‹ Du Dépeçage CriminelChapitre 60 sur 66 · IV. — CriîMESs IMPUTÉS À RICHETTrO · texte numérisé non relu

IV. — CriîMESs IMPUTÉS À RICHETTrO

Il nous reste une dernière question à résoudre : Les crimes imputés à Richetto se présentent-ils à notre observation avec une physionomie spéciale, se signalent-ils à notre attention par quelque caractère psychopathique reflétant l’incoherence, l'inconscience el l'impulsion ?

L'accusation soupçonne ou aceuse Richelto de quatre erimes:

1° En 4893, assassinat d’une femme Bernaze par écrasement de la poitrine et de l'abdomen ayant déterminé une déchirure du cœur et du foie, des fractures de côtes et du sternum ;

2 En 1894, assassinat par strangulation d’un nommé Planial, suivi d’un dépeçage, dont les débris furent plus tard retrouvés dans le Rhône ;

3° En 1898, assassinat d’une veuve Delorme, probablement par strangulation el égorgement, dépeçage consécutif, Vraisemblablement peu de temps après la mort, Division du cadavre en quatorze fragments dont les uns ont été retrouvés dans une boutasse à Saint-lrénée et les autres dans une haie de la montée des Graviers;

4° 19 décembre 1899, assassinat d’une veuve Catinot, coup porté au sommet de la tête par un instrument contondant et cinq autres blessures. Dépeçage en seize fragments retrouvés dans une boutasse ; tête non mutilée, non défigurée, ayant pu permettre la reconnaissance de la victime,

Nous ne pouvons nous inspirer de nos conversations avec l’inculpé et de ses explications pour analyser et définir son état d'esprit avant, pendant et apres l'accomplissement de ces

actes. Il nie énergiquement sa culpabilité, et avec une surabondance d'arguments dont nous n’avons pas à apprécier la valeur, il déclare n’avoir participé en rien à aucun de ces crimes. Nous ne pouvons donc que les étudier en eux-mêmes d’après les documents de l'information. Cette étude, disons-le tont de suite, exclut d'emblée et catégoriquement l'influence d’une perturbation mentale quelconque.

L’instruction, pour ces crimes, ou du moins pour ceux qui sont formellement retenus par elle, établit nettement le mobile qui les a inspirés: à savoir le vol. Elle nous montre le criminel choisissant judicieusement ses victimes, les isolant d’un entourage gênant, captant leur confiance, aiguisant leur crédulité, alimentant leur convoitise, les enveluppant de sa sollicitude, les attirant habilement vers lui et les faisant enfin disparaître avec un luxe de précautions tel que leur disparition a pu rester longtemps ignorée et que le hasard seul paraît en avoir fait découvrir les traces. De pareils procédés, une prudence aussi avisée et une attitude aussi froidement soutenue ne peuvent être le fait d’un impulsif, d'un inconscient, d'un déiirant ou d’un dément.

Nous remarquons bien une disproportion entre l’énormité de ces crimes et l'importance relativement médiocre des résultats obtenus. Mais, pour quiconque raisonne froidement, pareille disproportion existe presque toujours entre la gravité dangereuse d’un assassinat et la valeur du vol réalisé. Du reste le criminel qui tue pour voler n’est pas fixé sur le chiffre des sommes en possession de sa victime et il s’en exagère le plus souvent l'importance.

D'autre part, la disproportion dont nous parlons est habituellement le fait des circonstances, le champ d’action du criminel étant toujours très limité ; il prend ses victimes où, quand et comme 1l les trouve.

Nous remarquons encore que l’auteur des crimes que nous étudions ici en a compliqué la gravité en se livrant au dépeçage de trois de ses victimes, et nous n’ignorons pas qu’on à tenté d'établir une psychopathie du dépeceur.

On a dit: « Le dépeceur est un anormal, un dégénéré, un retardé chez qui un fond de cruauté fait naître l’idée du dépecage et laisse sommeiller la répugnance naturelle que doivent éprouver pour une pareille besogne des individus normaux, C’est un atavique faisant réversion vers les époques reculées et les phases inférieures de la civilisation. » Mais avant d’appliquer ces données, il faut distinguer entre ce qu'on a appelé le dépeceur offensif et le dépeceur défensif.

L'un dans un accès violent, une colère aiguë, une impulsion véritable, une idée vindicative ou une aberration sanguinaire, mutile aveuglément un cadavre ou un agonisant, Celui-làa peutêtre est un atavique repris brusquement par l'impulsion sauvage des peuples primitifs.

Mais, chez le second, l’idée de la mutilation a une tout autre cause, elle naît du désir de se défendre, de la nécessité où se trouve.le criminel de faire disparaître les preuves de son crime, d'empêcher la reconstitution de l'identité de sa victime, ou la reconnaissance de l’origine de sa mort. Celui-là est un défensif. Il agit par crainte du châtiment et pour échapper à l’action de la justice. Ce n’est pas l’atavisme qui le pousse, mais l'instinct naturel de la conservation. On peut trouver qu’il apporte à cet acte du dépeçage une insensibilité extraordinaire. Mais cette insensibilité n’est ni moindre, ni plus grande que celle dont il a fait preuve en assassinant.

Le criminel qui a tué et dépecé Planial, la veuve Delorme et la veuve Catinot n’était et ne pouvait être qu’un dépeceur défensif car il ne s’est pas contenté de mutiler silenciensement ses victimes mais il a eu la précaution significative d’en faire disparaître les débris.

Nous sommes donc en mesure de déclarer que dans la préparation et l’accomplissement de ses crimes comme dans les précautions qu’il à prises ensuite pour sa propre sécurité, il a fait preuve d’une lucidité entière et s’est montré pleinement possesseur de sa conscience et de sa volonté.

En résumé, son être moral et psychique nous a paru sortir de la banalité et lui constituer une personnalité et une indivi-

dualité bien accentuées, avec certaines bizarreries dans les habitudes. Mais nous n’avons constaté chez lui aucun signe, aucun indice pouvant révéler un trouble mental quelconque.

Pendant tout le cours de notre observation, il s’est montré ce qu'il avait été auparavant: un individu intellectuellement très bien doué et en possession de ses facultés psychiques et morales, chez lequel aucune perturbation morbide n’est venue obseurcir la conscience et affaiblir la volonté.

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