‹ Du diabète phosphatiqueChapitre 15 sur 19 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Considérations sur la quantité normale d’acide phospho-

RIQUE ÉLIMINÉ PAR LES URINES. Son DOSAGE; SES VARIA- TIONS PHYSIOLOGIQUES.

Sommaire. — L’acide phosphorique seretrouve dans les urines d’une façon constante. — Proportions moyennes ; ses différentescombinaiaons. — Analyse qualitative; principaux réactifs. — Analyse quantitative ; divers procédés de dosage. — Quelques mots sur l’origine des phosphates éliminés par les urines. — Etude des causes qui à l’état physiologique peuvent faire varier cette élimination : Age, digestion, régime, activité musculaire ou cérébrale, ingostion de certaines substances, etc Observations personnelles.

Bien que Natalis Guillot] et Hunefeld aient avancé, qu’il fallait généralement attendre le deuxième mois de la vie pour retrouver des phosphates dans les urines de l’enfant, nous n’en considérons pas moins l’élimination de l’acide phosphorique par le rein comme un acte physiologique parfaitement constant, puisqu’il est la conséquence nécessaire de phénomènes eux-mêmes constants;

(1) Natalis Guillot, Hunefeld. Cités par MM. Paquelir et Jolly. Éléments de biologie nouvelle. Paris, 1874.

l’alimentation d’une part, de l’autre les mouvements de désassimilation dont tous les tissus de notre organisme sont le siège. Une nutrition active, l’assimilation complète des produits de la digestion peuvent sans doute réduire à peu de chose cette élimination ; mais comme toute manifestation ■ vitale entraîne forcément avec elle l’idée de combustion ou d’échanges, il faut retrouver les traces, les résidus de ces combustions ou de ces échanges. Les phosphates entrent en proportion notable dans la constitution de nos tissus, des solides comme des liquides, ils doivent aussi exister dans les produits d’excrétion, résultat de la vie de ces tissus. C’est en effet ce que démontrent de longues séries d’analyses faites par de nombreux savants, médecins ou chimistes, dont les noms font autorité dans la matière (1).

Nous citons ici les chiffres considérés par ces différents auteurs, comme représentant le poids moyen de l’acide phosphorique éliminé en 24 heures.

1852 Winter

Parkes

1860 Von Haxthausen.

Breed

1870 Neubauer . . . .

1872 Ch. Bouchard. .

1873 Hardy

1874 A. Gautier. . . .

1875 Harley

» Yvon

» Jolly

4 gr. 5.

3 gr. 22 — 0 gr. 021 par livre de poids du corps.

3 gr. 11 à 5 gr. 38.

3 gr. 7.

3,25 en 24 h. et 2,40 p. litre.

3 gr. 1 — à 5 gr. 2 (accepté p. Marais).

1, 45 à 3,32 3 gr. 22.

1, à 3 gr.

3 gr. 25.

(I) Consulter à ce sujet

Neubauer et Vogel. De F urine. — Harlcv. De F urine,

traduct. Gautier, Paris, 1870. — Em. Hardy. Chimie biologique . — Yvon. Paris

Th. 1875. — A. Gautier. Chimie ajipliquèe à In physiologie. Paris, 187S.

La plupart de ces chiffres nous paraissent trop élevés; ce qui doit être attribué sans doute aux procédés de dosage autrefois employés, et qui ne laissaient pas que d’être fort défectueux, le dosage par le perchlorure de fer surtout. Pour nous, qui avons fait un nombre considérable d’analyses chez des sujets sains (analyses que nous croyons inutile de rapporter ici), et qui avons examiné des urines appartenant à des individus de tout âge, de tout sexe, de tout rang, dans toutes les conditions et circonstances possibles de la vie, nous affirmons que les chiffres auxquels nous sommes arrivé le plus souvent variaient de 2 gr., 2 gr. 50 à 3 gr. Ces résultats concordent à peu près avec ceux de Neubauer et Yvon ; aussi avons-nous tout lieu de les considérer comme exacts.

Mais l’acide phosphorique n’existe pas dans les urines à l’état libre, habituellement du moins ; car nous ne sommes pas encore en mesure d’affirmer qu’il n’en puisse être ainsi dans quelques cas pathologiques ; on le rencontre associé à diverses bases: à la soude, à la potasse, à la magnésie, à la chaux, et dans des proportions variables. Ces distinctions ne sont pas de date récente puisque en 1776 Scheele avait déjà trouvé le phosphate de chaux dans les urines et que Margraf en retirait le phosphate de soude en 1780. Enfin Fourcroy, dix ans plus tard (1790), y décrivait le phosphate de magnésie (1). La généralité des auteurs (Francesco Roncati, Ilarley, Neubauer) admet que les phosphates alcalins (soude et potasse) doivent être considérés comme repré-

(I) Lccorchô. Traité des maladies des reins, ISjü.

sentant les 3/4 de la somme des phosphates éliminés en 24 heures. Sur ce chiffre les sels de soude entrent en proportion infiniment supérieure aux sels de potasse’. Ils existent surtout à l’état de phosphates acides et seraient la cause, d’après plusieurs urologues, de la réaction acide qui caractérise les urines normales.

