‹ Du devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 2 sur 3 · ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES · texte numérisé non relu

ET CHEZ TOUS LES LIBRAIRES

NovEVBiiE 1843.

LA

lUPBIMERIB BB B.-J. BAILLT, PUre SoriiOiuie, i.

(EXTRAITS DU MONITEUR DES h ET 10 AOUT 1850.)

Oii¥«rtiire fie 1a liession) 8 aoAt 1830.

^ Discours de monseiijneur le duc d* Orléans ^ lieutenant" ^ général du royaume.

, « Tous LES DROITS DOIVENT ETRE SOLIDEMENT GARAN*

^ « Tis; toutes les institutions nécessaires h leur plein et J « libre exercice doivent recevoir les développements « dont elles ont besoin »

Article 69 de la Charte : « Il sera pourvu successivei* ment, par des lois séparées et dans le plus bref « DÉLAI POSSIBLE, aux objcts qui suivent : § 8. l'in-

« STRUCTION publique et la LIBERTÉ d'eNSEIGNEMENT. »

fiance du iiermcnt, août 1830.

Serment de monseigneur le duc d Orléans, lieutenant-'

général du royaume,

% En présence de Dieu, je jure d'observer fidèlement

c la Charte constitutionnelle, avec les modifications c exprimi^:es dans la déclaration. >

Après avoir prononcé ce serinent , Mgr le duc d'Orléans , lieutenant-général du royaume y est proclamé Roi , numte sur son in^ne , et liOiiis-PiiiLipPE V'y roi des Français, prononce le discours suivant :

I ^fessieur^ les Pairs et Messieurs les Députés,

c Je viens de consommer un grand acte; je sens proc fondement toute l'étendue des devoirs qu'il m'iinc pose; fai la conscience que je les remplirai,,».. Les c sages modifications que nous venons de faire ^ la < Charte garantissent la sécurité de l'avenir. »

Retenu loin de la France par un devoir impérieux et sacré pendant les discussions récentes qui ont eu lieu sur la liberté d'enscignement^ je n'ai pu défendre à la tribune les droits et les intérêts que j'ai coutume d'y représenter. Mais à Dieu ne plaise que je puisse être soupçonné d'avoir abandonné le combat que je m'enorgueillirai toujours d'avoir en quelque sorte inauguré, il y a douze ans, par le procès de l'École libre, devant la Cour des Pairs elle-même. Qu'il me soit

donc permis d'élever de nouveau la voix aujourd'hui, bien que de très-loin, et puisque la tribune^Ipolitique m'est interdite pour un temps , de m'adresser directement aux Catholiques. J'entends sous ce nom , non pas tous ceux qui onl reçu le baptême d'un prêtre catholique, mais ceux qui professent et pratiquent publiquement la religion qu'ils croient la seule vraie. On sait assez qu'ils ne sont représentés dans l'une et l'autre Chambre que par une imperceptible minorité.

Cet écrit n'aspire qu'à un seul mérite, celui d*une sincérité entière j il aura en outre l'honneur d'être un témoignage d'admiration et de respect pour ceux d'entre les évêques de France qui ont si noblement arraché le masque à l'Université, un témoignage de recon* naissance et de sympathie pour ces jeunes écrivains qui, au milieu des calomnies et de$ critiques, ont plaidé avec une si généreuse constance et avec un désintéressement si pur la cause de notre foi et de notre avenir.

tie de Madère , octobre 1843.

Qiiàûd oh ehvîsâgè avec calme et impartialité letàt actuel de là F^i'âhce, quand on lia compare, telle qu'elle est, avec ce quelle a été, avec ce que sont Ie§ nations étrangères, oh hésite eticore à admettre les arrêts de ces juges nombreux et sévère^ qui côtidàiîlnéiït là jpoîltîque de ses cheft comme la plus mesquine qui ait jamais présidé à ses destinées, qui fégarddnt iiôtrfe littérature contemporaine comme aussi désordonnée qu'insignifiante, qui praclament enfin l'influence de notre patrie partout amoindrie Ou pëi'du<?. On aime à repoiissGr ou du môinis a ajourner trdUssl désespérantes conclusions ; mais il cii efet Une autre, plus funeste encore, à la-

quelle on arrive tout droit : cest que jamaiset nulle part on n a vu une nation aussi officiellement irréligieuse que la France de nos jours.

Il ne s agit pas en cela de ce qu'il peut y avoir encore de foi dans la population , du nombre plus ou moins grand de chrétiens ou de juifs croyant à la religion dont ils portent le nom , parmi les trentequatre millions de Français : il sagit de la Francç comme force sociale, comme puissance publique; il s'agit de son attitude nationale au sein du monde civilisé.

C'est pour la première fois, depuis que le monde existe, quon voit une grande nation gouvernée par des hommes d'État qui seraient aussi embarrassés d'avoir une conviction religieuse qu on l'eût été autrefois de n'en avoir pas.

C'est pour la première fois qu'on voit des assemblées politiques se réunir, délibérer et se séparer .sans proclamer, par un acte quelconque, leur croyance au Dieu dont émane toute justice et toute vérité.

Cest pour la première fois qu'on voit 1 élite des enfants d'un peuple condamnés à recruter des légions, à s'entasser sur des flottes d'où tout symbole et tout secours religieux sont systématiquement bannis.

Cest pour la première fois, enfin, que les jours consacrés au repos, à la douleur ou à la joie, par la loi religieuse, sont ouvertement et opiniâtrement

violes par le tmvaii , en vertu de lexemple et des ordres de lautorité supérieure '.

Jamais, et pas plus dans lantiquité que dans les annales des peuples chrétiens , un spectacle pareil ne s'était offert au monde. Entre toutes les na* tions, la France est la première et la seule qui lait donné. Ne parlons pas des nations catholiques : la Russie sous le joug du despotisme schismatique, la Turquie sous le sceptre défaillant de la race d'Othman, sont a,ussi étrangers que l'Espagne ou l'Autriche à cette négation pratique de tout ce qui peut impliquer, dans la vie d'un État, la foi à l'existence d'un Dieu et d'une vérité religieuse. Et si Ton veut mesurer la différence prodigieuse qui sépare à cet égard la protestante Angleterre de la France, il n'y a qu'à comparer l'effet produit sur les deux peuples par deux événements contemporains. Lorsqu'il y a peu de mois , le gouverneur-général des Indes anglaises sembla vouloir honorer l'idolâtrie des soixante millions de sujets hindous de la reine Victoire par la restitution des portes du temple de Somnauth, l'Angleterre tout entière répondit à cet acte par un cri d'indignation et de mépris. Lorsqu'il y a peu d'années , M. le duc de Nemours, fils du roi et futur régent du royaume, posa la première pierre d'une mosquée sur la terre où était mort son aïeul saint Louis, la France ne

' La Ck>nvention avait ses decadis, et les faisait sévèrement observer.

s en émut pas autant que d une escarhiouche péhiuë ou d'une revue manquée.

Veut-on une autre preuve de la différënM des résultats que produisent les deux systèinestLa tméi* On s étonne quelquefois de la facilité avec laquelle riinmense ville de Londres , avec sei dtèiïk miliioni d'habitants, est maintenue dfins Tordre par une gaifnison de trois petits bataiilonn et de deux eioà^ drons, tandis qu'il faut pour contenir la capitale de la France, moins grande de moitié que celiè dé TAngleterre, deux armées, lune de quarante mille hommes de troupe de ligne, l'autre de soixatile mille gardes nationaux. Mais quand on arrive pour la première fois à Londres un dimanche matin, quand on voit dans cette gigantesque mé-* trôpole tout suspendu par obéissance à Dieu; quand , dans ce centre d'affaires colossales , d'intérêts innombrables, et du mouvement commei"* cial le plus étendu de l'univers , dans ce port où Viennent chaque joUr débarquer les produits des cinq parties du monde, on voit régner un vaste silence, un repos complet, interroiUpu à peine par la cloche de la prière et lés flots pressés d'une po^ pulation qui va i^emplir les églises , alors letonneinent cesse : on comprend qu'il y a un autre frelh pour un |>euple chrétien que celui des baïonnettes; et que là où la loi de Dieu est exécutée avec une aussi solennelle docilité^ Dieu lui-même, si je lose dire, se charge de faiixî la police.

Que la religion perde beaucoup à cette privation des hommages publics d'un royaume qui , comme la France, s est si lorigtemps enorgueilli d*étré tt*èi5^ chrétien, je ne le penàe pas, vu Tétat actuel dès choses et des esprits parmi nous. Mais que le pays qui a ainsi le pretnièr inauguré rathéisitie natiôhal dans toute sa vie officielle , se trôUVë dans Utié position aussi étrange que futiêste, c'est ce qu'il ëét impossible de nier, à moiiis toutefois qu on n^aiitlë mieux supposer qtWB toutes les sociétés humaines ée sont trompées depuis Torigine du moiidê jusqU^à nos jours, en plaçatlt la possession d uil culte national au premier rang dé leurs gloires et de leufH; richesses, et le service de leur Dieu au pfeïntef railg dé leurs devoirs.

Rien lié démontk'e mieux èombiéh Tëtàt que iiôû8 signalons est iricoiileslablé , et, dé plus, universellement admis, que les dispositions réciproques dêà Français lés uns envers les autres. Supposez deux Français quelconques, appartenant à ce qu'on ap^ pelle les classes éclairées, qui se rencontrent dâhi un lieu public où ailleurs , ssiUs se connattl'é d*âvance, et dont l'un cherche à deviner la cat*rièré, 1^ préoccupations ou les convictions de Taulre. La dernière des hypothèses qui se présentera à son

esprit , sera de supposer que son concitoyen professe sérieusement et de fait Tune des religions existantes en France. De toutes les exceptions que son imagination aura pu se figurer, celle-là sera à coup sûr la plus rare et la plus improbable.

Bien plus, et cela se voit chaque jour, on vit ensemble pendant des années entières dans un corps politique 9 dans un tribunal, dans un conseil où une assemblée quelconque, et Ton est tout étonné de découvrir un jour, par quelque hasard, quon a pour collègue ou voisin un homme qui croit à la vérité catholique , et qui pratique sa croyance, sans que personne s'en doutât, tant l'organisation sociale laisse chez nous peu de place à la foi religieuse, tant elle en rend la profession inutile ou impopulaire, dangereuse ou ridicule.

^n vain voudrait-on, par je ne sais quelle distinction bizarre, établir qu*aii dehors le catholicisme c est la France , et que les grands politiques qui président à nos destinées doivent se poser, aux yeux de Fétranger, comme les défenseurs spéciaux d'une religion à laquelle ils sont eux-mêmes hostiles ou indifférents. C'est là l'illusion de quelques âmes généreuses et inquiètes à bon droit de 1 avenir de la patrie; c'est aussi la prétention de quelques meneurs moins aveuglés que d'autres par la passion antirdigîeuse ; mab elle n'ira pas loin. Ni Dieu ni les hommes n'admettront cette Bction insolente qui permettrait à certains hommes de représenter au

in

dehors un ordre de vérités et de faits de conscience qu ils n ont pas le courage de professer au dedans. On peut y trouver matière à quelques phrases pour orner des conquêtes dans TOcéan Pacifique : mais en Europe, sur le Rhin, en Orient, en présence de questions sérieuses, dans un conflit de puissance à puissance, les intérêts catholiques ne peuvent manquer detrc oubliés ou trahis par la politique française. Cette vérité na malheureuse* ment plus besoin d'être démontrée, depuis que le protectorat exclusif des catholiques dans Fempire ottoman , ce glorieux apanage de lantique France , a été transformé bénévolement en une sorte de commandite avec quatre puissances qui sont nos rivales, et dont trois au moins sont ennemies nées de l'Église.

Ce phénomène, qui vient d'être signalé, unique dans l'histoire du monde, et bien moins redoutable encore en lui-même que comme symptôme du tempérament social qu'il manifeste, à qui faut-il l'attribuer? sur qui doit en retomber l'efifrayante res* ponsabilité? Serait-ce sur tel ministère, sur telle dynastie, sur telle forme de gouvernement? Non certes: car il y a peu d années encore, la France était gouvernée par une maison royale qui faisait une prô-

fession publique de la piété catholique dans toute HOP étendue. Et qui serait assez insensé pour vou-^ lûÂr établir que sous la Restauration la France était plus religieuse qu'aujourd'hui? Non, il faut le r^onnaitre, quoiqu'il ei^ doive coûter à notre cœur et a notre patriotisme, cet athéisme ofBciel qui distingue aujourd'hui la France de toutes le&autres grandes nations du monde, n'est quel expression trop fidèle de la société française, telle qu'elle est sortie du travail intellectuel et politique des deux derlûers siècles. Un pareil état de choses peut sembler satisfaisant ou indifférent aux esprits qui se qualifient de philosophiques, aux pontifes de la diplomatie ou de l'industrie, ou à ces réformateurs dé- Wpcriitiques qui ont habitué leurs adeptes à regarder chaque ruine comme uu progrès; mais il ne peut qu'exciter la douleur et l'indignation de tout ce qu'il reste encore de catholiques en France et dans le monde. Ils n'ont pas toujours à s'expliquer surl'origine primitive d'un pareil état : mais il leur iniporte toujours de reconnaître et de dénoncer les causes qui le font durer.

