‹ Du Dépeçage CriminelChapitre 50 sur 66 · SIGNES D IDENTITÉ · texte numérisé non relu

SIGNES D IDENTITÉ

Sexe. — Age. — Poids. — Taille.

Les différents ossements ont des caractères féminins non douteux. Le crâne, par la petitesse de la face, le front bas et petit, les apophyses zygomatiques peu accusées, la disposition des mastoïdes, le maxillaire inférieur grêle à attaches musculaires peu accusées. Enfin, sur la calotte crânienne se trouve encore adhérente une partie du cuir chevelu avec des cheveux grisonnants longs comme ceux des femmes.

Les os longs, par leur aspect grêle, par les insertions musculaires, ont tout à fait le caractère féminin, le bassin est absolument caractéristique.

Les différents os examinés appartiennent donc à un sujet du sexe féminin.

Quel est son âge? Nous ne pouvons le dire que d’une façon

tout approximative. Les points principaux qui vont nous permettre d’en avoir une idée sont l’état des dents et l’étude du système osseux (crâne, vertebres, os longs).

Du côté des mâchoires, nous notons une absence complète des dents, il ne subsiste qu’une dent à la mâchoire inférieure et à gauche, première molaire. Les alvéoles sont usés, la mâchoire inférieure est proéminente, sa hauteur est très amoindrie au viveau de la symphyse; autant de caractères qui montrent que le sujet était d’un âge avancé et avait dépassé soixante ans.

Du côté du crâne, les soudures osseuses tendent à disparaître, mais n’ont pas complètement disparu.

Les corps vertébraux sont apiatis, il y a quelques épines rugueuses au niveau des vertèbres lombaires et dorsales.

Les os longs ont la constitution des os séniles (raréfaction de la substance médullaire).

En résumé les ossements examinés ont tous les caractères de ceux d’un squelette de femme âgée ; on peut évaluer l’âge entre soixante et soixante-dix ans.

Pour évaluer /a taille, nous avons procédé à l’aide de la planche de Brocä aux mensurations des os longs des membres. Ces mensurations n’ont pas pour certains os, dont il nous mauque quelques fragments, une précision absolue. -

Cependant, grâce à une juxtaposition aussi exacte que possible des différents morceaux, nous sommes arrivés aux chiffres

suivants :

Fémur droit. . . 39» donnantune taillede. 1"45

RAS ol RU A OR AR CRE TT 1/50 Cubitus droit. . . 23,00. 1 53 Humérus gauche :.,29,05% % . ... 1.7, 1 51 Cabas anche 209,00 AR Aer, C5 Radius gauche . . 20,05. . . . . . . . . . A 44

Soit une taille moyenne de . . . . . . . . .

Mais comme les os ont été sciés d'une manière très irrégulière, leur longueur n’est pas exacte, d’où un chiffre trop bas de la »

taille. On peut dire avec plus de vérité que cette femme avait une taille de 4 mètre 50 à 4 mètre 55.

De quelle manière la mort s'est-elle produite ?

Nous ne pouvons faire à cette question qu’une réponse de probabilité. Nous n’avons relevé sur le crâne aucune lésion produite par un instrument piquant ou contondant; sur le squelette, sur les côtes en particulier, nulle trace de coup de couteau ou de fracture.

Sur les lambeaux de peau, dégénérés par un long séjour dans l’eau, qui restaient attachés au thorax et au bassin aucune (race de violence n’a été relevée.

Les vertèbres cervicales ne sont pas au complet, nous n'avons pas pu les retrouver toutes et reconstituer parfaitement la continuité de la colonne vertébrale.

Il faudrait donc supposer une dilacération du cou par des monœæuvres de strangulation à la main ou par un lien, ou [un égorgement.

D'autre part il est très probable que la tête a été détachée du tronc au moment du dépecage.

Les vertèbres sectionnées nous manquent et nous ne retrouvons aucune trace de ‘cette section. En nous basant sur cette hypothèse, il est possible d'admettre qu’au cours de la putréfaction du corps, les vertèbres voisines de la section au niveau du cou se sont perdues dans la boutasse ou dans la haie, comme d’ailleurs certains fragments de côtes.

En résumé les présomptions sont que la mort doit être le fait d’un égorgement ou d’une strangulation, dont nous ne retrou-

vons à l’heure actuelle aucune trace.

Les conditions du dépeçage. — A l'aide de quels instruments le corps a été dépecé.

En superposant les différents fragments trouvés soit dans la boutasse, soit dans le buisson, nous sommes arrivé à reconstituer le squelette entier de la veuve Delorme.

Le corps a été dépecé en quatorze fragments :

Six pour les membres inférieurs;

Six pour les membres supérieurs ;

Un pour la tête et le cou ;

Un le tronc dans son entier.

