I-rUio pnl»li(|iio (lu 2:2 uni IXi
j>ion, ccst un tlcvoir inipôricux pour les catholiques, ET ILS JNK PEUVl- .N I L ACCOMPLI!! QU EN OIH ENAINT LA DESTRUCTION DU MO.NOl'OLE DE L (LmVERSITÉ.
Faut-il, au riscjuc de revenir sur une distinction tant de lois rebattue, rappeler (ju'il sagit pour nous de la destruction du monopole, et non de la destruction deFCniversité elle-même? Oui ,il le faut, car sur ce point la mauvaise foi de nos adversaires est loin d'être corrijj^ée. Ce n'est pas à coup sûr que Texistence de l'Université sans monopole puisse nous inspirer une sympathie ou une coniiance quelconque. Fût-elle même sous la haute direction d'une pensée catholique, il faudrait être bien aveuf,le pour en espérer le salut du pays. T^e .gouvernement des l^ourbons a téméraii-emcnt essayé d'imprimer à l'Université cette tendance; et ce fut peut-être la plus éclatante et la plus funeste de ses défaites. I.e (gouvernement de Juillet y échouerait également, si cette pensée pouvait lui venir : il lui serait possible assurément de rendre le mal moins ila.fjrant et moins dévastateur; mais transformer le mal en bien, c'est un miracle cpiil n'est pas donné aux hommes de notre temps daccon'j])Iir. Toutefois, cette institution , (|uel([uc (uneste ({u'elle soit, a été adoptée par fFtat, et maintenue par lui à travers les chan^^cmcnts de dynastie et les révolutions. Cela constitue en faveur de l'Université non-seulement un fait^ mais une espèce de dioit. L'I^^tata la facnl(('', lé'jalement et politiquement du moins, de mainte-
nir dans son sein une institution funeste, à la char[^e cl en supporter les conséquences, tout comme il a la l'acuité de se précipiter dans une (>uerre désastreuse, ou d'introduire le déficit comme base deson système financier. Mais 1 Etat n a pas le droit, sous peine de violer la constitution qui est la (;ondition môme de son existence, d'imposer à tous les citoyens un système d'éducation qui conq)romct le maintien de la croyance religieuse au sein de leurs familles. De ce que l'Etat na point de religion, il n'en résulte point pour lui la faculté d'empêcher les citoyens d'en avoir. Bien loin de là, la Charte non-seulement promet la liberté d'ensei^fînement, mais elle (garantit solennellement la liberté relifjieuse : cette liherté en ce cpii touche à une rcli[jion positive comme le catholicisme, n'est plus (pi'une dérision , si en vertu d une série de dispositions extralé{)ales, rendues en l'absence de toute re])résentation nationale, le pouvoir exécutif se trouve investi du droit exclusif de fiu:onner les croyances et les nneurs de renf'ance, au profit soit d'une reli{;ion particulière, soit, connue il arrive dans Icspèce, au piofit d ïni rationalisme j)uremenl né(>ntil. Qu'il ouvre des écoles sans relij;ion à cette portion si considérabhî du peuple fran(;ais, j)0ur (pii la reli{;i()u n'est cpi une fiction, cela est dans son tli'oit jus(ju'à un certain point ; mais ipi il s'aii'oj'/^ larioce pouvoir d'y j)ai(pier lesLuTants i\c ccyw ipii rc^j'.ai*- (h^it l.i loi cnthohtpic comnH^ la hasc^ unique e( sou-
veraino do toute vérité, à moins qu'ils n'aient le moyen d'entretenir des précepteurs, ou la volonté de consacrer leurs enfants au sacerdoce; voilà [usurpation, voilà l'attentat, voilà la persécution ([u on a si justement comparée au système qu avait essayé contre l'Kplise naissante l'apostat Julien.
Que TKtat f>arde donc son Université, si bon lui semble, mais qu'il nous laisse, ainsi que la Charte 1 y obli(>e , la liberté d'en rester dehors , sans être frappés d'incapacité et d'ilotisme.
C'est là notre volonté et notre droit. Pourquoi, fondés comme nous le sommes, non-seulement sur Féternelle justice , sur les droits inviolables de iFf^lise, mais encore sur l'esprit et la lettre de la Charte constitutionnelle de i83o, pourquoi n'avons-nous pas encore obtenu cette liberté?
.le le dirai sans détour, autorisé peut-être par douze années de combats, d'efforts publics et persévérants pour cette sainte cause : la faute en est aux catholi(|ues eux-mêmes , à la mollesse et à l'indifférence des pères chrétiens.
J'ajouterai même, autorisé encore, ce me semble, par la conduite (généreuse des archevêques de Paiis, de Lyon et de Toulouse, des évêques de Chartres et de Helley. et de leurs vénérables euudes, la iaute
eu est au reste de Tcpiscopat, ([ui n'a pas assez publiquement, assez sérieusement, assez universellement clénoneé à l'indignation et à la sollicitude des familles chrétiennes cette épreuve , qu'un évêque a déclarée la plus terrible et la plus dangereuse à laquelle aient jamais été soumis les membres de la vraie Eglise! Si vous l'aviez voulu, évêques de France, et vous pères de famille catholiques, il y a lonjTtemps déjà que nous serions libres; et le jour où vous le voudrez sérieusement et énergiquement, nous le serons.
Mais, avant tout, il faut dissiper les sopbismes et les illusions qui nous abusent et nous endorment.
On nous dit que tout n'est pas si mauvais dans l'Université; on cite des professeurs, des chefs, des maisons entières qui font exception à la rèp,le. Eh! qui ne les connaît, ces exceptions, et qui ne les admire d'autant plus que la position des hommes dont je parle est plus délicate et les services qu'ils rendent plus méritoires? Mais aussi (pii ne sait que ce sont des exceptions aussi rares ([u'éclalantcs .'' Sur dix maîtres formés et employés par l'I niversité, v en a-t-il deux <jui croient à la reli{;ion? y en a-t-il un (pii la pratique? Sur toute cette masse d enfants ijui peuplent les colltVes royaux de Paris, dapivs le ju(;emenl unanime de leurs aumôniers, vi\ saurait-oii
compter plus d'un seul par année et par collé[>e qui ait conservé la loi justpi'à la fin de ses études '? Oui, certes, il y a au sein de l'Université, depuis le Collège de France et la Sorbonne jusque parmi les i'é{jents des collèges connnunaux , il y a un petit nombre de ccjcurs droits et honnêtes, d'hommes qui ont plus que du talent, qui ont de la foi, et qui, comme M. Lenormant et M. Ozanani, protestent par la franchise de leur christianisme et la solidité de leur science contre les scandales de l'enseignement de leurs collègues. Mais ces hommes forment-ils la majorité dans les établissements universitaires? Non. Sont-ils d'accord avec leurs collègues ? Non. Est-ce à eux que l'Université confie la direction de ses conseils, le choix de ses méthodes, l'éducation de ses maîtres? Non, encore. Est-ce leur esprit qui se reflète dans celui de la jeunesse (ju elle déverse chaque année au sein de la société? Non , mille fois non.
VU
D'autres prennent un ton plus fier et nous disent que l'Université c'est lEtat enseignant, et qu'oser
' Hiippori lies Anmonicrs des collèges royaux de Paris à M. l'Arelievêque de Paris, en 1829, à une époque où le gouvernciuonl faisait tous SCS efforts pour introduire un esprit religieux dans l'Univcrsilé.
coiiibatlre l'Université, c'est se constituer Tennenii de rÉtat. Ils vont même jus([ua dire que le monopole de l'enseijjnement appartient de droit à l'État, comme celui de la force judiciaire ou de la force militaire. L'Université, cette innovation du despotisme moderne, se trouve ainsi assimilée à la magistrature et à Tarniée, ces deux fondements perpétuels de toute société civilisée; et, s'il fallait en croire ces nouveaux docteurs, il serait aussi téméraire et aussi anti-social d'ouvrir une maison d'éducation en dehors des méthodes de lEtat, que de lever un réf;iment sous d autres couleur., (jue le drajjeau national, ou de constituer un tribunal de sa propre autorité. On conçoit ({uel serait l'avenir réservé à la liberté de la presse, à la liberté de conscience, à tous les droits de l'intelli^jence et de lame, si un aussi monstrueux système pouvait prévaloir jamais dans notre pays. Qu'il ait seulement été avancé et sérieusement affirmé, en voilà assez pour montrer quel est le {^enre de profjrès au([uel aboutissent en dernier ressort ces réformes , ces prétendues confjuêtes de rintelli{;ence et de la liherté, (jui ont commencé partout par alfrancbii" les hommes de la sainte et niat(îrnelle autorité de lT.{;hse, pour les courber (Misuile sous les caprices despoti<pies d un é|)oïsme éphémère.
Hemanpions, en passant, par (pielle bi/arre et vengeresse contiiubction ces apôlres du proj^rès, après avoir lonih; la lr^;islali()n et la société non-
velle sur le triomphe jaloux de rindividualismc, surlcxclusion de tout principe d'association et de corporation , se trouvent subitement amenés à identifier l'Etat avec la corporation la jjIus puissante, la pins envieuse, et la plus ambitieuse qu'on ait encore vue dans notre pays. Us ne s'aperçoivent pas qu'il y a là quelque chose d'inoui, quelque chose ([ue la civilisation antique n'a pas connu, ([ue Rome païenne, si jalouse d'absorber l'individu dans la cité, n'a jamais tenté, quelque chose dont l'Europe entière, dans le présent ni dans le passé, n'offre pas un second exenqjle : car nu*^nie sous les gouvernements les plus despoti(jues, il y a des Universités surveillées par l'Etat; mais nulle part elles ne sont l'État même; nulle part FÉtat ne s'est fait directement maître d'école.
Mais nous n'avons point à approfondir cette doctrine et ses conséquences comme catholiques, parce que, encore une fois, les catholiques ne dirigent pas les destmées de l'Etat , et très probablement ne les dirigeront jamais de notre temps. Voici seulement ce que nous avons à dire sur ce point. S'il plaît à l'Etat de s'identifier avec l'Université, d'adopter pour siennes la haine, l'envie, la cupidité pécuniaire (jui enflamme contre nous les membres influents de ce grand corps, tant pis pour l'Etat, car il aura livré ses destinées à lanarchie intellectuelle et morale. Le jour où il sera bien constaté que l'Etat reconnaît pour ses ponlilcs et ses organes ces risi-
Lies docteurs qui se posent au Colléf^e de France en successeurs d'Abailard et de Ramus, ce jour-là, ce n'est pas nous qui serons devenus ennemis de l'État, mais bien TEtat qui se sera posé en ennemi direct de l'Éolise. Ce jour-là , il aura élevé une barrière insurmontable entre le catholicisme et lui ; il aura achevé de détacher de lui toutes les âmes élevées et indépendantes qui pouvaient le servir; il aura commencé une lutte qui a toujours été Tiniaillible avant-coureur de la ruine et de la confusion de ceux qui Font entamée.
