‹ Du Dépeçage CriminelChapitre 59 sur 66 · IT. — ANTÉCÉDENTS PERSONNELS · texte numérisé non relu

IT. — ANTÉCÉDENTS PERSONNELS

Richetto Giovanni-Luigi est né à Bussolino le 22 mars 1853. Sa premiere enfance se passa à la campagne dans un milieu relativement confortable. A l’âge de dix ans environ, il vint à Turin pour suivre les cours techniques de l’École professionnelle où il travailla pendant cinq ans. Après la ruine de son pere, il s’engagea chez un entrepreneur de transports et y travailla deux ans environ. Il entra alors comme employé dans la compagnie des chemins de fer de la Haute Italie avec an appointement de 90 francs par mois qui fut successivement porté à 120 francs. Il y resta huit à dix ans et y était encore en 1880

au moment où il commit un vol important de valeurs au préjudice d'un de ses voisins (14 juillet 4880).

Arrêté un an et demi après, en janvier 1882, il fit huit mois de prison préventive et fut condamné à cinq ans de réclusion pour vol qualifié. Il subit sa peine à Fossano. C’est pendant ce temps que sa mère mourut dans les conditions relatées plus haut.

Libéré le 22 septembre 1887, il alla passer un mois dans son pays chez une tante, puis vint à Marseille pour chercher une place. Il n’y resta que peu de jours et s’embarqua pour Alger, espérant y trouver plus facilement une situation. Au bout d’un mois de recherches inutiles, il se fit rapatrier à Marseille où il ne fit qu’un court séjour et partit pour Lyon le 18 décembre 1887.

Il Jlogea d’abord rue de la Thibaudiere, 33, chez Me veuve Boitton. Il y vécut pendant deux mois très misérablement, cherchant en vain une place. Il réussit enfin à entrer comme garde-malade chez M° Carron pour soigner son mari au prix de deux francs par jour; en juillet 1888, il se plaça en la même qualité chez les époux Jovet pour donner des soins à leur père. On fut si satisfait de ses services que, le malade étant mort, les époux Jovet firent entrer Richetto comme garçon de peine dans leur maison de commerce.

Il y resta jusqu’au 16 décembre 4893, époque à laquelle il fut renvoyé pour avoir été surpris volant du vin dans la cave.

Il songea alors à apprendre le métier de cordonnier et entra comme apprenti chez le sieur Chassagnard où ‘il resta trois mois. En avril 4894, il s'établit cordonnier, rue du Colombier, 1, puisen juin 1894, rue des Trois-Rois, 9. Il séjourna dans ce dernier local jusqu’en juin 1896, époque à laquelle il entra comme concierge dans la maison des Camilliens, route de Francheville.

Étudions de quelle façon Richetto s'est comporté au milieu des vicissitudes d’une carrière assez tourmentée.

Il a montré du courage, de l'amour du travail, de la résignation, de la suite dans les idées et de la ténacité. A l’école, il à

toujours été, dit-il, dans les: premiers élèvés de sa classe; en admettant même quelque exagération vaniteuse de sa part, il faut reconnaître qu’il a travaillé, car en un temps relativement court, il a recueilli des notions assez complètes sur la physique, la chimie et les mathématiques ; il apprit un peu de français et d'espagnol, il prit surtout des idées générales sur beaucoup de choses et un amour de l'étude qui lui a permis plus tard d’augmenter ses connaissances et d’arriver à un développement intellectuel très au-dessus de sa condition.

Lorsque la ruine, l'emprisonnement et l’internement de son père le laisserent sans ressources il se mit courägeusement au travail. Nous ne pouvons surprendre dans sa conduite aucune trace de découragement ou d'indécision.

Il reste dix à douze ans dans le même emploi, améliorant peu à peu sa situation et subvenant à ses besoins et à ceux de sa mère car il se conduisit pendant toute cette période en fils modèle. Sa mère häbita constamment avec lui: quand elle tomba malade, il prit un congé pour la soigner avec dévouement et au moment où la gravité de son état l’obligea à la faire entrer à l'asile, il venait de passer quinze jours et quinze nuits à la veiller sans relâche ainsi qu’en témoigne l’observation recueillie au Manicomio.

