie des inscriptions et betieslettres, t. IV, p. ,168. > i '..

2(18 HISTOIRE l'SYCIIOLOr.lQlïK DE SOCRATE.

lier (I), de Rollin (2), de Voltaire (3) et de quelques platoniciens tout ii lait modernes (i) ; c'est peut-être ealle de saint Augustin, qui semble attribuer à la fourberie des disciples de Socrate ce qu'on raconte de son démon fourberie que Rollin (0) el Barthélémy (7), au contraire, ne sont pas éloignés de faire peser sur ce philosophe lui-même.

Pour ce qui est de celte prétendue supercherie du *age d'Athènes ou de ses disciples, je n'ai pins à prouver, je pense, qu'il n'en était absolument rien. Je me lionie à signaler l'opinion qui tendrait à y faire croire, comme une dès importations les plus mal avisées qui -e soient failrs de l'ustuce et de l'esprit philosophique modernes dans l'explication des faits de la raison grossière et ignorante des peuples qui vivaient il y a doux mille ans. La fraude ne saurait donner à une natiun, au monde, des idées, des institutions, une religion nouvelles. Il n'y a que la foi, bien on mal fondée, qui puisse produire cet effei-lè. Nous aurions mauvaise grâce a le nier, nous, dont tonte» les pensées, lous les actes sont encore maculés d'une foule de préjugés on

(I) V ie de Socrate, in-iS, Paris, 1637, p. 139 eL suiï. {2) But. ont., liv. IX, ch. 1, s. 2.

Dictionnaire philosophique, art. Socrate.

(i) Voyez, dans la deuxième partie, la note 11 : Opinion (la M. Cousin sur le fait du Démon de Socrate.

(5) De avilale Dei, lib. V1JI; cap. 27.

(6) Loto fuprà.

(7) Voyage du jeune Anarliarsris, eh. G7.

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ne peut moins intellectuels, et qui, malgré les lumières et le scepticisme dont nous nous targuons, continuons à porter dans tant de questions philosophiques et physiologiques une crédulité si peu éclairée et, si je puis ainsi dire, si antique.

Enfin r parmi les auteurs modernes, il n'y en a, comme je l'ai dit, que quelques-uns qui aient pensé à attribuer à une exaltation voisine de la folie, les inspirations démoniaques du philosophe athénien. Mais cette opinion, jetée en passant, sous forme de doute, et sans aucune démonstration, parait à peine avoir été prise en considération par ses auteurs eux-mêmes. J'ai déjà cité, à cet égard, Diderot et-Barthélemy, qui disent là-dessus des choses très-sensées, mais auxquelles leur manque de développement et de preuves ne permet pas de faire autorité. Je rapprocherai de leur manière de voir une autre explication toute récente, et qui, quoique moins vraie qu'elle, est pourtant tout ce qu'on peut dire de plus satisfaisant sur le démon de Socrate, quand on n'a pas puisé,, dans l'étude de la psychologie morbide, les moyens de voir toute la vé- ' rite à cet égard. Cette opinion est celle de M. Stapfer (1). En somme, suivant ce savant écrivain, le sen- ' timent moral et religieux était tellement développé chez

(t) Biographie universelle, art. Socrate, 182S. Qu'on veuille bien toujours se rappeler que ce livre a été écrit en 1835, et que j'ai cru ne rien avoir à y changer.

(Note de la demièrim édition.)

210 MSTOItlK PSYatOLOlilOUË IJE SIHIRATE.

Socrate, que lorsque les mouvements s'en faisaientsentir avec le plus d'énergie, ils lui apparaissaient comme partis d'une cause distincte de sa personne, et il devait croire les observer plutôt que les produire, entendre, des voix plutôt qu'accomplir des actes ou éprouver des émotions dont ses facultés étaient ellesmêmes la source et l'objet. Cette manière de sentir, M. Stapfer l'appelle une illusion d'optique Psychologique; et il faut convenir qu'il est impossible de parler avec plus de respect des hallucinations d'un grand homme. Mais, malgré' là délicatesse de l'expression, et, si l'on veut, sa justesse apparente, c'est ici que se trouve l'erreur (1). Pour que ces fausses perceptions de Socrate n'eussent constitué qu'une illusion, ou plutôt une méprise compatible avec un état de raison réellement intact, il eût fallu que ce philosophe ne les eût éprouvées qu'accidentellement , et surtout que , s'en rendant parfaitement compte, il ne les eût jamais prises que pour ce qu'elles étaient, ainsi que cela peut avoir lieu dans certains cas de folie sensoriale commençante. Mais il en était' tout autrement. Socrate, ainsi que le reconnaît M. Stapfer, voyait dans son démon un être bien déterminé, bien réel, dont l'action

(1) Une question pour trancher la question. Dn philosophe qui, aujourd'hui, se prétendrait en communication directe avec la Divinité, ut dirait en entendre la voix, lui donnerait-on une chaire à la Faculté dus lettres ou une oeilule à Charenton î

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sur lui avait fini. par être presque incessante; et, bien que ce philosophe partageât les croyances superstitieuses générales, il ne regardait pas, contrairement à l'opinion de M. Stapfer, le privilège- de cette divine assistance comme une chose tellement commune, qu'il ne dise, dans le VI" livre de ta République, à propos de sou signe démoniaque, qu'on trouverait à peine de . cela un autre exemple soit dans le présent, soif dans le passé. ■ .

Après n'avoir ainsi vu dans les hallucinations bien formelles de Socrate qu'une sorte d'erreur d'optique . intra-cérébrale, et avoir cherché à établir, entre ce fait et celui d'une raison intacte et souveraine, une alliance qui n'est pas dans la nature des choses, M. Stapfer ne regarde pas même comme une extase l'hallucination en quelque sorte cataleptique du siège de Potidée, et il ne la considère que comme le résultat presque sublime d'une concentration intellectuelle, toute raisonnable et toute libre ; ce qui ne saurait être, comme on le sent bien. Enfin, bien qu'il avoue qu'en Socrate la croyance en son génie ait été quelquefois voisine de la superstition et de l'entêtement, il est si éloigné de voir dans ce philosophe un Théosophe ou un Visionnaire, qu'il blâme l'auteur du Voyage d'Anacharsis de parler du fait du Démon de Socrate, comme d'un trait de bizarrerie calculée, ou d'une preuve de travers d'esprit. Cette dernière partie de l'opinion de Barthélémy est pourtant la seule explication. qui approche

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