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Mais on va plus loin encore; et, sans parler de ces apôtres de la tolérance et de la liberté, tels que rUniversité sait les former ', qui demandent tout simplement qu'on établisse par la loi une incompatibilité radicale entre les fonctions du sacerdoce et celles derenscignement, nous rencontrons sur notre chemin de profonds politiques qui affirment ([ue rensei(}nement est une chose séculière, (jui se mo- ({uent a[]réablement des catholicjues, quand ceuxci veident conclure des paroles de Notre-8ei(;neur à ses disciples : Eunles docele omncs qenks : cpi il v a pour le sacerdoce chrétien un droit et même un de-
' licvuo «Ir rinslriKlioii pul»li(|U('. ,
voir iniprcsciiptiblc à intervenir dans leclucation. Ils veulent bien ne pas inventer pour les prêtres eatholiques quelque entrave spéciale, mais ils repousseront avec persévérance et en principe la liberté , parce qu'ils prévoient qu'elle profitera surtout au clergé. Selon eux , l'E^^lise est clans TLtat pour les choses temporelles, et l'instruction publique étant une chose temporelle, il faut à tout prix empêcher l'Lglise d'y intervenir d'une façon indépendante de l'Etat, ou d'y exercer une influence considérable. Ces esprits, à la fois si orgueilleux et si aveugles, ne craignent pas d'avancer cette doctrine en présence du témoignage unanime des peuples chrétiens, qui ont de tout temps reconnu Féducation comme une portion pratique de la religion , et comme un droit inhérent au sacerdoce.
De nos jours, et autour de nous, tous les peuples libres, plus libres que la France, rendent hommage par le (ait à l'imprescriptible vérité de ce principe. Personne ne niera que la constitution de la Belgique et celle des États-Unis ne soient plus libérales encore cjue celle de la France : or, en Belgique, grâce à lapplication sincère de la constitution, féducation des enfants de la majorité est dirigée par les ministres du culte de cette majorité. Et dans l'Amérique du Nord, la granch; diversité des religions n'a servi (ju'à proclamer dune façon plus incontestable encorde trionq^hc de cette loi sociale, puiscpi'au dire de l'observateur le plus prol'ond et le plus impartial
que ce pays ait eu , la plus (j^mnde partie de l'éducation y est confiée au clergé '.
Quant à l'Angleterre, qui pourrait comparer, sous le rapport de la liberté, le pays où on a pu impunément et tous les jours , pendant une année, comme M. O'Connell, rassembler, haranguer et discipliner dans le sens le plus hostile au pouvoir cent mille citoyens, avec le nôtre, où un député ne peut pas seulement rendre ses comptes à ses commettants , sans que la police n'intervienne et n'empêche, comme on l'a vu naguère à Toulouse. Eh bien! dans ce pays, à la l'ois si puissant et si libre, l'enseignement public est exclusivement dirigé par le clorgé. Les deux universités d'Oxford et de Cambridge, les grandes écoles publicpies d'Eton, Harrow, etc., d'où sont sortis ces grands orateurs, ces écrivains, ces honnnes detat, que M. Villemain se ])laisait autrefois à nous faire connaître , dans ses cours de la Sorbonne; toutes ces institutions, dont l'anti(|uité, la renomniée et la popularité sont sans rivales en luuope, relèvent exclusivement de fl'glise établie ^! ce (|ui d'ailleurs n'empêche pas l'existence d'innombrables écoles dirigées par le clergé
' M. (le Tocqiiovillo, de la DémocratU en Amérique, i. II, p. '250.
"^ Il y a, surloul à (-ambridgo, un ciMMain nombre de cIkuits oecupécs par des laïques ; mais dans les {\ou\ Universités connue dans les eolléges de Winelicsler, Elon, Westminster, llarrow et Uugby, ofi sont élevés tous les enfants des classes sui)érieures, tous les chefs cl la plus grande partie des maîtres sont ecclésiasii<iues.
catlioli((ne et dissident, et eiilr autres de plusieurs colléfjes de jésuites. Mais (|u'iniportent à nos docteurs modernes des exemples si universels et si éclatants? En s affranchissant de l'autorité infaillible de l'Église, ils ont ac(|uis le don de se persuader qu eux seuls possèdent la vérité; et ({uen dehors de leurs pensées il n'y a qu'erreur et ténèbres.
Si en Prusse et dans les autres royaumes européens, ÏVAsit a graduellement remplacé le clergé comme puissance directrice de Féducation publique, la différence radicale qui existe entre la forme de ces gouvernements despotiques et le nôtre, semblerait devoir suffire pour interdire l'imitation dé leur système d'enseignement dans un pays dont la constitution est basée sur la liberté. Mais en outre tous ces États, qui reconnaissent tous une ou plusieurs religions nationales, ont assigné aux ministres de ces religions une influence, sinon complètement indépendante, du moins prédominante et obligatoire dans leur organisation '. On peut affirmer qu'il n'existe pas et qu'il n'a jamais existé dans le monde un système d'enseignement public livré exclusivement à un corps laïque et séculier comme
' C'est ce qu'a parfailcnienl démoniré M. Cousin lui-même dans ses rapports olliciels sur renseignement en Prusse, en Hollande, etc. Voir aussi un excellent travail sur le caractère religieux de l'instruction primaire en Prusse , compar»;e à colle qui se donne en France , par M. Aurélien de Cuurson , dans la Ilevue de l'Armoriquc, n" 4, p. 2U.
'Université de France. Quels sont d'ailleurs, même avec cette intervention puissante et obligatoire de 1 clément religieux, (juels sont les résultats (h' ce système moderne et absolutiste de la direction de renseignement par FEtat? En Allemagne, ils ne sont rien moins que satisfaisants, et des juges désintéressés n'bésitent pas à reconnaître que dans cette ancienne patrie de 1 érudition et de la philosophie, une génération de médiocrités incontestables a remplacé ces grandes constellations intellectuelles ([ui brillaient à la fin du dernier siècle et au commencement du nôtre '.
Il ne serait pas difficile, je pense, de constater les mêmes résultats (|uant à la France, et de démontrer l'inférioi ité des générations lormées par TUniversité, comparée à celle des Chateaubi'iand et des Cuvier. Depuis les statisti(jues de la justice criminelle jus(juaux i'euilletons de nos journaux les phis lépandiis, tout démontre suffisamment que ni la moralité pu])li(pH', ni la dij;nité des lettres uont gagné à la pr()pa{;atiou moderne de finstructiou t(^lle ([ue 1 l^tatla débite parmi uous. On peut hardiment conclure que liMual ne féracpi'augmentei* sous linlluence (fuii système (pii a cru pouvoir
' Nous ongagoons vivement luuli s les personnes qui veulent se bîieune idée exacte des lésuUals réels de l'inslruciion publicjue en IVussc, à consulter l'ouvrage reniaKiuablc de M. Laing, voyageur anglais, prolest;uil et démocrate, intitulé : Soles of a traveller on the soçiut (duI poUlicul stnle of France. 1*i'usii(i, elc.
siippU'cr à l'unité des croy«Tnces par rnnilormité dos inctliodes, et (jui affaissera peu à peu le {]énie autrelbis si fécond et si brillant de la France sous le jouf> de la médiocrité intellectuelle et d une moralité négative.
On a déjà vu le chef actuel du monopole universitaire, mu sans doute par le désir de stimuler la [>énérosité des contribuables, avouer dans son récent rapport au roi sur finstruction secondaire, que la France moderne, malgré les ressources du budget et les exactions de la rétribution universitaire, offrait à la jeunesse avide de s'instruire beaucoup moins de ressources ([ue ne lui en avait assurées sous fancien régime la munificence durable du clergé, de la noblesse et des corporations nuniicipales. Qui sait si on ne verra pas un jour (juelque successeur de M. Villemain reconnaître par un nouveau cri de détresse (|uc le système modc^rne le cède autant à fancien sous le rapport de la ijualité que sous celui de la quantité, (pie le soi-disant gouvernement des capacités a introduit peu à peu le règne de f incapacité, et (pic sous Fégide de renseignement officiel, le niveau intellectuel de la France a baissé? Cest là du reste laffaire des hommes à qui la France a permis de disjioser de ses destinc'îes. T^a notre, comme catholi((ues, est d'emp('"cher rabaiss(;ment paralU'le du niveau moral au sein de nos propres familles. î*sous ne sommes pour rien dans finvention de
ce système désastreux , nous n'en avons été que les vietimes, et jamais les complices. Soyons au moins les premiers à le dénoncer et à nous en a lira ne h ir.
11 faut bien ladmettre du reste, TUniversité et ses défenseurs en repoussant le sacei'doce eatlioii({ue de renseignement, sont d'accord avec la nuirclie continue de cet odieux despotisme qui se dé- (juise partout sous le nom d esprit moderne ou de ])rogrès social, et (jui consiste àabsorberdans 1 unité factice dv. lEtat toute la sève et toute la Ibrce de la vie sociale. On a commencé par détendre et briser tous les ressorts cpii imprimaient à riiomme une impidsiou permanente vers un monde meilleur, veis une vie plus haute, et ([m lui servaient en même temps d'inviolable sauve{;arde contre toutes les tyrannies. On a détruit peu à peu toutes les institutions (uii témoi[;iiai('nt de lori^pualile et dt! la féconde variété de sa natui'c : on a prosciit toutes les (brnu's, toutes l(\s traditions (jui caressaient sou imagination en peiq)lautsa mémoiic. llsaj;it mainicnant dencluuner son intelli^jcncc; et son activité et de les scellei- j)our jamais au sein de celte f;rande macliine(pi'on apjxîlle Tintât, ([ui sr cliai'j;eraira{;ii-, de penser, de eouibattre, declioisir cl de croire pour
lui, qui ré[îira son esprit comme clic refait déjà son industrie et sa propriété, qui élèvera ses enfants comme elle partaf^c sa succession, et qui deviendra ainsi Tunique a^^ent et le seul arbitre d'une nation moralement anéantie. li'Université ne représente pas seidement lorf^ueil du rationalisme et l'anarchie intellectuelle où conduit Tincrédulité : elle représente surtout et elle sert merveilleusement cette tendance de l'Etat à tout ployer sous l'implacable niveau d'une stérile uniformité. C'est par elle que ce nouveau despotisme , qui menace le monde, tend à se substituer à l'Eglise et à la famille, ces deux foyers sacrés de la liberté morale du j>cnrc humain. Elle est Tinstrunient docile et efficace de celte coupable ambition des pouvoirs publics de nos jours, qui leur fait mettre la main sur tout ce (pii était autrefois à l'abri de leur atteinte. Car, remarc juons-le encore, par une contradiction aussi étrange que jévoltante, })lus leur durée est éphémère, plus ils sont dépouillés de tout ascendant moral sur les peuples, et plus ils aspirent à s'ériger en pontifes et en docteurs. C'est le moment où ils renoncent pour eux-mêmes à la profession d'une croyance quelconque, qu'ils choisissent pour réglementer et administrer chez les peuples le domaine de la conscience et de la foi, où leurs prédécesseurs n'avaient jamais osé s'aventurer qu'au nom et pour le compte d'une religion positive. Leur origine, leurs révolutions, leur constitution et leurs condi-
tions mêmes d'existence leur interdisent jusqu'à ces fictions qui autrefois entouraient l'autorité d'un presti(][e salutaire; et les voilà qui se posent en interprètes et en modérateurs de réterncllc vérité pour pénétrer jusque dans le sanctuaire de la Camille et pour prétendre que les[>énérations futures doivent être moulées à leur ejfujie! Quelles (]ue soient les appn'diensions ou l'insouciance des pliilosoplies et des politiques étrangers à la loi de l'Eglise, au sujet des progrès de ce nouveau despotisme , les catholiques peuvent-ils laisser avec indifférence se consommer l'œuvre fatale de cette sécularisation universelle? Peuvent-ils se résigner froidement à voir détacher ainsi pièce à pièce de la vérité religieuse tous les cléments de la société qui avait été sauvée et rég<''néi'ée par l'incarnation du Fils de Dicm?
