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DU ROLE DE LA FEMME DANS LE DÉPECAGE CRIMINEL

Ainsi que nous venons de le voir dans cette étude sur l'infanticide et le dépecage, le coupable est, à de très rares exceptions, presque toujours une femme.

Cette constatation jointe à d’autres précédemment faites, dans un chapitre sur les foules criminelles, nous a amené à étudier cette question un peu particulière du rôle de la femme dans le dépecage eriminel.

Les faits de dépecage pratiqués par des femmes sont-ils fréquents ?

Nous trouvons dans les chroniques de G. Paradin en 1547, le récit fait sur «une femme Cléopâtre, de Lyon, qui ne sachant comment se débarrasser d'un mari ivrognce et vicieux, l'égorge un soir quil estoit tout noyé de vin, dormant et ronflant, et puis désirant si secrètement conduire son affaire qu’elle ne fust point décelée et que tout fust tellement enveloppé en secrest et silence qu'il ne s’en engendrast aucune suspicion ny conjecture, entreprist de mettre

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le corps de son mari en pièces et quartiers, et le porter la nuit au Rhône. »

Le D' Aubry, dans un intéressant article sur l'homicide commis par la femme, cite également quelques cas : les uns sont empruntés à Trélat, qui parle de deux femmes, dont l’une tue son père, ouvre sa poitrine et commence à dévorer son cœur; l’autre tue des petits enfants, les découpe et sale leur corps pour s’en nourrir ; les autres à Corre, dans les Antilles : 1° sous la direction de Jeanne, on immole la petite Claircine, on la dépèce et on la mange en grande pompe (1864) ; 2° on arrête une dizaine de cannibales parmi lesquels une mère qui a livré et mangé ses propres enfants (1869) ; 3° en 1870, deux femmes sont surprises se régalant de la chair d’un enfant (Corre: le Crime en pays créole).

Mais la plupart des observations faites sur ce sujet ont été recueillies par Ravoux dans sa thèse. La liste est assez longue des cas où la femme est complice (le dernier en date est Vétard à Joigny), mais il n’en est plus de même des cas où la femme opère seule. « Sur les trente cas, que nous avons réunis, a écrit le professeur Lacassagne, les dépeceurs opérant seuls sont toujours des hommes, sauf dans l’observation de cette paysanne de Schlestadt, une folle, sans doute, qui tua son enfant, le dépeca et le mit en ragoüt, et dans l'observation de la femme Henry, de Saint-Brieuc, d'une force herculéenne, qui assomma son mari, un ivrogne, à coups de trique, et le lendemain coupa le corps en six morceaux avec une hachette. » |

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La conclusion de ces observations est que si ce genre de crimes est rarement accompli par une femme seule — deux fois sur trente —, il est au contraire très fréquemment commis, huit fois sur trente, plus du quart, par un homme aidé ou assisté d'une ou de plusieurs femmes.

Dans nos tableaux synoptiques, nous n'avons pu relever aucun cas de dépeçage pratiqué par une femme seule (1). Dans un cas seulement, il y a eu sans doute complicité et encore il n’a pas été possible à l'instruction de l’établir. C’est dans l'affaire du parricide de Leyr (Meurthe-et-Moselle). Que penser de cette femme Ancion qui voyant son fils dépecer le corps de son père, à l’aide d'une hache, d’une scie et d'un chevalet, se contenta de lui dire : « Voilà de la belle ouvrage que tu fais là. »

Cependant, il est incontestable que dans certains crimes de dépecage, la participation de la femme a été évidente, ou comme auteur même de l'acte, ou comme complice.

Comme ayant entrepris elle-même cette funèbre besogne du dépecage d'un cadavre, il ne faut voir en général parmi les mobiles qui y ont poussé la femme que la folie avec ses subdivisions plus où moins nombreuses, le sadisme dans quelques cas très rares, la haine et la colère, enfin la religion.

La folie. —Il estencore assez facile d’en trouver de nombreux exemples. C'était évidemment une folle

(4) Nous ne sommes pas assez documentés sur le cas que nous signalons en Égypte.

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que cette paysanne de Schlestadt, dont nous avons parlé tout à l'heure.

Il en était de même de Maria de Las Dolores, dépecant et mangeant le cœur de son père. Que dire aussi de cette femme, dont parle Laugius, qui désirant manger de la chair de son mari, l’assassina et en sala une grande partie pour prolonger son-plaisir (Legrand du Saulle, Traité de médecine légale).

