DON DU MIROIR
La bordure de clairs émaux qui se découpe
En rivage, cernant d'un ovale incertain
Ce peu d'abîme, double aux mystères du tain
Des gemmes, fleurs dont l'eau morte sertit sa coupe.
Le long du manche, vers un pâtre clandestin, L'artiste eût pu mener les Naïades en troupe, Mais, tout seul, allongeant de la nuque à la croupe. Sa ligne pure dans l'herbe pâle et le thym
Que l'hyacinthe — pierre ou corolle — parsème. Un Narcisse d'argent accoudé rêve. Il s'aime.
Prends ce miroir. Ton front sied au trouble halo Dont il l'irise. Prends. Mais crains que de ses gouffres Surgisse quelque soir le Péché dont tu souffres, Enfant mystérieux de Narcisse et de l'Eau.