Nous retrouvons d’ailleurs un témoignage authentique de sa bonne conduite à cette époque dans les renseignements fournis par la police au moment de son jugement : « Des informations prises sur le compte de Richetto Louis, il résulte qu’il n’y a rien à exciper sur sa conduite politico-morale, que sa manière de vivre fut toujours on ne peut plus économique, il ne fréquente que ses camarades de travail. » (Turin, 3 mars 1882.)

Quant au vol qu’il commit à cette époque, nous ne trouvons dans les circonstances de fait qui l’ont accompagné absolument rien qui sorte des conditions ordinaires d'un attentat de ce genre, mürement préparé, et prudemment exécuté. Richetto était le voisin de la victime, il la savait riche et connaissait ses habitudes ; il profita de son absence pour s’introduire chez elle par une fucarne et déroba des bijoux et des titres représentant

une somme importante. Le coup fut si bien exécuté que son auteûr ne fut pas même soupçonné. II se garda bien de réaliser ses valeurs avec une précipitation dangereuse et ce n’est qu’un an et demi apres le vol que Richetto crut pouvoir se départir de sa prudence et se fit arrêter à Rivoli en allant toucher des coupons dérobés. Il dit à ce moment avoir été poussé au vol par des pertes de jeu: ce n'était probablement qu'une mauvaise excuse car les renseignements ne peuvent relever chez lui des habitudes de jeu.

Son séjour à la prison de Fossano semble n’avoir donné lieu à aucun incident. Après sa libération, il paraît avoir eu une certaine hésitation pour savoir de quel côté s’orienter. Dans son pays il essaie une tentative de mariage, sans grand succès d’ailleurs. Probablement accueilli avec froideur, il part pour la France, sachant, déclare-t-il, que ses compatriotes y sont bien reçus. À Marseille, il se fait exploiter par les bureaux de placement sans trouver aucun emploi et il part pour Alger, où il se rend bien vite compte qu’il y a encore moins à faire pour lui. Sans s’attarder aux démarches inutiles, il revient en France et arrive à Lyon à bout de ressources, n’ayant que quelques litres d'huile achetés à son passage à Marseille.

Ces courses vagabondes ne sont pas chez lui la conséquence d’une mobilité ou d’une indécision dans le caractère, elles témoignent, au contraire, un jugement rapide et une résolution prompte. Il a vite vu que le milieu ne lui convient pas et il ne s’attarde pas aux démarches inutiles.

Ses débuts à Lyon furent rudes. Après avoir donné en paiement les quelques litres d'huile qu’il avait apportés, il se trouva sans aucune ressource, réduit à faire des raccommodages pour désintéresser sa propriétaire, bésogne dont il se tira avec adresse (déposition Boitton).

Il chercha une place de comptable, mais il se rendit bien vite compte qu’il ne pourrait trouver aucun emploi de ce genre dans le milieu où il était tombé. Son existence fut des plus précaires : il dépensait 0 fr. 30 par jour, aussi accepla-t-il avec empressement une place de garde-malade chez M. Carron à 2 francs par

jour Il sut s’y faire apprécier, soignant son malade avec beaucoup de patience et se montrant très convenable envers toutes les personnes de la maison (déposition Pancard).

A la mort de M. Carron, il trouva rapidement à se replacer comme garde-malade chez M. Jovet. La, il s’attira l’estime et la sympathie de tous à tel point que lorsqu'il n’eut plus besoin de ses services comme garde-malade, M. Jovet le prit à son service, dans ses magasins, comme garçon de peine.

Le métier y fut dur, Richetto faisait les courses et traînait la carriole. Il y resta cependant cinq années sans chercher à changer de position. Ses patrons étaient satisfaits de lui et il fallut qu’ils le surprissent en flagrant délit de vol de vin pour se décider à le renvoyer, sans d’ailleurs porter plainte contre lui. Remarquons, toutefois, que dans le moment où Richetto savait inspirer une si grande confiance à son entourage que le témoin Poncet, pour ne citer que celui-là, déclare qu’il lui aurait prêté 50.000 francs sans hésitation, il dérobait à ses patrons de nombreux objets de quincaillerie, sans soulever aucun soupçon.