Or, le raisonnement et l'expérience démontrent à l'envi que la raison principale et permanente de l'irréligion publique en France , se trouve dans l'éducation actuelle de la jeunesse, telle que FÉtat en a constitué le monopole. L'ensemble des institutions d'instruclion publique, qui forme l'Université de France , et au dehors duquel un despotisme usurpé

ne bisse fiea surgir, voilà le foyer où se forme et s entretient cet esprit public qui en fait de i*eligion n*est rien et ne croit à rien, V^oilà la source où le^ générations successives vont boire le poison qui dessèche jusque dans ses racines la disposition naturelle de rhomme à sefvir Dieu et à ladorer.

Là setablit entre les maîtres et les élèves cette intelligence 9 le plus souvent tacite, mais parfois avouée, qui i^lègue au rang des préjugés et des epQventîons sociales toutes les vérités de la révélation, lia s enseigne, non-seulement dans la cbaire, mais dans toutes les habitudes et dans tous les détails ^le la vie, IWt demépiîser philosophiquement le joug de U loi du Seigneur. Lia s élabore Tidée $i répandue parmi nous, que pour être ce qu'on appelle d^ns le jargon du jour un homme sérieux, un hqmmi^ pratique, il feu t n être astreint aux obser- YHUces d'fiucun culte. Ijà se développe cette maladie étrange et monstrueuse de Fesprit qui consiste à adopter comme vraies dans le passé, et pour un temps seulement, les solulioqs éternelles de la révélation chrétienne, à transformer des obligations de conscience en événements purement historiques, et à admettre comme un bienfait social le Christianisme, dont on i^tr^nche Ifi divinité du Christ; comme si le Christianisme ainsi mutilé, loin d'être un bienfait, ne devenait pa3 la déoeptipn la plus scandaleuse et la plus prolongée qui ait jamais été impo sée à rhomme.

Je ne parle ici que des erreurs les plus habituelles et les plus inoffensives ; je me tais sur les sacril^es, sur les dérisions, sur les habitudes immondes , sur cette froide et précoce corruption qui déprave l'esprit avant même que les sens n aient révélé leurs impérieux instincts: je me tais sur tantd/odieux outrages déversés par l'enfonce sur tout ce que rhumanité a jusqua présent le plus révéré. Nous ne le savons que trop bien , nous tous , chrétiens, qui avons eu 'le malheur de passer par les mains de FUniversité , et le bonheur d'en sortir sans y laisser noti'e foi.

Tout cela , je le répète , comme l'état religieux et moral de la France qui en résulte, peut être profondément indifférent ou même agréable aux philosophes, aux politiques, aux gens soi-disant éclairés, aux incrédules de toutes les nuances; mais aux yeux de tous les catholiques conséquents et simples , de tous ceux qui ont appris dans leur catéchisme, dbii ils viennent, où ils vont, et ce que cotite une âme rachetée par le sari^ d un Dieu, sous un pareil système loppression et Thypocrisie sont égales et au comble.

Comme Ta dit avec une parfaite justesse l'éloquent et com^ageux évêque de Chartres : « U est « incroyable qu'après les preuves actuelles, fla- « grantes, incomparables par leur force et leur • évidence , de Tcsprit antichrétien et anticatho- « liquequefUniversité communique à ses élèves,

(( on force des millions de parents catholiques à con-

w duire eux-mêmes leurs enfants à cette source où

« ils s abreuveront de doctrines directement contrai-

«f res à la foi. Je ne crains point de le dire : cette

w épreuve, quoique exempte de violences exté-

« rieures et de persécution déclarée, est la plus

« terrible et la plus dangereuse à laquelle aient été

<c jamais soumis les membres de la vraie Église '. »»

Il ne s agit pas d'ailleurs ici de dénoncer [ou de

démontrer le mal : les familles chrétiennes savent

maintenant à quoi s'en tenir. Il s'agit seulement

d'examiner en quelques mots la nature du remède

et les moyens de l'appliquer.

Vouloir refaire de la France un État catholique, telle qu elle l'a été depuis Clovis jusqu'à Louis XIV, ce serait une tentative aujourd'hui impossible, et qui, nous ne le craignons que trop, ne se réalisera jamais: mais conserver ce qui reste de catholicisme en France, et fortifier par tous les moyens légitimes l'empire purement moral de la Religion sur les individus et sur les familles qui la professent encore; défendre les foyers qui n ont pas encore été atteints contre l'envahissement de la conta-

* Lettre pablique do 22 mai 1843.

gion, ccst uu devoir impérieux pour les catholique^ ET ILS KË PëUVë:9T l'aCGOMPUR QU £N OBTENANT LA PSSTHUGTION DU MONOPOLE DE L UNIVERSITÉ.

Faut-il, au risque de revenir sur une distinction tant de fois rebattue, i^ppeler qu'il s agit pour nous de la destruction du monopole, et non de la destruclion deTUniversité elle-même? Oui ,il le &ut, car sur ce point la mauvaise foi de nos adversaires est loin d être corrigée. Ce n est pas à coup sûr que Taxiftiance de TUniversité sans monopole puisse nous inspirer une sympathie ou une confiance quelconque. FOt-elle même sous la haute direction d'une pensée catholique, il faudrait être bien aveugle pour en espérer le salut du pays, he gouvernement des Bourbons a témérairement essayé d'imprimer à l'Université cette tendance; et ce fut peut-être la plus éclatante et la plus funeste de ses défaites. Le gouvernement de Juillet y échouerait également, si cette pensée pouvait lui venir : il lui serait possible assurément de rendre le mal moins flagrant et moins dévastateur; mais transformer le mal en bien, cest un miracle quil nest pas donné aux hommes de notre temps d'accomplir. Toutefois, cette institution , quelque funeste qu'elle soit, a été adoptée par l'État, et maintenue par lui à tmvers 1^ changements de dynastie et les révolutions. Cela constitue en faveur de l'Université non-seulement un fait, mais une espèce de droit. L'État a la faculté, légalement et politiquement du moins, de mainte-

uir dans «on sein une institution funeste, à la charge d'eu supporter les conséquences, tout comme il a la faculté de se précipiter dans une guerre désastreuse, ou d'introduire le déficit comme base de son système financier. Mais TÉtat n'a pas le droit, sous peine de violer la constitution qui est la condition même de son existence, d'imposer à tous les citoyens un système d éducation qui compromette maintien de la croyance religieuse au sein de leurs familles. De ce que lÉtat na point de religion, il n'en résulte point pour lui la faculté d'empêcher les citoyens d'en avoir. Bien loin de là, la Charte non-seulement promet la liberté d'enseignement, mais elle garantit solennellement la liberté religieuse : cette liberté en ce qui touche à une religion positive comme le catholicisme , n'est plus qu une dérision , si en vertu d'une série de dispositions extralégales, rendues en l'absence de toute représentation nationale, le pouvoir exécutif se trouve investi du droit exclusif de façonner les croyances et les mœurs de l'enfance, au profit soit d'une religion particulière, soit, comme il arrive dans l'espèce, au profit d'un rationalisme purement négatif. Qu'il ouvre des écoles sans religion à cette portion si considérable du peuple français, pour qui la religion n'est qu'une fiction, cela est dans son droit jusqu a un certain point ; mais qu'il s'arroge l'atroce pouvoir d'y parquer les enfants de ceux qui regardent la foi catholique comme la base unique et sou-

veraine de toute vérité, a moins qulls n'aient le moyen d'entretenir des précepteurs, ou la volonté de consacrer leurs enËints au sacerdoce; voilà l'usurpation , voilà l'attentat, voilà la persécutîcm cpi'on a si justement comparée au système qu'avait essayé contre l'Église naissante l'apostat Julien.

Que rÉtat garde donc son Université, si bon lui semble, mais qu'il nous laisse, ainsi que la Charte l'y oblige , la liberté d'en rester dehors , sans être frappés d'incapacité et d'ilotisme.

Cest là noti^ volonté et notre droit. Pourquoi, fondés comme nous le sommes, non-seulement sur l'étemelle justice, sur les dix>its inviolables de l'Église, mais encore sur l'esprit et la lettre de la Charte consûtutionnelle de i83o, pourquoi n'avons-nous pas encore obtenu cette liberté ?

Je le dirai sans détour, autorisé peut-êti*e par douze années de combats, d'efforts publics et persévérants pour cette sainte cause : la faute en est aux catholiques eux-mêmes, à la mollesse et «i rindifférencedes pères chrétiens.

J'ajouterai même, autorisé encore, ce me semble, par la conduite généreuse des archevêques de Paris, de Lyon et de Toulouse, des évêques de Chartres et de Belley, et de leurs vénérables émules, la faute

en est au reste de Tépiscopat, qui n'a pas assez publiquement, assez sérieusement, assez universellement dénoneé à Tindignation et à la sollicitude des familles chrétiennes cette épreuve , qu'un évêque a déclarée la plus terrible et la plus dangereuse à laquelle aient jamais été soumis les membres de la vraie Eglise! Si vous laviez voulu , évèques de France, et vous pères de famille catholiques, il y a longtemps déjà que nous serions libres; et le jour où vous le voudrez sérieusement et énergiquement, nous le serons.

Mais , avant tout y il faut dissiper les sophismes et les illusions qui nous abusent et nous endorment.

On nous dit que tout n est pas si mauvais dans rUniversité; on cite des professeurs, des chefs, des maisons entières qui font exception à la r^le. Eh ! qui ne les connaît , ces exceptions , et qui ne les admire d autant plus que la position des hommes dont je parle est plus délicate et les services qu'ils rendent plus méritoii^es? Mais aussi qui ne sait que ce sont des exceptions aussi rares qu éclatantes? Sur dix maîtres formés et employés par ITJniversité, y en a-t-il deux qui croient à la religion? y en a-t-il un qui la pratique? Sur toute cette masse d enfants qui peuplent les collèges royaux de Paris, d'après le jugement unanime de leurs aumôniers, en saurait-on

compter plus à^un seul par année et par collège qui ait conservé la foi jusqu'à la fin de ses études ' ? Oui, certes, il y a au sein de TUniversité, depuis le Collège de France et la Sorbonne jusque parmi les régents des collèges communaux , il y a un petit nombre de cœurs droits et honnêtes, d'hommes qui ont plus que du talent, qui ont de la foi, et qui, comme M. Lenormant et M. Ozanam, protestent par la franchise de leur christianisme et la solidité de leur science contre les scandales de renseignement de leurs collègues. Mais ces hommes forment-ils la majorité dans les établissements universitaires? Non. Sont-ils d'accord avec leurs collègues ? Non. Est-ce à eux que l'Université confie la direction de ses conseils, le choix de ses méthodes , Fèducation de ses maîtres? Non, encore. Est-ce leur esprit qui se reflète dans celui de la jeunesse qu'elle déverse chaque année au sein de la société? Non , mille fois non.

VU

D'autres prennent un ton plus fier et nous disent que l'Université c'est l'État enseignant , et qu'oser

' Rapport te ÂUDiÔDiers des oottéges roywax de Paris à M. TÂrçbevèque de Paris, en 1S29, à une époqne où le gqavernement faîsait tons ses efforts pour introduire un esprit religieux dans l*Uni- Tcrsité.

combattre rUnivei-sité, cest 8e constituer rennemi de rÉtat* Us vont même jusqua dire que le mono^ pôle de renseignement appartient de droit à TÉtat, comme celui de la force judiciaire ou de la force mir Htaire. L'Université, cette innovation du despotisme moderne, se trouve ainsi assimilée à la magistra* ture et a larmée, ces deux fondements perpétuels de toute société civilisée; et, s'il fallait en croire ces nouveaux docteurs, il serait aussi téméraire et aussi anti-social d ouvrir une maison d éducation en dehors des méthodes de TÉtat, que de lever un régiment sous d'autres couleurs que le drapeau national , ou de constituer un tribunal de sa propre autorité. On conçoit quel serait lavenir réservé à la liberté de la presse, à la liberté de conscience, à tous les droits de Tintelligence et de Tâme, si un aussi monstrueux système pouvait prévaloir jamais dans notre pays. Qu il ait seulement été avancé et sérieusement affirmé, en voilà assez pour monti*er quel est le genre de progrès auquel aboutissent en dernier ressort ces réformes , ces prétendues conquêtes de Tintelligence et de la liberté, qui ont commencé partout par affranchir les hommes de la sainte et maternelle autorité de l'Église, pour les courber ensuite sous les caprices despotiques d'un égoïsme éphémère.

