Du devoir des catholiques dans la question de la liberté d'enseignement
« Tis; toutes les institutions nécessaires à leur plein et « libre exercice doivent recevoir les développements « dont elles ont besoin »
Article 69 de la Charte : « Il sera pourvu successive- « nient, par des lois séparées et dans le plus bref « délai possible, aux objets qui suivent : § 8. l'in-
« STRUCTION publique ET LA LIBERTÉ d'eNSEIGNEMENT. »
M^'iiiioo ilii MoriiKMitf , O iioiK IH.'IO.
Scrnwnt de ni()tisci<jneur le dur d Orlén/is, lieutenant' (jénérid du royaume.
« l'n présence do Dieu, je jure dObservcr lidoIcnie\il
< la Oliarte constitutionnelle, avec lks modifications « rxpniMKr.s dans ta dkclaration. »
Après avoir proiionc*» ce seimenl, Mgr le «iuc d'Orléans, lieulenanl-général du royaume, esi proclamé Uoi, monte sur son Irône, 01 LoiJis-PiiiMPPE T'. roi tics Français, prononce le discours suivant :
f Messieurs les Pairs et Messieurs les Députés,
< Je viens de consommer un grand acte; je sens pro- « fondement toute l'étendue des devoirs qu'il m'im-
« pose; fai la conscience que je les remplirai Lns
« SAGES modifications que nous venons de faire à la < Charte garantlssent la sécurité de l'avenir. >
Retenu loin de la France par un devoir inipërienx cl sacre pendant les discussions récentes qui ont eu lieu sur la liberté d'enëcignen^ent, je n'ai pu défendre à la tribune les droits cl les intérêts que j'ai coutume d'y représenter. Mais à Dieu ne plaise que je puisse être soupçonné d'avoir abandonné le combat que je m'enorgueillirai toujours d'àvoir en (jueUjue sorte inauguré, il y .i dou/e ans, par le procès de l'Ecole libre, devant la Cour des Tairs elle-même. Ou'il uje soit
donc permis cVélever de nouveau la voix aujourd'hui, bien que de très-loin, et puisque la triimne politique m'est interdite pour un temps 5 de m'adresser directement aux Catholiques. J'entends sous ce nom, non pas tous ceux qui ont reçu le l)aplême d'un prêtre catholique , mais ceux qui professent et prati([uent publiquement la religion qu'ils croient la seule vraie. On sait assez qu'ils ne sont représentés dans l'une et l'autre Chambre que par une imperceptible minorité.
Cet écrit n'aspire qti'à un seul mérite, celui d'une sincérité entière 5 il aura en outre l'honneur d'être un témoignage d'admiration et de respect pour ceux d'entre les évéques de France qui ont si noblement arraché le mas- (|ue à l'Université; un témoignage de reconnaissance et de sympathie pour ces jeunes écrivains qui, au milieu des calomnies et des critiques, ont plaidé avec une si généreuse constance et avec un désintéressement si pur la cause de notre foi et de notre avenir.
ilc (le Madère , octobre 1845.
Quand on envisaj^e avec calme et imparlialitë l'ctat actuel de la France, quand on la compare, telle (ju'elle est, avec ce qu'elle a été, avec ce que sont les nations étrangères, ou hésite encore à admettre les arrèls de ces jiïfjcs nombreux et sévères qui condauuient la politifjue de ses chefs connue la plus mesf[uinc (pii ait jamais présidé à ses destinées, ((ui rer|ardcnt notre littérature contemporaine comme aussi désordonnée qu'insijj ni Hante, ([ui jnoclament enfin rinfluence de notre patrie partout auioindrie ou perdue. On aiuie à repousser ou du moins à ajourner d'aussi dcsespcMantes conclusions; mais il en est une autre, [)lus luneste encore, à la-
<|LU'lle ou arrive tout droit : cest que jamais et nulle part on n'a vu une nation aussi offieiellenient irrélij^jieuse que la France de nos jours.
Il ne s'agit pas en cela de ce qu'il peut y avoir encore de foi dans la population, du nombre plus ou moins grand de chrétiens ou de juifs croyant à la religion dont ils portent le nom , parmi les trentequatre millions de Français : il s'agit de la France comme force sociale, comme puissance publique; il s'agit de son attitude nationale au sein du monde civilisé.
