‹ Du devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement (volume 2)Chapitre 3 sur 3 · LA QUESTION RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA QUESTION RELIGIEUSE

L'Administraiio:i du journal VUnivers repond aux di'sirs nombreuï qui lui ont éié exprimés, en réimprimant à pirt les deux articles sui* vanis publiés dans celle feuille les IG et 17 novembre 1845.

Jugeant avec un louable désir d'imparlîalîlé , maïs avec des lumières insuffisantes , le débat qui s'agite entre les catholiques et le monopole universitaire, la Presse donne lort à tout le monde. A nous d'abord : nous sommes i;/o/en^5 et exagérés; nous compromet' tons le clergé plus qiCil ne le croit ^ nous employons la manvaise'foi et V injure, nous sommes peut-être de

de rÉglise lui fera connattre en même temps jusqu'où peut être poussé le différend qu'elle offre d'arranger.

11 ne faut pas trop dire que les temps sont changés, que ce qui s'est fait ne se re verra plus. Les siècles en s'écoulant modifient les usages et les mœurs , et laissent immuable ce fond de l'âme , façonné des mains de Dieu comme la religion qui doit seule y porter jusqu'à la fia des âges la lumière , la force et la paix. Notre foi catholique n'est point susceptible d'une certaine civilisation; nous luttons précisément contre cette civilisation que l'Université voudrait nous imposer. Ceux donc qui sont vraiment catholiques aujourd'hui , le sont comme l'ont été leurs pères , fils, militants de l'Ëglise, de toutes les époques et de toutes les conditions. Tels ils resteront quoi qu'il arrive, tels on trouvera ceux qui viendront à leur suite , devant des adversaires depuis longtemps connus et qui, quant au fond, ne se transforment pas plus qu'euxmêmes. Judas et l'hérésie sont contemporains de l'Évangile et de la croix.

Aujourd'hui, comme toujours, on refuse à l'Église ce qu'elle demande, parce que , aujourd'hui comme toujours, ce que l'Église demande n'est qu'un moyen indiqué par l'état des choses et des esprits pour faire triompher des principes de salut dont on ne veut pas^

Il fallait attendre, dit-on. Question oiseuse! Il est toujours opportun de revendiquer des droits qui sont, en définitive, les droits de l'âme et de Dieu. Puisqu'un jour ou l'autre il fallait recommencer, pourquoi ne pas commencer tout de suite ? Qui nous aurait marqué le moment précis où nous aurions pu , sans exciter

mille colères, dire à l'Université : Nos enfants perdent la foi dans vos écoles, rendez-les nous? Vous faites des générations monstrueuses, sans croyance, sans dévouement, sans vertu ; vos mains sont avares et vos doctrines sont empoisonnées ; vous n'avez pas notre confiance , nous voulons sauver les âmes de nos enfants? — Attendre ! il fallait attendre! — Mais enfin, sait«on que nous sommes chrétiens , et sait-on ce que c'est qu'un chrétien? Nous avons attendu , et tandis que nous laissions passer les jours et les années , nos enfants se perdaient ; nous pouvions contempler sur ces corps débiles et dans ces âmes prématurément flétries, les traces d'un mal déjà irréparable. Patience, c'est bientôt dit à ceux dont on ignore les angoisses ! Mais la mère qui se disait : l'on m'a gâté un fils , me gâtera-t-on encore les autres? Mais le père qui se sentait coupable devant Dieu , de mettre en balance l'avenir temporel et l'avenir éternel de son enfant , et dont la tendresse lâche ne pourrait choisir ; mais le citoyen à qui les lois existantes font une part de responsabilité dans les fautes et les crimes de l'État , parce qu'aujourd'hui tout homme peut dire : l'Ëtat, c'est moi ! et qui pensait que la justice divine lui demanderait compte du silence gardé sur cette iniquité formidable, leur était-il, à tous ceux-là, si facile et si permis d'attendre ? Sait-on que pères, mères, frères, tuteurs, citoyens, partout dans nos livres saints, dans nos méditations , dans nos prières , dans le souvenir sacre de nos confesseurs et de nos martyrs , dans les exemples de celui que nous adorons, comme dans les lamentables histoires que chaque instant nous ap-

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porte, partout, partout des voix terribles s'éleraient contre la patience trop humaine avec laquelle nous laissions ce grand forfait s'accomplir? Et ait Dominus ad Coin : Ubi est Abel frater tuus ?