Quant aux phosphates terreux dont l’élimination serait ainsi trois fois moindre, les deux tiers de leur poids total sont représentés par des phosphates de magnésie, le dernier tiers existant à l’état de phosphate de chaux. Ce sont là du reste les proportions acceptées par Harley, Rabuteau, Nenbauer.

Leur poids total a été évalué par Beneke à 1 gr. 2 et par Bocker à 1 gr. 48.

Mais on est allé plus loin : on ne s’est pas contenté de constater que les urines contenaient un chiffre assez élevé de phosphates et que ces phosphates existaient soit à l’état de phosphates alcalins, soit à l’état de phosphates terreux. On a voulu assigner une origine à la présence de ces sels, en d’autres termes, déterminer leur provenance. Bien qu’à ce sujet il reste encore beaucoup de questions à élucider, on est arrivé cependant à des résultats intéressants qu’il est de notre devoir de signaler en quelques mots.

Il n’est pas de substance entrant journellement dans notre alimentation, depuis l’eau de nos sources les plus limpides, jusqu’aux graines des céréales ou la chair de nos bestiaux, qui ne contienne du phosphore en assez notable proportion. Suivant Harley une demi-livre de bœuf contiendrait 1 gr. 95 de phosphates sous différentes formes; une demi-livre de pain 2 gr. 08, une demi-livre

de pommes de terre 0.65. Le lait, cet aliment si répandu en renferme près de 3,50 pour 100 gr.Là, ce sont les phosphates alcalins qui prédominent (graines des légumineuses et des graminées) ; ici ce sont les phosphates terreux qu’on trouve en quantité prépondérante (os, chair musculaire). Mais peu importent ces distinctions, pour ce que nous voulons démontrer : à savoir que l’alimentation fait entrer chaque jour dans le torrent circulatoire d’importantes quantités de sels phosphatés. Aussi ne doit-on pas s’étonner de rencontrer dans les urines le phosphore à dose élevée, et est-on naturellement conduit à admettre que l’alimentation joue un rôle considérable dans l’élimination des phosphates. Nous aurons du reste, dans quelques instants, l’occasion de donner à cette proposition une démonstration indiscutable.

Mais tout l’acide phosphorique contenu dans les urines ne provient pas exclusivement de l’alimentation. Le malade à la diète qui rend de l’acide phosphorique en quantité relativement exagérée, l’animal condamné au jeûne absolu et dont les urines renferment quand même des phosphates, ne prouvent-ils pas qu’en dehors des phosphates apportés par l’alimentation, et qui peuvent être rejetés sans avoir été utilisés, il y en a d’autres qui proviennent des désassimilations organiques. Pour plusieurs auteurs, ils résultent de l’oxydation du phosphore de nos tissus et des combustions permanentes d’où dépendent la vie et le fonctionnement de nos organes.

C’est ici qu’il est nécessaired’établir une distinction entre les divers sels phosphatés, cardiaque grand système organique possède un élémentphosphoré qui lui estspécial, et

la détermination de cet élément dans l’urine peut rendre à la clinique d’importants services. D’après les travaux de B. Jones, de Beale et de Lehmann, d'après les recherches plus récentes de Paquelin et Jolly, les phosphates de potasse dominent dans le cerveau la moelle et les nerfs, les phosphates demagnésie dans les muscles, les phosphates de chaux dans les os. Les phosphates de soude existent en abondance dans le sérum sanguin ; tandis que l’élément globulaire ne contient que du phosphate de fer. D’après cela il est aisé de comprendre toute l’utilité qui peut résulter de la recherche des bases auxquelles l’acide phosphorique est lié dans les urines ; les déterminer, c’est dire en quelque sorte, une fois la question de l’alimentation mise à part, quels sont les tissus où ces sels ont pris naissance ; quel est le système dont la nutrition est défectueuse ou la désassimilation trop active, si ces sels se trouvent éliminés en très-grande abondance.

Bien des réactifs peuvent être employés pour déceler la présence des phosphates dans lës urines. Nous devons les énumérer avant de passer aux divers procédés d'analyse quantitative.