Remarquons, en passant, par quelle bizarre et vengeresse contradiction ces apôtres du progrès, après avoir fondé la législation et la société nou-

velle sur le triomphe jaloux de 1 indiyidualisnie , sur rexclusion de tout principe das80ciati<m et de corp(H*ation , se trouvent subitemant amenés à identifier TÉtat avec la corporation la |Jus puissante, la plus envieuse, et la plus ambitieuse qu on ait encore vue dans notre pays. Ils ne saperçotvttnt pas qu'il y a là quelque chose dlnoui, quelque chose que la civilisation antique n a pas connu, que Rome païenne, si jalouse d^absorber Tindividu dans la cité, n a jamais tenté, quelque chose dont l'Europe entière, dans le présent ni dans le passé, nofire pas un second exemple : car même sous les gouvernements les plus despotiques , il y a des Universités surveillées par FÉtat; mais nulle part elles ne sont l'État même; nulle part l'État ne s est fait directe^ ment maître d école.

Mais nous n'avons point à approfondir cette doctrine et ses conséquences comme catholiques, parce que, encolle une fois, les catholiques ne dirigent pas les destinées de TÉtat , et très pix)bablement ne les dirigeront jamais de notre temps. Voici seulement ce que nous avons à dire sur ce point. S'il plait à l'État de s'identifier avec FUniversité , d'adopter pour siennes la haine, l'envie, la cupidité pécuniaire qui enflamme contre nous les membres influents de ce grand corps, tant pis pour l'État, car il aura livré ses destinées à l'anarchie intellectuelle et morale, f^ jour où il sera bien constaté que l'État reconnaît pour ses pontifes et ses oi^anes ces risi-

blés docteurs qui se posent au Collège de France eu successeurs d'Abailard et de Ramus, ce jour-là, ce n'est pas nous qui serons devenus ennemis de rÉtat , mais bien FÉtat qui se sera posé en ennemi direct de l'Église. Ce jour-là , il aura élevé une bar* rière insurmontable entre le catholicisme et lui ; il aura achevé de détacher de lui toutes les âmes élevées et indépendantes qui pouvaient le servir; il aura commencé une lutte qui a toujoui*sété Finiaillibleavant-ooureur de la ruine et de la confusion de ceux qui Font entamée.

Mais on va plus loin encore; et, sans parler de ces apôtres de la tolérance et de la liberté, tels que rUniversité sait les former ', qui demandent tout simplement qu on établisse par la loi une incompatibilité radicale entre les fonctions du sacerdoce et celles de renseignement, nous rencontrons sur notre chemin de profonds politiques qui affirment que renseignement est une chose séculière, qui se moquent agréablement des catholiques , quand ceuxci veulent conclure des paroles de Notre-Seigneur à ses disciples : Euntes doceie omnes génies; qu'il y a pour le sacerdoce chrétien un droit et même un de*

' Kevuc de Tiiisiractioii publique. i

voir imprescriptible à intervenir dans Tëducatiati. Us veulent bien ne pas inventer pour les prêtree catholiques quelque entrave spéciale, mais ils repouaseront avec persévérance et en principe la liberté , palTc qu'ils prévoient qu'elle profitera surtout au clergé. Selon eux , l'Église est dans l'État pour les choses temporelles, et l'instruction publique étant une chose temporelle, il faut à tout prix empêcher l'Église d'y intervenir d^une façon indépendante de l'État, ou d'y exercer une influence considérable. Ces esprits, à la fois si orgueilleux et si aveugles, ne craignent pas d'avancer cette doctrine en présence du témoignage unanime des peuples chrétiens , qui ont de tout temps reconnu l'éducation comme une portion pratique de la religion , et comme un droit inhérent au sacerdoce.

De nos jours, et autour de nous, tous les peuples libres, plus libres que la France, rendent hommage par le fait à Timprescriptible vérité de ce principe* Personne ne niera que la constitution de la Belgique et celle des États-Unis ne soient plus libérales encore que celle de la France : or, en Belgique, grâce à lapplication sincère de la constitution , l'éducation des enfants de la majorité est dirigée par les ministres du culte de cette majorité. Et dans TAmérique du Nord , la grande diversité des religions n'a servi qu'à pit>clamer d'une façon plus incontestable encore le triomphe de cette loi sociale, puisqu'au dire de 1 observateur le plus profond et le plus impartial

que ce pays ait eu , la plus grande partie de Téducation y est confiée au clergé * .

Quant à l'Angleterre , qui pourrait comparer , sous le rapport de la liberté, le pays où on a pu impunément et tous les jours , pendant une année , comme M. O'Connell, rassembler, haranguer et discipliner dans le sens le plus hostile au pouvoir cent mille citoyens, avec le nôtre, où un député ne peut pas seulement rendre ses comptes à ses commettants , sans que la police n'intervienne et n empêche, comme on la vu naguère à Toulouse. Eh bien! dans ce pays, à la fois si puissant et si libre, renseignement public est exclusivement dirigé par le clergé. liCS deux universités d'Oxford et de Cambridge , les grandes écoles publiques d'Eton , Har- TO'Wy etc. , d'où sont sortis ces grands orateurs, ces écrivains, ces hommes d'état, que M. Villemain se plaisait autrefois à nous faire connaître , dans ses cours de la Sorbonne; toutes ces institutions, dont l'antiquité, la renommée et la popularité sont sans rivales en Europe , relèvent exclusivement de l'Église établie ^! ce qui d'ailleurs ti empêche pas l'existence d'innombrables écoles dirigées par le clergé

' M. de Tocqueville, de la Démocratie en Amérique, t. II, p. 230.

* Il y a y surtout à Cambridge, un certain nombre de chaires occupées par des laïques ; mais dans les deux Unirersitës eomme dans les collèges de Winchester, Eion, Westminster, Harrow et Rogby, où sont élevés tous les enfants des classes supérieures, tous tes eh^ et la plus grande partie des maîtres sont ecclésiastiques.

catholique et dissident, et entr auti*es de plusieurs collé{;es de jésuites. Mais qu'importent à nos docteurs modernes des exemples si universels et si édatants? En safiFi*anchissant de Tautorité infaillible de l'Église, ils ont acquis le don de se persuader qu eux seuls possèdent la vérité ; et qu en dehors de leurs pensées il n'y a qu erreur et ténèbres.

Si en Prusse et dans les autres ix>yaumes européens, rÉtat a graduellement remplacé le clergé comme puissance directrice de Téducation publique, la différence radicale qui existe entre la forme de ces gouvernements despotiques et le nôtre, semblerait devoir suffire pour interdire l'imitation dé leur système d'enseignement dans un pays dont la constitution est basée sur la liberté. Mais en outre tous ces États, qui reconnaissent tous une ou plusieurs religions nationales, ont assigné aux ministres de ces religions une influence, sinon complètement indépendante, du moins prédominante et obligatoire dans leur organisation '. On peut affirmer quil nexiste pas et qu'il na jamais existé dans le monde un système d'enseignement public livré exclusivement à^ un corps laïque et séculier comme

' Cest ce qu*a parfaitement démontré M. Cousin lui-même dans ses rapports officiels sur renseignement en Prusse, en Hollande, etc. Voir aussi un excellent travail sur le caractère religieux de Tinstruction primaire en Prusse , comparée à celle qui se donne en France , par M. Aurélien de Gourson, dans la Revue de rArmorique, n® 4^ p. 214.

'Université de France. Quels sont d'ailleurs, même avec cette intervention puissante et obligatoire de lelément religieux, quels sont les résultats de ce système moderne et absolutiste de la direction de renseignement par FÉtat? En Allemagne, ils ne sont rien moins que satisfaisants, et des juges désintéressés n'hésitent pas à reconnaître que dans cette ancienne patrie de lerudition et de la philosophie, une génération de médiocrités incontestables a remplacé ces grandes constellations intellectuelles qui brillaient à la fin du dernier siècle et au commencement du nôtre ' . \

Il ne serait pas difficile, je pense, de constater les mêmes résultats quant à la France, et de démon* trer Tinfériorité des générations formées par l'Université, comparée à celle des Chateaubriand et des Cuvicr. Depuis les statistiques de la justice criminelle jusqu'aux feuilletons de nos journaux les plus répandus, tout démontre suffisamment que ni la moralité publique, ni la dignité des lettres n'ont gagné à la propagation moderne de, l'instruction telle que l'État la débite parmi nous. On peut hardiment conclure que le mal ne fera qu'augmenter sous l'influence d'un système qui a cru pouvoir

' Nous engageons vivement toulrs les personnes qai venleiit se foire une idée exacle des résuliats réels de rinstruetion publique en Prusse y à consulter l'ouvrage remarquable de M. Laing^ voyageur anglais , protestant et démocrate , intitulé : Notes of a Irateiler on tlie ioçial and polUicat'itate of France^ Priuêia^ etc.

suppléer à runité des croyances par runiformité des méthodes, et qui affaissera peu a peu le g^éoie autrefois si fécond et si brillant de la France sous le joug de la médiocrité intellectuelle et d une mo« ralité négative.

On a déjà vu le chef actuel du monopole uni** versitaire, mu sans doute par le désir de stimuler la générosité des contribuables, avouer dans ton récent rapport au roi sur Tinstruction secondaire | que la France moderne, malgré les ressources du budget et les exactions de la rétribution univers sitaire, offrait à la jeunesse avide de s instruire beaucoup moins de ressources que ne lui en avait assurées sous lancien régime la munificence dui^a* ble du clergé, de la noblesse et des corporations municipales. Qui sait si on ne verra pas un jour quelque successeur de M. Villemaia reconnaître par un nouveau cri de détresse que le système moderne le cède autant à Tuncien sous le rapport de la qualité que sous celui de la quantité, que le soi-disant gouvernement des capacités a introduit peu à peu le r^ne de Tincapacité, et que sous l'égide de renseignement officiel, le niveau intellectuel de la France a baissé? C'est là du reste laffaire des hommes à qui la France a permis de disposer de ses destinées, Tia nôtre, comme catholiques, est d'empêcher rabaissement parallèle du niveau moral au sein de nos propres familles. Nous ne sommes pour rien dans l'invention de

ce système désastreux, nous nen avons été que les victim^is, et jamais les complices. Soyons au moins les premiers à le dénoncer et à nous en aiîranchir.

U fsLut bien iadmettre du reste, T Université et ses défenseurs en repoussant le sacerdoce catholique de renseignement, sont d'accord avec la marche Mutinue de cet odieux despotisme qui se déguise partout sous le nom d esprit moderne ou de progrès social, et qui consiste à absorber dans 1 unité factice de lEtat toute la sève et toute la force de la vie sociale. On a commencé par détendre et briser tous les ressorts qui imprimaient à Thomme une impulsion permanente vers un monde meilleur, vers une vie plus haute, et qui lui servaient en même temps d'inviolable sauvegarde contre toutes les tyrannies. On a détruit peu à peu toutes les institutions qui témoignaient de Toriginalité et de la féconde variété de sa nature : on a proscrit toutes les formes, toutes les traditions qui caressaient son imagination en peuplant sa mémoire*. U s agit maintenant d'enchaîner son intelligence et son activité et de les SjCeller pour jamais au sein de cette grande machinequ on appelle TEtat, qui se chargera d'agir, de penser, de combatti^e, de choisir et de croire pour

sa

lui, qui régira son esprit comme elle régit déjà son industrie et sa propriété, qui élèvera ses enfants comme elle partage sa succession, et qui deviendra ainsi Tunique agent et le seul arbitre dune nation moralement aûéantie. L'Université ne représente pas seulement Torgueil du rationalisme et lanarchie intellectuelle où conduit Fincrédulité : elle représente surtout et elle sert merveilleusement cette tendance de TEtat à tout ployer sous Timplacable niveau d'une stérile uniformité. Cest par elle que ce nouveau despotisme , qui menace le monde , tend à se substituer à l'Église et à la famille, ces deux foyers sacrés de la liberté morale du genre humain. Elle est Tinstrument docile et efficace de cette coupable ambition des pouvoirs publics de nos jours, qui leur fait mettre la main sur tout ce qui était autrefois à Tabri de leur atteinte. Car, remarquons-lc encore, par une contradicrîon aussi étrange que révoltante, plus leur durée est éphémère, plus ils sont dépouillés de tout ascendant moral sur les peuples, et plus ils aspirent à s'ériger en pontifes et en docteurs. C'est le moment où ils renoncent pour eux-mêmes à la profession d'une croyance quelconque, qu'ils choisissent pour réglementer et administrer chez les peuples le domaine de la conscience et de la foi, où leurs prédécesseui-s n avaient jamais osé s'aventurer qu'au nom et pour le compte d'une religion positive. Leur origine, leurs révolutions, leur constitution et leurs condi--

tiens mêmes d existence leur interdisent jusqu'à ces fictionsqui autrefois entouraient 1 autorité d un près* tige salutaire; et les voilà qui se posent en interprètes et en modérateurs de l'éternelle vérité pour pénétrer jusque dans le sanctuaire de la famille et pour prétendre que les générations futures doivent être moiilëes à leur effigie! Quelles que soient les apprékensions ou l'insouciance des philosophes et des politiques étrangers à la loi de TÉglise, au sujet des progrès de ce nouveau despotisme , les catholiques peuvent-ils laisser avec indifférence se consommer l'œuvre fatale de cette sécularisation universelle? Peuvent-ils se résigner froidement à voir détacher ainsi pièce à pièce de la vérité religieuse tous les éléments de la société qui avait été sauvée et r^énérée par rincarnation du Fils de Dieu?