Il nous manque quelques vertèbres cervicales, la tête de l’humérus droit, des os des mains et des pieds, quelques côtes pour reconstituer absolument le squelette complet. Nous avons déjà fait remarquer que tandis que la tête a été retrouvée dans la boutasse, le maxillaire inférieur, l’atlas ont été déposés dans le buisson.

Une seule trace des sections cutanées reste et est encore considérablement déformée. C’estle fragment de la cuisse gauche momifiée, que nous avons dénommé « le jambonneau ». On peut en l’examinant se rendre compte que la section cutanée et musculaire faite vers la racine de la cuisse était nette et parfaitement régulière. Les tissus tranchés obliquement d’avant en arrière devaient à l’état frais présenter l’aspect de la viande à l’étal d’un boucher. De même que pour la veuve Catinot, il a du être fait usage d’un couteau à lame longue et large.

Les sections osseuses ont été faites à la scie. Elles sont les unes très régulières, sur les membres volumineux : les cuisses, à cause de la fixité de ces parties due à leur poids, les autres au contraires très irrégulières, brisées, à la suite de nombreuses reprises sur les os grêles : les bras et avant-bras, les jambes.

Le tronc n’a subi aucune mutilation. Son squelette a été reconstitué dans son entier et les différents os ne portent aucun trait de scie.

Le crâne ne présente pas de mutilation. Il est probable que, comme toujours, la tête a été enlevée tout d’abord, puis que successivement les membres supérieurs et inférieurs ont été dépecés. La section du cou a dû être pratiquée au niveau des vertèbres cervicales qui nous manquent.

En résumé, intégrité de la tête et du tronc, nombre égal de fragments aux membres supérieurs et inférieurs.

Les instruments nécessaires au dépeceur ont dû être un ou

plusieurs couteaux, semblables à ceux qui ont servi au dépe- çage de la veuve Catinot et une scie dont les dimensions sont difficiles à préciser, puisqu'on ne trouve pas de section portant sur des parties longues ou volumineuses, comme nous l'avons vu sur le bassin ou la colonne vertébrale de la veuve Catinot.

Date probable de la mort, du dépeçage. — D'après l’état des premiers fragments trouvés dans ta boutasse Noack et la transformation en adipocire des tissus, nous avons établi que l'immersion dans l’eau de ces tissus datait environ de dix-huit mois.

La momification des pieds et des mains demande une période de temps variable suivant l’état de la température du lieu où ces débris ont été exposés. En tout cas la dessiccation des os et de la peau est tellement complète qu’on peut supposer qu’un temps aussi long a été nécessaire à produire celte momification.

On peut en conclure que le dépeçage du corps de la veuve Delorme a été pratiqué peu de temps après la mort et que les ‘différentes portions du corps ont subi dans des milieux differents les transformations cadavériques comme uous l'avons établi au début.

Parallèle entre les deux dépeçages.

Nous exposerons d’abord les différences entre les procédés et nous verrons ensuite les nombreuses analogies qui nous per-

mettront détablir :

1° S'il y a identité dans les procédés ;

2° S'il est possible d'attribuer à un même auteur ces deux dépecages.

La veuve Delorme n'a pas été tuée de la même façon que la veuve Catinot. Le crâne est intact, il n’y pas eu de lésions cérébrales et nous avons établi que très probablement elle avait été étranglée ou égorgée.

La veuve Catinot au contraire a été assommée par un vigoureux coup de marteau asséné sur la tête, puis frappée de plu- Sieurs coups de couteau et enfin dépecée,

Tandis que chez la veuve Delorme nous voyons le tronc laissé intact par le dépeceur, chez la veuve Catinot cet énorme fragment à été séparé en quatre tronçons à l’aide du couteau et de la scie. Les membres supérieurs au contraire qui chez la veuve Delorme sont séparés en trois fragments, chez la veuve Catinot ne portent qu'une section vers la racine des membres.

De même pour les membres inférieurs, nous trouvons pour la veuve Delorme trois fragments : le pied et le bas de la jambe, la jambe et le genou, la cuisse.

Pour la veuve Catinot, deux fragments : le pied et la jambe, la cuisse.

Ces différents fragments de la veuve Catinot ont été tous (sans subir au préalable aucune préparation) plongés dans Peau d’une boutasse.

Ceux qui constituent le cadavre de la veuve Delorme n’ont pas tous été traités de la même façon. On dirait qu’il y a eu comme une sorte d’hésitation de la part du dépeceur, Ignorant la meilleure manière de se débarrasser de ces fragments humains, il a dû essayer divers procédés : destruction par diverses substances chimiques, immersion.