C'est pour la première lois, depuis (pie le monde existe, qu'on voit une grande nation gouvernée par des hommes d'Etat qui seraient aussi embarrassés d'avoir une conviction religieuse qu'on l'eût été autrefois de n'en avoir pas. f.i?i^jgçgf^|
C'est pour la première fois qu'on voit des assemblées politiques se réunir, délibérei- et se séparer sans proclamer , par un acte ([uelconque , leur croyance au Dieu dont émane toute justice et toute vérité.
C'est pour la première fois qu'on voit l'élite des enfants d'un peuple condamnés à recruter des légions, à s'entasser sur des flottes d'où tout symbole et tout secours religieux sont systématiquement bannis.
C'est pour la première fois, enfin, ([ue les jours consacrés au repos, à la douleur ou à la joie, par la lui rclij;ieuse, sont ouNciteiuent et opiniâtrement
violés par le travail , en vertu de l'exeniple et des ordres de lautoritë supérieure '.
Jamais, et pas plus dans l'antiquité que dans les annales des peuples ehrétiens, un spectacle pareil ne s était offert au monde. Entre toutes les nations, la France est la première et la seule qui Tait donné. Ne parlons pas des nations catholiques : la Russie sous le joug du despotisme schismatique, la Turquie sous le sceptre défaillant de la race d'Othman, sont aussi étrangers que l'Espagne ou l'Autriche à cette négation pratique de tout ce qui peut impliquer, dans la vie d'un Etat, la foi à l'existence d'un Dieu et d'une vérité religieuse. Et si Ion veut mesurer la différence prodigieuse qui sépare à cet égard la protestante Angleterre de la Fiance, il n'y a ([u'à comparer Feffet produit sur les deux peuples par deux événements contemporains. Lorsqu il y a peu de mois, le gouverneur-général des Indes anglaises sembla vouloir honorer l'idolâtrie des soixante millions de sujets hindous de la reine Victoire par la restitution des portes du temple de Somnauth, fAngleterre tout entière répondit à cet acte par un cri d'indignation et de mépris. Lorscju'il y a peu d'années, IM. le duc de Nemours, (ils du roi et futur régent du royaume, posa la [)remière pierre d'une mosquée sur la tt rre où était mort son aïeul saint Louis, la Fiance ne
La Couvcnliuii avait ses decadis, cl les lai^ail sévèrcinciit observer.
s'en émut j)as autant c^ue d'une escarmouche perdue ou d'une revue man({uéc.
Veut-on une autre preuve de la différence des résultats que produisent les deux systèmes? La voici. On s'étonne quelquefois de la facilité avec laquelle l'immense ville de Londres, avec ses deux millions d habitants, est maintenue dans Tordre par une garnison de trois petits bataillons et de deux escadrons, tandis qu'il faut pour contenir la capitale de la France, moins {grande de moitié que celle de rAn[];lc terre, deux armées, l'une de quarante mille hommes de troupe de ligne, l'autre de soixante mille .<>ardes nationaux. Mais ([uand on arrive pour la première fois à Londres un dimanche matin, quand on voit dans cette gigantes([ue métropole tout suspendu par obéissance ù Dieu; <[uand, dans ce centre d'affaires colossales, d'intérêts innombrables, et du mouvement commercial le plus étendu de funivers, dans ce port où viennent chaque jour débar([uer les produits des cinq parties du monde, on voit régner un vaste silence, un repos complet, interrompu à peine par la cloche de la prière et les flots pressés d'une population (pîi va renq:)lir les é(>lises , alors Tétonnement cesse : on comprend ([u il y a un autre frein [)()ur un j)euple chrétien cpie celui des baïonnettes; et ([ue là où la loi de Dieu est exécutée avec une aussi solennelle docilité, Dieu lui-même, si je lose dii'c, se char^;c de faire la police.
Que la religion perde beaucoup à cette privation des liommaffcs publics d'un royaume qui, comme la France, s'est si longtemps enorgueilli d'être trèschrétien, je ne le pense pas, vu Tétat actuel des choses et des esprits parmi nous. Mais que le pays qui a ainsi le premier inauguré l'athéisme national dans toute sa vie officielle, se trouve dans une position aussi étrange que funeste, c'est ce qu'il est impossible de nier, à moins toutefois qu'on n'aime mieux supposer (jue toutes les sociétés humaines se sont trompées depuis TOriginc du monde jusqu'à nos jours, en plaçant la possession d'un culte national au premier rang de leurs gloires et de leurs richesses, et le service de leur Dieu au premier rang de leurs devoirs.
lUen ne démontre mieux combien Télat que nous signalons est incontt^stable, et, de plus, universellement admis, cjue les dispositions réciprocjues des Français les uns envers les autres. Supposez deux Français quelooncjues, appartenant à ce (ju'on appelle les classes éclairées, qui se rencontrenl dans un lieu |)ul)lic ou ailleurs, sans se eonnnître d'avance, et dont l'un èberche à deviner la carririi^ les préoccupations ou les conviclions de Taulrc. La dernière des hypothèses (pii se présentera à son
esprit , sera de supposer que son eoneitoyeri professe sérieusement et de l'ait 1 une des reli(>ions existantes en France. De toutes les exceptions que sou imagination aura pu se (igurer, celle-là sera à coup sûr la plus rare et la plus improbable.
