‹ Du demon de Socrate specimen d'une application de la science psycologique a celle de l'histoireChapitre 52 sur 92 · OPINION DE 11. COUSIN · texte numérisé non relu

OPINION DE 11. COUSIN

contenu, c'est que, suivant ce philosophe, Socrate, qui admettait en réalité dos Démons, ou des semi-Dieux, intermédiaires entre les grands Dieux et les hommes, ne croyait pourtant pas qu'un de ces Démons fut, en personne, l'auteur des inspirations qu'il ressentait. S'il semblait le dire, ce n'était chez lui, ou chez Platon, . qu'une manière figurée de s'exprimer ; mais, au fond, il- n'entendait rendre par là que l'espèce de révélation surnaturelle, qui lui enseignait, en toute occasion, ce qu'il devait faire ou éviter ; et cela conformément à la théorie de l'inspiration développée dans l'Ion et dans le Phèdre, et que M. Cousin n'a presque fait qu'intellectualiser dans la VI" leçon de son cours de l'Histoire de la Philosophie. Cette opinion, qui ferait de Socrate un inspiré d'un genre on ne peut plus ambigu, tombe, je n'ai plus besoin de le faire remarquer, devant l'ouvrage qu'on vient délire; et je veux moins la combattre, qu'examiner sur quelles raisons M. Cousin a cru pouvoir la motiver. Suivant ce savant écrivain, le v> oai[«'viov des dialogues de Piaton doit être pris adjectivement et non point substantivement (1) ; cette assertion est le seul fond de toutes ses preuves. Mais d'abord, considéré en lui-même, ce mot peut indifféremment offrir l'un ou l'autre de ces sens, et mon

(1) Avant M. Cousin, Fraguier avait avancé. la même opinion et commis la même 'erreur. Voici ses paroles: nll faut bien remarquer que, dans ce que Socrate semble dire de son démon, Smjisiitw n'est pas un nom substantif comme

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livre prouve assurément qu'à priori c'est dans le dernier qu'il doit être envisagé, Et c'est, en effet, dans ce sens, que l'ont pris tous les écrivains qui, depuis Platon et Xénophon, se sont occupés du Démon de Socrate : Cicéron, Plutarque, Diogène-Laërce, Apulée, Maxime de Tyr, Proclus, Élien, Eusèbe, Lactanee, . Tertullien, Origène, au leurs grecs ou latins, plus bu moins rapprochés du temps où vivait Socrate, et qui savaient apparemment mieux que les hellénistes de nos jours dans quel sens à la fois historique et philologique, il faut prendre le tô Sat^dvcov de Platon ou de son maître.

Si, dit M. Cousin, d'après Schleiermacher, on trouve, dans le Tbéagès, qui n'est qu'une imitation de Platon, \ <?w\ «S 8i[|iov;ou, où ce dernier mot est évidemment un substantif, on chercherait en vain quelque chose de semblable dans l'Apologie et ailleurs ; et M. Cousin et Schleierniacher se trompent; car, dans l'Apologie même, vers la fin, je lis, 3; ^ip eîwOuEa jiâvTi^ ïf toïï Scujaoviou, l'avertissement accoutumé du démon, où évidemment Supiviov est un substantif. Il est vrai que M. Cousin traduit cette phrase tout simplement par inspiration prophétique. Mais cela ne prouve autre chose, sinon que ce savant helléniste n'a pas senti l'im-

dans cette phrase de l'Ecriture : Omnes Dei gentium Dœmonia; c'est l'adjectif de Sn'^i, comme Oeîti l'est de 6uî;, Divinum de Deux. » (Mémoires de CAcadérr.ie des inscriptions et belles-lettres; t. IV, 17*6, p.' 368.)

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