Naguère la politique, la jurisprudence, la science, toutes les branches de l'art reconnaissaient la suj)réniatie de lEglisc et laisaient dériver délie leur fécondité et leur sanction. Toutes ces nobles vassales <le l'Eglise ont été successivement arrachées à sa tutélaiic iniluence. Déjà l'anmone, cette* créatiou exclusise du catholicisme, ccf/c invention de In eanilé sacerdotale, connue disait Harèrcî ', est entravée et poursuivie jusque dans ses asiles les plus sacrés et les plus purs, dans les hôpitaux ipi aduiiiiistrent les
* Exposé dos nioliTs de la loi sur les sccoiiis piiMics, 'mars 1705, ei juin 17î)î.
sœurs de cbariié, par cette bureaucratie insatiable qui ne connaU cVautre idéal que luniformité et qui voudrait substituer partout la bienfaisance officielle surveillée par un comptable, à la cliai'ité pratiquée par des cb rétiens.
Voici maintenant le tour de l'éducation, du libre exercice de la puissance paternelle, que TEtat, sous la fi^o ure de l'Université, vient dérober à l'Ejjlise et confisquer à son profit. L'épiscopat et le clergé français peuvent-ils ne pas résister à cette dernière usurpation, qui envabit directement le domaine de la conscience et qui sacrifie à lidole politi(|ue la portion la plus délicate, et jusqu'à nos jours la plus respectée du troupeau cbrétien? Peuvent-ils abandonner un droit à la fois iidiérent à leur constitution divine et garanti par l'esprit et la lettre de la loi fondamentale du pays? Plaise au ciel qu'une pareille faiblesse ne puisse jamais leur être reprocbée; car du moment où l'Eglise reconnaîtrait (ju'elle a perdu ce droit, elle aura rendu les armes à l'esprit moderne, elle aura subi une défaite non moins funeste pour le salut et le bonheur de Thumanité que celle où le despotisme des souverains, l'astuce des légistes et l'ingrat orgueil des savants lui ont dérobé la noble fonction de juge entre les peuples et les rois.
Mais, vous disent les chefs du monopole, TUniversité ne repousse pas le concours du clerf^é; tout au contraire, elle le recherche et le facilite partout où elle le peut. Je le crois bien en vérité! loutres de .lésus-Christ, TUnivcrsité sachant bien quelle ne peut d'un seul coup anéantir votre influence et se substituer partout à vous, ne demande pas mieux que de vous prendre à son service, et de vous donner sa livrée : c'est d'elle que vous tiendrez vos {ïa(>cs et votre passeport auprès des f^^énérations nouvelles. l^]lle vous demande votre concours, dit-elle : mais à quelles conditions? Sont-ce vos conseils qu Vile suivra? est-ce votre esprit (juclh; inoculera, votre symbole ([u'elle imposera? Et ne sont-ce pas là les seides conditions [)0ssibles du concours d'un prêtre? l'ont au contraire, c'est elle qui vous inq)Oseia ses méthodes, cjui vous prescrira ses systèmes, et qui surveillera votre lanj;a};e; elle ipii ne compte pas un seul ecclésiasti(pie parmi ses chefs, et (jui est [)ouvcrné(î par des, hommes dont la ciovance est souvent un mythe pins inq^énéti'able encore (jue leui doctrine'.
' Jo me suis soiivoiU iloinaiulo , (juanil j'étais elèvr di; l'i niveisilé, comme* depuis que j'en suis soi li, ce<|iie l'auuiônier de unnpo! Il* qiuM oollé<;(* l'oyaî de Paris pomiail ri'pondn* :« l'cl/'v e (pii lui
Ici, encore, rUnivcrsité est parfaitement (raccord avec cette Foule d'hommes d'État, de moralistes et de littérateurs que nous rencontrons à chaque pas sur notre chemin, et qui révent pour lEj^lisc une sorte de servitude dorée et tranquille. On satisferait ainsi à la fois, et aux traditions du jansénisme par- Icmentaiie et du despotisme impérial, et aux illusions de cette aristocratie philosophique qui cherche à se constituer parmi nous, avec la mission de tendre doucement la main au rjenre humain, et de faider à s'élever plus haut encore que le christianisme '. Ah ! nous les connaissons bien , ces jçrands esprits, pour qui l'Égalise nest cjunne sorte d'administration des pompes funèbres , à qui l'on commande des prières pour le convoi des princes, ou même des chants pour leurs victoires; mais (|ue l'on congédie poliment dès qu'elle s'avise de manifester ses vœux et ses droits. Nous les connaissons, ces tacticiens de cabinet, qui ne demanderaient pas mieux que de transformer le clergé en {gendarmerie morale , sage et docile instrument d'une police spéciale, à l'usage de certains esprits prévenus, de certaines populations peu éclairées.
dirait: « Mais, iM. TAbbr, pourquoi voulez-vous nous faire croire à t (les choses que iradmeilenl aucun de nos professeurs?»
* La philosophie est palienle...j elle est pleine de confiance dans Tavenir. Heureuse de voir les niasses, le peuple, c'est-à-dire le genre humain tout entier enlre les bras du christianisme , elle se rfmtenle do lui tendre doucrmenl la main et (h^ Taider à s'élever plus liaul ( ncoro. M. (lou'^in. Coins (rilislor*^ do l:i l^liil(>^;ophio.
Nous les connaissons encore, ces or(>anisateurs nouveaux , qui veulent iDÎen reconnaître à lantique relipjion de la France le droit d'exister, à la condition d'être réglée, soumise, respectueuse et facile; espèce de femme de ménape qu'on ne consulte sur rien , mais qui a son utilité pour certains détails essentiels de l'économie sociale. Nous les connaissons enfin, ces écrivains, ces orateurs plus ou moins diserts, qui , parce qu'ils ont, dans un cours ou une revue, rendu en passant un obscur iionimage à quelque grande vérité ou à quelques giands liommes de l'histoire catholique, se ligureut (|ue ce catholicisme littéraire doit courber l'Eglise sous le poids d'une' reconnaissance éternelle envers eux; qui, parce qu'ils poussent la condescendance jusqu'à accompagner leur femme ou leurs entants à la messe paroissiale, se croient investis du droit de dénoncer comme un attentat à la sûreté puljli(|ue , le premier signe de vie ou de courage (jui échappe auxcatholi({ues, se posent à la tribune, à l'Académie, dans la presse , comme nos correcteurs officieux , et affectent de traiter nos plus vénérables évéqucs comme des écoliers en révolte, et fl^^ylise de France comme une affranchie ([ui s'égare, ou une protégée qui seniancij)e.
(^cst parce c[ue nous connaissons ces hommes et leurs systèmes, que nous n'acceptons pas leuioi- {;ueilleuse |>ro(('ction , et cpu^ nous ne ivtloutons pas leur inimitié, l.a position ([uils voudraient
faire à lÉglisc n'est qu'une sorte de domesticité (jue nous répudions avec toute réner{>ie de notre amour pour elle. On a vu, il est vrai, à d'autres époques de notre histoire, coinme on voit encore dans certains Ktats catholiques, l'Eglise associée à un système politique, y perdre une portion de son énergie et de son indépendance naturelle. C'est une épreuve, à coup sûr, et l'une des plus difficiles qu'elle ait eue à endurer : mais alors, du moins, ceux qui l'entravaient ou la dirigeaient avec plus ou moins de sincérité, pratiquaient publiquement ses lois, et se glorifiaient d'être ses enfants dociles par la foi. Mais être auy ordres d'hommes qui lui sont étrangers ou hostiles, d'incrédules, d'indifférents ou de protestants que les chances des luttes parlementaires peuvent appeler au pouvoir, se mettre au service de quelques sophistes qui ne lui font plus l'honneur de la persécuter, parce qu'ils trouvent plus d'avantage à se servir dcllc : c'est là un métier qui peut convenir à quelqu'une de ces églises bâtardes , transfuges de l'unité et de la vérité ; mais qui serait le dernier degré de l'abaissement pour l'unique et pure épouse de Jésus-Christ.
L'Église catholif[ue, il faut bien quon s'en souvienne, ne connaît pas ces transactions avec ceux qui font reniée ou vaincue ici-bas. Elle se laisse proscrire, mais non pas exploiter. On peut confisquer ses biens, la dépouiller de ses droits, lui interdire, au nom de la loi, la liberté (ju'on laisse à
Terreur et au mal. Mais nul ne saurait confisquer la sainte indépendance de sa doctrine, ni luiiaire abdiquer un atonie de sa toute-puissance spirituelle. Dépositaire de la seule vraie égalité, de la seule vraie liberté, elle n'acceptera jamais le partage des intelligences, dont on lui attribue comme la plèbe, en se réservant Télite. Elle n'a pas été envoyée seulement, comme on le dit, peur consoler le malheur, la faiblesse et Fignorance, mais bien pour prêcher la pénitence aux heureux, Thumilité aux forts, et la folie de la croix aux sages et aux savants. Elle ne dit pas aux hommes : Choisissez dans moi ce qui vous convient. Elle leur dit : Croyez, obéissez, ou passez-vous de moi. Elle n'est ni l'esclave, ni la cliente, ni l'auxiliaire de personne. Elle est reine ou elle n'est rien.
Et nous qui , au prix des [)lus pénibles sacrifices , au milieu des soupçons et des calomnies , et dans le seul intérêt delà justice et de la vérité, avons travaillé de notre mieux à détacher les liens qui semblaient naturellement identifier les droits et les intérêts du catholicisme en France avec un parti hostile au gouvernement nouveau; nous ([ui voyons cette (H'uvre (liKicile approcher (rmi succès plus pioiiq^t et plus complet (jue nul n eut osé l espeier il y a dix ans; nous avons bien ledioitde le dire, en écoutant le lapgage(ju(^ tiennent l(*saj)()iugistes(l(' I Tniversilé etde l'Elat : ce n est pas la cv (juc nous avons voulu.
Nous irons mciiie plus loin , et nous dirons que si TEglise de France avait le malheur d'en être réduite à cette alternative, il vaudrait mieux pour son honneur, (|uelle ïùt restée liée au légitimisnie que de subir la position qu'on lui olire, mais ([ue, heureusement, elle n'acceptera jamais. Non, elle n'aura pas secoué le joug traditionnel d'une solidarité scellée par tant de splendeurs et tant de calamités qui lui ont été communes avec Tancienne dynastie; elle naura pas résisté en face au glorieux despotisme de l'empire, pour aller ramasser, dans les bas-ionds de la politi([ue actuelle, je ne sais (juels ignobles liens préparés par les mains de ceux (jui ne volent dans la religion (ju'un instrument de gouvernement. Non, la France est encore trop généreuse pour ([ue ce soit là le sort réservé à ses citoyens catholiques; il n'y a (jue des hypocrites ({ui pourrraient nous y condamner, il n'y a c[ue des lâches cpii pourraient le subir.
