‹ Du Dépeçage CriminelChapitre 55 sur 66 · STE · texte numérisé non relu

STE

étaient variqueuses et sur le pied gauche se trouve un oignon volumineux qui devait gêner la marche.

De quelle manière la mort s’est produite.

À part les ineisions faites pour dépecer le cadavre, nous avons relevé sur plusieurs fragments des hlessures faites sur le vivant, les unes par instruments tranchants, d’autres par instruments contondants. Nous allons rappeler successivement le siège et la gravité de ces blessures, nous serons à même ensuite d'établir la manière dont la mort à été produite.

1° On trouve sur le sommet de la tête, à 85 millimètres audessus des arcades orbitaires, une empreinte nettement circuluire de 45 millimètres de diamètre. Cette empreinte produit une dépression sur la calotte crânienne sui est en cet endroit légèrement enfoncée. Tous les tissus environnants sont fortement ecchymotiques.

De cette empreinte part une série de fractures irradiées qui silionnent tous les os du crâne pour aller se perdre au niveau de la base.

Ces fractures multiples nous indiquent la violence du coup porté par un instrument contondant au niveau du vertex, instrument qui a laissé une empreinte si nette qu’il nous est permis d'établir que tres probablement il s’agit d’un marteau rond dont le grand diamètre est de 45 millimetres. Les mensurations prises sur les marteaux trouvés dans la loge de Richetto sont identiques à celles que nous indiquons.

Cette blessure a tous les caractères des blessures faites sur le vivant, infiltration sanguine considérable dans tout le cuir chevelu, sur la dure-mère empreinte de la rondelle osseuse détachée de la calotte crânienne projetée sur les méninges et le cerveau.

2 Sur le thorax, en divers points, nous avons relevé des plaies par instruments tranchants. |

a) Sur le côté droit, au niveau de la troisième côte, en avant du thorax, une incision qui à tranché la côte, a intéressé la

plèvre (fragment n° 2), elle pénètre dans le poumon, intéresse la bronche droite et l'aorte.

b) Coup de couteau de # centimètres qui pénètre jusqu’au rachis et est bourré de sciure de bois (fragment n°3).

c) À 3 centimètres au-dessus de la portion inférieure du fragment n° 5 se trouve une blessure par coup de couteau ayant sectionné la dixième côte et pénétrant dans le thorax pour perforer le diaphragme et entrer dans l’estomac (fragment n° 11),

d) Entre la huitième et la neuvième côte gauche, à 14 centimètres en dehors du sternum, se trouve une plaie ecchymotique de 15 millimètre de long.

c) Dans la portion gauche du bassin (fragment n°4), un coup de couteau au niveau de Ja vertebre supérieure de ce fragment.

Au total cinq blessures par coups de couteau, deux à la partie antérieure du thorax pénétrant profondément et intéressant le ponmon et l’aorte.

Deux à la partie postérieure dont une est venuese perdre au niveau de la colonne vertébrale et l’autre pénétrant profondément a perforé l’estomac.

La dernière au niveau des lombes retrouvée sur le fragment : n° 4.

Toutes ces plaies ont été faites sur le vivant , mais il semble d’après l'abondance de l’infiltration sanguine que la blessure de Ja tête ait été La première en date,

Le meurtrier a très vraisemblablement assommé sa victime par un coup de marteau sur le vertex et lui a porté ensuite en différentes parties du corps des coups de couteau dans les régions indiquées.

Une série de contusions au niveau du thorax et des seins, des fractures de côtes produites sur le vivant au niveau des troisième, quatrième et cinquième côtes gauche, nous indiquent les violences exercées sur la victime ; pendant la période agonique, le meurtrier a appliqué violemment les mains ou les genoux sur le thorax.

Quelles sont les armes dont s'est servi le meurtrier ? «

Les plaies par instrument tranchant relevées sur le thorax ont dü être produites par un couteau assez long si l’on en juge par l’étendue du trajet de certaines d’entre elles. Particulièrement au niveau du thorax l’une d’elles traverse le poumon et va atteindre les organes profondément situés (bronches, aorte). La lame devait être large, les ouvertures situées sur la peau sont ovalaires et leur grandeur mesure en moyenne 15 millimètres.

