LIGNE. MASSE. SILHOUETTE
Ligne. — Le mot ligne s'applique aux évolutions effectuées par la lumière, considérées dans la direction et l'étendue. Il distingue dans l'œuvre d'art ce que les termes attitude, mouvement, geste, trait, situation, disposition, etc., etc., désignent dans la nature.
En disant la lig?ie, on doit spéciiier de quelle ligne il est question, clarté, ombre, ou contour. Faisons remarquer qu'en parlant d'une œuvre modelée il faut dire les lignes.
Il n*cst qu'un cas où les mots trait et ligne puissent être confondus, quoiqu'un trait soit l'image graphique d'une ligne, c'est lorsqu'un trait forme la ligne de contour. Dans ce sens, la ligne attire l'attention vers l'extérieur des choses ; et, tout au contraire, l'expression les lignes sous-entend la lumière et l'ombre enfermées entre des contours.
Les styles sont caractérisés par les lignes dont la ligne de contour forme la sertissure.
Dans un nielle, un ornement arabesque, écrits par un trait, ce trait est la ligne de l'ornement ; mais si l'ornement est inscrit par deux traits, la ligne suivra le développement décrit par ses contours.
Le geste, le mouvement, la situation d'un corps dans l'espace, toutes les manifestations de la lumière sur les êtres vivants ou sur les choses inertes sont matériellement exprimées par la direction, l'étendue et la forme des lignes claires et obscures. Ce qui dans la nature est geste, mouvement, trait, expression des êtres , disposition des choses , devient lignes clans l'œuvre d'art. La lumière et l'ombre sont inséparables dans la nature même aussi bien que dans son imitation par l'art.
Le geste des membres pour le corps, le mouvement des traits pour le visage, sont caractérisés par des lignes lumineuses et sombres ; c'est par elles que le sculpteur ou le peintre exprime ce que l'être qu'il représente ressent et accomplit dans l'instant où il l'entrevoit.
Si nous disons les lignes de la Joconde, de la Source, d'une statue équestre, le terme lignes spécifie bien l'œuvre d'art ; s'il s'agissait de leurs modèles, on dirait les traits du visage de la Joconde, le mouvement de la femme posant la Source, du personnage et du cheval que figure la statue équestre.
Lebrun a donné une série de dessins où il constate, comme sur un plan, la direction que prennent les traits du visage humain mus par des sentiments divers. Les linéaments de ces dessins circonscrivent, sans les représenter et simplement en les supposant, les lignes du modelé. Pour le modèle il n'y a ni jeunesse, ni vieillesse, ni beauté ; il n'y a ni colère ni joie, ni douleur; il ne peut y avoir que des déplacements, des modifications, dans les lignes de lumière et d'ombre.
Dans un paysage, les lignes, claires et sombres, continuent et traversent les ciels, les
forêts, les montagnes, les plaines, les fleuves, sans tenir compte d'aucun contour.
Les lignes sont indépendantes du contour. En voici la preuve
Un spectateur regarde une statue éclairée par une lumière venant de droite : toutes les surfaces faisant face à cette lumière forment les lignes claires de la figure et toutes les surfaces opposées les lignes sombres. Sans changer la position du spectateur ni celle de la statue, il suffit de porter la lumière à gauche pour que les surfaces primitivement éclairées deviennent sombres et pour que les surfaces sombres d'abord soient maintenant éclairées. Ainsi, toutes les lignes, claires et obscures, se sont modifiées en changeant de direction selon les déplacements de la lumière ; et pourtant le contour, et par conséquent le trait qui en résulte, est identiquement le même.
Masse. — Le mot lig?ie, dans le langage des arts, a la singularité de représenter le même objet que le mot masse, mais à propos d'une forme différente: une masse de lumière, une masse d'ombre; une ligne de lumière, une ligne d'ombre. Ligne veut dire forme allongée ; tuasse, forme ramassée. Ainsi : toutes ces
masses forment les lignes lumineuses de cette composition; toutes ces lignes en forment les
masses sombres.
Certes, il faut tenir compte des lignes et des masses que l'on a étudiées dans la nature; mais l'effet d'une œuvre résulte bien plus de la composition des lignes et des masses propres à cette œuvre que de l'exactitude des contours indiqués par la nature.
Silhouette. — L'adoption parles sculpteurs du mot, relativement récent, silhouette, se justifie par la précision qu'il donne à la désignation d'ensemble de l'un des aspects d'une œuvre sculptée.
Il prend sa valeur à la complète abstraction de tout détail intérieur. Abstraction qu'il fait, en fixant l'attention sur l'ensemble du contour d'un profil quelconque.
Il n'a pas de valeur instrumentale comme le moi trait.
De même que le terme contour, il est d'un emploi général, également applicable aux formes de la nature et à celles de l'art.
De plus, en isolant et fixant l'ensemble de l'une des physionomies de l'œuvre sculptée, il devient un précieux agent de démonstration théorique.