Nous sommes loin d'avoir épuisé la série des arguments ([ui établissent en général une opposition radicale entre les intérêts et les droits du catholinsmc d'une part, et les prétentions de l'Université de lanlrc. Mais il convient d'entrer dans l'examen des ciiconslances spéciales où se trouve en ce
moment la ([uestion de la liberté d'enseignement, et de passer en revue les motifs de satisfaction et d'alarmes qui doivent dériver pour nous des discussions récentes.
Le premier et le plus décisif des avantages que nous avons obtenu a été d'avoir frappé l'attention en soulevant un vaste coin du voile sous lequel se dérobaient, aux yeux des observateurs superficiels ou insouciants, la véritable nature de l'enseignement universitaire et les véritables dispositions de ses organes. Il est peu de catholi(jues, je pense, c[ui aient pu conserver des illusions a ce sujet, après la publication si providentielle des fragments posthumes de M. Jouffroy ; il en est peu qui soient restés sourds à l'avertissement contenu dans les paroles mémorables où cet infortuné, si vanté et si regietté par nos adversaires, a raconté (juel avait été pour lui le résultat de la science qu'il enseignait au nom de l'Ktat à la jeunesse française. « \/d divi- « nité du christianisme une fois mise en doute à « mes yeux,... je sus alors ([uau fond de moi- « même il n'y avait rien qui fût debout, <pie tout ce « (|ue j'avais cru sur moi-même, sur Dieu et sur « ma destinée en cette vie et en l'autre, je ne le « croyais plus... Puis(pie je rejetais l'autorité (pii « me lavait fait croire, je ne pouvais jihis fad- « jnettre ' ! » Elles resteront ces paroles, maigre les
• Pages 113 cl 115 (le rôdiiion posllmmc, avaiil les coupures l'ailos par MM. (luubiii cl nainiron.
clfoits (|iic 1 Université a faits pour les anéantir; elles resteront eommc un témoignage irréfutable de la nature réelle de renseignement qu'on substitue à celui de lEglise, et qu'on prétend imposer par la ruse et la force aux générations futures.
L'effet de cette première et précieuse révélation a été conq)lété par rexcellente discussion entamée contre fUniversité par M. ^févêque de Chartres, avec un zèle et une franchise qu'on ne saurait assez admirer, tandis que les paroles énergiques qu'employaient M. le cardinal de Donald et M. l'évêque de Belley, pour mettre en garde leurs fidèles contre les chaires de pestilence , trouvaient leur justification immédiate dans une foule de citations chaque jour renouvelées, et jusqu'à présent demeurées sans réplique.
Après ces révélations écrasantes sur les antécédents littéraires des membres les plus considélables de FUniversité -, après ce fameux rapport do son chef sur f instruction secondaire , où la vérité est pres([ue toujours déguisée quand elle n'est pas trahie , et où les droits de la liberté et de la religion sont si dédaigneusement passés sous silence ; après fodieuse tentative faite par l'organe le plus accrédité du gouvernement et de fUniversité pour rendre l'enseignement de nos séminaires suspect des plus abominables turpitudes ; enfin , après fexplosion simultanée des colères universitaires par la
bouche de MM. Miclielct ' , Pierquin de Gembloux% Libii '^ et Quinct », il faut être volontairement aveugle pour ne pas savoir à quoi s'en tenir
' Leçons au Collège de France, publiées depuis par lui-même. M. Michelet a été longtemps professeur d'histoire dans un collège de Paris, puis maître de conférences pendant huit ans à l'École normale , où il a formé Vélice des jeunes professeurs de TUniversilé actuelle. II dit de lui-même, dans sa leçon du 26 mai (p. 75) : i On me connaissait dès lors par mes livres, et par mon enseignement de l'École normale , enseignement que mes élèves répandaient sur tous les points de la France,
. * Discours contre les Jésuites, au Collège de Nevers. M. Pierquin est inspecteur de rAcadèmie de Bourgos.
" Revue des Deux Mondes , du l*^'' mai et du 15 juin 1843. M. Libri est professeur à la Faculté des Sciences de Paris , et depuis ses deux manifestes contre le clergé et la doctrine catholique , il a été nommé professeur au Collège de France.
^ Leçons du Collège de France , publiées par lui-même. M. Quinet a été professeur à la Faculté des Lettres de Lyon, avant d'être appelé au Collège de France , qui ne relève pas directement de rUniversitè. Il a, du reste, dans la susdite leçon, parfaitement posé la question qui nous occupe , en ces termes : «Quel est, selon l'esprit des institutions nouvelles, le droit do « discussion et d'examen dans l'enseignement public? En termes « plus précis encore, un honmie qui enseigne ici publiquement « au nom de CÉlat, devant des hommes de croyances dilVèc renies , est-il obligé de s'attacher à la lollrc d'une connnunioii I particulière, de porter dans toutes ses recherches cet esprit e.v- « clusif, (le ne rien laisser voir de ce qui pourrait Vvw séparer < même un moment? ï Et il répond connue de raison par la nèga- Uve , ce (jui l'autorise à annoncer à ses élèves un < Evavij'lc rcnout velc par les pemcursj les écrivains, les pactes , les philosopln's , un « Christ agrandi ^ renouvelé , sorti comme une seconde fois du sé- « pulcre. » La logicpie de M. Quinet est sincère, et nous le croyons consè(iuenl avec les bases aciuellos de l'Université. II a dit avec la franchise que conq)orle sa position ce qui est déguisé dans l'ensei-
sur Jcsprit qui anime la majorilc active du corps universitaire , et sur le (le(]Tc de confiance que méritent les aifirmations de M. Cousin et de M. Villemain, lors(}uils ont osé, l'un déclarer à la chambre des pairs * qu'il ne s'enseignait dans aucun des cours de pliilosopliie du royaume une seule proposition directement ou indirectement contraire à la foi catholique; et lautre, dire solennellement au roi ' que renseignement universitaire était irréprochable !
En dehors de TCTniversité et au sein du parlement, nous avons appris, dans le cours de cette dernière session , à connaître des opinions importantes , grâce aux discussions qui ont eu lieu sur les pétitions catholi(pies, grâce surtout à la proposition insuffisante, mais laite avec tant de cou-
giicment de l'ordre inférieur, cl plus conlrôliî que le sien. I! faut observer d'ailleurs que ni lui ni aucun des trois autres orateurs qui se sont constitués les défenseurs de l'Université, n'ont reçu la moindre marque d'improbalion ou le moindre avcrlisscmcnt public de la part du Ministre qui, peu de jours ai!i)aravanl, déclarait au roi que renseignement universitaire éiait irréprochable.
* Séance du 15 mai 1843.
- Réception du 1" mai 18 i3, discours prononce à la Iclc du Conseil lioval.
i a[;c et tropportunitc par M.j tic Carné. On y a vu que, sur cette grande question , si essentiellement sociale et morale, I)eaucoup d'esprits sincères et indépendants savaient s'affranchir des engagements ordinaires de leur position politicjue. Tandis que les vieux préjugés voltairiens, les vieux épouvantails du y;(7rt/-p/é7re et du jésuitisme, ontétécxploités, comme on pouvait s'y attendre, par les orateurs de la vieille gauche, comme MM. Stourm et Lestihoudois, par ceux de la cour, comme M. Liadières, par la haine jalouse de certains légistes, comme MM. Chegaray et Philippe Dnpin, on a vu les promesses de la Charte et les garanties que la religion demande à la liherté seule, généreusement réclamées par de hauts fonctionnaires, comme MM. de Golhéry, lîaude et Janvier, et par des mend)res sincères et vraiment liht'raux de ro])position, comme MM. de Tracy, de Cbrcelles, ïiarahit, etc. Tous les orateurs du parti légitimiste ont plaidé pour la liherté. Dans cette dernière circonstance, nous ne saurions dissimuler ([u'il n'y ait un motif d'emharrasetunohstacle possihle au succès prochain de notre cause. T. un des princi[)au\ arguments ([n'emploient les défenseurs du monopole, et \c. plus populaire de tous au sein des masses iguoi-antes (|irils égarent, est de représenter l'éducation rc^ligieuse connue un acheminement au retour de la dynastie i\u\ a cessé de régner m i S.'Jo. Les hommes (jui ne erai{;uent |)as ifaKi-ihuer lop- [>()siii()n de M. de 'lYicipicvilh* à un Icgitimisnie
(léfjuisc ', se croient plus beau jeu encore eu voyant M. de Biézé et M.' de T^a Rocliejacquelein arborer, comme ils l'ont lait, le drapeau de la liberté d'ensei|]nement. Mais ((uniiporte, après tout? Quelle est donc la cause au monde qui n ait point ôté euibarrassée par de semblables obstacles, et quel est l'embarras quon ne puisse vaincre par la francliise et le dévouement? Les lé(>itimistes remplissent un devoir de conscience et dlionneur en revendiquant pour eux-mêmes, comme pour leurs antagonistes, le bienfait de la liberté : qu'ils y persévèrent sans crainte. Le temps et la conscience publique feront [graduellement justice des clameurs intéressées qui voudraient inspirer des doutes sur leur sincérité. D'ailleurs, le jour approche, ce scndjle, où tous les légitimistes de bonne loi , tout ce qui dans ce parti s'élève au-dessus de la rancune et de l'intrigue, reconnaîtront ([ue les intérêts catholiques leur offrent le seul terrain digne de leur courage, de leur activité et de leur dévouement à la connnune patrie. Ce sera le jour d'une grande joie pour la religion, et d'une grande confusion pour se§ adversaiies.
' Voyez lo Jourunl iles Débals f apKs une des (liscussions do la dernière session.