Il fallait employer plus d'habileté, parler un autre langage. Oh ! sans doute. Si au lieu de réclamer la liberté d'enseignement au nom de la religion catholique et pour le salut de la foi , c'est-à-dire au nom et pour le maintien de ce qu'il y a sur la terre de plus pur , de plus excellent , de plus fécond en bienfaits de tout genre , nous avions eu l'esprit de la faire exiger par les mauvaises passions politiques et philosophiques; s'il s'était agi d'une liberté d'anarchistes, au lieu d'une liberté d'honnêtes gens , l'affaire serait terminée ou du moins en bonne voie ; seulement cette liberté ainsi obtenue pourrait bien contenir une exclusion toute spéciale contre nous. Mais pourquoi les mauvaises passions réclameraient-elles? Qu'ont-elles à désirer? L'Université les accommode parfaitement; elle leur donne ce qu'il leur faut : des hommes sans croyance pour aujourd'hui , un instrument de despotisme pour demain. Entre le monopole et ces mille sectes de l'erreur sociale ou religieuse, l'accord est complet contre la liberté des chrétiens, leur commune ennemie. Aveugle encore , et plus qu'aveugle celui qui ne le voit pas!

Dans cette position , que faire? La Presse sauraitelle nous le dire? Nous devions abandonner le champ de bataille , ou bien agir comme nous avons agi. Mais ici , l'on nous reproche l'injure , la mauvaise foi , des appétits de spéculateurs. Nous ne dédaignerons point.

par égard pour noire adversaire , de répondre à ces lieux communs qu'il emprunte aux journaux de TUniversité, afin de nous montrer bien à propos ce que nous pouvons attendre de l'opinion la plus modérée et la plus sage. Quant à l'injure, nous sommes francs, parce que nous ne tenons point à nous exprimer de telle sorte que ni nos amis ni nos ennemis n'en gardent le souvenir. Un jour O'Connell parla contre le roi Louis-Philippe ; la Presse s'écria que ce jour-là le libérateur de l'Irlande avait trop bu. Tous les jours on outrage , on calomnie indignement notre foi , notre culte , qui nous sont aussi chers que le roi des Français peut l'être à la Presse, et si nous disons qu'il faut être ivre de haine pour employer un pareil langage, du moins ne disons-nous pas qu'on est ivre de vin. Quant à la mauvaise foi, comme nous tenons que le mensonge est un pèche mortel , nous faisons en sorte de ne point mentir; nous n'en avons ni le goût ni le besoin. Quant à la spéculation, la Presse nous connaît, elle peut produire l'état de nos profits. Nous spéculons , il est vrai , mais sur des espérances qui ne sont point cotées à la Bourse , et vers lesquelles la commandite ne se tournera pas de longtemps. On nous accuse d'exagération. S'il s'agit de nos principes, nous ne les avons point formés nous-mêmes : nous les avons reçus tels que la religion nous les a donnés, tels qu'il faudra que le monde les accepte. Sur ce point, nulle modification possible. Ce que Dieu donne à croire est bon à publier. Que le public s'en indigne ou s'en amuse, h son choix. Dieu est puissant et plein de miséricorde.

là

Laissons un débat puéril. Voyons ce que, dans la situation présente de TËglise et de l'opinion , nous avons voulu , et ce que nous prétendons faire. La Presse a peu de sympathie pour nous ; après nous avoir entendu , elle en aura probablement moins encore. Nous lui ferons parla connaître la valeur positive de ce sentiment religieux , qui renaît , dit-elle , et sur lequel elle compte ingénument pour remédier aux maux de la société Quant à nous, comme nous croyons qu'il n'y a point de neutres dans les questions de cette gravité, il nous importe peu qu'un spectateur douteux nous combatte aujourd'hui ou nous combatte demain; et nous aurons du moins , au milieu de ces tièdes esprits qui ne savent ni ce qu'ils osent penser , ni ce qu'ils pourront résoudre , le plaisir de parler français et chrétien.

