‹ Du Dépeçage CriminelChapitre 33 sur 66 · PR NE · texte numérisé non relu

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trou, en général fort large, où l’enfant peut passer très facilement.

Il n’en est plus de même dans les villes où les tuyaux de chute sont étroits et plus ou moins compliqués, est-ce là une explication ?

Ou bien encore les poursuites de la police dans les centres sont-elles mieux dirigées que dans les campagnes ? Simples hypothèses.

Causes du dépecage. — Quel est donc le but du dépecage : c'est évidemment de faire disparaître facilement le cadavre sans attirer l’attention.

Dans le plus grand nombre de cas, il est manifeste que la division du cadavre a simplement été destinée à en diminuer le volume et à en disperser les fragments qui sont Jetés au hasard dans une mare, une rivière, un égout, une fosse d’aisanecs.

Il est très probable, qu'avant le découpage, l'assassin prévoit de quelle façon il fera disparaître lestraces de son forfait. Or, le plus souvent, le cadavre est destiné à être enfoui dans les fosses d’aisances.

Dans les grandes villes, on trouve ordinairement des latrines pourvues d’une cuvette conique, terminée inférieurement par une lunette plus ou moins étroite ou garnie d’une fermeture hydraulique, aboutissant à un tuyau de chute qui, directement ou par un branchement coudé à angle plus ou moins aigu, conduit les matières dans la fosse. Le corps de l'enfant est donc forcé de suivre un trajet étroit (8 à 11 centimètres), plus ou moins long, sinueux ; il court le risque de rester en chemin. Le dépecage aura pour but le

LE TENUE cheminement facile dans le tuyau de chute. Nous en citerons un bel exemple (Lo Sperimentale, t. LIX, 1887, Florence) :

« Sur la réquisition de l’autorité judiciaire, J'ai eu occasion, en compagnie de mon maître, le professeur Angelo Filippi, d'examiner le cas suivant qui ne me semble pas dépourvu d'importance médico-légale, autant par la rareté relative du fait, que par l’enseignement pratique que l’on peut en retirer.

« Voici le cas :

« Requis le 24 mars..., constater si une certaine B.., de Reggelo, couturière, avait accouché depuis un mois environ.

« Celle-ci, en confirmation de son premier interrogatoire, nous raconte ce qui suit :

« Prise de douleurs le soir du 25 février, dans le milieu de la nuit, elle va aux cabinetset met au monde un enfant qui tombe brusquement sur les dalles et pousse des gémissements. Depeurd’attirer l'attention si elle le laissait crier, elle le jette dans l’ouverture des latrines ; mais comme il y avait une soupape, et que l'ouverture inférieure avait 8 centimètres à peine, l'enfant ne pouvait y passer. Voyant que l'enfant était mort, et ayant résolu de le faire disparaître, elle va à la cuisine chercher un coutéau et réduit l'enfant en pièces qui peuvent alors passer par l'ouverture du tuyau. »

L'identité du cadavre est en outre beaucoup plus difficile à établir, surtout si les différentes pièces ont été dispersées, et s'il en manque d'importantes au moment de l'expertise.

De Gore

Faut-il tenir compte aussi de ce l'on a appelé la contagion du meurtre ? M. Lacassagne, nous l’avons vu, ne l'admet pas. Il croit plutôt à l'imitation, due à la diffusion de la presse.

Mais aussi, ne faut-il pas tenir compte de l’irsténcti destructeur, d'un moment d’affolement dû à un esprit obscurci; le meurtre n'est-il pas commis par « une main aveugle », comme le dit M. Brouardel ?

Etat d'esprit de la coupable au moment du meurtre. — Cette question a souvent préoccupé les médecins légistes et les juges. M. Bourdon s'est occupé particulièrement de cette difficile question dans un de ses discours.