Naguère la politique, la jurisprudence, la science, toutes les branches de lart reconnaissaient la suprématie de l'Église et faisaient dériver d'elle leur fécondité et leur sanction. Toutes ces nobles vassales de rÉglise ont été successivement arrachées à sa tutélaii*e influence. Déjà l'aumône, cette création exclusive du catholicisme, cette invention de la vanité sacerdotale, comme disait Barère *, est entravée et poursuivie jusque dans ses asiles les plus sacrés et les plus purs, dans les hôpitaux qu administrent les

' Exposé des iTioUfs de la loi sur les secours publics, mars 1793, et juin 1794.

sœurs de charité, par cette bureaucratie insatiable qui ne connaît d autre idéal que luniformité et qui voudrait substituer partout la bienfaisance officielle surveillée par un comptable, à la charité pratiquée par des chrétiens.

Voici maintenant le tour de Téducation, du libre exercice de la puissance paternelle, que FËtat, sou^ la figure de l'Université, vient dérober à rEglise et eonfisquer à son profit. Lepiscopat et le clergé fran<çaia peuvent-ils ne pas résister à cette dernière usurr pation, qui envahit directement le domaine de la conscience et qui sacrifie à Tidole politique la portion la plus délicate, et jusqua nos jours la plus respectée du troupeau chrétien ? Peu veut^ils abandonner un droit à la fois inhérent à leur constitution divine et garanti par lesprit et la letti^ de la Iqi fondamentale du pays? Plaise au ciel qu'une pareille faiblesse ne puisse jamais leur être reprochée; mv du moment où FEglisc reconnaîtrait quelle a perdti ce droit, elle aura rendu les armes à Fesprit mofderne, elle aura subi une défaite non moins fu^ neste pour le salut et le bonheur de Thumanité que celle où le despotisme des souverains, Fastuce des légistes et Fingrat orgueil des savants lui ont dérobé la noble fonction de juge entre les peuples et les rois.

Mai3, vous disent les chefs du monopole, TUniversité ne repousse pas le concours du clerfjé; tout au contraire, elle le recherche et le facilite partout où elle lé peut. Je le crois bien en vérité! Prêtres de Jésus-Christ, lUniversité sachant bien cruelle ne peut dun scîul coup anéantir votre influence et se substituer partout à vous, ne demande pas niiçux que de vous prendre à son service , et de vous don* ner sa livrée : c'est d elle que vous tiendrez vos gages et votre passeport auprès des générations nouvelles. Elle vous demande votre concours , dit-elle : mais à quelles conditions? Sont-ce vos conseils qu elle suivra? est-ce votre esprit qu'elle inoculera, votre $ymbole qu elle in^posera? Et ne sont-ce pas là les seules conditions possibles du concours d'un prêtre? Tout au contrçiire, c'est elle qui vous imposera ses méthodes, qui vous prescrira ses systèmes, et qui surveillera votre langage ; elle qui ne compte pas un seul ecclésiastique parmi sçs chefs , et qui est gouvernée par des hommes dont la croyance est souvent un mythe plus impénétrable encore que leur doctrine*.

* Je me suis souvent demandé , quand j'étais élève de TUnivcrsilé f comme depuis que j'en suis sorti , ce que l'aumônier do n'importe quel colléjje royal de Paris pourrait répondre à l'élève qui lui

Ici, encore, rUniversité est parfaitement d accord avec cette foule d'hommes d'État, de moralistes et de littérateurs que nous rencontrons a chaque pas sur notre chemin, et qui révent pour FEglisc une sorte de servitude dorée et tranquille. On satisferait ainsi à la fois, et aux traditions du jansénisme parlementaire et du despotisme impérial , et aux illusions de cette aristocratie philosophique qui cherche à se constituer parmi nous, avec la mission de tendre doucement ta main au genre humain, et de taider à s'élever plus haut encore que le christianisme \ Ah ! nous les connaissons bien , ces {{rands esprits, pour qui l'Église nest quune sorte d'administration des pompes funèbres , à qui l'on commande des prières pour le convoi des princes , ou même des chants pour leurs victoires ; mais que Ton congédie poliment dès qu'elle s'avise de manifester ses vœux et ses droits. Nous les connaissons, ces tacticiens de cabinet, qui ne demanderaient pas mieux que de transformer le clergé en gendarmerie morale , sage et docile instrument d'une police spéciale, à l'usage de certains esprits prévenus, de certaines populations peu éclairées.

dirait : « Mais, M. FÂbbé, pourquoi voulez-vous nous faire croire à t des choses que n'admetteni aucun de nos professeurs ? >>

* La philosophie est patiente...} elle est* pleine de confiance dans l'avenir. Heureuse de voir les niasses, le peuple, c'est-à-dire le genre humain tout en lier enlre les bras du chrislianisme , elle se contenie de lui tendre doucemeni la main et de Taider à s'élever plus haut encore. M. Cousin, Cours d'Histo're de la Philosophie.

Nous les counaissons encore , ces or(];anisateurs nouveaux , qui veulent bien reconnaître à Tantique religion de la France le droit d exister, à la condition detre réglée, soumise, respectueuse et tacile; espèce de femme de ménage qu on ne consulte sur rien , mais qui a son utilité pour certains détails essentiels de l'économie sociale. Nous les connais* sons enfin , ces écrivains , ces orateurs plus ou moins diserts, qui , parce qu'ils ont, dans un cours ou une revue, rendu en passant un obscur hommage à quelque grande vérité ou à quelques grands hommes de Thistoire catholique, se figurent que ce catholicisme littéraire doit courber TÉglise sous le poids d une reconnaissance éternelle envers euxj qui, parce qu'ils poussent la condescendance jusqu'à accompagner leur femme ou leurs enfants à la messe paroissiale, se croient investis du droit de dénoncer comme un attentat à la sûreté publique, le premier signe de vie ou de courage qui échappe aux catholiques, se posent à la tribune, à l'Académie, dans la presse , comme nos correcteurs officieux , et affectent de traiter nos plus vénérables évêques comme des écoliers en révolte, et l'Église de France comme une affranchie qui s'égare, ou une protégée qui s'émancipe.

(i'est parce que nous connaissons ces hommes et leurs systèmes, que nous n acceptons pas leur orgueilleuse protection , et que nous ne redoutons pas leur inimitié. La position qu'ils voudraient

ftiîre à rÉglise n'est qu'une sorte de domesticité (itie tïiMs répudions avec toute l'énergie de notre amour pour elle. On â vu, Il est vrai, à d'autres époques de riotrè histoire, cOinnie on voit encore ddns certains États catholiques, l'Église associée à un système politique, y perdre une portion de son étiergie et dé sdti iildépendattce iiâturelle. C'éët une épreuve, à cdup sûr, et Tune des plus difficiles qu'elle ait eue à endurer : mais alors, du moins, ceux qui l'entravaient ou la dirigeaient avec plus ou moins de sincérité, pratiquaient publiquement ses lois, et se glorifiaient d'être ses enfants dociles par la foi. MaîS être aux ordres d'hommes qui lui sont étranger^ ou hostiles, d'incrédules, d'indifférents ou de protestants que les chances des luttes parlementaire^ peuvent appeler au pouvoir, se mettre au service de quelques sophistes qui ne lui font plus Thonneuf de la persécuter, parce qu'ils trouvent plus d'avantage à se servir d elle : c'est là un métier qui peut cdtivenir à quelqu'une de ces églises bâtardes , transfuges de Ttinité et de la vérité ; mais qui serait le dernier degré dé rabaissement pour l'unique et pure épouse de Jésus-Christ.

L'Église catholif|ùe, il faut bien qu'on s'en souvienne, ne connaît pas ces transactions avec ceux qui l'ont reniée ou vaincue ici-bas. Elle se laisse proscrire, niais non pas exploiter. On peut confisquer ses biens , la dépouiller de ses droits, lui interdire, au hom de la loi, la liberté qti'Od laisse à

Terreur et au mal. Mais nul d« saurait confisquer la sainte indépendance de sa doctrine, ni lui faire abdi« qiier un atome de sa toute-puissance spirituelle. Dé* positaire de la seule vraie égalité, de la seule vraie liberté^ elle n acceptera jamais le partage des intelli* gences, dont on lui attribue comme la plèbe, en se rësei^vant Félite. Elle n a pas été envoyée seule* ment, comme on le dit, pour consoler le malheur , Id faiblesse et rignorance, mais bien pour prêcher la pénitence aux heureux, Thumilité aux forts, et la folie de la croix aux sages et aux savants. Elle ne dit pas aux hommes : Choisissez dans moi ce qui vous convient. Elle leur dit : Croyez, obéissez, ou passez-vous de moi. Elle nest ni Tesclave, ni la cliente, ni Tauxiliâire de personne. Elle est reine ou elle n'est rien.

Et nous qui ^ au prix des plus pénibles sacrifices , au milieu des spupçons et des calomnies , et dans le seul intérêt delà justice et de la vérité, avons travaillé de notre mieux à détacher les liens qui semblaient naturellement identifier les droits et les inté* rets du catholicisme en France avec un parti hostile au gouvernement nouveau ; nous qui voyons cette œuvre difficile approcher d'un succès plus prompt et plus complet que nul n eût osé l'espérer il y a dix ans; nous avons bien le droit de le dire, en écoutant le langageque tiennent les apologistes de TUniversité et de TËtat : ce nest pas là ce que nous avons voulu.

Nous irons même plus loia , et nous dirons que si rÉglise de France avait le malheur d'en être réduite à cette alternative, il vaudrait mieux pour son honneur, quelle fût restée liée au légiti* misme que de subir la position quon lui offre ^ mais que, heureusement, elle n acceptera jamais. Non, elle naurâ pas secoué le joug traditionnel dune solidarité scellée par tant de splendeurs et tant de calamités qui lui ont été communes avec lancieniie dynastie; elle naura pas résisté en face au glorieux despotisme de Fempire, pour aller ramasser, dans les bas-fonds de la politique actuelle, je ne sais quels ignobles liens préparés par les mains de ceux qui ne voient dans la religion qu'un instrument de gouvernement. Non, la France est encore trop généreuse pour que ce soit là le sort réservé à ses citoyens catholiques ; il n'y a que des hypocrites qui jx>urrraient nous y condamner, il n'y a que des lâches qui pourraient le subir.

Nous sommes loin d avoir épuisé la série des arguments qui établissent en général une opposition radicale entre les intérêls et les droits du catholicisme d'une part, et les prétentions de l'Université de l'autre. Mais il convient d'entrer dans l'examen des circonstances spéciales où se trouve en ce

ttiomént la question de la liberté d'enseignement, et de passer en i*evne les motifs de satisfaction et d alarmes qui doivent dériver pour nous des discussions récentes.

Le premier et le plus décisif des avantages que nous avons obtenu a été d'avoir frappé 1 attention eti soulevant un vaste coin du voile sous lequel se dérobaient, aux yeux des observateurs superficiels ou insouciants, la véritable nature de renseignement universitaire et les véritables dispositions de ses organes. Il est peu de catholiques, je pense, qui aient pu conserver des illusions à ce sujet, après la publication si providentielle des fragments posthumes de M. JoufFroy ; il en est peu qui soient restés sourds à l'avertissement contenu dans les paroles mémorables où cet infortuné, si vanté et si regretté par nos adversaires, a raconté quel avait été pour lui le résultat de la science qu'il enseignait au nom de l'État à la jeunesse française. « La divi- « nité du christianisme une fois mise en doute à «mes yeux,... je sus alors qu'au fond de moi- « même il n'y avait rien qui fût debout, que tout ce « que j'avais cru sur moi-même, sur Dieu et sur « ma destinée en cette vie et en l'autre, je ne le « croyais plus... Puisque je rejetais l'autorité qui « me lavait ftiit croire, je ne pouvais plus l'ad^» « mettre * ! » Elles resteront ces paroles, malgré les

' Pages 113 et 115 de Tédiilon posthume, avanl les coupures faites par MM, Cousin et Damiron.

efforts que l'Université a faits pour les anéantir} elles resteront comme un témoignage irréfutable de la nature réelle de renseignement qu on stib* stitue à celui de l'Église, et qu'on prétend iniposer par la ruse et la force aux générations futures.