Ce serait s'abuser étrangement de penser que nous écrivons pour amener à nos idées des gens qui n'admettent ni le pouvoir de l'Eglise , ni peut-être même l'existence de Dieu , ces deux bases de toutes nos convictions , sans lesquelles ni nos raisons ni nos demandes n'auraient le moindre sens. Quiconque n'est pas catholique peut nous juger fous ou de mauvaise foi, nous prendre pour des fanatiques ou pour des spéculateurs : nous n'avons que des paroles qu'il ne pourra comprendre ou qu'il ne voudra pas écouter. Quiconque ajoute au malheur de n'être point catho-

lique , celui d'avoir dans la vie des intérêts actuels directement contraires à ceux de la religion , ne nous offre qu'une oreille encore plus hostile et qu'un cœur encore plus fermé. La Presse est dans la première catégorie ; les gens du Journal des Débats , ceux de l'Université sont dans la seconde. Nous ne parlons point des intelligences qu'ameutent le Constitutionnel, le Siècle, etc., c'est la dernière plèbe, le bas-fond où il semble que nulle idée vraie ne puisse jamais descendre. Là sont les aveugles-nés. L'art humain perd sur eux tout son pouvoir. Ils ne verront que par la grâce de Dieu.

Nous n'attribuons point à notre plume , dont nous connaissons la faiblesse , une mission que nulle plume laïque ni ecclésiastique ne saurait remplir. Ce n'est jamais par l'écriture, c'est par la prière, par la prédication , par toute la vie de la parole humaine , par tout ce feu qui sort des yeux et du cœur d'un apôtre, par cette grâce divine que les œuvres de foi font surabonder dans l'âme des saints missionnaires et qu'ils répandent sur leurs auditeurs, que les indifférents sont émus et les incrédules convertis. La voix d'un bon prêtre produira en quelques jours des miracles que tous les livres pieux et tous les journaux du monde n'opéreront jamais. Ceux-là seuls peuvent vraiment convertir qui peuvent absoudre , ayant reçu tout ensemble , comme prix de leur existence vouée à Dieu , le devoir d'instruire et le pouvoir de délier.

Mais en dehors des trois sortes d'hommes à l'esprit desquels nous ne pouvons que bien difficilement et bien rarement atteindre, il en est d'autres pour qui

les vérités de noire point de départ sont choses connues, certaines et démontrées. Ils sont nos frères , c'est pour eux que nous écrivons ; nous sommes un lien et un message entre ceux qui croient et qui aiment comme nous. Ils ne se connaissaient pas les uns les autres , notre but a été de les réunir, de former de toutes leurs pensées une seule pensée , de tous leurs désirs un même dessein, de toutes leurs œuvres une œuvre commune.

Du nord au midi et de l'est à l'ouest , nous portons une parole d'union, un mot d'ordre fraternel pour le grand combat qu'il faudra livrer tôt ou tard. Ici nous stimulons l'indolence , et là nous affermissons des résolutions déjà méditées; partout nous signalons les ruses et les entreprises de l'ennemi , recevant et portant des lumières qui , autrement , auraient peine à dépas-p ser un certain horizon. Cet humble rôle convient à nos humbles forces. Nous ne regrettons point de ne pouvoir davantage. Révéler les funestes plans du mal , c'est lui créer, dans cette loyale France, assez d'adversaires pour qu'il y soit noblement combattu.