Renvoyé de la maison Jovet, Richetto voulut apprendre le métier de cordonnier, avec l'idée bien arrêtée de trouver une place de concierge dans une maison religieuse. Intelligent et adroïit, il fit de rapides progrès. D'une intelligence bien au-dessus de la moyenne, dit le témoin Chassagnard, son patron, il apprit plus en trois mois que bien d’autres en dix-huit. Aussi, il ne paya qu’un mois d'apprentissage, au lieu de trois mois fixés par son contrat.

Il s'établit ensuite à son compte, travaillant plus ou moins et poursuivant toujours son projet de trouver une place de concierge, Après avoir fait auprès de quelques maisons des tentatives qui n’eurent pas de suite, il réussit enfin à entrer chez les pères Camilliens.

Pendant toute cette période assez accidentée de son existence, Richetto vécut simplement, sobrement, sans faire de dettes et, exception faite du vol de vin, sans se susciter une méchante affaire, il se montra courageux et résigné. « Je ne sus plus à un âge à faire des choses inutiles, écrit-il à son -

er

oucle, en 1891, je ne puis compter que sur ma bonne volonté et mon courage de fer. J'ai assez de force pour supporter stoïquement une triste situation. » Aussi vit-il s’'augmenter peu à peu le cercle de ses relations, qu’il continua d’ailleurs à cultiver dans la suite malgré son éloignement. Personne n’eut à se plaindre de lui et les témoins sont unanimes à reconnaître qu’il charmait son entourage par son intelligence, son affabilité, ses manières douces et polies.

Richetto séjourna chez les pères Camilliens bond trois ans et demi qui furent dans sa vie une période à part et non des moins intéressantes pour nous. Il semble, en effet, que, débarrassé de toute préoccupation d'ordre matériel, il se laissa aller plus librement à ses penchants et c’est dans l’étude de cette partie de son existence que nous trouvons les documents les plus instructifs pour l’analyse de ses goûts, de ses habitudes, de son caractere, en un mot de son individualité psychique.

Là, comme à la Guillotière, il s’attira l’estime et la sympathie de tous par son intelligence, sa sobriété et sa bonne tenue. Il arriva même à se créer une situation bien supérieure à celle que comportait sa position dans la maison. On le considérait - comme tres au-dessus de sa condition et on le traitait en conséquence. Les témoignages sont unanimes sur ce point, celui d’un Camillien, le frère Philippe, en donne une idée tres exacte : « J'ai eu pour Richetto des sentiments de confiance, d'estime et de sympathie. Je causais volontiers avec lui de sciences, lettres, arts, religion, et je m'étonnais qu'avec son intelligence, il se contentât d’un emploi aussi modeste, Je le considérais comme une sorte de philosophe à idées élevées, se contentaut de satisfactions intellectuelles dans une situation humble. »

Ce jugement flatteur, Richetto le mérita par sa conduite qui fut, en effet, des plus régulières, il ne lui arriva qu’une seule fois de sortir le soir et de ne rentrer que vers 10 heures, et cela fut considéré dans la maison comme un événement extraordinaire. [l ne sortait que pour aller porter des chaussures, rendre visite à des voisins ou chercher quelques provisions au restaurant Ruet,

Chaque lundi, cependant, dans l'après-midi, il descendait à Lyon, ayant sous le bras un grand sac de toile vide qu’il rapportait presque toujours rempli; on ne le vit jamais revenir ivre.

Pendant ses moments de loisir, il travailla et développa son intelligence el ses aptitudes artistiques. La diversité des occupations auxquelles il se livra étonne et retient l'attention; — nous aurons l’occasion d’v revenir.

