DANS LE SENS GÉNÉRAL
Dans un sens général, le mot couleur désigne une apparence physionomique superficielle qui distingue les unes des autres toutes les choses que nous percevons Ainsi, un objet est rond, de plus il est rose ; il est encore ou clair ou sombre.
11 faut noter ([ne la couleur de toute chose est mobile , changeante, suivant les mille variations que la lumière lui impose en la rendant visible.
Couleur désigne aussi les matières employées par la peinture, l'aquarelle, la détrempe, le pastel, etc., etc.
Dans ces deux sens, le blanc, le noir, le gris, qui, selon les diverses manières d'envisager la couleur par la physique et parles arts, sont la négation ouplutôt l'absence de la couleur, sont des couleurs.
Le terme nuance a le même sens que le mot couleur, lorsque celui-ci désigne la qualité colorante ; mais il spécialise la délicatesse que la couleur affecte dans ses variations innombrables et insaisissables. Ainsi, les parcelles d'or appliquées, soit en mixture, sur une platebande de bois, soit par le feu, sur la porcelaine, conservent la même couleur que le lingot dont elles sont extraites ; cependant cette couleur présente, sous ces trois aspects, des différences presque indéfinissables. C'est la nuance. Le blanc des chrysanthèmes, leur jaune, leur orangé, leur rose, leur rouge, leur pourpre, leur violet, leur lilas, ont la mémo
intensité de valeur et de coloration, que le blanc dos narcisses, le jaune des soleils, l'orangé des soucis, le rose des roses, le rouge des œillets, le pourpre des pivoines, le violet des violettes, le lilas des glycines ; mais ils sont doués d'un charme, d'un caractère personnel, intraduisible par les mots. C'est la nuance.
Ce terme sert encore à distinguer le virement qui incline toute couleur vers une autre couleur. Ainsi, en parlant du lilas, qui est un violet clair, on doit dire s'il vire vers la nuance rouge ou vers la nuance bleue ; de même pour le pourpre, qui vire vers les nuances, soit rouge, soit bleue, soit orangée.
11 désigne aussi les diverses couleurs des reflets métalliques : ce reflet a des nuances bleues, vertes, violettes. De même pour les flammes : la couleur de cette flamme est composée de plusieurs nuances.
Comme à la couleur, le terme nuance s'applique au modelé, aux valeurs, aux lignes ; il s'étend jusqu'au langage, jusqu'aux lettres. Mais alors il est détourné de son acception propre, qui est de caractériser une des apparences de la couleur, si bien que, même quand
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il sert à analyser les formes, il ne spécifie pas de la même manière qu'il le fait quand il désigne un élément coloré. En un mot, de concret il devient abstrait. Dans ce sens il échappe à la technique des arts, et par conséquent à noire étude.
Le terme ton s'emploie dans tous les cas où Ton peut employer le mot couleur, mais dans un sens qui indique que l'intensité colorée est rabattue, c'est-à-dire diminuée.
De plus, il continue à désigner l'élément de la couleur, alors même que celle-ci n'est plus nettement déterminée, comme : ton de chair, ton neutre.
Les expressions ton juste, ton faux, sousentendent le contraste de plusieurs tons, de plusieurs valeurs, un ton isolé ne pouvant être ni juste, ni faux.
Dire : Ce ton est juste , c'est impliquer l'accord entre ce ton et les colorations qui l'avoisinent. Dire : « Cette étude est d'un ton juste, » c'est reconnaître l'accord de tous les contrastes de cette étude.
Dans certains cas, ton juste résume en une seule expression L'idée du modelé et celle de la couleur, le mot ton ayant le double rôle de valeur et de coloration.
D'après ce qui précède, un ton est faux lorsqu'il est en désaccord de contraste avec les colorations qui l'avoisinent. Mais ton faux signifie quelquefois un ton louche, déplaisant, et peut ainsi être appliqué à une œuvre composée de torts justes mais désagréables ; la nature en donne des exemples. Ceci est affaire d'appréciation.
Le ton dominant ou la dominante désigne la couleur qui domine par son intensité, ou par son nombre, lorsque par expansion elle teint pour ainsi dire tout un ensemble coloré.
Ton local ou localité, c'est, à proprement parler, le ton posé à plat, la couleur, qui, dans une peinture, occupe telle place, telle localité. On dit alors tout simplement localité : localité verte, localité neutre. Horace Vernet exprimait comiquement l'idée du ton local; il disait: « Tous les ciels sont bleus, tous les arbres sont verts, tous les pantalons sont rouges. »
Ton local a de plus une acception abstraite :
il exprime la réunion des divers éléments qui colorent un objet, pour en composer un ton unique, comme aussi la réunion des diverses valeurs qui éclairent cet objet, pour les réunir en une valeur unique. Dans cette donnée, l'élément éclairant et l'élément colorant sont confondus en une seule expression.
Les œuvres de Yelasquez peuvent servir comme exemples de cette vision d'art.