Grâce à Dieu , déjà nous ne pouvons plus nous plaindre d'avoir inutilement travaillé. Nos fatigues , nos sacrifices, nous pourrions dire nos souffrances , ont reçu leur prix. La sournoise tyrannie philosophique et le monopole universitaire, instrument principal de cette tyrannie , sont exécrés de tout ce qui porte à bon titre le nom de chrétien. Hier, il y avait des calholi-^ ques isolés ; aujourd'hui une opinion catholique s'assied sur les débris de vieilles et pénibles dissidences. Ce qui sortira de là , Dieu le sait ; mais nous y voyons

entrer la vie , nous y voyons régner le patriotisme , rhonneuretla foi. Nous croyons écrire les premiers mots d'une page qui sera glorieuse dans notre histoire. Au milieu de ce grand et déplorable naufrage des vertus antiques , parmi les cupides empressements d'une société qui se met elle-même au pillage , on verra ce que des cœurs chrétiens savent immoler à Dieu et à la patrie. En somme , voici le point à noter, si Ton veut aller au delà d'un vain choc de paroles : en dehors de tous les partis , il se forme , il existe un parti catholique , c*est-à-dire un parti d'honnêtes gens et de gens dévoués , qui parle dans cette feuille et qui ne fuira pas l'occasion d'agir. Que si Ton est curieux d'apprendre ce qu'il saura faire, il ne faut qu'attendre un peu. On ne le verra jamais sans doute dans la rue , mais on pourra le rencontrer ailleurs. Il est neutre encore , mais si le gouvernement veut l'avoir contre lui , le gouvernement n'a pas grand'chose à faire pour cela.

On peut bien nous dire que Y Univers compromet le clergé plus qu'il ne le sert. Si Ton veut nous convaincre que nous avons eu tort de contribuer à mettre autour de l'Église , toute seule , ce rempart de nobles cœurs , on échouera. Nous ne tenons point à servir le clergé de la façon qu'on nous indique. On lui souhaite des hommages , des faveurs et l'oisiveté. Nous lui souhaitons le labeur, les croix, et de faire avancer le règne de Dieu.

Nous consentons qu'ici le Constitutionnel, \e Journal des Débats, les autres, se mettent à crier au partiprêtre , que voila le parti-prêtre qui se montre et s'avoue ! Laissons-leur cet os ; nous ne pouvons pas les

empêcher d'être absurdes. Parti-prêtre tant que l'on voudra ! Le prêtre garde le dépôt des seules vérités immuables qui soient sur la terre ; il a le soin de toutes les douleurs , la mission de pardonner toutes les injures, la force de faire du bien à tous ses ennemis. Le parti-prêtre aurait tort de se déguiser. Il n*a point h rougir de son symbole, il n'en rougira pas. Ces folles clameurs ne détacheront pas de lui une seule âme ; qu'elles cessent ou se perpétuent , il n'en sera pas moins là, ferme dans le dessein d'user loyalement, au profit de la religion , des libertés dont on use déloyalement contre elle ; opposant partout aux illégalités , aux outrages, aux vexations dont on poursuit la robe du prêtre et le froc du moine , le cœur, le vote , le bras du citoyen. Il sera là , n'exigeant point la dénomination , mais l'égalité ; n'usant ni de fraude ni de violence, mais usant de la presse , de la parole , de la raison ; s'appuyant sur la loi. Et comme il reste quelque force dans cette Église de France , comme on a besoin d'elle par mille raisons qu'il serait trop long d'énumérer, et qu'au surplus nous pourrons présenter un autre jour, il faudra bien prendre le parti-prêtre pour ce qu'il est, et compter avec lui.