L'effet de cette preihière et précieuse révélation a été complété par lexcellente discussion entaméi contre TUniveraité par M. ^1 evêque de Charties, avec un zèle et une franchise qu on ne saurait asses admirer , tandis que les paroles énergiques qu'em* ployaient M. le cardinal de Bonald et M. 1 evêque de Belley, pour mettre en garde leurs fidèles contre les chaires de pestilence , trouvaient leur justification immédiate dans une foule de citations chaque jour renouvelées, et jusqu^à présent demeurées satis réplique.

Après ces révélations écrasantes sur les antécédents littéraires des membres les plus considérables de rUnivcrsité ; après ce fameux rapport de sou chef âur Finstruction secondaire , où la vérité est pres((ue toujours déguisée quand elle n est pas trahie , et où les droits de la liberté et de la religion sont si dédaigneusement passés sous silence ; flpi^ès Todieuse tentative faite par Forgané le plus accrédité du gouvernement et de l'Université pour rendre renseignement de nos séminaires suspect des plus abominables turpitudes; enfin , après l'explosion simultanée des colères universitaires par la

bouche de MM. Michelet % Pierquin de Gembloux% Libri ' et Quinet^ il faut être volontaireitient aveugle pour ne pas savoir à quoi sen tenir

' Leçons an Collège de France, publiées depuis |)ar lui-même. M. Michelet a été longtemps professeur d^histoire dans un collège de JPaf is 9 puis maître de conférences pendant huit atts à l'École normale , où il a formé Véiiiê des jeunes professeurs de rUniver» site actuelle. Il dit de lui-même » dans sa' Irçon du 26 mai (p. 75) : c On me connaissait dès lors par mes livres, et par mon enseignement de rÉcole normale, ëitseigHement^ue met étèveÈ répandâieM sur tous les points de la Fiance,

• Discours contre les Jésuites, au Collège de Nevers. M. Pierquin est inspecteur de l'Académie de Bourgrs.

' Revue des Deux Mondes , du f mai et du 15 juin 1845. M. Libri est professeur à la Faculté des Sciences de Paris , et depuis ses deux manifestes contre le clergé et la doctrine catholique , il a été nommé professeur au Collège de France.

* Leçons du Collège de France , publiées par lui-même. M. Qnindt â été professeur à la Faculté des Lettres de Lyon, avant d^étre appelé au Collège de France, qui ne relevé pas difeo^ tement de TUniversité. Il a, du reste, dans la susdite leçon, parfaitement posé la question qui nous occupe , en ces termes : f Quel est, selon Tesprit deà institutions bôùVelks, lé droit de I discussion et d'examen dans renseignement publié? fin tertties f plus précis encore, un bomme qui enseigne ici publiquement c au nom de CÉtat, devant des hommes de croyances diffcc rentes , est-il obligé de s'attacher à la lettre d'une communion I particulière, de porter dans toutes ses recherches cet esprit eji*> t clusif, de ne rien laisser voir de ce qui pourrait l'en séparer c même un moment? i Et il répond comme de raison par la néga* live , ce qui l'autorise à annoncer à ses élèves un i Evangile renosh f 9elé par les pemeurSf les écrivains, les poètes, les plûlosopHes, im f Christ agrandi , renouvelé , sorti comme une seconde fois du sé^ f pulcre. » La logique de M. Quinet est sineère^ et nous le croyons conséquent avec les bases actuelles de l'Université. Il a dit «vec la franchise que comporte sa position ce qui est déguisé dulM 1*1

sur Tesprit qui anime la majorité active du corps univei*sitaire , et sur le degré de confiance que méritent les affirmations de M. Clousin et de M. Villemain , lorsqu'ils ont osé, lun déclarer à la chambre des pairs ' qull ne s'enseignait dans aucun des cours de philosophie du royaume une seule proposition directement ou indirectement contraire à la foi catholique; et 1 autre, dire solennellement au roi ^ que renseignement universitaire était irréprochable !

En dehors de TUniversité et au sein du parlement, nous avons appris, dans le cours de cette dernière session , à connaître des opinions importantes, grâce aux discussions qui ont eu lieu sur les pétitions catholiques, grâce surtout à la proposition insuffisante, mais faite avec tant de cou-

giiement de Tordre inférieur, et plus contrôlé que le sien. Il faut observer d'ailleurs que ni lui ni aucun des trois autres orateurs qui se sont constitués les défenseurs de TUniversité, n'ont reçu la nioin« dre marque d'improbalion ou le moindre avertissement public de la part du Ministre qui, peu de jours auparavant, déclarait au roi que renseignement universitaire était irréprochable,

' Séance du 15 mai 1845.

* Réception du i®" mai 1845, discours prononcé à la tête du Gon*

rage et cVopportunitc par M.j de Carné. On y a vu que, sur cette grande question , si essentiellement sociale et morale, beaucoup d esprits sincères et indépendants savaient s'affranchir des engagements ordinaires de leur position politique. Tandis que les vieux préjugés voltairiens, les vieux épouvantails du parti-prétreet du jésuitisme, ont été exploités, comme on pouvait s y attendre, par les orateurs de la vieille gauche, comme MM. Stourm et Lestiboudois, par ceux de la cour, comme M. Liadières, par la haine jalouse de certains légistes, comme MM. Chegaray et Philippe Dupin, on a vu les promesses de la Charte et les garanties que la religion demande à la liberté seule, généreusement réclamées par de hauts fonctionnaires, comme MM. de Golbéry, fiaude et Janvier, et par des membres sincères et vraiment libéraux de l'opposition, comme MM. de Tracy, de Corcelles, Larabjt, etc. Tous les orateurs du parti légitimiste ont plaidé pour la liberté. Dans cette dernière circonstance, nous ne saurions dissimuler qu'il n'y ait un motif d'embarraset un obstacle possible au succès prochain de notre cause. L'un des principaux arguments qu'emploient les défenseurs du monopole, et le plus populaire de tous au sein des masses ignorantes qu'ils égarent, est de représenter l'éducation religieuse comme un acheminement au retour de la dynastie qui a cessé de régner en 1 83o. liCS hommes qui ne craignent pas d'attribuer Topposition de M, de Tocqueville à un légitimisme

déguisé \ se croient plus beau jeu encore en voyant M. de Brézé' et M.j de La Roebejacquelein arborer, comme ils Font fait, le drapeau de la liberté d enseignement. Mais qu'importe, après tout? Quelle est donc la cause au monde qui n ait point été cm'" barrassée par de semblables obstacles, et quel est l'embarras qu on ne puisse vaincre par la franchise et le dévouement? IjCS légitimistes remplissent un devoir de conscience et d^hohneur en revendiquant pour eux-mêmes, comme pour leurs aotagonistai^ le bienfait de la liberté : qu ils y persévèrent sans crainte. Jje temps et la conscience publique feront graduellement justice des clameurs intéressées qui voudraient inspirer des doutes sur leur sincérité. Dailleurs, le jour approche, ce semble, où tous les légitimistes de bonne foi , tout ce qui dans ce parti s'élève au-dessus de la rancune et de l'intrigue, reconnaîtront que les intérêts catholiques leur offrent le seul terrain digne de leur courage , de leur actlr vite et de leur dévouement à la commune patrie. Ce sera le jour d une grande joie pour la religion, et d'une grande confusion pour ses adversaires.

' Voyez le Journal des Débats j après qne des discussions <le la Mtrnière sessioii.

La sagesse vulgaire nous le dit : Rien n'importe plus que de bien connaître ses amis et ses ennemis. Or, le chef naturel de nos ennemis est le chef actuel de lUniversité : à deux reprises différentes, et pendant près de quatre années, il a gouverné ce grand corps; cela suffit et au-delà pour nous le faire connaître à fond. Nous pouvons donc arrêter notre jugement sur ce que nous avons à attendre de lui; ehose d autant plus utile que, pendant longtemps encore, il est probable que M. Villemain présidera nu département de Tlnstruction publique. Non* seulement les chances d'un changement de minis«tère semblent très-éloignées , mais, en supposant même que M. le maréchal Soult et M. Guizot dussent quitter le pouvoir^ il ne faudrait pas en conclure que M. Villemain dût les suivre. Reconnaissons*le : M. Villemain s est fait une position nouvelle et forte, dans le monde politique, à nos dépens, et par la violence habile de son langage au sujet de Téducation religieuse. Qui ne se souvient de la façon dont cet orateur était décrié, bafoué par les journaux de la gauche dans les premiers temps de son ministère? Aujourd'hui , et depuis que le même M. Villemain a insulté les jésuites à TAcadémie française, et réprimé, comme ils disent, les préten-

lions catholiques à la tribune des deux chambres, ce nest plus, dans ces mêmes journaux, qu'un concert d'éloges et de compliments. On le distingue même soigneusement de ses collègues; ses moindres actes sont entourés de sympathie; ses moindres paroles recueillies avec une sollicitude touchante; tant il est vrai que pour tous ces prétendus libéraux, quelles que soient d'ailleurs leurs distinctions d origine, de position ou même de patrie, l'inimitié conti^ les droits et les institutions de l'Église catholique établit toujours une alliance instinctive et intime. Si ses collègues voulaient aujourd'hui se déharrasser de lui, il deviendrait aussitôt l'idole d'une popularité i^outable; s'ils tombent, et qu'il ait envie de leur survivre, nul doute qu'il ne le puisse à son gré : l'extrême facilité avec laquelle il s'est associé à la même politique qu'il flétrissait si énergiquement sous la coalition , ne permet pas de craindre qu'il se laisse arrêter par les légères difFéi^nces qui pourix)nt exister entre le ministère actuel et celui qui le remplacera un jour. Je suis convaincu que^ tant que le pouvoir ne voudra pas accorder franchement la liberté de renseignement (et il ne le voudra jamais à moins d'y êtreconti'aint), M. Villemain sera le chef et l'âme de la résistance. J'ajouterai, pour ma part, que j'en félicite sincèrement la cause de la liberté, j)arce qu'en présence d'un tel adversaire on ne songera plus, sans doute, à des ti^ansactions, ni à des concessions funestes, qui

eussent trop sûrement compromis lavenîr de l'éducation religieuse en France. Sous un homme droit et religieux comme M. de Salvandy, sous M. Cousin lui-même, lequel, pendant son ministère, ne paraissait pas encore atteint de cette sorte de roonomanie quileporte à identifier sans cesse la cause de la philosophie et de la raison avec sa personne et son système; sous n'importe quel autre ministre plus conciliant et moins inféodé aux passions universitaires, on aurait été sans cesse tenté d'accepter, avec confiance, quelque demi-mesure qui n'eût servi qu'à empirer le mal. Les antécédents de M. Villemain, les dispositions justes et respectueuses envers l'Église manifestées dans plusieurs de ses écrits, surtout la haute indépendance que lui donnait envers l'Université l'éclat de sa position au sein même du corps enseignant, pouvaient; à coup sûr, faire supposer qu'il prendrait une attitude plus forte et plus généreuse que celle de ses prédécesseurs; et cette illusion n'a été plus chère à personne qu'à l'auteur de ces pages qui a si longtemps siégé à côté de lui sur les bancs de la faible minorité de la Chambre des Pairs. Malheureusement, c'est le contraire qui est arrivé: aucun ministre n'a adopté avec plus d'acharnement l'esprit égoïste et jaloux de ses subordonnés; aucun n'a sacrifié plus complètement les devoirs généraux et nationaux du ministre de l'Instruction publique aux intérêts exclusifs et personnels du grand-maître delTJniversîté.

Dans les premiers temps de son administration on a pu encore se bercer de quelques espérances; mais elles ont dû disparaitie sans retour lors de la présentation du projet de loi de i84i) qui a si cruellement trompé lattente des prélats disting^ués, dont on avait demandé lavis et obtenu Tadhésiou conditionnelle, en manifestant des dispositions démenties par le texte et Tesprit de ce projet. Depuis lorS| les actes et les paroles de M. Yillemain ont porté lempi^inte dune hostilité avouée et systématique contre la liberté promise par la Charte et réclamée par la religion. Je le répète, cette inimitié patente est un grand bien ; elle simplifie la situation ; elle éloigne une solution insuffisante et dangereuse ; on se serait peut-être laissé tix>p facilement entraîner à traiter avec la faiblesse bienveillante, avec cette politique mielleuse qui cache sa misère morale sous le voile des bonnes intentions, qui semble s'associer par ses phrases à vos vœux pour un meilleur avenir qu elle prend à tâche d'ajourner indéfiniment par ses actes. Avec M. Yillemain, du moins, on est à labri de ce danger; car, où est le catholique , où est le prêtre , où est Tévêque assez hardi pour se fier à la parole de Thomme qui a déclaré publiquement au roi que renseignement de rUniversité était irréprochable ?