En dehors de son travail ordinaire, il fit successivement de la littérature, de la musique, du dessin, de l'anglais ; il se construisit lui-même plusieurs meubles, entre autres, une commode Louis XV dont il était très fier ; il s'occupe d'ornementation, de reproduction galvanoplastique et, en dernier lieu, travaillait un nouveau modèle de frein pour bicyclette.

Dans le même temps, il accumulait autour de lui, dans son étroit logement, une quantité incroyable d’objets de toute nature: livres, dessins, gravures, morceaux de musique, pièces de monnaie, outils de toutessortes, vieilles ferrailles, vieux habits, coupons d’étoffesneuves ou usagées, etc., etc., collection étrange, sans but ni méthode, dénotant chez son auteur une tendance maniaque, un travers de l’esprit que nous avons à étudier et à ‘apprécier.

Toute cette partie un peu bizarre de son existence chez les pères Camilliens resta ignorée : elle ne le détourna pas de ses occupations régulières. Richetto était toujours tenu pour un serviteur modèle et, lorsque son arrestation survint comme un coup de foudre, elle détermina une telle surprise que tout le monde y vit le résultat d’une méprise qui ne pouvait tarder à être éclaircie.

II, — EXAMEN piREcT

Richetto est un homme de quarante-huit ans. Sa taille est de {m.73, son envergure de 4 m. 77. La tête mesure 1 8 cent. 4 dans le sens antéro-postérieur, 46 cent. À dans le sens transversal, ce qui donne un indice céphalique élevé : 88.

Le crâne et le squelette facial sont bien conformés. Pas d'asymétrie notable. Il en est de même des oreilles, du nez et des organes génitaux. Dans la bouche, nous trouvons quelques dents cariées et d’autres manquant. En aucune partie du corps nous ne relevons d’indice de malformation dégénérative.

L'examen attentif de tous les organes splanchniques ne nous a rien révélé d’anormal, Sa musculature est assez développée. Nous notons un peu d’amaigrissement, une teinte jaune pâle des téguments et quelques varicosités aux membres inférieurs. Néanmoins Richetto nous paraît avoir tous les attributs d’un homme bien portant, doué d’une certaine vigueur et indemne de toute tare pathologique.

La physionomie est fine et intelligente, mais l'expression en est dure, un peu inquiète et attentive à l'excès. Le regard est scrutateur et perçant, les globes oculaires sont parfois agités de petites oscillations transversales (nystagmus). La paupière supérieure est légèrement abaissée et l’œil en partie couvert. Les sourcils sont habituellement froncés et le frontest barré par un pli d'attention. Lorsque la conversation perd le ton interrogatoire et devient causerie, le visage se détend, et le sourire vient donner à la physionomie une expression de douceur qui n’est pas exempte de charme.

La mimique est vive et juste, elle paraît parfois un peu exagérée, mais sans dépasser cependant les habitudes de sa race.

Nous avons exploré avec une attention spéciale toutes les fonctions de son système nerveux.

L’acuité visuelle est normale;:il y a un peu de presbytie. Les pupilles sont égales et mobiles comme il convient.

Le champ visuel présente des deux côtés une amplitude sensiblement normale. La vision des couleurs est bien conservée, notamment pour les couleurs centrales, le violet, le vert. Il n’y a pas à proprement parler d’inversion de leur champ visuel. La couleur blanche reste largement des deux côtés la couleur périphérique. Le champ visuel du rouge serait un peu diminué à droite et plutôt augmenté à gauche, mais il n’y a pas là une modification suffisante pour constituer une anomalie.

Pas d’anesthésie, ni de la conjonctive, ni de la cornée. Les autres sens : odorat, goût et ouie sont bien développés. Richetto accuse seulement quelques bourdonnements de l'oreille gauche mais l’acuité auditive de ce côté est conservée.

La sensibilité générale est normale. En ancune partie de la surface cutanée, nous n’avons trouvé de points où elle fût altérée, ni anesthésie, ni hyperesthésie, En somme, nous constatons l’absence de tout stigmate qui aurait pu faire songer à l'existence chez Richetto d’une hystérie latente.

