LABORATOIRE DE CHIMIE MÉDICALE
Lyon, 26 février 1900.
Rapport du professeur Hugounenq.
Analyse d’un fragment de tissu desséché et friable, recueilli sur les muscles du haut de la cuisse.
Ce fragment est brun noirâtre avec imprégnation d’une matière verte, pulvérulente, ayant l’aspect des sels de cuisine.
Effectivement, la matière épuisée par HCI concentré et bouillant cède une liqueur qui précipite en noir par HS, en rouge par K'FeCy6, en vert par Na?CO®. Cette même liqueur se colore en rouge en présence du réactif de Denigès et en bleu au contact de AzH3. La substance contient done un sel de cuisine.
On a pris 0 gr. 1576 de matière, on a détruit par HCI et le
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chlorate de potasse. Le liquide obtenu a été sursaturé par HS. On a abandonné quarante-huit heures et après séparation du précipité, celui-ci a été lavé et dissous à l’ébullition par l’acide azotique très dilué. La liqueur a été alors soumise à une électrolyse à l’aide de deux éléments Bunsen, On a obtenu un dépôt, qui oxydé par l’acide nitrique à chaud, puis calciné à fourni 0 gr. 0041 de CuO (oxyde de cuivre), ce qui représente : Cuivre métallique . . . . 2,07 °
CONCLUSION
Une telle quantité de cuivre ne peut être mise sur le compte des traces de cuivre qui peuvent se trouver normalement dans les tissus.
Ce cuivre dont nous avons décelé la présence et dosé la proportion provient de l’imprégnation des {issus par un sel de cuivre. ‘
Signé : Professeur HuGouNENQ.
Des constatations que nous venons d’énumérer il résulte : que les fragments constituant le corps de la veuve Delorme ont été placés dans des conditions différentes :
1° Les uns ont été immergés dans l’eau plus ou moins long. temps après la mort, pendant une période que nous évaluons de seize à dix-huit mois au moins. Ce sont la tête, qui avait séjourné auparavant dans un charbonnier, le tronc, les jambes et les genoux ; les fragments des membres supérieurs ; les coudes, avant-bras et bras.
2% Les autres ont été soumis à l’action des désinfectants tels que le sulfate de cuivre. Ce sont eux qui ont dù séjourner dans la caisse trouvée dans le grenier de Richetto, les cuisses en particulier.
3° Enfin les pieds et les mains sont momifiés. Ils ont été exposés dans un endroit chaud et abrité, tel que le grenier de la maison de Richetto, où ils se sont desséchés puis momifiés.
Les recherches du D' Roux confirment cette hypothèse.
Sur les mains et les pieds, dans les tissus momifiés, il y a, comme d’ailleurs au condyle du fémur gauche, de nombreux cheveux adhérents. Cescheveux, châtainsetfins, comparés à ceux de la tête de la veuve Delorme, non encore grisonnants, sonttout à fait identiques. Il est donc ainsi établi que ces débris se sont trouvés placés près de la tête, en un même endroit, ou, plus vraisemblalement, que les pieds, les mains et le condyle du fémur ont été déposés en un lieu où cette tête avait séjourné quelque temps.
Il semble même que ces débris ont été placés dans un charbonnier. On se rappelle que, dans la chevelure ou dans la fausse natte, il y avait une très grande quantité de poudre charbonneuse. ;
Nous remarquons de même sur les mains et les pieds une coloration noirâtre, comme si une semblable poussière de charbon s'était incrustée dans les téguments de ces mains où de ces pieds pendant une partie de leur momification.