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La sagesse vulgaire nous le dit : Rien n'importe plus que de bleu connaître ses amis et ses ennemis. Or, le chef naturel de nos ennemis est le chef actuel de l'Université : à deux reprises différentes, et pendant près de quatre années, il a gouverné ce grand corps; cela suffit et au-delà pour nous le faire connaître à fond. Nous pouvons donc arrêter notre jugement sur ce que nous avons à atfendie de lui; chose d'autant plus utile que, pendant longtemj)s encore, il est probable (pie M. Villemaiu présidera au département de l'Instruction publicpie. Nonseulement les chances d'un changement de ministère semblent très-éloignées, mais, en supposant même ([ue ^T. le maréchal Soult etlNl. Guizotdussent (piitter le pouvoir, il ne faudrait pas en conclure que M. Villemaiu dût les suivre. Reconnaissons-le : M. Villcmain s'est fait une position nouvelle et foite, dans le monde politiijue, à nos dépens, et ])ai' la violence habile de son langaj^e au sujet de IVdueation relijjieuse. Qui ne se souvicMit de la façon dont cet orateur était décri('% bafoui* par l(\s journaux delà gauche dans les premiers tenq)s de son ministère:' Aujourd'hui , et depuis (pu* \c mènu' M. VilKimaiii a insuh('' les jésuite^ à 1 Aeademu^ lîMneaise. et l'i'niiiiK', eomiUi* iU dirent, les pi'('M(Mi-
lions catl]oli({iics à la lril)iinc tics deux chambres, ce iV est [)lus, clans ces mêmes journaux, qu'un concert crélo(]es et de* compliments. On le distin(]ue memesoi(^neusement de ses collè[T^ues; ses moindres actes sont entourés de sympathie; ses moindres pa» l'oles lecueillies avec une sollicitude touchante; tant il est viai que pour tous ces prétendus libéraux, (juelles que soient d'aillenrs leurs distinctions d'ori- (^ine, de position ou même de patrie, Finimitié contre les droits et les institutions de rÉ(}lise catholique établit toujours une alliance instinctive et intime. Si ses collègues voulaient aujourd'hui se débarrasser de lui, il deviendrait aussitôt Tidole d'une popularité redoutable; s'ils tombent, et qu'il ait envie de leur survivre, nul doute qu'il ne le puisse à son ^ré : rextréme facilité avec laquelle il s'est associé à la même politi([ue qu'il flétrissait si énerf[iquement sous la coalition , ne permet pas de craindre qu'il se laisse arrêter par les léjjères différences qui pourront exister entre le ministère actuel et celui qui le remplacera un jour. Je suis convaincu que, tant que le pouvoir ne voudra pas accorder franchement la liberté de renseignement (et il ne; le voudra jamais à moins d'y être contraint), M. Villemain sera le chef et l'âme de la résistance. J'ajouterai, jiour ma part, ([ue j'en félicite sincèrement la cause de la liberté, parce ([u'en présence d'un tel adversaire on ne son(]cra plus, sans doute, à des tiansactions, ni à des concessions Funestes, qui
eussent trop sûrement compromis ravcnli* de Téclucation ieli[;ieiisc en France. Sons un homme dioit et religieux comme M. de Salvaiidy, sous M. Cousin lui-même, lequel, pendant son ministère, ne paraissait pas encore atteint de cette sorte de monomanie quileporteà identifier sans cesse la causede la philosophie et de la raison avec sa personne et son système; sous n'importe quel autre ministre plus conciliant et moins inféodé aux passions universitaires, on aurait été sans cesse tenté d'accepter, avec confiance, quelque demi-mesure ({ui n'eût servi quà empirer le mal. Les antécédents de M. Villemain, les dispositions justes et respectueuses envers lË- {;lise manifestées dans plusieurs de ses écrits, surtout la haute indépendance ([uelui donnait envers fï^niversité l'éclat de sa position au sein mcjne du corps cnsei}>nant, pouvaient, à coup sûr, faire snpj)0ser qu'il prendrait une attitude plus forte et plus généreuse que celle de ses prédécesseurs; et cette illusion n'a été plus chère à personne (pfà fauteur de C(îs pa{>es ([ui a si lon(;tcnq)S si(''{;é à cMv de lui sur les bancs de la faible minoi'ité de la (îhandjre des Paiis. Malheuieuscment, oest le eonliaire ([ui est arrivé: aucun ministre n a adopté avec plnsdaeharnementl esprit é(;oïste et jaloux de ses subordonnés; aucun n\i sacrifié plus complètement les devoirs (généraux et nationaux du ministre de f Instruction publiipie aux intérêts exclusifs et [)crsoiinels du (|rand-mai(r(^ del rniversité.
Dans les premiers temps de son administration on a pu encore se l)ercer de (|uel([ues espérances; mais elles ont du disparaître sans retour lors de la présentation du projet de loi de iS/fi? 4^11 a si cruellement trompé lattente des prélats distin(;nés, dont on avait demandé l'avis et obtenu Fadhésion conditionnelle, en manifestant des dispositions démenties par le texte et l'esprit de ce projet. Depuis lors, les actes et les paroles de M. Villemain ont porte l'empreinte d'une hostilité avouée et systématique contre la liberté promise par la Charte et réclamée par la reli{}ion. Je le répète, cette inimitié patente est un grand bien; elle simplifie la situation ; eWç éloigne une solution insul lisante et dangereuse ; on se serait peut-être laissé trop facilement entraîner à traiter avec la faiblesse bienveillante, avec cette politique mielleuse qui caclie sa misère morale sous le voile des bonnes intentions, qui semble s associer par ses phrases à \os vœux pour un meilleur avenir (pi elle prend à tache d'ajourner indéfiniment par ses actes. Avec M. Villemain, du moins, on est à l'abri de ce danger; car, où est le catholique , où est le prètie, où est levêque assez hardi pour se fier à la parole de riiomme qui a déclaré publiquement au roi ([ue fenseiguement de rUniv€Tsité était irréprochable :'
Qu'on me pardonne la sincérité de mon langage! je ne parle pas ici à la tribune, je ne suis point astreint aux ménagements parlementaires, j<' ne
luadrcssc point à des hommes d'opinions et do croyances diverses, je ne nAidresse quù ceux ([ui sont mes frères par la loi aux mêmes mystères et le dévouement aux mêmes intérêts, et qui ont besoin de connaître la véiité, cette vérité tout entière rpron met autant de soin à leur dé^juiser que j'en v(îu\ mettre à la leur dire.
Voyons maintenant à quoi se réduit ce qui a été tenté juscpTà présent depuis la consécration du principe de la liberté d'enseip^nemcnt dans la Charte? Un petit nombre de pairs et de députés ont réclamé au sein des chambres léf^islatives la réalisation de ce principe : un petit nombre d'écrivains ont sout(;nu dans la presse, avec la plus louable persévérance, les droits de 1 l*^.}>,lise et de la société contre le monopole; un petit nombre de pétitionnaires ont demandé au parlement la restitution du libre exercice de la puissance paternelle; enfin, un iiond)re encore plus petit dV'vêques ont dénoncé inihHifucw?e/in'ensei(;uemeut universitaire. Nous savons bien qiu^ la (;rau(le majorité d(\s ('>vé(jues oui adi'esséau ministère i\r<, plaintes éuei'j;i(jues et réitérées conlic la direr(i(ui de cii (Misei'MUMnent et eoiUi'e le (l(Mii de justice «pi inij)h<pH^ le luiinlirn du ujouopoie :
nous avons même vu clos leUios cl des mémoires (iiKinés de plumes épiscopales (jui eussent à couj) sûr ébranlé lopinion des plus iiidillérents, si la [)ublicité ne leur eût pas manqué. Mais quel a été le résultat de ees démarehes confidentielles? Aucun. Les ministres répondent d'une faeon évasive, et tandis que leurs cartons sont remplis des plaintes de Tépiscopat, ils répli([uent effrontément aux orateurs ([ui leur objectent ces doléances, qu'ils ne savent ce ([u'on veut dire , et ils font vanter dans leurs journaux la sagesse et la prudence de la majorité des évêques français, par opposition à ceux d'entre ces prélats qui ont commis le crime de confier au pays tout entier le secret de leurs douleurs. Ces plaintes secrètes de l'épiscopat sont si complètement inutiles que depuis treize années il n a pas été pris par le pouvoir universitaire une seule mesure propre à consoler ou à rassurer, même provisoirement, le cleroé et les pères de famille chrétiens. lueurs démarches personnelles n'ont pas mieux réussi (pie leurs plaintes par correspondance. Que sepasse-t-il en effet? l'n évcque arrive à Paris le cœur char[>é d'amertume et de tristesse par la connaissance (|u il a de l'étal déplorable de la jeunesse dans son diocèse : il se rend au Château; il ('coule un au[;uste interlocuteur (pii de son C(3té écoute ibrt peu ou n'écoute point; il recueille les touchantes paroles d'une reine si (^lande par sa piété et par ses ('^preuves, mais dont le plus };rand malheur assurément
Où
serait de voir sa piété servir de voile à 1 indifférence ou à rhostilité du pouvoir contre l'Eglise. Il descend ensuite vers le ministre, et là, comme plus haut, ne reçoit que des expressions vagues de sympathie et de confiance dans l'avenir, des promesses sans garantie et sans valeur : on porte, lui dit-on, les intérêts de la religion dans son cœur; on désire les servir de son mieux ; mais les difficultés sont grandes, les esprits sont échauffés; il faut surtout se garder du zèle imprudent qui gâte tout; les choses s'arrangeront; le gouvernement est animé des meilleures intentions; le bien se fera petit à petit ; le projet de loi sera présenté très-prochainement, pourvu toutefois que le nrinistère ne soit point gêné par les déclamations inopportunes c^îf parf/ religieux; sur quoi l'on accorde quelque faveur insignifiante et passagère. L evêque s'en va en pensant peut-être qu'après tout ce ministre n'est pas si mauvais qu'on le dit : le ministre se félicite avec ses confidents de ce qu'après tout, avec de bonnes paroles, on peut venir h bout de la majorité sage et prudente de Tépiscopat ': et pendant ces conversations, comme avant, comme après, le monopole s'étend et s'enracine de phks
' On sait que les allidés de rL'iiiversilé alVeclent de disiiuj,'uer entre les évoques anciens et nouveaux; et de ce que les prélats (jui ont le plus énergiquenient dénoncé rUniversilé, connue M. l'évéque de Cluutres, M. l 'évoque de r>ellcy et M. Tévéque de Châlons, ont été nonnnés avant 1830, ils concluent (lu'il n'y a qu'à laisser mourir ce qu'ils appellent Tépiscopal de la Uesiauration , pour pouvoir compter sur rauiorlisscinenl de celle résibiancc redoutable.
en plus; les plus après dispositions de son code illégal sont appliquées avec une rigueur croissante, et la main cupide du despotisme universitaire s'étend jusque sur les maîtrises des cathédrales, où il est interdit à plus de douze entants d'apprendre à la fois le latin et le chant ecclésiastique '.
Ce n'est pas ainsi, il faut le dire, qu'on affranchira les familles chrétiennes; ce n'est pas ainsi qu'on échappera au danger imminent qui nous menace. Ce danger ne consiste pas, comme on se le figure, dans rajournement plus ou moins prolongé du projet de loi sur l'instruction secondaire. // consiste bien plutôt dans la présentation prochaine et i adoption immédiate dune loi qui , sous prétexte de pourvoir aux promesses de la Charte , les interprétera de façon à resserrer tous les liens de la servitude actuellc, et à rendre permanent et irréparable un mal, fjui , en droit, n'est aujourd'hui que j)rovisoire.
Nous aurons à la session prochaine une loi, à moins de quel(j;ue crise imprévue: mais cette loi, n'en doutons pas, ne sera (pie la reproduction des dispositions opj)rcssives proposées par le gouvernement en 1 836 et en i84i- L'Université qui a cru
• Lcllrc de M. Danjou , organiste de la métropole de Paris , dans l'Univers du 13 juillet 1815.
pendant un temps pouvoir prolonger indéfiniment le monopole absolu dans son état actuel, reconnaît que cette pensée est vaine; mais elle a hâte de faire consacrer par une loi définitive le maintien des attributions les plus essentielles de son pouvoir, avant que l'importance croissante des discussions extraparlcmentaires au sujet de ce pouvoir même ne vienne augmenter le nombre et l'énergie de ses adversaires. Nous aurons donc une loi , mais une loi qui consacrera les trois bases suivantes d une tyrannie sans remède.
