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Telles sont généralement les conditions dans lesquelles un dépecage est pratiqué par un dépeceur d'occasion, un individu exerçant une profession quelconque, mais qui de par cette profession n'a pas une culture intellectuelle suffisante et surtout pas la moindre connaissance anatomique. Il veut séparer la tête et les membres du tronc, il s’y prendra comme il pourra, pourvu qu'il y arrive. C'était évidemment le cas du manœuvre Vaubourg, qui après avoir étranglé Boutry, parce qu'il refusait de se prêter à des manœuvres pédérastiques, l'a dépecé.
A l'examen du cadavre, on trouvera donc, outre les signes évidents permettant d'affirmer . que le dépeçage a été fait soit pendant la période agonique soit peu de temps après, en quelque sorte le stigmate de la rapidité avec laquelle l'opération a été pratiquée, le désir qu’a eu le criminel de se débarrasser au plus vite du cadavre, son affolement en présence de la mort, et enfin, par les nombreuses entailles faites à faux, son ignorance presque complète des connaissances anatomiques. De ces diverses constatations, le médecin légiste pourra déjà tirer d’inté ressantes conclusions.
En d’autres cas, le dépeceur ne dépèce pas de suite, il n’opère que sur des cadavres refroidis. Il pense non sans raison quil s'écoule moins de sang. Dans cette catégorie peuvent rentrer encore quelques dépeceurs d'occasion. « Fatigué par la lutte, a écrit le professeur Lacassagne, brisé par l'émotion, l'assassin se repose et dort parfois d’un profond sommeil. une fois son crime accompli. Au réveil, il
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faut faire disparaître ce corps embarrassant, et c’est alors que surgit l’idée de le mettre en morceaux. »
L'irrégularité du dépeçage, les marques d’inhabileté de celui qui l’a fait, prouveront encore qu'il faut rechercher l’auteur dans une catégorie de gens peu intruits et peu habitués au spectacle de la mort.
Mais si dans la plupart de ces cas, où le dépeceur n'opère pas de suite, où les sections cutanées sont régulières, habilement faites, sans échappées, où nous remarquons l'emploi de procédés spéciaux, semblables ou analogues à ceux employés en médecine opératoire, en art vétérinaire, ou en boucherie, notre attention est mise en éveil et nous songeons de suite à quelques professions particulières, faciles à déterminer, telles que médecins, garçons d’amphithéâtre, bouchers, etc.
L'étudiant en médecine Lebiez avait désarticulé les membres de sa victime avec une précision technique. Le boucher Avinain, qui avait fait des autopsies à la prison centrale de Melun, avait acquis une grande habitude de la dissection et opérait avec habileté le découpage, la décollation, la désarticulation. « Je ne dépeçais pas les cadavres, dit-il à l’audience, je les désarticulais. »
Nous-même, dans la récente expertise faite sur la femme coupée en morceaux à Lyon, avons été frappé d'une désarticulation sacro-iliaque très habilement faite, ainsi que d'une désarticulation du genou par un procédé circulaire que bien des chirurgiens auraient pu prendre pour modèle. Loin de nous cependant l’idée de croire quele coupable appartient
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au monde médical. La section longitudinale du sternum en parties égales, et l'emploi de la scie pour détacher l’autre partie du bassin nous ont suffisamment indiqué que le coupable n'avait en anatomie humaine que des connaissances très imparfaites. Il n’en est pas moins vrai que les recherches de la police portèrent principalement sur le monde des garçons bouchers qui abondent dans le quartier de Perrache où le crime fut découvert.
Ces dépecages habilement pratiqués ne nous étonnent nullement de la part de gens habitués à vivre avec le spectacle de la mort, tels que des médecins, des garçons d’amphithéâtre. Nous comprenons fort bien leur état d'esprit. Nous nous rappelons encore les émotions que nous eùmes pour la première fois en pénétrant dans une salle d’autopsie. Ce ne fut pas sans une certaine appréhension que nous primes le scalpel pour commencer notre première dissection.
Et maintenant, éprouvons-nous la moindre émotion à la vue d'une autopsie, d'un cadavre déchiqueté ou même putréfié comme en voit quelquefois en médecine légale? N'est-il pas bien vrai que l'habitude est une seconde nature? Aussi qu'y a-t-il d'étonnant de voir un homme habitué au spectacle de la mort, le lendemain de son crime accompli, à la vue de sa victime, mesurer froidement les conséquences de son acte, et entreprendre tranquillement le dépecage ?
« Chassez le naturel, il revient au galop. » Sans doute ce cadavre, c’est sa victime, c’est lui qui lui a
ôté la vie; mais à présent ce n'est plus qu’un « mac- ‘chabée banal. » Aussi il dépècera froidement, posément, sûrement. L'examen des débris révélera au médecin légiste le sang-froid, l'assurance dans le coup de main et la tranquillité parfaite de celui qui est l’auteur d’un dépecage accompli dans ces conditions (1).