La blessure de la tête par instrument contondant a conservé comme nous l’avons.dit: plus haut l’empreinte de l'arme avec laquelle elle a été produite. Les téguments du vertex meurtris et comme hachés ont éclaté après avoir été serrés entre la boîte crânienne et l’instrument contondant. Nous retrouvons sur le crâne une empreinte nettement circulaire de #5 millimètres.

Le tissu osseux particulièrement friable s’est laissé déprimer et l’arme s’est pour ainsi dire incrustée dans celui-ci; sur la dure-mere et le cerveau la rondelle osseuse détachée a laissé une empreinte semblable.

Une particularité est à signaler : la rondelle osseuse détachée est circulaire mais en arrière, sur une étendue de quelques millimetres, la circonférence est interrompue par un fragment osseux triangulaire qui fait saillie.

Il semble que l'instrument qui a laissé son empreinte devait être ébréché à ce niveau. Justement l’un des deux marteaux de cordonnier saisis chez Richetto et dont le diamètre est sensiblement égal à celui de la circonférence de l’empreinte présente une échancrure qui pourrait correspondre à l'irrégularité signalée.

Pour étudier cette question nous avons entrepris des expériences sur des têtes de femmes d’un âge à peu près égal à celui de la femme Catinot; en voici le résumé.

Expérience n° 1

Le 13 mars, nous nous procurons le corps d’une vieille femme de soixante à soixante-dix ans. Elle est assise sur une chaise, la tête maintenue en avant par un aide. Un coup est frappé sur le sommet de la tête par un de nous placé nettement en arrière, Nous constatons immédiatement que le coup a porté trop à droite ; qu'il a été produit non par le plat du marteau mais par le côté; enfin, qu’il a été trop faible, car on constate qu'aucune félure n’est partie du point frappé.

On tient, malgré l’insuccès de ce prémier essai, à utiliser le même crâne à une deuxième expérience, à titre de simple renseignement. Un deuxième coup est donné, plus fort que le premier.

La calotte crânienne est saine; son épaisseur est sensiblement égale à celle de la veuve Catinot (5 mm. 85, veuve Catinot; — 5 mm. 95, pour l’autre).

Le premier coup qui a porté sur la suture coronale et un peu à droite a produit un enfoncementde la calotte crânienne reproduisant sur la table externe un enfoncement triangulaire ayant 2 centimètres de base. La table interne a éclaté sur un espace de 3 centimètres en esquilles beaucoup plus nombreuses.

Le second coup porté en arrière de la suture coronale, plus violent, a laissé une emprinte circulaire et irrégulière sur certains points, surtout en arrière et à gauche à l'endroit où a porté l’encoche du marteau [son diamètre à 45 mm.]; à cet endroit la ligne de fracture est plus droite et on remarque à cet endroit une portion losangique qui n’a pas été enfoncée comme les portions voisines.

La table interne de l’os a été enfoncée. Il n’y a pas de fracture irradiée, mais il y a disjonction de la suture pariétale.

Heat TPS

Expérience n° 2.

Le 15 mars. — Femme de soixante-dix ans, assise sur une chaise, la tête fixée contre une planche par des liens.

Le coup de marteau à porté au niveau de la suture coronale, sur le vertex. Ii y a eu éclatement du cuir chevelu; au-dessous, l'empreinte du marteau est à peine marquée. Il n°‘y a pas d’enfoncement de la boîte osseuse. On remarque une fissure arrondie qui montre qu’un marteau rond a produit la lésion et de cette fissure partent, pour s’irradier vers la base, deux lignes de fracture. L’une suit à droite la suture coronale; l’autre, sur le pariétal droit, va atteindre l’occipital et se perdre sur cet os sans envahir la base.

Le crâne à une épaisseur très variable, variant entre 6 et 8 mm. 1/2. Les os sont denses et très opaques.

Expérience n° 3.

