PROFESSIONS ET PROCÉDÉS DES DÉPECEURS
Dans un rapport présenté au Congrès international d’anthropologie criminelle, à Genève, en 1892, le D' Henry Coutagne s’exprimait ainsi : « La réalité de l'influence des professions sur la criminalité nous paraît admise en principe. Si nous nous faisons illusion sur ce point, l'existence de cette relation pourrait être démontrée, sans aller plus loin, par l'étude de la technique matérielle des grands crimes, et surtout des crimes contre les personnes..... L'examen non pas chirurgical et thérapeutique, mais médico-légal d’une blessure conduit à chaque instant à reconnaître l'arme employée, la manière dont elle a été maniée, et comme conséquence. naturelle la profession de celui qui s’en est servi. Dans les cas de dépeçage et d'égorgement, l'acquis professionnel du boucher, du cuisinier, de l'étudiant en médecine, a parfois imprimé à la forme des lésions un cachet équivalent à la signature du meurtrier. »
Nous ne voulons pas revenir sur les exemples déjà
RE
tant cités du boucher Avinain, de l'étudiant en médecine Lebiez, de la cuisinière de Tarare. Ce qui est certam. c'est que dans la plupart des cas de dépecage, le cadavre porte la signature, la marque de l’auteur.
Pour bien étudier cette influence de la profession dans les dépecages, il faut considérer dans quelles conditions psychologiques; dans quel état d'âme se trouve le dépeceur en présence de sa victime.
Dans la plupart des cas, ainsi qu'il résulte de l'examen des faits, le dépeceur opère seul. Quel que soit le mobile qui l'ait poussé à tuer, quand il se trouve en présence de sa victime déjà morte ou agonisante, que fait-il? Il se pose cette question, à laquelle il a sans doute déjà réfléchi : Ce n’est pas tout; il me faut faire disparaître les traces de mon forfait. C'est alors qu'il entreprend une opération qu'il a peut-être prévue d'avance. La peur, l’état de surexcitation dans lequel il se trouve, la vue du sang, tout cela le grise en quelque sorte, et il dépèce avec la plus grande rapidité possible, craignant à chaque instant que quelqu'un ne le surprenne. Mais il dépèce mal, il plonge son couteau à tort et à travers; s’il rencontre une résistance osseuse contre laquelle son instrument vient heurter, il n'hésite pas à faire une nouvelle entaille, il s'y reprend à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il arrive à son but. S'il n'y arrive pas, il tord, il arrache, il rompt. Comme Vaubourg le disait lui-même à l'audience : « Après avoir tranché la gorge, csmme les vertèbres résista‘ent, j'ai dû faire tourner la tête sur elle-même. »