AUDE
leurs actes, les dépeceurs défensifs l'envisagent ainsi que ses conséquences avec un sang-froid, un calme qu'ilest bon de mettre en évidence. Leur intelligence est, en général, assez développée et leur esprit sort de la banalité. Ils dépècent, ils mutilent parce que le procédé est bon pour empêcher la reconstitution de l'identité. S'il y avait un procédé meilleur que le dépecage pour faire disparaître les traces de leur forfait. ils l'emploieraient. Sans doute, ils montrent leur absence de sens moral, mais l’audace, la ruse, les qualités intellectuelles dont ils font preuve, les machinations multiples qu'ils inventent pour arriver à leur but, tout cela nous démontre qu'ils n’ont pas peur. Non seulement ils n'ont pas peur, mais ils se croient absolument sûrs d’eux-mèmes et de l’impunité. S'ils sont pris, ils ne le doivent qu'à une imprudence de leur part, à une faute qu'ils ont commise, et ils ne s'en prendront qu’à eux-mêmes. Par toutes les précautions dont ils s’entourent, ils ne nous font pas l'effet de gens affolés par la peur.
Ils font preuve au contraire d’une lucidité entière et se montrent pleinement possesseur de leur conscience et de leur volonté.
Tels sont les vrais dépeceurs défensifs. Richetto en est un bel exemple. « L'instruction, lisons-nous dans le rapport des D" Boyer et Rebatel, nous montre ce criminel choisissant judicieusement ses victimes, les isolant d’un entourage gênant, captant leur confiance, aiguisant leur crédulité, alimentant leur convoitise, les enveloppant de sa sollicitude, les attirant habilement vers lui et les faisant enfin disparaître
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avec un luxe de précautions tel que leur disparition a pu rester longtemps ignorée et que le hasard seul paraît en avoir fait découvrir les traces. De pareils procédés, une prudence aussi avisée et une attitude aussi froidement soutenue ne peuvent être le fait d’un impulsif, d’un inconscient, d’un délirant ou d’un dément. » En quoi voyons-nous la peur comme idée dominante de tous ces actes ?
Cependant, il ne suffit pas de montrer le sangfroid, l'habileté et la prévoyance qui règnent dans ses actes pour dire d'un dépeceur qu'il est réellement défensif. Une autre condition est nécessaire, et celle-là doit être mise en évidence par le médecin légiste. Il faut que le dépeceur soit exempt de toute tare physique ou psychique.
Ainsi considéré, le dépeceur proprement dit, le dépeceur défensif, est vraiment criminel : il a envisagé son acte et ses conséquences avec un sang-froid remarquable. On ne peut plaider pour lui l'irresponsabilité.