1** L'obligation pour tout chef d'institution ou de pension , non-seulement d'être revêtu d'un grade universitaire ( ce qui constitue déjà une violation de la liberté), mais encore d'avoir été pourvu d'un diplôme ad hoc à la suite d'un examen passé par devant un jury presque exclusivement choisi par le chef de l'Université. (Art. 6 du projet de i84i.)
2** L'exercice d'une juridiction pénale par l'Université elle-même sur tous les établissements libres (jui, ne dépendant pas dellc, seraient nécessairement ses rivaux.
.^^ L'interdiction de tout enseignenu'iil j)ar des ordres religieux.
Les deux premières de ces dispositions lenvcrsent l'idée même du droit commun , établissent la conluMon de TUniversilé avec l'I^tat, éri(;ent cette corj)oration à la lois en juge cl pailie, instituent
une prcveiitiou permanente eoiitrc la liberté, et confient la réjiression des écarts inséparables de cette liberté même à une juridiction exceptionnelle, exercée par le seul corps ([ui soit intéressé à lanéantir.
La troisième, spécialement dirigée contre les Jésuites, et dont le gouvernement avait laissé en i836 l'odieuse initiative à la gauche, sera très-probablement proposée à la prochaine session , par le même ministre, qui a donné le signal aux invectives récentes de ses subordonnés, en déclamant contre « cette société remuante et impérieuse que « lesprit de gouvernement et Tesprit de liberté re- « poussent avec une égale méfiance'. » Si elle est adoptée, le monopole sera de fait maintenu. Sans doute , en abolissant des exigences minutieuses qui rendent aujourd'hui son joug si intolérable, telies que l'autorisation préalable et arbitraire de toute maison d'éducation, l'obligation ^de conduire les élèves des pensions aux collèges universitaires, la nécessité des certificats d'études dans ces collèges avant dètie admis aux examens du J^accalauréat; on aura rendu plus facile la création d'un petit nombre de maisons dirigées par des ccclèsiasti([ues ou des laujucs [)ieux, qui olfViront des garanties <onvenables aux lamilles. Mais qu'on le sache bien,
' niscours de M. Villcniain à rAcadcinic l'ranraisc, le 30 juin 18i-2.
renseignement tel qu'il est, ne subira aueun chan- (jement très-notable. Le cler(>é séculier, tel qu'il est actuellement constitué en France, restreint en nombre, absorbé par les travaux du saint ministère, dépouillé de toutes les ressources qui naguère permettaient à Télite de ses membres de consacrer leur jeunesse à Têtu de , le clergé séculier ne saurait lutter, avec le succès que doivent vouloir les catholiques, contre l'organisation puissante de l'Université. 11 fera quelque bien, il n'en fera pas assez pour guérir le mal qui nous consume. Partout d'ailleurs et toujours, chez les peuples catholiques, l'enseignement a été, non pas exclusivement, mais en premier lieu, ra])anage des ordres religieux. Partout d'ailleurs et toujours les restrictions imposées au clergé régulier, les proscriptions légales prononcées contre les moines, ont fini par retomber sur lepiscopat et le sacerdoce tout entier. On ne citerait pas dans l'histoire un exemple du contraire, et l'expérience toute récente de l'Espagne démontre assez ce que ga(;ne le clergé séculier à séparer sa cause de celle des moines.
Il fautdonclesentir,etil laut surtout avoir lecourajje de le dire, sans subteriuge et sans détour : l'éducation ne peut être solidement régénérée et épurée que par les congré}][ations religieuses. Il (*st juste d'assigner entre elles un rang élevé à ces Jésuites qui ont sauvé la foi dans la plupart des pays catholi- (piesau seizième siècle, et ({ui (lej)uis ont eu le ma-
{jnifiquc privilcgc trôlrc dans tous les pays et k toutes les époques les premiers objets de la haine de tous les ennemis de l'Eglise. Il est juste et il est naturel que rE[>lise elle-même et que tous ses enfants dociles et dévoués , éclairés par cette démonstration si incontestable de leurs immoitels mérites, les maintiennent en possession d'une confiance et dVm respect que la rage de leurs antagonistes ne peut qu'accroître. Arrière donc ces catholiques pusillanimes, s'il s en trouve, qui s'associeraient lâchement^, même par leur silence , aux invectives et aux calomnies de nos eiuiemis , contre des accusés qui n'ont pas besoin de se défendre, mais dont la gloire , les vertus et les malheurs font partie de notre apanage. Si la liberté ouvrait à cette illustre compagnie les portes de la France, comme elle lui a ouvert celles de l'Angleterre, de la Belgique et de l'Amérique, à l'abri désormais des dangers que lui ont flût courir une alliance trop intime avec les monarchies absolues dont elle a été si cruellement la victime , stimulée par la concurrence et pénétrée par l'esprit généreux de notre pays, on ne peut douter (qu'elle ne mît bientôt ses méthodes anciennes et éprouvées au niveau de tous les besoins de la science moderne, et que dans les divers degrés de l'enseignement ses membres n'obtinssent des succès analogues à ces prodiges d'éloquence qui, du haut de la chaire chrétienne, ont été éveiller les jalouses fureurs dos prédicateurs du Collège de France.
Aussi la loi qui, sous prétexte de pourvoir à l'instruction secondaire, consacrerait lexclusion de cet ordre du sein d'un pays catholique , ne serait qu'une sanction imprimée à la tyrannie de l'incrédulité. Tant qu'elle serait maintenue on verrait toujours, comme aujourd'hui, un millier d'enfants sortis des plus honnêtes familles de France, aller chercher au delà de nos frontières, à Fribourg, à Brugelette, le pain de la science , et dénoncer ainsi au ciel et à la terre les dérisions de notre prétendue liberté, et l'envieuse impuissance de notre prétendue philosophie.
Entre le projet de loi futur et celui de i84i, il n y a qu'une différence importante à prévoir. Les protestations de la majorité de 1 episcopat au sujet des petits séminaires (jucmbrassait le premier projet de M. Villcmain, ces protestations dont rcffet a été si (jrand parce (jHcllts ont clé jnibliqueSy seront exaucées de la façon que je vais dire. A[)rès avoir inséré dans la nouvelle loi les dispositions des ordonnances de 1828, destinées à interdire l'accès de ces établissements ccclésiasticjues à la jeunesse laï([ue, on les exceptera quant à l'administration intc'Micure et à l'cxeniplion de la rétribution universitaire, de l'action de la loi, pour les laisser, comme aujourd'hui,
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sous le rc(]imc des ordonnances; on ne niancjuera pas, en même temps, de bien constater que Tépiscopat demande à être hors du droit commun , et on représentera comme un privilc{je et une faveur accordée au clergé , un état de choses qui ne sera que laccomplissement des desseins les plus chers à rUniversité. Le piège qu'elle a tendu à 1 episcopat et aux catholiques dans le projet de i84i aura complètement réussi. En y insérant des mesures restrictives, spécialement applicables aux petits séminaires, on a voulu exciter les alarmes naturelles des chefs de FÉglise, et détourner leur attention et leur zèle de la question générale de renseignement sur cet intérêt sacré, mais spécial ; on a voulu leur dérober le fait ultérieur, la conséquence d'un changement qui, en délivrant les petits séminaires, même au prix de très-grands maux, du régime arbitraire des ordonnances, et en y admettant les élèves laïques, n'aurait pas manqué d'y attirer les enfants de la plupart des familles chrétiennes, et de créer ainsi une concurrence formidable à l'Université. Les évèques ayant réclamé le maintien d'un régime exceptionnel, on le leur concédera, et on aura l'art de faire envisager cette concession comme une grande victoire remportée par la rcli(;ion. Par compensation de cette laveur accordée à la jeunesse du sanctuaire, on aura soin de resserrer les liens qui enchaînent la jeunesse laï(|ue aux pieds de l'Université. Nos docteurs infaillibles admettent (lue
llLf>lis(' doit encore durer ([uel(|iie temps, et, à l'exception peut-être de M. Cousin, ils veulent bien reconnaître que leurs connaissances théolo(jiques ne sont pas précisément de nature à mériter qu on leur confie l'éducation du cler[>é; mais, en revanche, ils se croient un droit exclusif à l'éducation du {jenre humain. Rien ne saurait convenir davanta{]e à leurs vues que cette distinction entre l'éducation première des enfants destinés au sacerdoce, et celle des enfants qui devraient former les ouailles de ce même sacerdoce. Ils abandonnent volontiers à l'Eglise le soin de former ses ministres, à condition de lui arracher le droit de former ses fidèles. Ils consentent avec joie à un partage qui fait de leur orgueil le rival, l'héritier et le vain«[ueur de IT'glise; à elle, disent-ils, le prêtre; à nous l'homme, le citoyen, le chrétien; à elle la sacristie; à nous la patrie, la société, le monde.
Les évèques de France accepteiont-ils un semblable parta{;e? Borneront-ils l'exercice de leur droit divin sur l'éducation de l'enfance chrétienne à la possession de leurs petits séminaires:' Trouverontils ces petits S(''minaires eux-ménu\s suflisamment garantis par les tlispositions préoaii'cs de (pu'l([ues oi'donnauccs (pie d autres ordonnances peuvent révo(pier demain : Je ne sais : mais cv ([ue je sais bien, c est (pie si les pères de famille cath(>li([ues sont disposés à se contenter d'un sendjlable état de choses, sils renlérmcnt leur air.bition dans des bornes si
étroites, alors il vaut mille fois mieux se taire lîès à présent, et ne pas se consumer en petits efforts pour arrivera un résultat puéril. En fait, une loi sur la liberté d'ensei(jnement eomme celle quon nous réserve ne changera rien à létat actuel; elle ne sera que foccasion d'un nouveau triomphe pour fUniversité et ses défenseurs. Après nous avoir [garrottés de nouveau, et de notre consentement, sous un réseau de mesures restrictives qu'on aura décoré du nom de liberté, ils se moqueront à bon droit de la stérilité de nos efforts pour leur échapper, et des clameurs ridicules par lesquelles nous aurons sollicité cette liberté, dont nous ne saurons faire aucun usa(^e.
Si, au contraire, les catholiques de France ne veulent plus être dupes ni victimes, s'ils veulent sérieusement délivrer leur postérité du joug de l'hypocrisie et de l'orgueil rationaliste, alors, qu'ils le sachent bien, il faut changer totalement d'alhires.
XVÏI
Kt d'abord, il faut bien se persuader que leur affranchissement ne viendra que d'eux-mêmes. Aide-loi, le ciel t aidera : cette vieille maxime n'a jamais été plus vraie que j)0ui' eux. Us n'ont rien à espérer, ni de la bienveillance du pouvoir, ni de la bonne loi de leurs adversaires.