Nous prions la Presse de considérer que VUnivers n'est point du tout l'organe ofliciel des évêques, ainsi qu'il plaît au Constitutionnel de le publier; qu'il n'est point du tout rédigé par des ecclésiastiques (au National, on dit des échappés de sacristie) , ni pour des ecclésiastiques exclusivement ; que ce sont des laïques , des néO'CatlioHques , suivant l'heureuse expression du Journal des Débats , qui le soutiennent, le rédigent ^

et en majorité le lisent. Par conséquent on peut (si on en trouve le moyen) réduire les évéques et le clei^aa silence , expulser les Jésuites, etc. On ne se débams» sera pas pour cela du parti-prêtre , ni de cette importune voix qui crie justice dans Y Univers. U Univers et le parti-prêtre en seront au contraire plus redoutables, parce qu'il y a ici des idées que Tiniquité ne peut frapper sans leur faire prendre racine , et des hommes qui se fortifient dans l'adversité.

Nos prêtres » nos évêques font de la religion. Cest leur œuvre sublime , et bien remplie. Ils prêchent, ils consolent , ils donnent. Qui est allé leur demandar la lumière et ne l'a point reçue? Qui a sollicité leurs secours et s'est retiré les mains vides? Où sont les malheureux, les soufTrauls, les pauvres, de qui se soit volontairement éloigné le dévouement religieux et sacerdotal? Et dans celle foule d'infortunés qui n'ont que l'É^glisc pour refuge et le prêlre jK)ur appui , où est l'homme à qui Ton a demandé compte de ses opinions sur les choses humaines , avant de l'assister, avant de l'instruire , avant de l'admettre à la parUcipation des mystères saints? Donner, pardonner, faire connaître et faire aimer Dieu , voila tout le rôle de nos prêtres; ils n'en cherchent, ils n'en acceptent point d'autre. Notre rôle, à nous, laïques, est différent : nous sommes dans la vie, nous faisons de la poliit" que y et nous voudrions savoir qui nous en empêchera ?

Si nous avions des opinions au lieu d'avoir des croyances, si nous n'étions attachés à l'Église romaine que par l'esprit, au lieu d'adhérer à sa foi du fond de

râaie ; si nous ne la trouvions que bonne» utile et belle, an lieu de la reconnaitre sainte ; si ses dogmes, sa morale y son cul le, son organisation matérielle nous paraissaient seulement constituer la plus parfaite des créations humaines, et la plus favorable aux besoins de la société , il nous serait permis de le proclamer sans cesse en tous lieux, à tout propos; nous ferions acte de bons citoyens en procurant le développement et la force d'une institution nécessaire, selon nous, au salut de notre patrie. Si nous disions, comme citoyens libres et comme philosophes, que, hors des idées catholiques , il n'y a point de gouvernement , point de lois , point d'ordre, ni liberté , ni bonheur, ni gloire ; nous n'en dirions pas plus que les républicains ne disent de la république, les phalanstériens du phalanstère, le Journal des Débats de tout ministère qui le soudoie, et le premier songe-creux venu des chimères qu'enfante à l'instant même sou cerveau fatigué. On nous laisserait dire ; il faudrait nous laisser dire : ce serait violer toutes les garanties publiques de vouloir imposer silence à nos opinions, ou nous persécuter a cause d'elles. Si nous formions , comme citoyens, «ne ligue pour défendre les choses et les personnes ecclésiastiques menacées, de même qu'on se ligue dans les chambres pour défendre tantôtM. Thiers et tantôt M. Guizot ; si nous établissions un fonds pour rendre à tel évêque, dont le traitement serait supprimé, le moyen d'assister ses pauvres (I), pour

(1) Sons la resta II ni lion, ToppoMlion libérale donna une belle propreté à Bî. Di:p<»nt («le i'Euro) pour l'inOeroniscr des sévices du go«vemcnieni.

donner à la presse catholique le développement qu'on a donné jadis à la presse de l'opposition, pour soutenir entre deux candidats celui qui pourrait le mieux servir nos vues , pour refuser nos enfants à TUniversilé de la même façon qu'on refuse l'impôt..., qu'aurait*oii a dire légalement? que ferions-nous que tout le monde n'ait fait et n'ait le droit de faire? Or, maintenant, pourquoi le chrétien s'interdirait-il des actions que la loi autorise, lorsque d'ailleurs sa raison les juge utiles, et sa conscience les lui permet, les lui impose peut* €tre? Nous sommes à genoux devant Dieu, mais nous nous tenons debout parmi les hommes; celui qui fait un devoir d'obéir donne aussi la force de résister. On nous renvoie à la prière : nous en sortons , et c'est parce que nous avons prié que nous saurons parler et agir.