C'est ce que Courbet appelait la synthèse de la peinture. Son tableau Les Demoiselles de village en est un exemple frappant. On pourrait supposer peinte d'un seul coup de pinceau chacune des trois grandes divisions qui composent ce tableau, les bleus du ciel, les verts des terrains , les gris des roches, tellement les éléments divers que comportent leurs valeurs et leur coloration ont d'unité, d'effet et de puissance d'expression dans leur simplicité.
C'est encore par cette manière d'envisager la couleur et les valeurs que ton local est exprimé par tache; d'où est venue l'épithète de tachiste donnée aux peintres qui usent de ce procédé. Mais plus la tache prend d'importance en elle-même, plus le modelé disparaît. Pour citer des œuvres importantes conçues d'après
cette donnée, ce Q'est plus aux arts du modelé qu'il faut s'adresser, mais à ceux de l'Orient, des Persans, «les Chinois, des Japonais, arts qui demanderaient un examen spécial.
Le ton géométral, ce terme emprunté à l'architecture par les décorateurs a la même signification que localité ; mais il faut remarquer que, pour un architecte, géométral a un sens exact, qu'il s'agît pour lui de géométrie, qu'il délimite exactement les localités, tandis que le décorateur désigne ainsi la couleur qui occupe telle localité.
Dans les arts, le terme teinte est le féminin du mot ton ; il en continue la signification, en accentuant encore le rabattement de la couleur.
Demi- teinte, c'est la valeur entre la lumière et l'ombre.
Les termes ton, teinte, tout aussi bien que celui de nuance, supposent nécessairement l'élément de la couleur.
Les termes couleur, nuance, ton, teinte, évo-
quent l'idée du contraste des couleurs , ce contraste n'eût-il comme éléments cjue la chaleur et la froideur.
^EXTENSION QUE LES ARTS DONNENT AU MOT COULEURi
La théorie physique énonçant que la couleur n'existe pas par elle-même mais qu'elle naît pour ainsi dire de la lumière, qui la provoque et la rend perceptible, est applicable aux arts, par la raison que, pour eux aussi, c'est de la lumière analysée de telle ou telle façon que provient ce qui est appelé la couleur.
Faisant abstraction des qualités diverses delà couleur, et envisageant l'expression des formes par les seules intensités de clarté, la sculpture doit être considérée comme la conception pure du dessin. Cependant on dit : « Telle œuvre sculptée a de la couleur ; » et cette qualification, remarquons-le, s'applique aux sculptures ré-
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putées les plus parfaites. Sans nous étendre à ce propos jusqu'à des considérations générales sur la sculpture, nous retiendrons néanmoins deux conséquences : la première, que le dessin contient la couleur ; la seconde, que le mot couleur peut s'appliquer là où la couleur n'existe pas au propre.
Le mot couleur, dans sa signification propre, s'applique h une apparence des choses indépendante de leur forme. Pour les arts, il spécifie de plus la faculté de figurer la lumière, avec ou sans le concours des individualités jaune, rouge, bleue, violette, verte, orangée. Considérant cette reproduction de toutes les phases lumineuses comprises entre la clarté et l'obscurité comme la couleur elle-même, ils font de la couleur une des formes du dessin, comme elle est dans la nature une des formes de la lumière.
Dérivant essentiellement du modelé, ils la réalisent par des contrastes clairs et obscurs qui supposent les intensités jaune , rouge ,
bleue, etc., etc., celles-ci ne pouvant concourir à la valeur d'une œuvre si elles n'ont été ordonnées par eux.
D'où provient cette impuissance de la couleur à rien exprimer par elle-même ? Elle résulte de ce que ses apparences sont instables et toujours dépendantes de la lumière qui les frappe et du milieu où elles sont entrevues. Et si grande est cette instabilité — nous dirions volontiers cette impersonnalité — qu'une couleur, quelle qu'elle soit, est complètement transfigurée en virant instantanément à sa complémentaire, sans laisser trace de sa coloration primitive, quitte à la reprendre, elle ou telle autre, lorsque se modifiera, dans telle ou telle nuance, l'influence lumineuse qui lui fait opérer son premier virement.
C'est cette instabilité qui permet de dire que la couleur n'est que relative.
Pour s'emparer de cet élément fuyant, si rare par suite de son inconstance, l'art isole la couleur, et s'en fait une image à l'aide des in-
tensités de clarté, relativement stables el toujours vérifiables dans Leurs proportions. Il aii.it alors t'ii pratiquant une sorte dé mathématique dont les calculs se prouvent par des valeurs tirées du blanc et du noir, les phases de la lumière considérées comme clarté figurant la lumière considérée comme couleur.
Cependant, de toutes les impressions que nous recevons de la nature, l'une des moins contestables paraît être celle de la couleur; et Ton ne peut nier qu'elle ne soit l'attrait principal, sinon unique, à" œuvres considérables.