Qu onme pardonne la sincérité démon langage!

je ne parle pas ici à la tribune , je ne suis point astreint aux ménagements parlementaires , je ne

m'adresse point à des hommes d'opinions et de croyances diverses, je ne m adresse qu a ceux qui sont mes frères par la foi aux mêmes mystères et le dévouement aux mêmes intérêts, et qui ont besoin de connaître la vérité, cette vérité tout entière qu on met autant de soin à leur déguiser que j'en veux mettre à la leur dire.

Voyons maintenant à quoi se réduit ce qui a été tenté jusqu'à présent depuis la consécration du principe de la liberté d'enseignement dans la Charte? Un petit nombre de pairs et de députés ont réclamé au sein des chambres législatives la réalisation de ce principe : un petit nombre d écrivains ont soutenu dans la presse, avec la plus louable persévérance, les droits de l'Église et de la société contre le monopole; un petit nombre de pétitionnaires ont demandé au parlement la restitution du libre exercice de la puissance paternelle; enfin, un nombre encore plus petit d'évèques ont dénoncé publiquement l'enseignement universitaire. Nous savons bien que la grande majorité des évêques ont adressé au ministère des plaintes énergiques et réitérées contre la direction de cet enseignement et contre le déni de justice qu'implique le maintien du monopole :

nous avons même vu des lettres et des mémoires émanés de plumes épiscopales qui eussent à coup sûr ébranlé l'opinion des plus indifférents, si la publicité ne leur eût pas manqué. Mais quel a été le résultat de ces démarches confidentielles? Aucun. Les ministres répondent dune feçon évasive, et tandis que leurs cartons sont remplis des plaintes de Tépiscopat, ils répliquent effrontément aux orateurs qui leur objec^tent ces doléances, qu'ils ne savent ce qu'on veut dire , et ils font vanter dans leurs journaux la sagesse et la prudence de la majorité des évêques français, par opposition à ceux d'entre ces prélats qui ont commis le crime de confier au pays tout entier le secret de leurs douleurs. Ces plaintes secrètes de l'épiscopat sont si complètement inutiles que depuis treize années il n'a pas été pris par le pouvoir universitaire une seule mesure propre à consoler ou à rassurer, même provisoirement, le clergé et les pères de famille chrétiens. Leurs démarches personnelles n'ont pas mieux réussi que leurs plaintes par correspondance. Que se passe-t-il en effet? Un évêque arrive à Paris le cœur chargé d'amertume et de tristesse par la connaissance qu'il a de Tétat déplorable de la jeunesse dans son diocèse : il se rend au Château; il écoute un auguste interlocuteur qui de son côté écoute fort peu ou n'écoute point; il recueille les touchantes paroles d'une reine si grande par sa piété et par ses épreuves, mais dont le plus grand malheur assurément

serait de voir sa piété servir de voile à FinditlPérence ou à rhostilité du pouvoir contre TÉglise. Il descend ensiiite vers le ministre, et là, comme plus haut, ne reçoit que des expressions vagues de sympathie et de confiance dans Favenir, des promesses sans gai^ntie et sans valeur : on porte, lui dit-on, les intérêts de la religion dans son cœur; on désire les servir de son mieux ; mais les difficultés sont grandes, les esprits sont échauffés; il faut surtout se garder du zèle imprudent qui gâte tout; les choses s'arrangeront; le gouvernement est animé des meilleures intentions; le bien se fera petit à petit ; le projet de loi sera présenté très-prochainement, pourvu toutefois que le ministère ne soit point gêné par les déclamations inopportunes du parti religieux; sur quoi l'on accorde quelque faveur insignifiante et passagère. Levêque s'en va en pensant peut-être qu'après tout ce ministre n'est pas si mauvais qu on le dit : le ministre se félicite avec ses confidents de ce qu'après tout, avec de bonnes paroles, on peut venir à bout de la majorité sage et prudente de Tépiscopat *: et pendant ces conversations, comme avant, comme après, le monopole s'étend et s'enracine de plus

' On sait que les aflidés de rUniversilé affeelent de disiinguer entre les évêques aneiens et nouveaux ; et de ce que les prélats qui ont le plus énergiquement dénoncé TUniversité , comme M. Tévèque de Chartres, M. l'évéque de Belley et M. Tévéque de Ghâkms, ont été nommés avant 1830, ils concluent qu'il n'y a qu'à laisser mourir ce qu'ils appellent l'épiscopat de la Restauration , pour pouvoir compter sur l'amortissement de cette résistance redoutable.

en plus; les plus âpres dispositions de son code illégal sont appliquées avec une rigueur croissante, et la main cupide du despotisme universitaire s étend jusque sur les maîtrises des cathédrales, où il est interdit à plus de douze enfants d apprendre à la fois le latin et le chant ecclésiastique \

O nest pas ainsi, il faut le dire, quon affranchira les familles chrétiennes; ce n'est pas ainsi qu'on échappera au danger imminept qui nous menace. Ce danger ne consiste pas, comme on se le figure, dans Tajournement plus ou moins prolongé du projet de loi sur Finstruction secondaire. // consiste bien plutôt dans la présentation prochaine et [adoption immédiate dune loi qui y sous prétexte de pourvoir aux promesses de la Charte , les interprétera de façon à resserrer tous les liens de la servitude actuelle, et à rendre permanent et irréparable un mal, qui, en droit, nest aujourd'hui que provisoire.

Nous aurons à la session prochaine une loi , à moins de quelque crise imprévue : mais cette loi, n en doutons pas, ne sera que la reproduction des dispositions oppressives proposées par le gouvernement en i836 et en i84i. L'Université qui a cru

* Lettre de M« Danjou » organiste de la inétroi)ole de Paris , dans rCfn^vm da 15 juillet 18i5.

pendant un tempi pouvoir prolonger indéfiniment le monopole absolu dans son état actuel , reconnaît que cette pensée est vaine; mais elle a faàte de foire consacrer par une loi définitive le maintien des attributions les plus essentielles de son pouvoir , avant que l'importance croissante des discussions extraparlementaires au sujet de ce pouvoir même ne vienne augmenter le nombre et lenergie de ses adversaires. Nous aurons donc une loi , mais une loi qui consacrera les trois bases suivantes d'une ty^ rannie sans remède.

I** L'obligation pour tout chef d'institution ou de pension , non-seulement d'être revêtu d'un grade universitaire ( ce qui constitue déjà une vio* lation de la liberté) , mais encore d'avoir été pourvu d'un diplôme ad hoc à la suite d'un examen passé par devant un jury presque exclusivement choisi par le chef de l'Université. (Art. 6 du projet de i84i.)

2* L'exercice d'une juridiction pénale par ITJniversité elle-même sur tous les établissements libres qui, ne dépendant pas délie, seraient nécessaire^ ment ses rivaux.

3® L'interdiction de tout enseignement par des ordres religieux.

IjCS deux premières de ces dispositions renversent l'idée même du droit commun , établissent la confusion de rUniversité avec l'État | érigent cette corporation à la fois en juge et partie, instituent

une prévention permanente contre la liberté , et confient la répression des écarts inséparables de cette liberté même à une juridiction exceptionnelle, exercée par le seul corps qui soit intéressé à l'anéantir.

La troisième, spécialement dirigée contre les Jésuites , et dont le gouvernement avait laissé en i836 lodiciise initiative à la gauche, sera très-probablement pi'oposée à la prochaine session , par le même ministre, qui a donné le signal aux invectives récentes de ses subordonnés, en déclamant contre « cette société remuante et impérieuse que « 1 esprit de gouvernement et l'esprit de liberté re- « poussent avec une égale méfiance \ » Si elle est adoptée, le monopole sera de fait maintenu. Sans doute , en abolissant des exigences minutieuses qui rendent aujourd'hui son joug si intolérable, telles que l'autorisation préalable et arbitraire de toute maison d'éducation, Fobligation de conduire les élèves des pensions aux collèges universitaires, la nécessité des certificats d études dans ces collèges avant d'être admis aux examens du baccalauréat; on aura rendu plus facile la création d'un petit nombre de maisons dirigées par des ecclèsiasti({ues ou des laïques pieux, qui offriront des garanties (X)nvenables aux familles. Mais qu'on le sache bien,

'Discours de M. Villeinaîn à T Académie Française, le 30 juin

renseignement tel quil est, ne subira. aucun changement très-notable. Le cierge séculier, tel qu'il est actuellement constitué en France, restreint en nombre, absorbé par les travaux du saint ministère , dépouillé de toutes les ressources qui naguère permettaient à 1 élite de ses membres de consacrer leur jeunesse à 1 étude , le clergé séculier ne saurait lutter, avec le succès que doivent vouloir les catholiques, contre l'organisation puissante de l'Université. 11 fera quelque bien, il n'en fera pas assez pour guérir le mal qui nous consume. Partout d^ailleurs et toujours, chez les peuples catholiques, renseignement a été, non pas exclusivement, mais en premier lieu, l'apanage des ordres religieux. Partout d'ailleurs et toujours les resti'ictions imposées au clergé régulier, les proscriptions légales prononcées contre les moines , ont fini par retomber sur 1 episcopat et le sacerdoce tout entier. On ne citerait pas dans l'histoire un exemple du contraire, et l'expérience toute récente de l'Espagne démontre assez ce que gagne le clergé séculier à séparer sa cause de celle des moines.

Il fautdonc lesentir, et il faut surtout avoir lecourage de le dire, sans subterfuge et sans détour : l'éducation ne peut être solidement régénérée et épurée que par les congrégations religieuses. 11 est juste d'assigner entre elles un rang élevé à ces Jésuites qui ont sauvé la foi dans la plupart des pays catholiques au seizième siècle, et qui depuis ont eu le ma-

gnifique privilège d'êti^e dans tous les pays et à toutes les époques les premiers objets de la baine de tous les ennemis de l'Église. Il est juste et il est naturel que l'Église elle-même et que tous ses enfants dociles et dévoués , éclairés par cette démonstration si incontestable de leurs immortels mérites^ les maintiennent en possession d*une confiance et d*un respect que la rage de leurs antagonistes ne peut qu'accroître. Arrière donc ces catholiques pusilia«nimes, s'il s'en trouve, qui s^associeraient lâchement^ même par leur silence, aux invectives et aux calom* nies de nos ennemis , contre des accusés qui n'ont pas besoin de se défendre , mais dont la gloire , les vertus et les malheurs font partie de notre apanage. Si la liberté ouvrait à cette illustre compagnie les portes de la France, comme elle lui a ouvert celles de l'Angleterre, de la Belgique et de l'Amérique, à Tabri désormais des dangers que lui ont fait courir une alliance trop intime avec les monarchies absolues dont elle a été si cruellement la victime, stimulée par la concurrence et pénétrée par lesprit généreux de notre pays, on ne peut douter qu'elle ne mît bientôt ses méthodes anciennes et éprouvées au niveau de tous les besoins de la science moderne, et que dans les divers degrés de l'enseignement ses membres n obtinssent des succès analogues à ces prodiges d'éloquence qui, du haut de la chaire chrétienne, ont été éveiller les jalouses fureurs des prédicateurs du Collège de France.

Aussi la loi qui, sous prétexte de pourvoir à lln-^ struction secondaire, consacrerait l'exclusion do cet ordre du sein d un pays catholique, ne serait qu une sanction imprimée à la tyrannie de l'incrédulité. Tant quelle serait maintenue on verrait toujours, comme aujourd'hui, un millier d eniàntt sortis des plus honnêtes familles' de France, aller chercher au delà de nos frontières, à Fribourg, à Brugelette, le pain de la science , et dénoncer ainsi au ciel et à la terre les dérisions de notre prétendue liberté, et lenvieuse impuissance de notre prétendue philosophie.