L'intelligence paraît vive etdéveloppée. Dans les longs examens que nous lui avons fait subir, Richetto ne s’est jamais départi d’un grand calme et de beaucoup de présence d’esprit, comprenant et analysant les questions avec perspicacité, répondant lentement et avec une entière lucidité; montrant une mémoire très fidèle, un jugement droit, un raisonnement juste, un esprit pondéré et logique, s'exprimant avec facilité, malgré saconnaissance imparfaite de la langue française, hésitant parfois à la recherche du mot juste, arrivant presque toujours à le: trouver et usant assez souvent d'expressions recherchées.

Il a toujours eu à la prison, et devant nous, une attitude correcte et calme. Lorsqu'il raconte sa vie et son passé, lorsqu'il parle du présent, on sent qu’il est doué d’une réelle volonté et possede une certaine énergie de caractere.

Nous n'avons pu saisir chez lui le mondre trouble intellectuel, ni illusions, ni hallucinations, ni faux jugement, ni interprétation errondée, ni défaut de suite; pas trace de propos incohérents, ni obsessions, ni tendances impulsives, niidées délirantes. Il nous parle avec une complaisance assez satisfaite de ses aptitudes multiples, de ses goûts artistiques, de ses qualités intellectuelles, de sa supériorité personnelle à l’égard des milieux « vulgaires » dans lesquels il dit avoir été obligé de vivre; de ses lentatives de poésie etde littérature, de ses lectures sérieuses et élevées, Il manifeste évidemment une satisfaction, un contentement de lui-même et un oplimisme qui jurent quelque peu avec sa situation, Mais il n'y à pas là l'élément mental d’une véritable idée délirante.

Il paraît avoir conservé une certaine sensibilité morale et des sentiments affectifs suffisants. Il nous parle avec émotion de sa famille, de sa mère à qui il a prodigué toute son affection et tout son dévouement, de ses souffrances morales, de son isolement douloureux, de l’antipathie pénible que lui auraient valu sa nationalité et ses goûts délicats; des souffrances, des luttes et desdifficultés insolubles que lui a occasionnées sa condamnation antérieure, qu’il croyait cependant avoir rachetée. Tout cela nous est exposé avec tous les accents d’une conviction réellement émue.

Nous l'avons interrogé sur ses penchants féminins et ses instincts sexuels. Ses réponses actuelles n’ont fait que confirmer ce que les renseignements antérieurs nous avaient appris à ce sujet. C’est plutôt un frigide et un indifférent génésique. Iei encore il nous affirme son intellectualité et un certain sentimentalisme répugnant aux satisfactions purement matérielles de l’instinet génital.

Voilà sous quel jour s’est montré Richetto depuis qu’il a été scumis à notre examen. En rapprochant les résultats de notre observation directe des indications fournies par la vie antérieure de Richetto, retrouvons-nous dans son intelligence, son caractère, ses habitudes, une manifestation quelconque de la prédisposition héréditaire qui a pesé sur lui?

Intelligence. — Nous avons déjà constaté que l’intelligence de Richetto était très développée et d'un niveau certainement supérieur à ce qu'avait dù donner son instruction première et le milieu dans lequel les circonstances Pont fait vivre. IL est même permis de considérer comme une manifestation de son hérédité maternelle certaines qualités brillantes de son intelligence, sa facilité à apprendre les langues, son goût des belles choses et des relations élevées et, surtout, la diversité des études sur lesquelles s’est éparpillée son attention.

Il à appris le français avec une grande rapidité. « Quand ïl est entré comme garde-malade chez M. Caron, il savait mal le français, mais il l’a bien vite appris. » (Dépos. Marie Pauquard.) >

Chez les pères Camilliens, il s’est mis courageusement à apprendre l'anglais; à ce même moment il travaillait la littérature et faisait des compositions françaises remarquables, bien que d’une facture un peu emphatique et déclamative; nous croyons devoir en donner une idée par l'extrait suivant: «. Si nous ne voulons pas que l'âme, cette exilée des mondes infinis, cette prisonniere impatiente qui se vient heurter à toutes les parois de notre cerveau et qui bondit à chaque pulsation du cœur, si nous ne voulons pas qu’elle s’atrophie et qu’elle soit étouffée par l’inertie et la lourdeur dé son enveloppe charnelle, assouplissons la matière qui l'étreint, allégeons sa captivité de facon qu’elle ait encore assez d'espace et de liberté pour chanter dans sa cage les hymnes de science, de beauté et d’idéales contemplations... »

