‹ Du développement des idées révolutionnaires en RussieChapitre 9 sur 24 · LA COMMUNE RURALE · texte numérisé non relu

LA COMMUNE RURALE

celle qui régit les terres libres ; le seigneur ne se môle jamais dans ses affaires.

On a vu des seigneurs qui voulaient introduire le système européen du partage parcellaire des terres et la propriété privée. Ces tentatives provenaient pour la plupart de la noblesse des provinces de la Baltique ; mais elles échouèrent toutes, et finirent généralement par le massacre des seigneurs ou par l'incendie de leurs châteaux ; car tel est le moyen national auquel le paysan russe a recours pour faire connaître qu'il proteste (*).

L'effroyable histoire de l'introduction des colonies militaires a montré ce que c'est que le paysan russe quand on l'attaque dans sa dernière forteresse. Le libéral Alexandre fit emporter les villages d'assaut ; l'exaspération des paysans grandit jusqu'à la fureur la plus tragique ; ils égorgèrent leurs enfans pour les soustraire aux institutions absurdes qui leur étaient imposées par la baïonnette et la mitraille. Le gouvernement, furieux de cette résistance, poursuivit ces hommes héroïques ; il les fit battre de verges jusqu'à la mort, et, malgré toutes ces cruautés et ces horreurs, il ne put rien obtenir. La sanglante insurrection de la Staraia Eoussa, en 1831, a montré combien peu ce malheureux peuple se laisse dompter.

On dit que toiîis les peuples sauvages ont aussi commencé par une commune analogue ; qu'acné a existé chez les Germains et les Celtes dans son complet développement, qu'on la trouve aux Indes, mais on ajoute que partout elle a dû disparaître avec les commencemens de la civilisation.

La commune germaine et celtique est tombée devant deux idées sociales complètement opposée à la vie communale ; la féodalité et le droit romain. Nous, par bonheur, nous nous présentons, avec nôtre commune, à une époque où la civilisation anti-communale aboutit à l'im-

(•) Par les documens que publie le ministère de rintérieur, on voit que généralement chaque année, déjà avant la dernière révolution de 1848, 60 à 70 sei^eurs fonciers furent massacrés par leurs paysans. N'est-ce pas. là une protestation permanente, contre cette autorité illégale.

possibilité absolue de se dégager, par ses principes, de la contradiction entre le droit individuel et le droit social.

Mais, dit-on, parce partage continu du sol, la vie communale trouvera sa limite naturelle dans l'accroissement de la population. Quelque grave en apparence que soit cette objectiouj il suffit, pour l'écarter, de répondre que la Russie possède encore des terres pour tout un siècle, et que, dans cent ans, la brûlante question de possession et de propriété sera résolue d'une façon ou d'autre.

Beaucoup d'écrivains, et parmi eux Haxthausen, disent que, suite de cette instabilité dans la possession, la culture du sol ne s'améliore point; cela peut bien être ; mais les amateurs agronomes oublient que l'amélioration de l'agriculture, dans le système occidental de la possession, laisse la plus grande partie de la population dans une profonde misère , et je ne crois pas que la fortune croissante de quelques fermiers et le progrès de l'agriculture comme art, puissent être considérés, par l'agronomie ellemême , comme un juste dédommagement de l'horribla situation du prolétariat affamé.

La Russie agreste se pliant à tout en apparence , n'a réellement rien accepté de la réforme de Pierre I". Il sentait cette résistance passive ; il n'aimait pas le paysan russe et n'entendait rien non plus à sa manière de vivre. Il fortifia , avec une légèreté coupable , les droits de la noblesse et resserra la chaîne du servage ; dès lors, le paysan se renferma plus étroitement que jamais au sein de sa commune, et ne s'en écartait qu'en jetant autour de lui des regards défiants ; il voit dans l'officier de police et le juge un ennemi , il voit dans le seigneur tei;rien une puissance brutale , contre laquelle il ne pouvait rien faire.

Il commença dès lors à désigner par le mot malheurevx, tout condamné par la loi ; à mentir sous le serment et à nier tout, quand il était interrogé par un liomme qui se présentait en uniforme et qui lui semblait le représentant du gouvernemenf allemand. Cent cinquante ans, loin de le réconcilier avec le nouvel ordre de choses , l'en ont encore éloigné davantage.

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