Le 19 mars. — Femme de soixante à soixante-dix ans, placee sur une chaise; la tête est maintenue par un aide. On porte sur le vertex un coup violent avec le marteau. Le cuir chevelu, est déchiré.

On le dissèque et on met à nu la calotte osseuse. Pas d’enfoncement. Impossible de retrouver l'empreinte du marteau. Des lignes de fracture irradiées surtout sur le pariétal gauche partent du point frappé.

La calotte est sciée; les os sont tres épais et raréfiés,

Pas d’irradiations à la base ni à la nuque.

Expérience n° 4.

Le 22 avril 1900. — Homme de soixante-cinq à soixante-dix ans environ. Le crâne est couvert de cheveux blancs. Le cadavre est‘situé dans la position habituelle : maintenu par un aide

A. De SaiNr-VINCENT. Al

et assis sur une chaise. Un coup de marteau est porté sur le vertex, au siège habituel. Le cuir chevelu a éclaté, mais sur la boîte osseuse on ne relève aucune empreinte faite par le marteau.

Deux fissures, surtout apparentes sur la table interne, partent du sommet du vertex, l’une pour s’irradier en arrière sur l'occipital, l’autre sur la partie gauche.

Expérience n° 5.

Une femme de quarante-cinq à cinquante ans (22 avril 1900). Position des cadavres précédents. Un coup violent du marteau est porté à l'endroit habituel. Le cuir chevelu est entamé et laisse voir une dépression en entonnoir sur la calotte.

On enlève le cuir chevelu et on constate sur la face externe une dépression qui est plutôt rectangulaire, qui a 5 centimetres de large sur 7 centimètres de long. La substance osseuse à ce niveau est séparée en plusieurs fragments. La suture coronale est disjointe et des irradiations portent sur les deux pariétaux.

Expérience n° 6.

Une femme âgée de soixante à soixante-dix ans(29 avril 4900). Cuir chevelu recouvert de cheveux blancs. Cadavre dans la position habituelle. Un coup de marteau est porté sur le point désigné. Il atteint la calotte au niveau de la suture coronale et un peu sur la droite. Cuir chevelu entamé. Dépression en entonnoir irrégulière, plutôt rectangulaire de 6 centimètres sur 6 centimètres. Le tissu osseux à ce niveau est divisé en plusieurs fragments ; des irradiations partent des quatre angles du rectangle. ”

L'une en avant parcourt le frontal, l’autre en arrière parcourt l’occipital, les deux autres parcourent chacune l’un des pariétaux.

Il résulte de ces expériences qu’il nous a été impossible de

reproduire sur le cadavre avec le marteau décrit une blessure absolument identique à celle que nous avons constatée sur le | crâne de la veuve Catinot. Les conditions dans lesquelles a été produite cette blessure sont pour ainsi dire impossibles à réunir dans les expériences de contrôle. Les crânes sur lesquels nous avons expérimenté varient dans leur épaisseur plus ou moins grande, dans la constitution intime du tissu osseux.

Chez les uns l'os se brise comme du verre, ehez les autres il est plus ou moins mou ou résistant. Il faut tenir compte aussi des différences physiologiques entre le crâne d’un cadavre et d’un individu vivant. L'état de tension du liquide céphalorachidien, la vascularisation des méninges et des tissus osseux, font varier les résistances et les répercussions du choc dans les différents points de la boîte crânienne.

Il n’y a donc pas lieu de tenir pour négative la preuve expérimentale que nous avons cherchée à apporter.

Le dépecage. — Du mode opératoire.

Nous avons décrit au début les seize fragments qui, réunis et adaptés bout à bout, constituent la totalité du corps de la veuve Catinot.

Il est utile, à présent, d'indiquer le manuel opératoire suivi très vraisemblablement par le dépeceur.

La tête a été décollée du tronc par une incision partant de la nuque et se terminant au-dessous-du menton, la section de la colonne vertébrale a été faite à la scie au niveau de la deuxième vertèbre cervicale. Les membres supérieurs ont été détachés du tronc au niveau de l'épaule et laissés dans leur intégrité.