Nous Tavoiis clc^à dit, se fi[>urcr que rUniversité, ([uel que soit l'iiomme politique momentanénient appelé à la dirijjer, voudra sincèrement se dépouiller d'une portion quelconque de son autorité usurpée pour en revêtir l'E^^rlise, supposer qu'imc transaction à ramial)le avec elle satisferait aux besoins religieux de l'éducation, ce serait la plus déplorable des illusions : entre elle et les catholiques, la guerre doit être ouverte et sans trêve, jusqu'au jour où, privée du droit abusif de nous prendre nos enfants malgré nous, et retenue dans le devoir par la crainte salutaire de la concurrence, elle sera réduite au rang d'une grande institution de f Etat, qui méritera 1 appui et le concours des catliolic[ues et du clergé, au même point ([ue toutes les autres, c'est-àdire selon la mesure de son respect et de ses ménagements pour des intérêts sacrés qui ne dépendront plus d'elle; jusques-là, tout rapprochement avec elle ne j)eut qu'entraîner des inconvénients et des embarras, et fournir des occasions de trionq)lïe à la perfide habileté ([ue l'on déploie contre nous.
Certainement, ([uand M. lévê([ue d Angoulême a consenti dernièrement à bénir la première pierre d'un nouveau collège royal, il m; pensait j)as cpie M. Villemain intc^rpréterait cet acte connues une manpie d'approbation déceinèe à irniversité, ainsi ([u'il l'a fait à la tribune de laehand^re éleclivi\ le 2-7 mai 1843. (Juand M. rai('!ievè(|iie de l^uis {\si allé donner la eoniirmation au collège Henri IV, ei
a prononce, à cette occasion, (juel([nes paroles ipii n'ont point été pnl)liécs, il s'attendait bien peu à ce que le même M. Villemain, répondant, dans \e Journal des Débals, à la cruelle attacjue d'un député de la gauche contre l'enseijinement moral de l Université, aurait la hardiesse de représenter cet ensei(jnement comme justifié par la visite du prélat*.
Pas plus (pie de l'Université, les catholiques n ont rien à attendre d'aucune des branches du pouvoir législatif.
Rien de la Chambre des Députés, où, malgré la généreuse minorité qui s'est prononcée en faveur de la proposition de M. de Carné, la cause de la liberté religieuse ne triomphera jamais de l'union des instincts irréligieux de l'ancienne gauche avec les instincts timides de la plupart des députés ministériels; à moins d'un mouvement d'opinion hors du parlement qui éclaire les aveugles et effraie les opiniâtres, comme on la vu en Angleterre lors de l'émancipation d(\s catholi(|ues.
lUen de la Chambre des Pairs, plus hostile en-
* Journal dts DéOals du 17 ou 18 juin 18 i5. Il n'osl pas hors «le propos de reproduire ici les paroles mêmes de M. (Ihambolle, ûépulé Cl rédacleur en cliel" du Siècle , prononcées à la Iribune dans la séance du 15 juin : ■ Il y a des vérités morales qu'il est nécessaire « de répandre dans les collèges : rpii est-ce qui en est chargé? Je « vois bien le texte de la loi, mais un texte stérile. Vous connaissez « tous des élèves de nos collèges ; vous les avez interrogés ; je les « ai interrogés aussi. Eh bien ! (juand on leur adresse certaines « questions, ils savent à peine ce qu'on veut leur dire. » ■
core à la liberté densei^nement que ne 1 est la Chanibre des Députés, mais moins par irrélip, ion, moins par défiance de l'Eglise que par complaisance maladive envers le {gouvernement, qui la accoutumée à tout subir, comme le lui a dit avec tant de raison M. le duc dllarcourt ', et qui, {Tp^icc aux ca* téf^fories, peut y introduire sans cesse de nouveaux instruments de ses volontés.
Rien, enfin, de la Couronne, si ce n est des phrases plus ou moins bienveillantes , que Ton n aura même pas toujours le courage de laisser imprimer. On se rappelle la non-insertion au Moniteur de la réponse royale aux plaintes si justes et si modérées de Monsieur rArcbevcquc de Paris , lors du 1*^*^ mai 1842. Je ne crois pas manquer au respect constitutionnel (jue je dois et que je porte à la personne royale, en disant que cette suppression donne la mesure de la (aveur que la question de la liberté d'enseignement trouve auprès du cbei de l'Ktat. On aurait tort de m'imputer à ce vSujet luic hostilité (|uelcoii(jue contre le {gouvernement actuel : je suis persuadé, au contraire, ([ue la rcli(;iou pourrait iaire (ien progivs durables et ac({uérir des droits précieux sous la dynastie d'Orléans, si toutefois les hommes religieux le veuh^it ainsi ; et cela, parce tpi'il n V a plus de coulusion possible entre les intérèls temporels du pouvoir' (;t les droirs éternels cb' rivvlise.
Discussion «les loiuls scniMs.
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XVIÏT
Les catholiques n'ont donc rien à espérer des Chambres, ni de hi Couronne. En revanche, ils ont tout à espérer d eux-mêmes, toujours s'ils le veulent bien.
I^es catholiques, en France, ont depuis trop lon(>temps riiabitude de compter sur tout, excepté sur eux-mêmes. Encore aujourd'hui , beaucoup d'entre eux comptent sur je ne sais (|uel avenir ciiimérique, et nëgli(>ent le présent dont il leur sera demandé un compte si sévère. Et, cependant, aucune })uissancc, aucune royauté, aucune révolution ne pourra jamais pour eux ce (pi ils peuvent déjà tout seuls; aucune ne pourra jamais leur octroyer ce tpiils obtiendriuent demain s ils voulaient le demander, non connue une laveur, mais comme un droit, et le poursuivre comme une condition meuR' de leur existence sociale.
Les catholi(jues, en France, sont nombreux; ils sont riches; ils sont estimés même par leurs plus violents adversaires. Il ne leur man(pu.^ ([u'une seule chose, c'est le courage; mais cette seule chose, c'est tout. Sans elle, le nombre, la richesse, la considération ne sont rien; sans elle, on nest bon quà servir de jouet aux habiles et aux forts.
Et p()ur([n()i des hommes <railleui\s remplis dé-
nerfjie, de rœur et d'intellif>ence , viennent-ils tout à coup à en manquer dans la défense des intérêts rclijrieux? C'est qu'ils n'ont pas encore appris à isoler ces intérêts et à les représenter dans leur force et leur majesté naturelle. C'est que, dons la vie pul)lique, ils sont catholiques ajnès ton!, au lieu de l'être avanl iouL; c'est qu'ils aiment mieux laisser faire aux autres , et se mettre à la queiu^ d un parti ([ue d'être un parti par eux-mêmes.
Et cependant ils n'obtiendront jamais rien, jusqu'à ce qu'ils se décident à a<>'ir virilement, jusqu'à ce qu'ils aient la conviction de leur force et qu'ils aient donné cette conviction à leurs adversaires, jusqu'à ce qu'ils soient devenus ce qu'on appelle, en style parlementaire, un embarras sérieux. Alors seulement on conqitera avec e'ix, on daigneia prendre en considération leurs droits, leurs vœux et leurs plaintes.
Pour en arriver là, les moyens abondent. Il saj;it seulement d'entrer dans la Vie public pic avec la couscicMice An but où Ton tend, et eu |)reuant pour si.j»iie de ralliement la liberUMlenseinneiuent, on, en d'antres teiines , I ('dneation reli(;ieuse j;arantie par la liberté comnunie. Il n y a pas d'assendjlée ou de corps constitnc^ en France, depuis le dernier conseil municipal juscpTà la elnnubre des députés, on cette (p-ande (piestion d'éducation ne soit posée une fois au moins tous les ans; là , par le traitement de I instituteur primaire on le elioix de la sieur de
ciiai'itc; ici , par le vote du ])U(]};et de rinstriictioii publique; ailleurs et tVantres fois par ces uiille débats ((ui sur.oisseut sans cesse sur les eonj;réf^ations, sur les fondations, sur les autorisations cjui dépendent des diverses autorités électives.
11 n'y a (>uère daflaire (jui intéresse la cilé et 1 lùat où le sort de Tenfance et de la jeunesse ne soit ooniproniis, et il n'y a pas dalfaiie qui intéi'esse lenfnnce, où riTuiversité, avec ses entiaves et ses confiscations , ne se trouve en présence du bon droit et dn l)on sens. ïl faut donc (jue partout les catboli(pies se présentent avec la résolution de la combattre, et de s entendre entre eux, sans distinction de classe ou d'opinion politique, pour venir à bout de rennemie conunune. Il liuit (piils descendent dans farène électorale, cliacjue fois ([u'elle sbuvriia j)Our eux, avec un plan de conduite arrêté, pur de tout allia.<>e politique, de toute rancune personnelle , mais combiné de manière à repousser des fonctions électives, par tous les moyens léj;itimes, les bommes qui ne senga^jeront j)as à travailler avec eux à faifrancbissement complet de l'éducation en France. Il lant qu ils plantentccttc bannière nouvelle, mais francbe et (généreuse, au sein des élections municipales, départementales et .«énc'ralcs; partout, en un mot, ou notre consfitnlion aj)pcll(.' les Français a ((Muoipncr de, 1(mii- intcivt poui" la cliose publi(pie et (1(^ leur attachement an\ (li(^iîs |)récienx dont elle les a investis. \)m]h
beaucoup de localités, les eatholi(jucs , sils vou- Uiient se compter et se discipliner, constitueraient à eux seuls la majorité : dans presque toutes, ils formeraient cet appoint de votes, si recherché dans les luttes électorales, et qui déterminerait presque partout le triomphe du candidat dont les eufpp^ements au profit de la liberté densei[;nement seraient les plus si^jUificatifs.
Les élections toutefois nollrent aux catholicpies (pi'une occasion temporaire, quoique souveraine et décisive, de déployer leur force et leur intelligence ; la presse, au contraire, les convie tous les jours à des sacrifices méritoires et à des luttes sans cesse renouvelées. Dans la malheureuse Espagne, où la religion, depuis tiop longtemps énervée par Tabsolutisme, s est trouvée tout à coup et sans défense en butte aux violences et aux perfidies d'une horde de persécuteurs avides ; au milieu des confiscations, des poursuites judiciaires, des sentences d'exil prononcées contre les meilleurs évé([ues, malgré le massacre de tant de religieux, mal;;r('* la misère profonde où est plongé le clergé tout entier, malgré la {;uerre civile, la confusion et la pauvreté générales, on voit cependant avec admiration setal)lir et se mainkMiir dans toutes les {;rantles villes d(îs journaux voués exclusivement à la défense des droits du calholicisme. Dans toute la l'rance, où les catholitjucs sont deux lois pins n()nd)reux (ju'en l'ls|>agne, on ils ont à leur )>orlée plus de facilités jH)nr se défendi'c «pic dans
a iicun an tre pays d u inoiule, ccslà peine si Ton compte trois on c[natre jonrnaux consacrés, en dehors des partis politiques , aux intérêts cat[ioli(pies. Doù vient cette honteuse inlériorité, si ce n'est de ce ])rincipe f],énéral d apathie et de mollesse que nous siffnalions tout à l'heure? Et cependant, si les révélations et les dénonciations laites contre l'Université par ces trois ou quatre journaux , ont tellement alarmé et alfaibli nos oppresseurs, (|ue serait-ce donc si, dans chacumî de nos provinces, il -y avait un organe périodique consacré à rappeler aux jjères de famille leurs devoirs et leurs droits , à arracher sur place le voile qui couvre les désordres et les misères des établissements universitaires, et enfin à constituer, pour les catholiques de la contrée, un foyer d'union, de coura(}e, de vigilance et de dévouement?