Qui ne s'écrierait : « Comment 1 cette fraioe n'est pas rouge? Ce citron ne serait pas jaune ? Toutes les nuances dont la perception est une caresse pour notre vue ne seraient pas réunies sur la chair de cet enfant? Ce n'est pas de la couleur, ces arbres rouilles par l'automne, ce ciel livide, ces eaux sombres où traînent paresseusement des éclairs ? La couleur n'en existet-elle pas moins parce que son impression est de nature instantanée, fugitive? L'art doit-il
regarder à travers les lunettes qui servent à la physique ? Doit-il nier la réalité de la couleur, lui dont la mission est en quelque sorte d'en fournir la notion précise et matérielle, parce que des spéculations scientifiques affirmeront qu'elle est à la fois illusion et réalité ? Et que nous importe le mode de captation qu'il emploie pour en cristalliser la sensation ! »
A ces protestations toutes sentimentales,, dont la plupart oublient le modelé et le remplacent par l'échantillonnage des tons, à ces objections où l'effet est pris pour la cause, et qui nous paraissent résumer l'espèce de plaidoyer incessamment soutenu en faveur de la couleur en elle-même, il n'y a qu'une réponse :
« La négation de la couleur est toute théorique, c'est vrai ; elle n'en doit pas moins être émise et soutenue, afin d'établir clairement la distinction entre l'élément secondaire de la couleur proprement dite et le principe fondamental des arts, qui est la distribution de la lumière par des formes, ou, si l'on aime mieux, par des valeurs dépourvues de toute teinture colorante. »
La couleur n'est en effet qu'un complément,
complément dont l'intérêt s'accroît de plus en plus jusqu'à prévaloir, mais seulement au fur el à mesure qu'il est plus assujetti à son principe.
Par cette extension de sens du mot couleur aux différents modes du dessin, deux significations, sinon contraires du moins bien distinctes, lui sont attribuées. Ainsi, la phrase : « Ces deux tableaux sont dune belle couleur, » peut exprimer deux idées différentes. En effet, l'un de ces tableaux émane d'un pur dessinateur, par conséquent il est conçu dans une ordonnance de lumière conventionnelle dont le reflet est systématiquement écarté ; l'autre est l'œuvre d'un coloriste, c'est-à-dire que toutes les phases lumineuses dont le reflet est le Irait d'union ont été particulièrement étudiées. Dans le premier cas, belle couleur s1 applique à la couleur même, comme pour un lapis d'Orient, exécuté sans modelé; et même le dessin de ce tableau peut n'être pas sousentendu, la phrase signifiant simplement, par
exemple : « Voici un beau rouge. » Dans le second cas, l'approbation donnée à la couleur vise nécessairement le modelé, puisque la couleur proprement dite peut être absente ; mais si elle est effectivement représentée par le jaune, le rouge, le bleu et leurs dérivés, ou par les catégories chaude ou froide, la.couleur ne prenant de valeur comme expression d'art que grâce au concours du dessin, c'est, indirectement à celui-ci que revient l'approbation.
Colorer, dans le sens général, c'est modifier une faible intensité colorée, une teinte neutre, une nuance indéterminée, par une couleur nettement définie. C'est apposer sur des surfaces une ou des matières colorantes : on colore en vert les volets d'une maison. C'est mettre un principe colorant dans une matière de nuance vague et indécise : le cuivre colore la porcelaine soit en bleu turquoise, soit en rouge. Nos sensations vivement ressenties colorent nos visages en rouge. — Colorer c'est
affirmer de plus en plus les individualités jaune, rouge, bleue, violette, Verte, orangée.
Mais pour le coloriste, colorer, c'est évoquer des contrastes lumineux et sombres; c'est mettre de la lumière en mouvement. Le dessin, en colorant, tient lieu de la lumière elle-même, dont il analyse les intensités de clarté et d'obscurité, sans leurs aspects jaune, rouge, bleu. violet, vert, orangé.
Colorer, s'entend aussi comme augmentation de la valeur d'un ton sans modification apparente de sa coloration. Ainsi : colorer un ton qui n'est pas assez foncé.
Cette acception des mots couleur et colorer, qui comprend dans une seule expression le modelé et la couleur, est technique, et n'est guère employée que par les artistes.
Le mot coloris distingue entre la couleur et le modelé. Pour cette raison il est peu employé par les peintres, qui ne séparent que rarement les deux éléments d'art, quel que soit celui qui domine dans leur œuvre.
i)2 DU DESSIN ET DE LA COULEUR
Un monument, une statue, un tableau, une gravure, sont colorés sans couleur proprement dite. S'ils sont coloriés, c'est que de la couleur jaune, rouge, bleue, etc., etc., a été ajoutée à leur essence même, à leur forme.
Coloris, enluminure, sont, dans bien des cas, synonymes; mais du premier on peut dire qu'il est grave et distingué, du second qu'il est trivial et commun. On discute du coloris d'une œuvre, en Je louant ou le blâmant ; mais traiter ft enluminure la couleur d'un tableau, c'est la mépriser. — Il en est de même du mot coloriage.
On appelle coloristes, enlumineurs, les artisans qui posent de la couleur sur des objets sculptés, sur des estampes, des images, des cartes géographiques, etc., imprimées en noir.
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