OPINION DE M. COUSIN
portancc psychologique du to faiy&nm pris substantivement; el oeta n'a rien d'extraordinaire, car, un peu plus haut, il dit : si to omjidviov signifiait un démon, il serait assez bizarre d'expliquer un démon par une voix, iswvt). Or, le lecteur doif être persuadé maintenant que celte explication, bien loin d'être bizarre, esl nécessaire, et la seule vraie. Celait précisément celte voix, qui était la plus haute expression du fait du Démon de Socrate; celait elle qui lui eu annonçait le plus indubitablement la présence ; parce que ce Démon et cette voix, c'était tout un, c'est- à- dire, une fausse sensation de l'ouïe; je me suis déjà assez étendu sur ce point, pour n'avoir plus à y revenir. Au reste, ce n'est pas seulement ici que H. Cousin n'a pas senti l'imporlance psychologique du mol -.foivi], pas plus, qu'il n'a senti celle du to Satjxg'viov pris substantivement. Dans l'Apologie, à l'endroit où Socrate, expliquant pourquoi il n'a jamais eu le courage de se trouver dans les assemblées du peuple pour y donner ses conseils à la république, dit qu'il en a été empêché par quelque chose de divin et de démoniaque qui devient une voix, o'ti Oeïov ti xal vÉ-pETat (fuv7Î , M. Cousin , galant ici à son tour {'expression platonicienne, où ym-l, indique si positivement une hallucination de l'ouïe, traduit par, c'est je ne sais quoi de divin el de démoniaque ; ce qui ne saurait rendre la pensée de Platon, et bien moins encore celle de Socrate.
Je ne comprends pas d'ailleurs comment M. Cousin
SUR LE DÉMON l»E SOCRATE, ' 237
a pu ne pas voir que le m faquiviw dans Platon, indépendamment des cas fort nombreux où il est très-évidemment pris substantivement, devait, dans les cas douteux, être la plupart du temps interprété dans le même sens. Car, dans Xénophon (comme' Platon, témoin oculaire et auriculaire des hallucinations de son maître), il se trouve aussi, soit dans les Memorabitia, soit dans l'Apologie, un grand nombre de passages, où le to Satfiôviov ne peut être pris que' substantivement. En outre, dans Platon comme dans Xénophon, Socrate, pour exprimer les avertissements ou la présence de son génie, se sert très-souvent et presque d'une manière indifférente, du mot Dieu, ô Oeoç, qu'il particularise, et dont assurément on ne peut faire un adjectif (1). Ici, ii est vrai, M, Cousin ne tombe pae dans la faute commise par Dacier, qui, faisant presque de Socrate et de Platon des philosophes chrétiens, rend toujours 6 fledç par Dieu. M. Cousin , au contraire, dit le Dieuel conserve ainsi, sans le savoir, à l'expression platonicienne, le caractère de particularité néces-
{t) Cette remarque appartient, pour ainsi dire, à Proclus, dont M. Cousin est, je crois, le plus récent édiieur. Cet cdecfique, en son commentaire sur le Premier Akibiade, entendait tellement bien le to SbuimWj dans uu sens substantif, qu'il dit que Socrate pouvait, avec vérité, appeler, indifféremment son génie familier Vèmon ou Dieu, parce que ce génie était si haut placé dans l'échelle des Démons, qu'il se confondait avec les Dieux, ut méritait d'Être traité comme leur égal. . '
238 OPINION DE M. COCSIN
sure pour représenter la fausse sensation d'un halluciné.
Ce n'est pas que, dans certains cas, le mol Saijiôviov n'ait été véritablement employé adjectivement par Socrate, et je vais dire, à ce sujet, suivant quelle échelle psychologique Je sage Grec modifiait l'expression de ses sensations morbides. , Lorsque ces dernières consistaient tout simplement en un sentiment vague, indéterminé, de l'assistance lointaine de son grand Dieu, ou des Dieux païens, Socrate disait, Oeîjç, O^oi , Dieu, les Dieux, lé Dieu de Delphes. La sensation se particularisait-elle davantage, le Dieu semblait-il se rapprocher î Socrate disait, 4 Oeoc, le Dieu. Agissant de plus prèsencpre, le Dieu pour lui, devenait le Démon, tô Sainôvmy, h Safjitov, Dans certains cas, la sensation, quoique plus déterminée, n'était peut-être encore qu'une illusion, relative à un mouvement extérieur quelconque, que Socrate interprétait à sa façon, et alors il se contentait de dire, tô fiaijwviov œthieiom, le signe du Démon .{Répub'l., VI), to sîcoOoç «r,jAeîov tûù fiai(iov£ou, 7e ÛgtU accoutumédu Démon {Eulhy dbme), ™ Saipiviov ha*-: ivipa, que/que empêchement du Démon (I ar Alcibiade). Enfin, la sensation devenait-elle tout à fuit spéciale, auditive, sans cause dans le monde extérieur, Socrate alors entendait la voix, ^sv-f,. C'était là le superlatif de ses hallucinations.
Je termine ici cette discussion, qu'il serait complètement inutile d'étendre davantage, et que je n'aurais