Le sentiment religieux. — On sait combien sa puissance est grande chez la femme et combien de crimes ont été commis au nom de la religion. La plupart des faits d’anthropophagie dans les Antilles, et que nous avons cités, d’après Corre, sont des actes purement religieux, mais dans lesquels la femme fait voir toute la férocité dont elle est capable.

Enfin la haine alliée à la colère ont été souvent des mobiles puissants de crimes de dépecçage, et dans ces cas surtout, la femme a en quelque sorte imprimé un cachet tout particulier à son acte. Nous l'avons vu à propos du dépecage pratiqué par les foules criminelles. « Les émotions violentes, la colère notamment, a écrit le D' Prieur, ont chez les femmes une sorte de retentissement génital qui se manifeste par des mutilations de ce genre. La célèbre scène décrite par Zola dans Germinal n’a rien d'exagéré. »

Rappelons encore le crime de Monterotondo cité dans la thèse de Ravoux : « Le domestique des Tozzi, qui avait assisté au dépecage, raconta qu’à ce moment le père enleva le couteau que tenait son fils en lui disant : Laisse-moi faire ; je vais t'enseigner comment

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on désarticule les membres. Il se mit à l'œuvre et le dépecage avait commencé, quand la femme Tozzi lui arracha à son tour le couteau des mains pour faire subir au mort une dernière mutilation, en lui enlevant les parties génitales ».

Les cas sont donc assez rares dans lesquels nous voyons la femme prendre une part active et personnelle au dépeçage proprement dit. Comme complice, nous la retrouvons plus souvent. Et alors le mobile du crime a été le vol, la jalousie, la suite d'un adultère:

Le vol difficilement combiné ; tel a été le mobile dans l'affaire du bijoutier Vétard. Le public présent à l’audience fut vraiment stupéfait d'entendre la femme Joséphine Martin raconter avec le plus grandfroid, tout en se déchargeant sur ses co-accusés, la scène du dépecage à laquelle elle avait été présente. Tel a été aussi le mobile de l'affaire de Barnaz où le propriétaire Claude Faure fut tué et dépecé par son frère Jean Faure et sa belle-sœur Rosine Plancher.

Dans les crimes en quelque sorte passionnels dictés par la jalousie, l’adultère, nous remarquons qu'il est rare de voir la femme jouer un rôle actif. C’est en général l'amant qui se charge de la funèbre besogne. La femme, toujours complice à un degré plus ou moins grand, reste dissimulée.

En résumé, quoi qu’en aient dit de nombreux auteurs qui ont étudié la femme criminelle, et ont conclu qu’au point de vue de la férocité, elle laissait l’homme bien loin derrière elle, on aurait pu être en droit de croire que dans les crimes. de dépecage, la

femme aurait pris une part active à la mutilation du cadavre.

Il n'en est pourtant pas ainsi.

D'un côté, d’après l'enquête, les aveux mêmes des coupables, le résultat des condamnations prononcées dans les affaires de dépeçage où nous voyons la participation de la femme; de l'autre, si nous faisons exception pour les cas de folie ou de colère excessive qui pourront toujours se présenter, nous estimons que dans le dépecage criminel moderne la femme ne joue, la plupart du temps, qu'un rôle secondaire, en rapport avec son caractère etses aptitudes spéciales: « Ce sera souvent en simulant une caresse qu’elle préparera l'assassinat. » L'homme, son complice, tuera et dépècera. La femme mettra ensuite à profit ses talents particuliers, pour enfermer, envelopper et coudre les paquets contenant les funèbres débris. La femme n'aime pas les crimes sanglants, son arme véritable, c'est le poison.

Ajoutons enfin, qu'au point de vue psycho-pathologique, la femme fait preuve en ces circonstances d'une insensibilité morale complète et d'une absence totale de sentiments affectifs.

Peut-être dans cet article ne nous aura-t-on pas trouvé assez explicite pour établir nettement le rôle de la femme dans le dépecage criminel.

Nous n'avons pas la prétention d’avoir fait un examen complet de la question. Il serait sans doute intéressant de rechercher le pourquoi de ces mutilations génitales dont nous avons parlé et de voir les relations qui peuvent exister entre les périodes mens-

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