Les membres inférieurs, au contraire, plus lourds et plus volumineux, ont été séparés en deux tronçons symétriques, la totalité de la cuisse d’un côté et de l’autre le pied et la jambe, séparés de la cuisse au niveau du genou par une désarticula-

tion faite à la scie.

Toutes ces sections des membres se font remarquer par la

régularité des incisions cutanées et par la netteté des sections musculaires.

Les sections osseuses, régulières et franches sur les os volumineux comme les fémurs, ont été ratées à plusieurs reprises : sur les os fragiles et mobiles comme les humérus.

Reste le fronc, qui a été divisé en quatre tronçons principaux par une longue incision verticale partant de la partie gauche du cou pour se prolonger jusqu’au coccyx, sur la gauche de la colonne vertébrale, les têtes des côtes ont été régulièrement sectionnées à la scie et par. une incision transversale partant du milieu de la région lombaire, sectionnant la colonne vertébrale vers la deuxième lombaire et passant vers la base du thorax, où les fausses côtes ont été coupées.

A la partie antérieure du corps, les tissus, non soutenus par une solide charpente osseuse comme en arrière, ont offert plus de résistance au couteau, et là nous remarquons des incisions inutiles etla paroi abdominale divisée en une série de fragments plus ou moins volumineux, ainsi que la masse intestinale qui a été éviscérée.

La partie inférieure du tronc (le bassin) présente aussi une section verticale qui n’est pas la continuation exacte de la section signalée sur la partie supérieure du tronc. Au lieu de passer à gauche de la colonne vertébrale, la section postérieure du sacrum est à droite et la section antérieure du pubis à droite de la symphise pubienne.

Si l’on étudie attentivement les incisions cutanées, et particulièrement la large incision du cou, comme cela a été fait à propos de la description des fragments, on peut se rendre compte, par les queues de rats et les échappées, que ces sections ont été faites par un droitier.

De plus, la saillie du tissu musculaire et la rétraction assez nette sur certains points de la peau nous montrent que le dépecage à dû suivre de très près le moment de la mort, à une époque où la rigidité musculaire n’avait pas encore fait son apparition.

Les organes geuitaux et l’anus ne portent aucune trace de

violence, l’examen des liquides que nous avons recueillis, soit dans le vagin, soit dans le rectum, ne nous à pas décelé la présence du sperme.

A l’aide de quels instruments le dépeçage a été pratiqué.

D’après la nature des sections cutanées et osseusés nous pouvons indiquer approximativement à l’aide de quels instruments le dépeçage a été pratiqué.

Les sections cutanées sont irrégulières, nous l’avons montré ; elles portent sur une large surface, la circonférence du membre a été attaquée d’un seul coup, il n’y à pas de reprises. Un couteau long et très tranchant, celui que nous avons examiné et qui a été trouvé enterré dans le jardin des Camilliens peut parfaitement produire de pareilles sections.

Si nous nous reportons aux sections osseuses nous voyons qu’elles ont été toutes pratiquées à la scie. Les unes, portant sur les os longs des membres, ont pu être faites avec une scie petite, mais ce que l’on peut affirmer, c’est que les larges sections pratiquées au niveau du thorax et du bassin, intéressant par exemple le sternum et le scapulum, le sacrum et le pubis, sont le fait d’une scie puissante, bien en main, et dont la lame doit présenter une dimension dépassant 40 centimètres pour pouvoir fournir un jeu suffisant à son maniement dans ces conditions.

En somme, un couteau à lame longue et large, deux scies ou peut-être une seule, dont la dimension de la lame devait atteindre au moins 40 centimètres, sont les instruments indispensables au dépeçeur qui a pratiqué les sections relevées sur le cadavre de la veuve Catinot.

Date de la mort, du dépeçage et de l'immersion des fragments.

Lorsque nous avons examiné pour la première fois le 5 janvier 4900 les débris humains retirés de la boutasse, notre pre

mière impression fut que nous nous trouvions en présence de chair fraîche. Il n’y avait aucun signe d’une longue macération dans l’eau, la peau semblait nette, son aspect était chair de poule. Les sections régulières et larges sur les muscles roses et durs présentés comme à l’étal d’un boucher.