Nous faisons de la politique, nous en voulons faire, nous ne sommes point mécontents d'en avoir fait. En d'autres temps, il fallut à l'Église un bras séculier ; il lui faut aujourd'hui une voix séculière ; nous serons cette voix. Nous ne l'emploierons pas à demander des emplois, ni des honneurs, ni d'abusifs privilèges; mais elle criera sans cesse justice et liberté. Le gouvernement a ses raisons , qui nous sont connues , pour aimer l'ombre et le silence ; nous avons les nôtres, qtfil connaît , pour aimer le grand jour et le retentissement du combat. Sa politique d'assoupissement offrait des dangers graves , écartés désormais ; la nôtre , nous n'en disconvenons pas , a ses labeurs ; mais depuis dix-huit siècles passés la barque de Pierre gouverne dans la tempête , et nous préférons pour elle

les écueils connus , les continuelles alertes de Torage , au calme trompeur, à la nuit, aux abîmes cachés.

Et que la Presse se rassure sur Tavenir du sentiment religieux, à la ville comme à là campagne. Ni à la ville , ni à la campagne, le sentiment religieux ne se refroidira par suite d'une lutte qui enflamme de zèle tous les cœurs déjà chrétiens. Si notre voix ne peut pas faire d'un incrédule un croyant , du croyant elle peut faire un apôtre, comme les récits et les beaux exemples de la guerre, comme le son de la trompette font du soldat un guerrier. Nous savons ce qui se passe en nous lorsqu'une nouvelle infamie vient frapper les objets de notre vénération et de notre amour. L'équipage d'un navire en péril jette à chaque coup de vent quelque chose de sa charge à la mer, et nous pareillement, voyant ce dont nous pouvons nous passer , et dont il faut que nous nous passions , nous nous allégeons de toute vue , de tout sentiment , de tout désir qui ne seraient pas uniquement pour notre sainte cause. Nous lui vouons des jours et des forces réservés longtemps h d'autres destinées ; nous sentons avec bonheur que plus le monde s'éloigne de Dieu , plus Dieu nous veut h lui, plus il nous est doux de nous abandonner à lui , et remplis d'espoir contre l'espérance même, nous augurons bien de cette tourmente qui nous laisse , nous et nos frères , libres des attaches terrestres, armés de toute noire foi et de tout notre cœur.

Nous en avons assez dit pour permettre à la Presse de juger si les choses en sont encore au point où elle

les considère , et si la querelle , beaucoup plus laïque qu'ecclésiastique, faite à l'Université peut finir, quelle que.soit la ligne de conduite adoptée par Tépiscopat, autrement que par la ruine du monopole ; ruine que rUniversité, confessant ainsi sa faiblesse , regarderait comme le signal de sa perte , et a laquelle le gouvernement, placé pour une si large part dans les mains universitaires, ne voudra point consentir. Mais il importe peu que Ton consente ou que l'on ne consente point. Si notre succès dépend un peu de nos adversaires, il dépend davantage encore de nous, et surtout il dépend de Dieu , dont nous servons ici les intérêts. L'œuvre pour laquelle nous combattons est le salut des âmes. C'est pour cette œuvre que Jésus-Cbrist a voulu mourir.