Bien plus, et cela se voit chaque jour, ou vit ensemble pendant des années entières dans un corps politique, dans un tribunal, dans un conseil ou une assemblée quelconque, et Ton est tout étonné de découvrir un jour, par quelque hasard, quon a pour collè[],ue ou voisin un homme qui croit à la vérité catholique, et qui pratique sa croyance, sans que personne s'en doutât, tant l'organisation sociale laisse chez nous peu de place à la ibi religieuse, tant elle en rend la profession inutile ou impopulaire, dangereuse ou ridicule.
En vain voudrait-on.^ par je ne sais quelle distinction bizarre, établir quau dehors le catholicisme c'est la France , et que les grands politiques qui président à nos destinées doivent se poser, aux yeux de l'étranger, comme les détenseurs spéciaux d'une religion à laquelle ils sont eux-mêmes hostiles ou indifférents. C'est là l'illusion de quelques âmes généreuses et inquiètes à bon droit de l'avenir de la patrie; c'est aussi la prétention de quelques meneurs moins aveuglés que d'autres par la passion antireligieuse; mais elle n'ira pas loin. Ni Dieu ni les hommes n'admettront cette fiction insolente qui pernjettrait à certains honnncs de représenter au
(U'iiors un ordre de vérités et de faits de conscience (ju'ils n'ont pas le coiira(>c de professer au dedans. On peut y trouver matière à cjuelques phrases pour orner des conquêtes dans l'Océan Pacifif[ue : mais en Europe, sur le Rhin, en Orient, en présence de ([uestions sérieuses, dans im conflit de puissance îî puissance, les intérêts catholiques ne peuvent manquer d'être oubliés ou trahis par la politique française. Cette vérité n'a malheureusement plus besoin d'être démontrée, depuis que le protectorat exclusif des catholiques dans l'empire ottoman , ce jiflorieux apanage de l'antique France , a été transformé bénévolement en une sorte de commandite avec quatre puissances qui sont nos rivales, et dont trois au moins sont ennemies nées de l'I^^Jise.
i ie phénomène, ([ui vient d'être si{>nalé, unique dans l'histoire du monde, vX bien moins ledoutablc» encore en lui-même (pie connue symptôme du tenqn rament social qu'il manifeste, à (pii faut-il Vattribuor :* sui* ((ui doit en retomber l'effrayante responsabilité'Serait-ce sur tel ministère, sur tcHedynastie, sur telle forme de {gouvernement? Non certes: car il y a peu (ranné(\s ( iicore, la l'rance était (;ouvei'née par une maison rovale cpii faisait une pro-
Tcssion publique de la piété catholique dans toute son étendue. Et qui serait assez insensé pour vouloir établir que sous la Restauration la France était plus reli^oieuse qu aujourd'hui ? Non, il faut le reconnaître, (juoiqu'il en doive coûter à notre cœur et à notre patriotisme, cet athéisme officiel ((ni distin(]ue aujourd luii la France de toutes les autres grandes nations du monde, n'est quel expression trop fidèle de la société française, telle (juelle est sortie du travail intellectuel et politique des deux derniers siècles. Un pareil état de choses peut sembler satisfaisant ou indifférent aux esprits qui se qualifient de philosophiques, aux pontifes de la diplomatie ou de Tindustrie, ou à ces réformateurs déniocrati(jues qui ont habitué leurs adeptes à re[>arder cliacpie ruine comme un progrès; mais il ne peut qn exciter la douleur et Tindignation de tout ce qu'il reste encore de catholicjucs en France et dans le monde. Us n ont pas toujours à s'exj)li({uer surTorigine primitive d'un pareil état : mais il leur importe toujours de reconnaître et de dénoncer les causes qui le font durer.