Entre le projet de loi futur et celui de i84i, iï n^ a qu'une diflFérence importante à prévoir. Les protestations de la majorité de Tépiscopat au sujet des petits séminaires qu'embrassait le premier projet de M. Villemain, ces protestations dont l'effet a été si grand parce quelles ont été publiques, seront exaucées de la façon que je vais dire. Après avoir inséré dans la nouvelle loi les dispositions des ordonnances de 1828, destinées à interdire l'accès de ces établis^ sements ecclésiastiques à la jeunesse laïque, on les exceptera quant à l'administration intérieure et à lexemption de la rétribution universitaire, de l'action de la loi, pour les laisser, comme aujourd'hui,

sous le régime des ordonnances; on ne manquera pas, en même temps, de bien constater que lepiscopat demande à être hors du droit commun , et on représentera comme un privilège et une faveur accordée au clergé, un état de choses qui ne sera que laccomplissement des desseins les plus^chers à ITIniversité. Le piège qu elle a tendu à lepiscopat et aux catholiques dans le projet de i84i aura complètement réussi. En y insérant des mesures restrictives, spécialement applicables aux petits séminaires, on a voulu exciter les alarmes naturelles des chefs de TÉglise, et détourner leur attention et leur zèle de la question générale de l'enseignement sur cet intérêt sacré, mais spécial ; on a voulu leur dérober le fait ultérieur, la conséquence d un changement qui, en délivrant les petits séminaires, même au prix de très-grands maux, du régime arbitraire des ordonnances, et en y admettant les élèves laïques, naurait pas manqué d y attirer les enfants de la plupart des familles chrétiennes, et de créer ainsi une concurrence formidable à ITIniversité.

Les èvèques ayant réclamé le maintien d'un régime exceptionnel, on le leur concédera, et on aura Fart de faire envisager cette concession comme une grande victoire remportée par la religion. Par compensation de cette faveur accordée à la jeunesse du sanctuaire, on aura soin de resserrer les liens qui enchaînent la jeunesse laïque aux pieds de TUniversitè. Nos docteurs infaillibles admettent que

rÉglise doit encore durer quelque temps, et, à 1 exception peut-être de M. Cousin, ils veulent bien reconnaître que leurs connaissances théologiques ne sont pas précisément de nature. à mériter qu'on leur confie l'éducation du clergé; mais, en revanche, ils se croient un droit exclusif à l'éducation du genre humain. Rien ne saurait convenir davantage à leurs vues que cette distinction entre l'éducation première des enfants destinés au sacerdoce, et celle des enfants qui devraient former les ouailles de ce même sacerdoce. Ils abandonnent volontiers à l'Église le soin de former ses ministres, à condition de lui arracher le droit de former ses fidèles. Ils consentent avec joie à un partage qui fait de leur orgueil le rival, l'héritier et le vainqueur de l'Église; à elle, disent-ils, le prêtre; à nous l'homme, le citoyen, lé chrétien; à elle la sacristie; à nous la patrie, la société, le monde.

Les évèques de France accepteront-ils un semblable partage? Borneront-ils l'exercice de leur droit divin sur l'éducation de l'enfance chrétienne à la possession de leurs petits séminaires? Trouverontils ces petits séminaires eux-mêmes suffisamment {][arantis par les dispositions précaires de quelques ordonnances que d'autres ordonnances peuvent révoquer demain? Je né sais : mais ce que je sais bien, c'est que si les pères de famille catholiques sont disposés à se contenter d'un semblable état de choses, s'ils renferment leur ambition dans des l)ornes si

étroites, alors il vaut mille fois mieux se taire dès à préseot, et ne pas se consumer en petits efforts pour arrivera un résultat puéril. En fait, une loi sur la liberté d enseignement comme celle quon nous resserve ne changera rien à Tétat actuel; elle ne sera que Toccasion d un nouveau triomphe pour TUniversité et ses défenseurs. Après nous avoir garrottés de nouveau, et de notre consentement, sous un réseau de mesures, restrictives quon aura décoré du nom de liberté, ils se moqueront à bon droit de la stérilité de nos efforts pour leur échapper, et des clameui^ ridicules par lesquelles nous aurons sollicité cette liberté, dont nous ne saurons faire aucun usage.

Si, au contraire, tes catholiques de France ne veulent plus être dupes ni victimes, s'ils veulent sérieusement délivrer leur postérité du joug de rhypocrisie et de lorgueil rationaliste, alors, qu'ils le sachent bien, il faut changer totalement d'allures.

Et d'abord, il faut bien se persuader que leur affranchissement ne viendra que deux-mêmes.

Aide-toly le ciel (aidera : cette vieille maxime u a jamais été plus vraie que pour eux. Us n ont rien à espérer, ni de la bienveillance du pouvoir, ni de la bonne foi de leurs adversaires.

Nous rayons déjà dit, se figurer que TUniversité, quel que soit rhomme politique momentanément appelé à la diriger, voudra sincèrement se dépouiller d'une portion quelconque de son autorité usurpée pour en revêtir TÉglise, supposer qu une transaction à l'amiable avec elle satisferait aux besoins religieux de l'éducation, ce serait la plus déplorable des illusions : entre elle et les catholiques, la guerre doit être ouverte et sans trêve, jusqu'au jour où, privée du droit abusif de nous prendre nos Qufants malgré nous, et retenue dans le devoir par la crainte salutaire de la concurrence, elle sera réduite au rang d'une grande institution de FÉtat, qui méritera lappui et le concours des catholiques et du clergé, au même point que toutes les autres, c est-àdire selon la mesure de son resj^ect et de ses ménagements pour des intérêts sacres qui ne dépendront plus d'elle; jusques-là, tout rapprochement avec elle ne peut qu'entraîner des inconvénients et des embarras, et fournir des occasions de triomphe à la perfide habileté que Ton déploie contre nous.

Certainement, quand M, 1 evêque d'Angoulême a consenti dernièrement à bénir la première pierre d'un nouveau collège royal, il ne pensait pas que M. Viliemain interpréterait cet acte comme une marque d'approbation décernée à l'Université, ainsi qu'il l'a fait à la tribune de la chambre élective , le !I7 mai i843. Quand M. l'archevêque de Paris est allé donner la confirmation au collège Henri IV, et

a prononce, à cette occasion , quelques paroles qui n ont point été publiées, il s attendait bien peu à ce que le même M. Villemain, répondant, dans le Journal des Débats, à la cruelle attaque d'un député de la g^auche contre renseignement moral de l'Université, aurait la hardiesse de représenter cet enseignement comme justifié par la visite du prélat*.

Pas plus que de lUniversité, les catholiques n ont rien à attendre d'aucune des branches du pouvoir législatif.

Rien de la Chambre 'des Députés, où, malgré la généreuse minorité qui s'est prononcée en faveur de la proposition de M. de Carné, la cause de la liberté religieuse ne triomphera jamais de Itmion des instincts irréligieux de 1 ancienne gauche avec les instincts timides de la plupart des députés ministériels; à moins d'un mouvement d'opinion hors du parlement qui éclaire les aveugles et effraie les opiniâtres, comme on l'a vu en Angleterre lors de l'émancipation des catholiques.

Rien de la Chambre des Pairs , plus hostile en-

' Journal des Débats du 17 ou 1 8 juin 18 i 3. II nVst pas hors de propos de reproduire ici les paroles mêmes de M. Chambolley député el rédaclcur en chef du Siècle , prononcées h la tribune dans la séance du 15 juin : « Il y a des vérités morales quMl est nécessahre c de répandre dans les collèges : qui est-ce qui on est chargé? Je c vois bien le texte de la loi, mais un texte stérile. Vous connaissez t tous des élèves de nos collèges ; vous les avez interrogés ; je les t ai interrogés aussi. Eh bien ! quand on leur adresse certaines I questions, ils savent à peine ce qu'on veut leur dire. » j

core a la liberté d'enseignement que ne Test la Chambre des Députés, mais moins parirrélifjion, moins par défiance de Thiglise que par complaisance maladive envers le gouvernement, qui Ta accoutumée à tout subir, comme le lui a dit avec tant de raison M. le duc d'Harcourt ', et qui, grâce aux catégories , peut y introduire sans cesse de nouveaux instruments de ses volontés.

Rien , enfin , de la Couronne , si ce n est des phrases plus ou moins bienveillantes , que Ton n^aura même pas toujours le courage de laisser imprimer. On se rappelle la non-insertion au Moniteur de la réponse ix)yale aux plaintes si justes et si modérées de Monsieur rArchevêque de Paris , lors du 1^*^ mai 1842. Je ne crois pas manquer au respect constitutionnel que je dois et que je porte à la personne royale, en disant que cette suppression donne ia mesure de la faveur que la question de la liberté d enseignement tix)uve auprès du chef de l'État. On aurait tort de m'imputer à ce sujet une hostilité quelconque contre le gouvernement actuel : je suis persuadé, au contraire, que la religion pourrait foire des progrès durables et acquérir des droits précieux sous la dynastie d'Orléans, si toutefois les hommes religieux le veulent ainsi; et cela, parce qu'il n y a plus de confusion possible entre les intérêt$ temporels du pouvoir et les droits éternels de l'Eglise.

Discvssion des fonds secrets.

Les calhoUques n'ont donc rien à espérer des Chambres, ni delà Couronne. En revanche, ils ont tout à espérer d'eux-mêmes, toujours s ils le veulent bien.

Les catholiques, en France, ont depuis trop longtemps rhabitudc de compter sur tout, excepté sur eux-mêmes. Encore aujourd'hui , beaucoup d en-* ' ire eux comptent sur je ne sais quel avenir chimé* rîque^ et négligent le présent dont il leur sera de-^ mandé un compte si sévère. Et, cependant, aucune puissance, aucune royauté, aucune révolution ne pourra jamais pour eux ce qu ils peuvent déjà tout ^uls; aucune ne pourra jamais leur octroyer ce qu ils obtiendraient demain i^'ils voulaient le de-» mander, ' non comme une faveur, mais comme un di'Oit, et le poursuivre œmme une condition même de leur exigence sociale.

Les cathodiques, en Fra.nce,sont nombreux; ils tontHcbes; ils sont estimés même par leurs plus violents adversait*e8. Il ne leur manque quWe seule chose, c est le courage ; mais cette seule chose , c'est tout. Sans elle, le nombre, la richesse, la consi-r dération ne sont rien; sans elle, on n'est bon qu'à semr de jouet aux habiles et aux forts.

Et pourquoi des hommes d'ailleurs remplis dé-

nergie, de cœur et d mteliigeace , viennent-ils tout à coup à en manquer dans la défense des inté^ rets religieux? C est qu ils nbnt pas encore appris à isoler ces intérêts et à les représenter dans leur force et leur majesté naturelle. C'est que, dans la vie publique, ils sont catholiques après tout, au lieu de Têtre avant tout; c'est qu ils aiment mieux laisser fiiire aux autres , et se mettre à la queue d'un parti que d'être un parti par eux-mêmes.

Et cependant ils n obtiendrontjamais rien, jusqu a ce qu'ils se décident à agir virilement, jusqua ce qu'ils aient la conviction de leur force et qu'ils aient donné cette conviction à leurs adversaires, jusqua ce qu'ils soient devenus ce qu'on appelle, en style parlementaire, un embarras sérieux. Alors seule** ment on comptera avec eux , on daignera prendra en considération leurs droits, leurs vœux et leurs plaintes.

Pour en arriver là , les moyens abondent. Il s'a** gk seulement d'entrer dans la vie publique avec la conscience du but où l'on tend, et en prenant pour signe de ralliement la liberté d'enseignement, ou , en d'autres termes , l'éducation religieuse garantie par la liberté commune. Il n'y a pas d'assemblée ou de corps constitué en France, depuis le dernier conseil municipal jusqu a la chambre des députés, où cette grande question d'éducation ne soit posée une fois au moins tous les ans; là , par le traitement de Finstituteur primaii^e ou le choix de la sœur de

charité; ici , par le vote du budjoet de rinstriictioQ publique; ailleurs et d autres fois par ces mille débats qui surgissent sans cesse sur les congrégations, sur les fondations, sur les autorisations qui dépendent des diverses autorités électives.

Il n*y a guère dafjfaire qui intéresse la cité et l'Etat où le sort de Tenfance et de la jeunesse ne soit compromis, et il n'y a pas d'affaire qui intéresse Fenfance, où TUniversité, avec ses entraves et ses confiscations , ne se trouve en présence du bon droit et du bon sens. Il faut donc que partout les catholiques se présentent avec la résolution de la combattre, et de s entendre entre eux, sans distinction de classe ou d opinion politique, pour venir k bout de l'ennemie commune. Il faut qu ils descendent dans Tarène électorale, chaque fois quelle s ouvrira pour eux , avec un plan de conduite arrêté , pur de tout alliage politique , de toute rancune personnelle , mais combiné de manière à repousser des fonctions électives, par tous les moyens légitimes, les hommes qui ne s'engageront })as à travailler avec eux à laffranchissement complet de l'éducation en France. 11 faut qu'ils plantent cette bannière nouvelle , mais franche et généreuse, au sein des élections municipales, départementales et générales; partout, en un mot, où notre constitution appelle les Français à témoigner de leur in ter rct pour la chose publique et de leur attachement aux droits précieux dont elle les a investis. Dans

beaucoup de localités, les catholiques, s'ils yvou* laient se comptei* et se discipliner, constitueraient à eux seuls la majorité : dans presque toutes, ils formeraient cet appoint de votes, si recherché dans les luttes électorales , et qui déterminerait presque partout le triomphe du candidat dont les engage* ments au profit de la liberté d'enseignement se« raient les plus significatifs.