Nous en arrivons maintenant à une catégorie spéciale de dépeceurs, ceux-là de beaucoup les plus dangereux parmi les criminels, et dont le tristement célèbre Richetto nous présente un type assez parfait. Nous avons nommé le dépeceur de profession. Nous ne nous étendrons pas sur Richetto, puisque nous publions les rapports complets concernant cet énigmatique personnage.
Le dépeceur de profession, comme son nom l'indique, n’en est ni à son premier crime ni à son premier dépecage. Le spectacle de la mort ne peut donc l’émouvoir. Il a fini par s’y habituer. Sa victime tuée, il attendra le moment propice pour commencer sa funèbre besogne, et il l'accomplira avec une réflexion et un sang-froid.vraiment étonnants. Il combinera
(4) Tout récemment, en Italie, à Vérone, on jugeait une affaire d’avortement et d'homicide. On avait trouvé dans l’Adige les débris d’une femme coupée en morceaux. Plusieurs officiers italiens furent compromis dans l'affaire. Ce serait, paraît-il, un médecin militaire qui, une fois le crime accompli, se serait chargé du dépeçage. M. le professeur Arrigo Tamassia, de la Faculté de médecine dé Padoue, que nous remercions d’avoir bien voulu nous communiquer quelques renseignements à ce sujet, est d'avis cependant qu'il ne faut pas attacher beaucoup d'importance à cette affaire. Il fut très difficile de connaître la vérité, et nous apprenions ces jours derniers que les officiers inculpés venaient d’être acquittés.
tous ses actes, il étudiera ses paroles, ses gestes, 1l modifiera ses manières s’il y a lieu ; enfin il aura des réponses toutes prêtes, pour si, le cas échéant, il venait à être soupçonné.
Le dépeceur de profession, au point de vue intellectuel, fait preuve sans doute de qualités supérieures à celles de la moyenne des criminels, mais si sa façon de dépecer est régulière, assez bien faite, prouvant le sang-froid et la tranquilité de l'opérateur, il ne s'ensuit pas qu’elle corresponde, comme pour l'étudiant en médecine, le boucher ou le garcon d’amphithéâtre à des procédés spéciaux prouvant des connaissances anatomiques plus ou moins parfaites. Ce qui caractérise essentiellement le dépecage de profession c'est la monotonie, la méthode qu'une fois adoptée par le dépeceur, il répétera partout et toujours, dans tous ses dépecages. On pourra lire avec intérêt, pour s'en convaincre, dans le rapport Richetto, le parallèle qui a été établi par M. Lacassagne entreles deux dépecages de la femme Delorme et de la femme Catinot.
Nous en avons fini avec le rôle des professions
dans le dépecage. Nous ne dirons que quelques mots des procédés employés par les dépeceurs, puisque comme nous venons de le voir, l'étude de la profession des dépeceurs et des procédés qu'ils ont employés sont deux éléments qui se complètent l’un par l’autre.
Ce qui nous frappe surtout dans le modus faciendi employé par les dépeceurs, c’est que dans la grande majorité des cas, ils ont commencé par sectionner la
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tête. Cette constatation n’est pas sans quelque intérêt, et elle n’a pas échappé à M. Lacassagne. Pour lui, il faut y voir deux raisons : faire disparaître d’abord Ja partie la plus accusatrice et la plus terrifiante du corps, et ensuite se convaincre de la certitude de la mort. Nous en ajouterons une troisième, celle-ci raison d'ordre mécanique : Il est plus facile de dépecer un corps privé de tête. C’est un fait d'observation banale dans les amphithéâtres que, lorsqu’on remue un cadavre, lorsqu'on le retourne pour lui faire prendre diverses positions, la tête est gênante par ses ballottements incessants. Le plus simple pour le criminel qui veut procéder au dépeçage, est donc de faire disparaître tout d’abord la tête.
Après avoir sectionné la tête, en général les dépeceurs enlèvent les membres inférieurs qui, par leurs dimensions, sont gênants ; ils les partagent en un ou deux fragments, la jambe et la cuisse. Ils enlèvent ensuite les membres supérieurs, en général intacts (quelquefois mêmeils les lient au tronc), puis le tronc en une ou deux parties sectionnées longitudinalement. Enfin, parfois ils pratiquent un véritable déchiquetage de tout le corps.
Nous n'insisterons pas sur le nombre plus ou moins considérable de fragments dans les dépecages. Qu'on se reporte aux tableaux synoptiques,
Outre les cas particuliers dans lesquels il faut faire intervenir la notion de l'instinct destructeur, et dont nous avons parlé dans un chapitre de ce travail, nous croyons que les raisons des différents procédés employés par les dépeceurs sont justifiées par des
considérations d'ordre purement matériel. S'ils mutilent pour empêcher la reconnaissance de l'identité, ils coupent aussi et ils enlèvent en adaptant la longueur et la dimension des fragments aux besoins de leur cause.