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LA COMMUNE RURALE

Il arrive fréquemment que des vieillards très-âgés rendent leur terre et acquièrent par là le droit de ne point payer d'impôts. Un paysan, qui quitte pour quelque temps sa commune, ne perd pas pour cela ses droits à la terre ; ce n'est que par l'exil prononcé par la commune (ou le gouvernement) qu'on peut la lui retirer, et la commune ne peut prendre part à une pareille décision que par un vote unanime ; elle n'a cependant recours à ce moyen que dans les cas extrêmes. Enfin, un paysan perd aussi ce droit dans le cas où, sur sa demande, il est afiranchi de l'union communale. Il est alors autorisé seulement à prendre avec lui son bien mobilier, rarement lui permet-on de disposer de sa maison ou de la transporter. De cette sorte, le prolétariat rural est chose impossible.

Chacun de ceux qui possèdent une terre dans la commune, c'est-à-dire chaque individu majeur et imposé, a voix dans les intérêts de la commune. L'ancien du village et ses adjoints sont choisis dans une réunion générale. On procède de même pour décider les procès entre les i diflPérentes communes, pour partager la terre et pour ré •

i partir les impôts. ( Car c'est essentiellement la terre

I qui paie et non la pei:sonne. Le gouvernement compte

seulement les têtes ; la commune fait sa distribution de la somme totale en prenant pour unité le travailleur actif, c'est-à-dire le travailleur qui a une terre à son usage ).

L'ancien (le starost) a une grande autorité sur chaque membre, mais non sur la commune ; pour peu que celle-ci soit unie, elle peut très-bien contrebalancer le pouvoir de l'ancien, l'obliger même à renoncer à sa place s'il ne veut pas se plier à leurs vœux. Le cercle de son activité est d'ailleurs exclusivement administratif; toutes les questions qui ne sont pas purement de police sont résolues, ou d'après les coutumes en vigueur, ou par le conseil des pères de famille, des chefs de maison ou enfin par la réunion générale. M. Haxthausen (*) a commis une grande erreur en disant que le président administre despotique-

(*) Dans an ouvrage très-intéressant, mais frénétiquement réactionnaire sur la Russie agricole qu'il a publié, en 1847^ en allemand et en français.

ment la commune. Il ne peut agir despotiquement que si toute la commune est pour lui.

Cette erreur a conduit Haxtliausen à voir dans ce starost l'image de l'autorité impériale. L'autorité impériale, résultat de la centralisation moscovite et de la réforme de Pétersbourg, n'a pas de contre-poids, tandis que l'autorité du starost dépend de la commune.

Que l'on considère maintenant que chaque russe qui n'est point citadin ou noble, doit appartenir à une commune, et que le nombre des habitants des villes, par rapport à la population des campagnes, est extrêmement restreint et l'impossibilité d'un prolétariat nombreux devient évidente. Le plus grand nombre des travailleurs des villes appartient aux communes rurales pauvres, surtout à celles qui ont peu de terre ; mais, comme il a été dit, ils ne perdent pas leurs droits dans la commune ; ainsi les fabricans doivent nécessairement payer aux travailleurs un peu plus que ne leur rapporterait le travail des champs.

Souvent ces travailleurs se rendent dans les villes pour l'hiver seulement, d'autres y restent pendant des années ; ces derniers forment entre eux de grandes associations de travailleurs ; c'est une sorte de commune rurale mobilisée. Ils vont de ville en ville (les métiers sont presque libres) , et leur nombre réuni dans la même association s'élève souvent jusqu'à plusieurs centaines , quelquefois même jusqu'à mille ; il en est ainsi, par exemple, des charpentiers et des maçons à Pétersbourg et à Moscou, et des voituriers sur les grandes routes. Le produit de leur travail est administré par des directeurs choisis, et partagé d'après l'avis de tous dans des assemblées générales.

Le seigneur peut réduire la terre concédée aux paysans, il peut choisir pour lui le meilleur sel ; il peut agrandir ses bien-fonds, et, par là, le travail du paysan ; il peut augmenter les impôts, mais il ne peut pas refuser aux paysans une portion de terre suffisante, et la terre, ime fois appartenant à la commune, demeure complètement sous l'administration communale, la même en principe que

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