Or, le raisonnement et Texpéiience démontrent à Tenvi ((ue la raison principale et permanente de Tirréligion publique en France, se trouve dans leducation actuelle de la jeunesse, telle (jue l'Etat en a constitué le monopole. L'ensemble des institutions d'instruclion publicpae, (jui forme lUniversité de l'rance, et au dehors ducjuel un despotisme usurpé
ne laisse rien sur-iiir, voilà le loyer où se foi me et s'entretient cet esprit public f(ui en fait de reli(>ion n'est rien et ne croit à rien. Voilà la source où les p^énérations successives vont boire le poison qui dessèche juscpie dans ses racines la disposition naturelle de l'homme à servir Dieu et à Tatlorer.
Là s'établit entre les inaîtres et les élèves cette intelligence, le plus souvent tacite, mais parfois avouée, cpii relègue au ranj; des prc^ugés et d(\s conventions sociales toutes les vérités de la révélation. Là s'enseigne, non-seulement dans la chaire, mais dans toutes les habitudes et dans tous les détails de la vie, l'art de mépriser philosophiquement le joug de la loi du Seigneur. lÀx s'élabore l'idée si répandue parmi nous, (pie pour être cequbn appelle dans le jargon du jour un homme séiieux , un lumime pratique , il faut n'être astreint aux observances d'aucun culte. Là se développe cette maladie étrange et monstrueuse de l'esprit ({ui consiste à adopter comme vraies dans le passé, et pour nu temps seulement, les solutions éternelles de la révélation chrétienne, à transformer des obli(;ations de conscience en événenjcnts purement historicpies, et à admettre comme un bienlàit social le Christianisme, donton letranche ladivinité du Christ; coiiune si le (Christianisme ainsi mutile, loin d être nu bienfait, ne devenait pas la déception la |)lus scandaleuse et la phis prolong<'»e tpii ail jamais été impo sée à 1 homm(\
,1e ne j)arle ici (jue des erreurs les plus liabituell(*s et les plus iiioHeusives; je inc lais sur les saerilép,es,siir les dérisions, sur les habitudes immondes, sur cette froide et précoce corruption (jui déprave lesprit avant même ({ue les sens n'aient révélé leurs impérieux instincts: je me tais sur tant d'odieux outi'a^jes déversés par Fenfance sur tout ce (jue riiumanité a jusfpi'à présent le plus révéré. Nous ne le savons que trop bien, nous tous, chrétiens, ([ui avons eu le malheur de passer par les mains de lUniversité , et le bonheur d'en sortir sans y laisser notre loi.
Tout cela , je le répète , comme 1 état religieux et moral de la France qui en résulte, peut être prol'ondénient indifl-érent ou même agréable aux philosophes, aux politiques, aux gens soi-disant éclairés, aux incrédules de toutes les nuances, mais aux yeuxde tous les calholicjues consécjuentset simples, de tous ceux (jui ont appris dans leur catéchisme, d'où ils viennent, où ils vont, et ce que coûte une ame rachetée par le sang d'un Dieu, sous un pareil système l'oppression et rhypocrisie sont égales et au comble.
flomme Ta dit avec une parfaite justesse 1 éloquent et coui'ageux évèque de Chartres: « Il est « incroyable ([u'après les preuves actuelles, 11a- « grantes, incomparables par leur force et leur u évidence, de l'esprit antichrétien et anticatho- » liqueque lUniversité communique à ses élèves,
" on force dos millions de parents catlioliqnos à con-
« (luire eux-mêmes leurs eufants à cette source où
« ils s'abreuveront (le doctrines directement contrai-
f les à la foi. Je ne crains point de le dire : cette
« (épreuve, (juoi([ue exempte de violences ext(^-
u rieures et de perscicution d('clar('*e, est la plus
« terrible et la plus dangereuse à la(|uelle aient c'té
n jamais soumis les membres de la vraie Eglise '. »>
Il ne s agit pas d'ailleurs ici de d(3noncer[ou de
démontrer le mal : les familles chrétiennes savent
maintenant à rpioi sen tenir. Il s'agit seulement
d'examiner en quelques mots la nature du remède
et les moyens de l'appliquer.
Vouloir l'cfaire de la iManceuu Etat catlioli(|U(% telle (pielle l'a été depuis Clovisjuscju'à F.ouis XIV, ce serait une tentative aujourd'hui impossible, et (pii, nous ne le crai{;nons (pie trop, ne se n'alisera jaujais: mais conserver ce (pii reste (\v catholicisme en IVance, et fortilier par tous les moyens légitimes l'empire purement moral de la lîeligiou sur les individus et sur les familles (pii la jno^éssent encore; défendre les loyers (pii u ont pas (Micore été atteints contre renvahissenunt de la conta-