Naturellement plus respectueux encore que la Presse envers nos évêques , nous ne nous permettrons pas de leur donner un conseil. Dieu qui fait peser sur eux mi $i lourd fardeau , nous les a choisis pieux et sages» vraiment désintéressés entre les opinions , vraiment animés du zèle et de la bonté des pasteurs. Nous avons confiance en eux ; nous recueillerons respectueusement et nous ferons retentir leurs paroles , dussentelles nous blâmer; nous aurons soin que la responsabilité des nôtres ne les atteigne jamais. S'ils se taisait, nous ne jugerons point leur silence. Nous croirons que nul devoir ne les oblige encore à parler. Mais en nienie temps nous serons près d'eux les rapporteurs infatigables de la cause ; nous leur dirons ce qu'on entreprend contre l'Église, quelles doctrines on prédie dans les collèges, ce qu'y deviennmt nos enfants» et

cent fois renvoyés, nous reviendrons toujours; rassurés tant qu'ils se montreront sans alarmes , leurs ertiintes ne trouveront jamais nos courages en défaut. Notre mission finira lorsqu'ils auront la liberté de se réunir et de se concerter pour aviser aux besoins temporels de la religion.

Cependant, nous devons en avenir IstPresse : elle ne peut guère espérer qu'en attendant ce moment, bien éloigne sans doute , les évêques se tairont. Le senti-^ ment religieux dont elle s'accommode, et qui va de pair dans ses colonnes avec les feuilletons qu'on lui a tant et si justement reproches, n'est pas tout à fait celui que l'épiscopat doit s'efforcer de faire refleurir. Comment des évêques pourraient-ils s'y fier? L'Université s'en contenterait! Pour que la religion règne chez un peuple et produise les biens qu'elle promet , il ne suffit pas que ça et là un homme d'esprit , dégoûté des entreprises et des misères humaines , ouvre l'Évangile et se dise : « Je vais donner à mon âme des lois meilleures , je vais tracer à l'opinion une voie plus sage; il nous faut de la religion.» Premièrement, l'Évangile fait peu de chrétiens sans l'Église catholique, et rÉglise catholique ne fait point de catholiques sans les sacrements. Secondement, pour un homme d'esprit, à qui la folie et l'abjection du monde font prendre l'Évangile , qui le lit , qui l'admire , et rarement en devient plus sage, des milliers et des milliers d'autres demeurent dans la grossière irréligion théorique et pratique dont la société subit aujourd'hui les hideux résultats. Il n'y a qu'un remède à ce mal , qu'un moyen de procurer à la société ces fruits

de rËvangile dont la Presse nous a fait une énumération si vraie et si bien sentie : c'est une grande, une loyale liberté d'action donnée à l'Église en tout ce qui est de son ressort, et particulièrement en ce qui concerne l'éducation de la jeunesse, principal et presque unique moyen de former en grand nombre des chrétiens véritables. — Or c'est là , de l'aveu même de la Presse, ce que le gouvernement refuse d'accorder, se faisant aider dans ce refus inique par autant d'impures et de violentes passions qu'il en peut soulever, y mettant toute la colère , toute la mauvaise foi , toute l'impudeur qu'on a pu déployer contre l'Église dans les plus tristes jours , faisant condamner lesévêques, comme fonctionnaires, par son conseil d'É» lat , et en même temps autorisant l'attaque et l'outrage avoués des fonctionnaires de l'Université contre l'enseignement des évêques.

Mais cette liberté si solennellement promise , si indignement déniée, si redoutée et si nécessaire , contre laquelle la philosophie anti-religieuse aura tant de peine à lutter , et sans laquelle la religion ne pourra ni ressaisir ses enfants égarés, ni retenir ceux qui lui sont encore Hdèles ; c'est là aussi ce que l'Église entière doit sans cesse et par dessus tout réclamer. Eh bien! en dépit de toute l'habileté du gouvernement, en dépit de leur modération même et de leur amour pour la paix , les évêques élèveront la voix. Ce ne sera pas nous qui les y contraindrons , ce sera l'Université. Les conseils et les menaces n'y feront rien. Le loup ne se contentera pas de rugir autour du troupeau ; il pénétrera dans le bercail, il y trouvera le pasteur, et il sera frappé.

:S VEHTE .111 BOBB»n DE I-'IIHIVRIIH :

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