« La femme qui accouche est une malade ; elle est placée dans un état physique susceptible d'exercer une action profonde sur sa volonté, et si la crise qu'elle traverse n’'abolit pas son libre arbitre, elle lui porte cependant une certaine atteinte en laissant seulement subsister une responsabilité sensiblement atténuée. C’est là un fait universellement constaté par la science médicale, et il faut peu s'étonner que l'irritabilité nerveuse, les bizarreries de caractère si fréquentes et si apparentes pendant la' grossesse aillent en croissant jusqu’à l'heure de la délivrance. Or, si, à cet instant de suprème souffrance, la mère, femme mariée ou fille, tue son enfant, peut-elle être traitée comme une meurtrière ordinaire, et n'est-elle pas dans un état physiologique dont il est juste de tenir compte par rapport à l'imputabilité de l'acte

criminel ? » /

Peut-il arriver donc, comme le prétendent certains auteurs, que la femme soit prise au moment de l'accouchement d'un accès de délire pendant lequel elle tue son enfant ; après quoi elle retrouve entièrement la raison ? (thèse reposant sur trois cas cités par Marcé). « Rien, répond Brouardel, en pathologie mentale, ne nous permêt d'accepter un tel phénomène physiologique. » *

L'acte de dépecage est insensé, mais comme Lasègue l'a dit depuis longtemps : « Quelque insensé que soit un acte, il ne prouve pas, par lui seul, que celui qui Pa commis était aliéné. »

Cependant n’y a-t-il pas un trouble de la raison, une perversion des facultés affectives, une sorte de délire passager qui peut suivre la délivrance, auxquels on peut attribuer le meurtre du nouveau-né? C'est revenir encore à la question tant débattue et controversée, la question médico-légale de la folie.

Il y a évidemment des faits incontestables dont on pourra tenir compte ; mais il faut admettre que nous sommes en présence d’une surexcitation de la sensibilité, et que cette sensibilité, elle, laisse intacte la raison.

Burdach cite des cas analogues chez les animaux : « Les femelles de certains animaux, dit-il, sont quelquefois prises, pendant la parturition, d'une fureur durant laquelle elles se jettent sur leurs petits et les mordent au point de les tuer. »

Mais les animaux manquent de raison, excuse qui fait défaut à l'homme.

Comment interpréter tous ces cas différents et

le

contradictoires cités soit par Marcé, soit par Gall, Castelneau, Barbier, Michu et tant d’autres. — Que valent ces faits, que conclure ?

L’appréciation de l'état mental dans les cas de dépeçage ne doit pas, nous semble-t-il, différer ici de ce qu'il doit être dans tous les autres cas. — Recherche des antécédents et des circonstances qui ont accompagné le crime. — Y a-t-il, oui ou non, des traces manifestes d’impulsions irrésistibles, d'idées délirantes qui ont pu modifier la liberté morale de la coupable et lui enlever la responsabilité morale de ses actes ? ,

Que les jurés soient pitoyables, qu'il y ait de nombreuses circonstances alténuantes dues à l'état de ces coupables obsédées depuis plusieurs mois par la crainte du déshonneur qui les attend, obligées de vivre enfermées dans leur secret, n'ayant rien préparé et ne pouvant rien préparer ni pourelles ni pour leur enfant sans se dénoncer, abandonnées le plus souvent par leur amant, soit, nous ne soulèverons aucune objection. |

Nous dirons seulement que le médecin expert doit se dégager de ces peintures et fermer l'oreille à ces mouvements d'éloquence pour juger froidement les faits après qu'ils auront été replacés dans leur véritable jour et réduits aux proportions qui leur appartiennent dans la réalité.

Il est des cas évidents d’irresponsabilité. Par exemple, cette femme, en Allemagne, qui découpa en morceaux l'enfant qu'elle allaitait, le mit dans une marmite avec du lard et des choux, et se prépara

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à servir à son mari ces horribles mets. 11 ya là quelque chose qui indique l’aberration mentale la plus éclatante, et du même coup, l'irresponsabilité de cette femme devenue criminelle sans le savoir.

Mais le plus souvent, nous le croyons du moins, il n'existe pas de folie et d’impulsion plus où moins temporaire, à moins que nous ne soyons en présence d'alcooliques, d'épileptiques ou d'hystériques.

Qu'il y ait des circonstances atténuantes, c’est possible, c'est même certain; de l’irresponsabilité, nous ne le croyons pas.

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