INFANTICIDE ET DÉPEÇAGE
L'infanticide est un crime fréquent et dont on signale partout, en Allemagne, en Angleterre comme en France, l'extension croissante. La progréssion serait même vraiment effrayante, s'il ne fallait attri-, buer en partie le chiffre plus considérable de ces crimes à lactivité et à l'efficacité plus grande des poursuites dont ils sont l’objet. Il ne faut donc pas y voir la preuve d'une dépravation plus profonde.
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Les causes de la mort de ces nouveau-nés sont toujours les mêmes et peuvent se grouper sous onze titres différents, d'une fréquence assez variable sui-
vant les auteurs.
Statistique de Tardieu sur 804 nouveau-nés.
EE de Brouardel sur 531 nouveau-nés.
as de Vibert sur 434 nouveau-nés.
Tardieu Brouardel Yibert
Sulfocation 5; FR Re PEN SP RS 3 Immersion (fosses d’aisances). 9 “ 6 Fractures du crâne. 9 a. 8 Strangulation 7 8 8 Submersion 4 4 0 Défaut de soins 1.7 0 0 Blessures . l a 1.4 Combustion . L À 0 Hémorragies . | 2 0 Exposition au froid . 0.5 l 0 Empoisonnement. 0.2 0.5 0 69 43:52 "96
Il n’est pas fait mention dans ces différentes statistiques des cas de dépecage d'enfants nouveau-nés. On nous objectera, il est vrai, et avec raison que le dépeçcage n'est pas cause de mort, qu'il a lieu dans l’immense majorité des cas post mortem, sauf peutètre quelques cas douteux, comme celui cité par Toulmouche.
Cependant le découpage doit suivre de tellement près le meurtre, qu’il n’en est en quelque sorte que
l'acte initial, préparatoire que l’on peut les considérer tous deux comme inhérents l’un à l’autre, et les grouper sous la même étiquette.
En raison du nombre fréquent des cas de dépecage, suivant l'infanticide, commis dans ces dernières années, il paraît intéressant d'étudier particulièrement cette question un peu spéciale. Depuis quelque temps, en effet, il semble que cette facon d'opérer et de faire des assassins soit devenue à la mode et le dépecage, lui aussi, marche vers une progression constante, dessinant une courbe analogue, et tendant à devenir parallèle à celle des infanticides.
Si nous consultons l’article de M. le professeur Lacassagne « Du dépecage criminel », et la thèse du D' Ravoux, nous trouvons :
22cas LS54 a 4855 Re 1856 à 1860 DR 1861 à 1865 L = —
Il nous faut maintenant ‘attendre à 1882 pour trouver un nouveau dépecage, l'affaire de Louise Bazin, à Paris.
1SSIPAM BG re, Er, 2 cas ROAD. Her LL. 2 — ODA MSIE. Er, 7 — 1596 MDI Le, 6 —
Dans cette dernière période de dix années, Île nombre des dépecages de nouveau-nés à plus que triplé et encore devons-nous dire que nos recherches
se sont limitées aux affaires jugées par les tribunaux francais.
Nous avons constaté déjà, d’ailleurs, au début de ce travail, une progression semblable du nombre des dépeçages, ayant pour victimes des adultes.
Nous nous occuperons spécialement des treize cas que nous avons réuni depuis 1888, et étudierons si les déductions que nous pouvons en tirer correspondent aux conclusions de nos prédécesseurs, auteurs d’études semblables (1).
Coupables. — Quels sont donc les auteurs de ces dépeçages ? Comme le fait a été souvent constaté déjà (Lacassagne, Ravoux, Pitoiset, etc.), nous ne trouvons, sauf une seule exception, celle de Plot, ouvrier maçon, 1890, que des femmes.
Dans douze des cas que nous avons en vue, les coupables sont toutes les mères des victimes.
« Dans le dernier, il s’agit de Georgette Boges, douze ans, mère de l'enfant, rendue enceinte par Plot, ouvrier maçon, amant de la femme Séraphine Boges. Le dépecage fut fait par Plot, par des sections nettes et habilement faites, vingt-trois fragments. Ici, l’homme est complice, et non meurtrier, car l'enfant nouveau-né, à terme, fut tué à coups de pied sur la tète par la femme Boges. » Nous ne trouvons pas de
cas analogue dans le tableau publié par le professeur Lacassagne. :
(1) Les tableaux synoptiques des infanticides suivis de dépeçage, de 1888 à 1902, ont été reportés à la fin de ce travail.
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L'accusée est presque toujours une fille dont l'aspect inspire aux juges une profonde pitié. «Ce ne sont guère, dit Brouardel, que les filles honnêtes qui tuent leurs enfants : elles ont été séduites, elles ont réussi à cacher leur grossesse, elles sont restées muettes pendant les tortures de l’accouchement, parce qu elles sont affolées à l’idée que leur faute va être connue, que leur déshonneur sera public. »
D'ailleurs ne savons-nous pas que dans l'infanticide pris en général, le crime n’est perpétré que par des femmes sauf quelques exceptions. Parmi les coupables on ne compte guère qu'un homme sur quinze femmes. L'homme dans ces cas est un complice.
Dans les dépecages, la proportion semble donc encore être plus faible.
Cette constatation a son importance, car elle implique, en effet, des procédés meurtriers différents de ceux qu'emploie d'ordinaire la main de l’homme, et l’auteur du crime, une femme, peut ainsi être dénoncée à l'avance après l'inspection attentive et détaillée du médecin expert.
Dans tous nos cas, il nya qu'un seul dépeceur, ce qui rentre encore dans la généralité des faits étudiés jusqu'à ce jour.
Depuis 1846 nous n'avons pas trouvé un seul exemple de dépecage à deux suivant un infanticide.
Enfin, très souvent, nous trouvons parmi les accusées des domestiques, des servantes et surtout, fait capital, des cuisinières (célèbre cas de Tarare, 1884, Collongeon, cuisinière.)
La victime. — Un fait nous frappe tout d’abord, dans les différents cas survenus depuis 1888, partout le meurtre a été perpétré sur des enfants du sexe mâle, sauf cependant dans le cas d'Anna M..., 1891, Paris ; etlàencore, disons vite qu'il s'agissait de deux fœtus jumeaux de sexe. différent, à sept mois environ de la vie intra-utérine. Décollation complète des fœtus "post mortem. Disons, en passant, que nous trouvons là une constatation nouvelle à l’appui de la remarque faite par M. Dejouany dans sa thèse de 1897, à savoir que dans les infanticides de jumeaux, les deux nouveau-nés meurent toujours du même mode de mort.
De 1846 à 1897, nous ne trouvons qu'un cas du sexe féminin ; ils’'agit de l'affaire de Batignolles 1846, coupable : la mère de l'enfant. Dépecage au couteau après la mort. Cinq tronçons.
Quelle est l'explication de cette sélection bizarre? Est-ce un pur effet du hasard? On ne peut faire que des hypothèses.
Peut-être pourrait-on faire intervenir un état psychologique particulier de la mère, celle-ci ayant plus d’attachement, l'amour maternel étant plus puissant pour un enfant de son sexe, plutôt que pour un mâle.
Ou bien, abandonnée dans tous ces cas le plus souvent par son amant, craint-elle de retrouver dans l'enfant mâle les traits de celui qu'elle maudit, prend-elle en haine le sexe masculin en général et se venge-t-elle sur un des membres de cette catégorie?