Voyons maintenant les analogies :

Ces deux dépeçages ont été pratiqués au couteau et à la scie. La hache ou tout autre instrument usité dans les boucheries ne semblent pas avoir été utilisés.

Dans les deux cas (et c’est une particularité signalée dans la plupart des affaires de dépeçage), la tête a été séparée du tronc sans subir de mutilation pour empêcher la reconnaissance.

L'étude des sections faites à la scie sur les différents membres vont nous montrer des procédés identiques dans le manuel opératoire :

Pour les membres supérieurs, sur les deux femmes, /a tête de l’humérus droit a été sciée plus bas que la gauche. Le

js

fragment supérieur à droite a 8 centimètres environ et 3 à & centimètres à gauche, sur les deux squelettes.

Du côté des membres inférieurs, nous retenons que la section à la scie:a été très nette sur Les deux côtés des fémurs gauches, au contraire irrégulière, avec des essais et des tâtonnements, sur les côtés des fémurs droits.

Cette constatation nous autorise, il nous semble, à dire que le dépeçage, sur les deux cadavres, en ce qui concerne les membres inférieurs, a commencé par la cuisse gauche, le corps reposant facilement sur le côté droit. Il n’en a plus été ainsi lorsque l'opérateur a voulu abattre le membre inférieur droit : le corps n’était plus alors bien en équilibre sur le côté gauche amputé, de là les tàtonnements et les essais constatés sur les deux cols des fémurs droits.

En résumé, il y a dans la manœuvre de la scie pour détacher les membres supérieurs et inférieurs une certaine analogie, montrant l’obligation où s’est trouvé le dépeceur de procéder de la même manière.

CONCLUSIONS

Les fragments humains retirés le 6 janvier de la boutasse Noack, ceux trouvés dans la haie de la montée des Graviers, les 26, 27 et 28 janvier, ont pu être rassemblés et constituer un corps de femme.

Ces quatorze fragments appartiennent au corps d’une femme âgée de soixante à soixante-dix ans, d’une taille d’environ À m. 50 à 4 m. 55.

Les présomptions sont que ces débris constituaient le corps de la veuve Delorme disparue le 21 juillet 1898.

Il est difficile de dire quelles ont été les causes de la mort. Il est probable qu’elle à dû être le fait d’un égorgement ou d’une strangulation, dont nous ne trouvons à l’heure actuelle aucune’ trace.

Les constatations faites par M. le D'Roux, par M. Vannez, par MM. Florence et Hagounenq et par M. Ray ont montré que les fragments constituant le corps de la veuve Delorme avaient. été placés dans des conditions différentes. Les uns ont été immergés dans l’eau, plus où moins longtemps après la mort, pendant une période d'environ seize ou dix-huit mois. D’autres ont été soumis à l’action de désinfectants, tels que le sulfate de cuivre. Enfin les pieds et les mains momifiés ont dû être exposés dans un endroit chaud et abrité.

Le corps de la veuve Delorme a été dépecé en quatorze fragments. Le fragment momifié de la cuisse gauche nous donne la certitude que la section cutanée et vasculaire faite vers la racine de la cuisse était nette et parfaitement régulière; - ila dû être fait usage d’un couteau à lame longue et large, comme celui dont nous avons parlé pour la veuve Catinot.

Les os des membres ont été sectionnés à l'aide d’une scie, les fémurs assez régulièrement, au contraire les os grêles (comme ceux des bras, des avant-bras, des jambes) présentent des cassures ou des sections tout à fait irrégulières.

Notons encore qu’il y a intégrité de la tête et du tronc et un nombre égal de fragments aux membres supérieurs et inférieurs,

Il est probable que le dépeçage du corps de la veuve Delorme a été pratiqué peu de temps après la mort et que les différentes parties du corps ont subi dans les différents milieux les transformations dont nous avons parlé.

De la comparaison des deux dépeçages, il résulte que la veuve Delorme à été probablement étranglée ou égorgée. La veuve Catinot a été assommée par un coup de marteau sur le vertex, puis frappée de plusieurs coups de couteau. Le dépeçage a eu lieu ensuite. |

Chez la veuve Catinot, le tronc a été fragmenté en quatre tronçons. Il a été laissé intact chez la veuve Delorme. Sur la veuve Delorme, les membres supérieurs ou inférieurs ont été chacun séparés en trois fragments. Il n’y en a eu que deux pour la veuve Catinot, :

Nous avons aussi montré que les chairs ont été sectionnées sur ces deux femmes à l’aide d’un couteau à lame longue et large. De même il y a eu dans la manœuvre de la scie pour détacher membres supérieurs et inférieurs une certaine analogie, montrant l'obligation où c’est trouvé le dépeceur de procéder de la même manière.

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