Certains muscles des bras en particulier étaient rétractés en état de régidité facile à vaincre.

La peau au niveau des sections était légèrement rétractée.

A quelle époque pouvait remonter le décès et le dépeçage du corps auquel appartenaient ces fragments. Pour notre approximation nous devons tenir compte de plusieurs conditions essentielles :

1° Nous étions au mois de janvier, à une date où les froids les plus intenses venaient de se produire. Vers le milieu de décembre une épaisse couche de glace avait recouvert toutes les boutasses et surfaces d’eau tranquille, nous entrions à peine dans une série de jours moins froids. La température plus douce avait permis le dégel, mais le thermomètre était toujours voisin de zéro. Cette température ambiante est excessivement favorable pour la conservation des corps ;

2° Les débris humains trouvés dans la boutasse étaient entourés de sciure de bois et de papier de journaux, parfaitement liés. Ils étaient ainsi enveloppés dans une sorte de cuirasse isolante pouvant être comparée à une case frigorifique.

3° Le dépeçage avait permis aux liquides cadavériques de s'échapper des tissus, il n’y avait pas de décubitus et ce fait permettait encore le retard dans la marche do la putréfaction.

D’autre part, pour l'instruction, « la veuve Catinot a été tuée par Richetto et chez lui dans la soirée du 19 décembre et le 22 décembre au soir ou le 23 au matin, il avait complètement débarrassé la chambre et probablement toute la maison ».

Pour l'instruction aussi, c’est chez lui que Richetto à dù opérer le dépeçage et le paquetage. On retrouve chez Richetto toutes les espèces de papiers retrouvées dans les paquets de la boutasse. Il est établi qu’il a eu à sa disposition les journaux

l'Autorité et le Peuple Français aux époques des numéros de la boutasse.

Les procès-verbaux de constat nous apprennent que le 31 décembre 1900, la demoiselle Voisin découvre flottant sur une boutasse située dans la propriété Noack, dans l’angle sudest, — boutasse mesurant 8 m. 65 du côté du chemin et 6 m. 40 du côté est, contenant une hauteur d’eau de 4 m. 60 environ, — un paquet.

Le 2 janvier la femme Voisin constate la présence d’un deuxième paquet; le 4 janvier, à mesure qu’on agite l’eau de la boutasse, un autre paquet est venu à la surface. Ces paquets contenaient des chairs tellement grasses que l’on croit quäl s’agit de viande de porc. Le charcutier consulté dit que c’est du veau. Ces débris de viande furent à cause de cela et vu l’odeur qu’ils exhalaient, enterrés.

Le 6 janvier, nous nous transportons avec MM. Benoist et Durand, substitut, dans la propriété Noack et on vide la boutasse. On y trouve la série des fragments énumérés plus haut, tous avaient été solidement ficelés au moyen de cordes de grosseurs différentes quelques-unes croisées avec plusieurs tours:

On découvre aussi une tête de femme avec faux cheveux, un thorax et un bassin qui n'étaient pas, comme les autres d’hier, entourés de papiers et ficelés et dont nous aurons à nous occuper (Affaire veuve Delorme). ;

Des constatations que nous avons faites et des points relevés par l’instruction, nous paraît résulter que la femme Catinot a été tuée peu ‘de temps apres sa disparition. Le dépeçage a suivi. Le paquetage des divers fragments et leur transport à la boutasse a dû être fait après les grands froids, quand la mare d’eau n’était plus recouverte de glace. |

Dans tous les cas, des le 31 décembre, les paquets sont apercus flottant. Nous ne pensons pas, à cause de la saison et de l'état des chairs, que ces débris humains aient séjourné-plus de

quatre à six jours dans l’eau.

CONCLUSION

Les débris retirés le 6 janvient d’une boutasse de la propriété Noack, ont pu être rassemblés et constituent un corps de femme. Les seize fragments appartenaient au corps d’une femme âgée de soixante à soixante-cinq ans. Tous ces fragments se complètent et s’adaptent les uns aux autres. C'était une femme très grasse du poids de 70 à 75 kilogrammes environ, de petite taille, d'environ 4 m. 51. La tête a été reconnue; on sait que c’est la veuve Catinot, qui a disparu le mardi 19 décembre.