Les élections toutefois noftrent aux catholiques qu'une occasion temporaire, quoique souveraine et décisive, de déployer leur force et leur intelligence; la presse, au contraire, les convie tous les jours à des sacrifices méritoires et à des luttes sans cesse renouvelées. Dans la malheureuse Espagne, où la religion, depuis tix)p longtemps éner\'ée par labsolutisme , s'est trouvée tout à coup et sans défense en butte aux violences: et aux perfidies d une horde de persécuteurs avides ; au milieu des confiscations, des poursuites judiciaires, des sentences d exil prononcées contre les meilleurs évêques, malgré le massacre de tant de religieux, malgré la misère profonde où est plongé le clergé tout entier^ malgré la guerre civile, la confusion et la pauvreté générales, on voit cependant avec admimtion s établir et se maintenir dans toutes les grandes villes des journaux voués ex« dusivement à la défense des droits du catholicisme. Dans toute la France, où les catholiques sont deux fois plus nombreux (|u en Espagne, où ils ont à leur portée plus de facilités }X)ur se défendi^e que dans

aucun autre pays du inonde, c e8tà peine siVon compte trois ou quatre journaux consacrés, en dehors des partis politiques , aux intérêts catholiques. D'où vient cette honteuse infériorité, si ce nest de ce principe général d apathie et de mollesse que nous signalions tout à Theui^? Et cependant, si les révélations et les dénonciations faites contre l'Université par ces trois ou quatre journaux , ont tellement alarmé et affoibli nos oppresseurs, que serait-ce donc si, dans chacune de nos provinces, il y avait un organe périodique consacré à rappeler aux pèi'es de famille leurs devoirs et leurs droits , à ar« racher sur place le voile qui couvre les désordres et les misères des établissements universitaires y et enfin à constituer, pour les catholiques de la contrée, un foyer d'union, de courage, de vigilance et de dévouement?

En dehors des luttes électorales et des combats quotidiens de la presse, nous avons encore Ift ressource des pétitions, ressource si féconde et ^i facile à la fois, par laquelle la voix des catholiques, à défeut de mandataires plus spéciaux, peut retentir au sein du parlement , réveiller sans cesse les consciences endormies , et troubler cette paix de la servitude où se complaisent les amis de rUni*^ versité. C'est par là, peut-être, qu'il faudrait commencer à déployer cette énergie nouvelle qui est indispensable au succès de notre cause , car c'est par là qu'on peut arriver le plus directement au

centre de la publicité, démonti^r sans réplîqut Fintensitédes répugnances que soulève le monopole. Que des pétitions nombreuses, diverses, successives, arrivent dès l'ouverture de la prochaine session, et pendant toute sa durée , aux deux Chambres j qu elles répètent , non pas comme d après un mot d ordre transmis d ailleurs , mais avec un ensemble qui dénote lunanimité des cœurs catholiques, tout ce que renfermaient celles qu on a discutées et admises cette année -, qu^elles réclament avec persévérance et fermeté la liberté tout entière, sans autr^ restriction que le droit répressif qui appartient 4 l'État; et, le lendemain du jour où serait votéç par malheur une loi confirmative de la juridictioi) universitaire , à quelque degré que ce fût, sur le^ établissements libres , qu elles recommencent à de^ mander vigoureusement la liberté , en solUcitanf labrogation de la loi nouvelle comme première garantie. Dans la dernière session, on a passé à Tordre du jour sur deux pétitions qui demandaient le réta* blissenient des corporations religieuses consacrées à leducation : eh bien! qua la prochaine session ij en revienne, non pas deux, mais deux cents qui forw mu lent le même vœu : nous verrons si elles rencoii-* treront un accueil aussi dédaigneux. Ce qui est s^r^ eestqua une éjxKjue de dissolution sociale et poU<* tique comme la nôtre , il n'y a pas de [)arti , pas de ministère, pas de gouvernement qui puisse résister à Taclion légitime, cnergiciue et persévérante d'un

grand coj'|>$ comme celui des catholiques français, s'iJs savaient user de leur force. Se figure-t-on Teflet que produiraient les pélitions de vingt diocèses seulement, signées en premier lieu par levêque, puis par le clergé et les chefs de famille ?

Ah! que Ion connaît peu les ressources dune Volonté ferme et unie! Qu'il est triste de voir les gens de bien abandonner aux ambitions de bas étage, aux intrigues, aux factions, tous les secrets et tous les droits du courage ! Qu'ils sont rares ces cœurs droits et purs, qui pourront, au déclin d'une vie pleine de dévouement et d'honneur, se rendre le témoignage d'avoir méprisé les conseils pusilla-' nimes de la prudence humaine '/

Lorsqu'il y a quatre-vingts ans la première pétition en faveur de l'émancipation des catholiques fut présentée à la Chambre des communes d'Angleterre, non-seulement elle fut rejetée d'emblée, mais un membre prit la pétition et la jeta à coups de pied par dessus la barre de la Chambre. Et aujourd'hui, non-seulement les catholiques des trois royaumes sont émancipés, mais qui peut dire où

* Discours du cardinal Pacca » doycu du sacré Collège , à TÀcadé- QÙe CaihoUque de Roiue^

eu serait l'Angleterre , si les catholiques irlandais avaient un chef moins loyal et moins prudent que M. O'Connell?

Au printemps dernier, pendant qu en France les orateurs universitaires se moquaient avec assez de raison du nombre presque imperceptible de pétitionnaires qui sollicitaient la liberté, que se passait* il au-delà du détroit? Une loi destinée à pourvoir à l'éducation des enfants employés dans les manufao tures, et a les placer sous la surveillance du clergé anglican, soulevait en un mois de ten^ treize mille pétitions revêtues de deux miluons de signatures, au premier rang desquelles on lisait celles de tous les vicaires apostoliques, de la noblesse et du clei'gé catholique. I/administration de sir Robert Peel, quoiqu'un peu plus forte que celle des collègues de M. Villemain, recula aussi tôt devant cette imposante manifestation des amis de la liberté religieuse, et le projet fîit retiré. Cependant de quoi s'agissait-il? Non pas d'empêcher, comme cela se pratique en France, les catholiques et les autres dissidents de créer à leur gré des écoles pour y recueillir leurs propres enfants, mais seulement de confier ceux d'entre les enfants pauvres qui ne seraient pas autrement pourvus, à l'Église établie.

Et nous, pendant ce temps-là, nous catholiques français, nous sortions à peine de notre torpeur pour écouter les blasphèmes de ces infortunés qui , payés par lËtat et parlant en son nom , disent à la

jeutteàse qu*i7 ny a dhérëtiques et de schismatiques en France que tes catholiques \ et qu'ils se chargent d en seigner Dieu à [Église ».

lia liberté ne se reçoit pas, elle se conquiert. Cela est surtout vrai de la liberté dand Tordre moral et religieux ^.

T^a constitution politique de la France offre aux catholiques tous les moyens qui leur sont nécessaires pour revendiquer leurs droits et en consolider à

Tous les Français appartiennent légalement à une même Église Sous des noms différents, il n'y a ici désormais de schismatiques, d'hérétiques que ceux qui, niant toute autre Église que la leur, toute fcutre autorité que la leur, veulent l'imposer à toutes les autres , rejeter toutes les autres sans discussion , et oçent dire : Hors de mon Église il n'y a point de salut, lorsque l'État dit précisément le contraire, i M. Quinet, de^ Jémifes, p. 114. Plus loin , il se définit Uii-*méme ainsi qu'il suit : € llnhamme qui emeigM, id^ fntbUquem$Ht, (HU nom de PÉlat, » P. 152.

' « L'Église s'occupe du monde, elle nous enseigne nos affaires, à la bonne heure! Nous lui enseignerons DieuÎd M. Michelet, des Jésuiies, p. 26. Plus loin il se vante de ce que ses élèves ont ré« pandu son enseignement de l'École normale sur i(m les points de la France. P. 'i^. Il faut que les catholiques gravent profondément dans leur mémoire ces leçons données au nom de l'État, et qu'ils n'oublient pas en même temps que le chef de l'enseignement de TËtat , qui a osé , à ia tribune , traiter de calomnies les plaintes des catholiques, n'a pas osé adresser la moindre observation publique aux auteurs de ces blasphèmes officiels.

^ Voir rexccUcnt article de M. Wilson, sur Ui liberté d'euscigné^t

jamais la possession. Malheur à bous si elle contt« nuait à être pour eux lobjet d'une défiance absurde ou d'une indifférence coupable ! Cest un instrument admirable et irrésistible; mais à une condition tou« tefois, c'est qu'on veuille et qu'on sache s'en servir.

Cette constitution effraie les plus perfides de nos ennemis qui préparent déjà le sacrifice de la Charte à la philosophie \

Cette constitution nous fournit le moyen de cour* traindre le pouvoir à se prononcer devant la France, l'Europe et l^Église, entre le système belge qui sauve la religion par la liberté, et le système russe qui, un peu moins généreux que M. Yillemain, ne laisse pas même aux pères de famille la ressource des précepteurs domestiques \

Cette constitution nous garantit la liberté de la presse, la liberté de la tribune et le droit de pétitio»A

Avec ces armes^là, mais bien moins assurées que

nietit, dans/0 Corriêpondani da 15 février 1845, 1. 1, p. 14($. Noai ne saurions assez en recommander la lecture à tops les amis de notre cause.

* « Il y a quelque chose qui vaut mieux pour nous que la Charte elle-même, c'est Tesprii philosophique dont elle a consacré le» droits et résumé les conquêtes. > Journal des Débats , du 13 septembre

* En Russie nul ne peut exercer les fonctions de précepteur, ni même de gouvernante, sans Tautorisation du ministère de Tinstruction publique. Cest le beau idéal de Téducation par TÉtat. Voir le rapport du ministre Uwaroff à Tempereur pour Tannée 1812. Il lui apprend que sur 60 millions de sujets russes, il n'y a que 1534 précepteurs des deux sexes. GtiMUe d*Augsb(mr§f da SO juillet 1845.

les nôtres, les catholiques belf][csont créé une résistance légale au despotisme hollandais, etaprès avoir renversé le trône de Nassau et fondé une constitution qui ne consacre pas un seul privilège à leur profit, c'est encore avec ces armes qu ils maintiennent le droit commun contre les libérâtres qui voudraient les en exclure \

Avec ces armes-là , l'Irlande catholique, guidée par ses généreux évêques, a reconquis sa naticHialité, fait trembler la puissante Angleterre et se trouve à la veille d'accomplir ce que les politiques ont si longtemps déclaré impossible^ le rappel de lunîon.

Avec ces armes-là, les catholiques francjais peuvent briser, au bout de quelques années d efforts, et pour jamais, le joug d'une législation abusive qui est un attentat aux droits de la conscience, de la &mille et de la société.

Si vous ne le brisez pas, catholiques, ne vous en prenez qu a vous-mêmes. Si vous vous laissez tromper par les paroles tantôt doucereuses, tantôt insolentes et hautaines des chefs de TUniversité; si vous vous endormez avec une béate confiance dans je ne ssis quelles promesses cent fois démenties ; si chaque fois qu'il s élève parmi vous des voix désinté-

' Puisque nous parlons de la Belgique , nous dirons que M. l'évèvêque de Liège , dans son ouvrage intitulé : Exposé des vraU prtiteipes sur i'Insiruelhn publique, a parfaitement développé tous les points de vue de cette grande question en ce qui touche, non-seulement à kl Belgique, mais à la chrétienté tout entière.

ressces et intrépides pour flétrir la tyrannie, vous criez au danger et à Fimprudencc, alors, vous pouvez y compter, cette tyrannie durera et se fortifiera en durant; comptez-y aussi, vous serez punis de votre lâcheté et de votre mollesse dans votre postérité : le germe infect qui vous effraie se transmettra et se propagera de génération en génération, et les enfants de vos enfants seront exploités comme font été leurs pcres, par des rhéteurs, des sophistes et des hypocrites. Dormez maintenant, si vous le pouvez, ilotes volontaires, en présence d'un tel avenir : mais cessez de vous plaindre en dormant d un mal dont le remède prompt et facile est entre vos mains, et suhissez en silence le sort que vous aurez voulu et que vous aurez mérité.

Page 1