En dehors des luttes électorales et des combats (quotidiens de la presse, nous avons encore la ressource des pétitions, ressource si féconde et si facile à la fois, par laquelle la voix des catholiques, à défaut de mandataires plus spéciaux, p(;ut retentir au sein du parleuient, réveiller sans cesse les consciences endormies, et troubler cette paix de la servitude où se complaisent les amis de fUnivcrsité. C'est par là, peut-être, cpi'il faudrait commencer à dé])loyer cette (énergie nouvelle qui est indispensable au succès de noire cause, car c'est par la <[u'on j)eut arriver le plus directement au
ccntie de la publicité, démontrer sans réplique Tintensitédes répu(jnancesque soulève le monopole. Quedes pétitions nombreuses, diverses, successives, arrivent dès l'ouverture de la prochaine session, et pendant toute sa durée, aux deux Chambres; quelles répètent, non pas comme d'après un mot d'ordre transmis d'ailleurs , mais avec un ensemble qui dénote 1 unanimité des cœurs catholiques, tout ce que renfermaient celles qu'on a discutées et admises cette année; qu'elles réclament avec persévérance et fermeté la liberté tout entière, sans autre restriction que le droit répressif qui appartient à TKtat; et, \c lendemain du jour où serait votée par malheur une loi coniirmative de la juridiction universitaire , à quelcjue de^ré que ce fût, sur les établissements libres , qu'elles recommencent à demander vi(jourcusement la liberté , en sollicitant rabro|>ation de la loi nouvelle comme première (jarantie. Dans la dernière session, on a passé à Tordre du jour sur deux pétitions qui demandaient le rétablissement des corporations religieuses consacrées à léducation : ch bien! (pfà la prochaine session il en revienne, non pas deux, mais deux cents ([ui forjnulent le nu'me vœu : Jious \ crions si elles rencontreront un accueil aussi dédai(^];neux. Cio (|ui est sûr, cest(pià une époque de dissoluliou sociale et politi<jnt> comme la nôtre, il n'y a pas de paiti, pjis de ministère, [)as de {;i)uverii('nieul (jui puisse résister à laclioii l('';;ilinie- ej)er{;i<jiu' ei j>ersi'véian(<' d'im
{;riuul corps coimne celui des catlioli(jucs fnuu^ais, sUs savaient user tle leiii' force. Se (i(}urc-t-on Teflet que j)rocluiraient les pétitions de vinjjt diocèses seulement, signées en premier lieu par levéque, puis par le clergé et les chefs de famille ?
Ah! (|ue Ion connaît pen les ressources d'une volonté ferme et unie! Qu il est tiisfc de voir les ^ens de bien abandonner aux ambitions de bas cta(>c, aux intri^jues, aux factions, tous les secrets et tous les droits du courn(;el Qu'ils sont rares ces cœurs droits et purs, qui pourront, au déclin d'une vie pleine de dévouement et d'honneur, se rendie le témoignante d'avoir méprisé les conseils pusillanimes (le la prudence humaine '/
Lorsqu'il y a quatre-vingts ans la première pétition en faveur de fémancipation des catholiques fut présentée à la Chambre des communes d'Angleterre, non-seulement elle fut rejetée d.emblée, mais un membre prit la pétition et la jeta à coups de pied par dessus la barre de la Cluunbrc. Et aujourd'hui, non-seulement les catholiques des trois royaumes sont émanci})és, mais cjui peut dire où
' I)'î-<.ours (lu cardinal Pacta, (loy<n du baciô Collège , à l'Aradcmic Ciailioliquc de Kuiii".
eii serait l'An(>letcrre, si les calholiqucs irlandais avaient un chef moins loyal et moins prudent que M. O'Connell?
Au printemps dernier, pendant qu'en France les orateurs universitaires se moquaient avec assez de raison du nombre presque imperceptible de pétitionnaires qui sollicitaient la liberté, que se passaitil au-delà du détroit? Une loi destinée à pourvoir à l'éducation des enfants employés dans les manufactures, et à lés placer sous la surveillance du cler^^é an/jlican, soulevait en un mois de temps treize mille pétitions revêtues de deux millions de signatures, au premier ranj]; descpielles on lisait celles de tous les vicaires apostoli([ues, de la noblesse et du clerp,é catliolicpic. I/adnjinistration de sii- Robert Peel, quoiqu'un peu plus forte que celle des collègues de M. Villemain, recula aussitôt dcvantcctte imposante manifestation des amis de la liberté religieuse, et le projet fut retiré. Cependant de quoi s agissait-il? Non pas d'empôcher, comme cela se pratique en France, les catholicjucs et les autres dissidents de créer à leur gré des écoles pour y recueillir leurs propres enfants, mais seulement de confier ceux d'entre les enfants pauvres (pii ne seraient pas autrement pourvus, à TKglise établie.
Et nous, pendant ce temps-là, nous catholiques f l'aurais, nous sortions à peine de notre torpeur pour écouter les blasphèmes de ces infortunés qui, payés par l l^lat et [)arlant en son nom , disent à la
jcn liesse* ([uil iiy a tthcrétifiues et de sc/iismaliqucs en Franee cftie les catliolifiucs \ et (juils se charj^ent cl en sei(jner Dieu à C Eglise =.
La liberté ne se reroit pas, elle se conquiert. Cela est surtout vrai tle la liberté dans 1 ordre moral et religieux ^.
La constitution politique de la France offre aux catholiques tous les moyens qui leur sont nécessaires pour revendiquer leurs droits et en consolider à
' « Tous les Français aiiparlicnncnt légalement à une même Église vsous des noms cliff'érenls, il n'y a ici désormais de schismaliquns, d'héi'éilques que ceux qui, niant toute autre Église que la leur, toute aulre autorité que la leur, veulent l'imposer à toutes les autres , rcjeier toutes les aulres sans discussion , et osent dire : Hors de mon Eglise il n'y a point de salut, lorsque TÉtat dit précisément le contraire. » M. Quinet, des Jésuifes, p. lli. Plus loin , il se définit lui-même ainsi (ju'il suit : « Un homme qui enseigne, icij publiquement, au nom de CÉlat. » P. 152.
^ H L'Kglise s'occupe du monde, elle nous enseigne nos affaires, à la bonne heure! Nous lui enseignerons Dieu !» M. Michelet, des Jésuites, j). 2C. Plus loin il se vante de ce que ses élèves ont répandu ^on euscignemrnt de l'Ecole normale sur tous les points de la France. P. "a. Il faut que les catholiques gravent profondément dans leur mémoire ces leçons données au nom de l'Elal, et qu'ils ifoublient pas en même temps que le chef de l'enseignement de l'Etat, qui a osé, à hi tribune, Iraiier de calomnies les plaintes des caiholiques, n'a pas osé adresser la moindre observation publique aux auteurs de ces blasphèmes olliciels.
"' Voir rcxcellcnl article de M. AVi'son, sur la libcrlc d'enseigne-
jamais la possession. Malheur à nous si elle continuait à être pour eux l'objet d'une défiance absurde ou d'une indiiïérence coupable! C'est un instrument admirable et irrésistible; mais à une condition toutefois, c'est qu'on veuille et qu'on sache s'en servir.
Cette constitution effraie les plus perfides de nos ennemis qui préparent déjà le sacrifice de la Charte à la philosophie '.
Cette constitution nous fournit le moyen de con- Iraindie le pouvoir à se prononcer devant la France, lEurope et l'Église, entre le système belge qui sauve la religion par la liberté, et le système russe qui, un peu moins généreux que M. Villeniain, ne laisse pas même aux pèies de famille la ressource des précepteurs domesticjues ".
Cette constitution nous garantit la liberté de la presse, la liberté de la tribune et le droit de pétition.
Avec ces armcs-là, mais bien moins assurées rpic
ment, dans/é Correspondant du 15 lévrici' 1843, t. I, p. 14j. Nous lie saurions assez en rcconnuandor la Icclurc à tous les amis de noire cause.
' « Il y a (iue](jue chose (|ui vaut mieux pour nous que la Charlc elle-même, c'est l'esprit pliiiosoplii(jue dont elle a consacré les droits et résumé les conipièlcs. > Journal des Dêbatu, du 13 septembre 18i3.
- \'A\ Russie nul ne i)oul exercer les Ibnelions de préeepleur, ni même de gouvernante, sans raulori>ali()n du minislère île rinslruction pultli(pie. (]'esl le beau iiléal de Têducalion par TMlal. Voir le rapport du ministre Uwaron'ii l'empereur pour Tannée 18i2. Il lui apprend cpie sur (JO millions de sujets russes, il n'y a que ISfH précepteurs des deux sexes. Hazctte il'An<isbour(f, du 20 juillet I8i3.
les nôtres, les eatlioliques belles ont créé une résistance lé^^ale au despotisme hollandais, et après avoir renversé le trône de Nassau et fondé une constitution qui ne consacre pas un seul priviléj^e à leur profit, c'est encore avec ces armes (ju'ils maintiennent le droit commun contre les libérâtres ([ui voudraient les en exclure '.
Avec ces armes-là , llrlande catholique, /guidée par ses généreux évêques, a reconquis sa nationalité, fait trembler la puissante A n(>leterre et se trouve à la veille d'acconqilir ce que les politiques ont si longtemps déclaré impossible, le rappel de l'union.
Avec ces armes-là, les catholi([ues français peuvent briser, au bout de quelques années d'efforts, et pour jamais, le joug d'une législation abusive qui est un attentat aux droits de la conscience, de la famille et de la société.
Si vous ne le brisez pas, catholiques, ne vous en prenez qu a vous-mêmes. Si vous vous laissez tromper par les paroles tantôt doucereuses, tantôt insolentes et hautaines des chefs de l'Université; si vous vous endormez avec une béate confiance dans je ne sais quelles promesses cent fois démenties; si chaque fois (pi'il s'élève parmi vous des voix désinté-
' Puisque nous parlons de la Belgu[ue , nous dirons que M. l'évêvêque de Liège , dans son ouvrage inlilulé : Exposé des vrais principes sur instruction publique , a parfailcnicnl développé tous les points de vue de celle grande question en ce qui touche non-seulement à la Belgique, nuiis à la clnclienic tout entière.
rcssc es et intrépides pour flétrir la tyrannie, vous ciiezau c!anf>er et à riinprudencc, alors, vous pouvez y compter, cette tyrannie durera et se fortifiera en dînant; comptez-y aussi, vous serez piniis de votre lâcheté et de votre mollesse dans votre postérité : le germe infect qui vous eflî aie se transmettra et se propap^era de p,énératlon en [génération, et les enfants de vos enfants seront exploités comme font été leurs pères, par des rhéteurs, des sophistes et des Ijypocrites. Dormez maintenant, si vous le pouvez, ilotes volontaires, en présence d'un tel avenir : mais cessez de vous plaindre en dormant d'un mal dont le remède piompt et facile est entre vos mains, et subissez en silence le sort que vous aurez voulu et (|uc vous aurez mérite.
liN.
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