Cette femme a été tuée en pleine digestion. Elle a reçu au sommet de la tête un coup violemment porté par un instrument contondant. L’empreinte était si nette qu’il est pérmis d’établir qu’il s’agit tres probablement d’un marteau rond dont le diamètre est de 45 mm. Les mensurations prises sur les marteaux trouvés dans la ‘loge de Richetto sont identiques à celles que nous indiquons.

En outre, cette femme qui n’avait pas encore succombé a reçu cinq blessures diverses par coups de couteau. Mais ces blessures ont été consécutives au ‘coup porté sur la tête. En outre, pendant la période agonique, le meurtrier a porté violemment les mains ou les genoux sur le thorax.

Il a été fait usage d’un ‘couteau longt à lame large et dont les dimensions peuvent être rapprochées de celles du couteau trouvé enterré dans le clos des Camilliens.

Les expériences faites avec un marteau brisé ne nous ont pas permis de reproduire sur le cadavre une blessure absolument identique à celle trouvée sur le cadavre de la veuve Catinot,.

Toutefois ces expériences ne peuvent être considérées comme absolument négatives. |

Au point de vue du mode opératoire, on peut dire que la tête a été d’abord détachée, puis dans l’ordre suivant, les membres supérieurs, les membres inférieurs. Le tronc et le bassin ont éte divisés en quatre tronçons ou débris.

Ces incisions cutanées montrent bien que l'opérateur était un droitier, le dépecage a dû suivre de très près le moment de la mort, lorsqu'il n’y avait pas encore de rigidité. Nous n’avons rien trouvé de suspect du côté des organes génitaux et de l’anus.

Au point de vue des instruments employés pour le dépecçage nous avons déjà parlé du couteau, à lame longue et large. Le Le dépeçeur a pu se servir de deux scies ou d'une seule dont la dimension de la lame devait atteindre au moins 40 centimètres.

La femme Catinot a été tuée peu de temps après sa disparition. Le dépeçage a suivi. Les fragments du corps ont séjourné dans l’eau de quatre à six jours environ,

Dr LACASSAGNE.

Lyon le 29 juin 1900.

EE

Rapport de MM. Lacassagne et Florence sur tous les objets suspects saisis au logement de Richetto.

Nous soussignés, Alexandre Lacassagne et Albert Florence, professeurs à la Faculté de médecine de Lyon, sur la réquisition de M. Benoist, juge d'instruction, en date du 9 janvier 14900, avons procédé :

1° À l'examen detous les objets saisis au logement de Richetto, 96,chemin de Francheville, et transportés à la Faculté de médecine: parties de plancher, portes, rideaux, tentures, échelles ou parties de meubles, linges, vêtements, tabliers, outils et autres objets quelconques.

Avons recherché lesquels présentent des traces de sang, ou des taches suspectes, ou des traces de lavage.

Nous nous sommes appliqués à déterminer l’origine de toutes traces ou taches, à dire si le sang dont il sera trouvé trace sur tel ou tel objet paraît être du sang humain ; à dire si certaines traces on taches correspondent plus spécialement à ces meurtres ou dépeçages qui auraient été commis dans le logement de l’inculpé, préalablement visité par MM. les experts ; à procéder soit dans le logement, soit sur tous objets saisis ou à saisir ultérieurement audit logement, ou ailleurs, à toutes constatations et observations propres à la manifestation de la vérité.

2 À examiner tous les instruments saisis au logement de l'inculpé et à dire s’ils ont pu servir au meurtreet au'dépecage de la veuve Catinot, et s'il y a quelques raisons de croire qu’ils y ont servi; à dire, d’après l'examen des locaux occupés par Richetto, s'il est possible que le meurtre et le dépeçage aient été accomplis dans ces locaux, et dans l’affirmative, dans quelles conditions ils paraissent avoir été accomplis.

ee Laisse . . . . . SE . . CH . Re Te: . CC CAC bn ee .

Page 1