Il a souvent déclaré avoir toujours aimé les belles choses et, il a toujours fait preuve d’un goût artistique très sûr dans le choix de ses objets familiers. Ses montres, sa mandoline, etc., représentent une valeur très au-dessus de ses ressources; il payait de ses deniers une publication relativement chère sur les dessins ornementaux au moyen âge. Il collectionnait des modèles de cachets, d’armoiries, d’initiales.

Il aime passionnément la musique et, quoiqu'il n’ait pas fait de grands progrès au point de vue de l'art technique des instruments, il sait l’apprécier et en parle d’une façon intéressante ; il en est de même pour le dessin, on à trouvé de lui dés dessins à la plume qui ne manquent pas d’une certaine habileté.

Caraëtère. — Partout où il a passé il a su se faire apprécier par sa courtoisie, ses manières douces et polies; à aucun moment il ne se montre violent ou emporté. La veuve Desmaroux raconte que dans deux circonstances différentes, elle l’a souffleté parce qu’il avait jeté à terre des objets dans un mouvement d’impatience, il n’a pas réagi contre la brusquerie du geste, il s’est contenté d’aller dans sa chambre et en est sorti peu d’instants après, ne manifestant ni bouderie ni rancune.

Le fond de son caractère paraît être une grande possession de soi-même et une réserve poussée jusqu’à la sournoiserie, — il paraissait sournois et renfermé, disent de nombreux témoins. — Cette attitude semble voulue chez lui, si nous en jugeons par les conseils qu’il donne à Marie Renaut sur la manière de se comporter : « Je m'empresse de vous écrire pour vous remonter le courage et l’assurance qu’il ne faut jamais perdre en face des gens très disposés à se mêler des choses qui ne les regardent pas. Avec le respect et la politesse imperturbables qu’on leur doit, on ne doit pas non plus manquer de fermeté pour défendre poliment ses droits en matière de liberté naturelle, déjà très minime en dehors de l’exercice de votre travail obligatoire.. Je cherche toujours avec la force de ma volonté de vous soutenir dans vos cas de faiblesse morale ou physique. Ayez du courage et de la gaieté, mais soyez {ouiours impénétrable en face de votre entourage sous le voile d’une prévenance charmante mais stéréotypée par le métier que vous faites... »

Il semble que c'est là une définition très exacte de l'attitude extérieure que Richetto s’est efforcé de toujours s'imposer.

La conduite de Richetto a été des plus régulières, il ne buvait pas et avait seulement un peu de recherche pour sa nourriture. Il n’a jamais fait d’excès génésiques, ses confidences et les quelques témoignages que l’on à pu recueillir à ce sujet le représentent plutôt comme un frigide; en tout cas, on ne retrouve chez lui aucune trace de ces perversions du sens génital si fréquentes chez les dégénérés; il a d’ailleurs toujours professé des sentiments d’une morale élevée, il a des convictions religieuses mais sans aucune exagération dans la pratique.

Il ne s’est jamais occupé de politique; si parfois il s'exprime d’une facon un peu amère sur les questions sociales, il faut y voir l'expression du sentiment d’aigreur qu’on rencontre presque toujours chez les déclassés.

Le seul point étrange que nous puissions relever chez lui est cette habitude de collectionner, d’accumuler autour de lui les choses les plus disparates. Quand on voit la quantité vraiment

À. DE SaINT-VINCENT. . D

extraordinaire d'objets de toute nature qu'il avait entassés dans son étroit réduit, sans méthode, sans but, sans utilité, on ne peut s'empêcher de retrouver là les caractère d'une véritable manie, d'une bizarrerie pathologique, trace de son hérédité nerveuse. C'est la seule tare légère qu'on puisse relever chez

lui.

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