1° La chaleur. Il arrive souvent, quand on chauffe dans un tube à essai une urine peu acide, que le liquide se trouble ou donne même lieu à un précipité qui simule de l’albumine ; mais le doute ne peut être que de courte durée, car une goutte d’acide nitrique ou acétique sullit pour dissoudre le précipité et rendre au liquide toute sa limpidité. Le précipité dans ce cas est dû à un dépôt de phosphates. Le mécanisme do cette réaction n’est pas

encore parfaitement déterminé (1). Rees, Breet, Bence Jones, lui ont attribué une cause différente; on admet généralement que la chaleur, en chassant l’acide carbonique du liquide, transforme les phosphates acides en phosphates neutres moins solubles, et favorise ainsi leur précipitation.

Toutefois l’existence ds cette réaction ne témoigne pas toujours d’uneprésence excessive de phosphates dans les urines. Quand le liquide est très-acide, il faut en tenir compte ; mais quand il est peu acide, presque neutre, il ne faut pas y ajouter une trop grande importance.

2° Perchlnnire de fer et acétate de soude. — Cette réaction est surtout recommandée par Harley. « Ajoutez, ditil, à votre liquide, de l’acétate de soude, avec une ou deux gouttes d’acide acétique, puis versez doucement dans une petite quantité de sesqui-chlorure de fer. Il se forme un précipité de phosphate de fer (PhFeHO4), qui révèle la présence de l’acide phosphorique. Si le liquide ne renferme qu’une faible quantité de cet acide, le précipité se forme lentement et le liquide rougit en même temps, par suite de l’action de l’acétate de soude, sur l’excès de fer contenu dans le mélange. »

Nous avons essayé souvent de réaliser cette réaction; elle donne de bons résultats sans doute, mais un œil exercé seul peut en tirer quelques avantages; aussi lui préférons-nous l’essai avec le sulfate de magnésie ammoniacal qui peut donner, même au plus inexpérimenté, des indications nettement appréciables.

3° Molybclate cl' ammoniaque et acide nitrique. Cette

(1) Golding Bird, p. 30G.

réaction est indiquée dons le traité élémentaire de M. Rabuteau. L’urine étant préalablement acidifiée avec quelques gouttes d’acide nitrique, on y verse une solution de molybdate d’ammoniaque. On voit alors apparaître au fond du vase à essai un précipité jaune, dense, de phospho -molydate d’ammoniaque. Cette réaction est très-sensible, donne un précipité rapide, uniforme, dont on peut apprécier la valeur avec une approximation suffisante.

4° Acétate d’urane. — L’addition de quelques gouttes d’une solution acide d’acétate d’urane fait naître dans l’urine un précipité floconneux de phosphate d’urane. Ce réactif décèle de très-minimes quantités de phosphore. C’est lui qu’on emploie généralement aujourd’hui pour l’analyse quantitative des phosphates. On peut s’en servir aussi comme réactif purement révélateur.

5° Ammoniaque. — On sait que dans une urine ancienne dont l’urée s’est transformée en carbonate d ammoniaque, il se forme au fond du vase un précipité pulvérulent qui est dû à la précipitation de sels phosphatés. Cette condition est réalisée artificiellement par l’adjonction de quelques gouttes d’ammoniaque.

Ce procédé qu’on emploie journellement a plusieurs inconvénients. Le précipité est long à se former. Il faut attendre au moins vingt-quatre heures ; il est d’une densité très-inégale, enfin il n’est constitué que par des phosphates terreux. Mais cette dernière propriété le rend par contre infiniment précieux, car elle permet de recueillir les phosphates terreux à part, et de faciliter ainsi la comparaison des proportious de phosphates

terreux et de phosphates alcalins contenus dans le liquide examiné.

6° Sulfate de magnésie ammoniacal. — Une solution composée de la façon suivante :

Sulfate de magnésie cristallisé. 1 partie.

Sel ammoniac pur 1 —

Eau distillée 8 —

Solution ammoniacale 4 —

est un excellent réactif pour déceler et précipiter tous les phosphates, soit alcalins, soit terreux, contenus dans une urine. Ceux-ci se déposent sous forme de phosphate ammoniaco -magnésien. Le précipité ainsi obtenu a une densité qui varie peu, et si l’on a soin d’opérer dans une éprouvette graduée et sur une quantité de liquide toujours identique, on peut apprécier d’une façon approximative et presque suffisante les variations que subit l’élimination des phosphates chez un même malade.

Mais il ne suffît pas de reconnaître qu’une urine contientuneplusou moins grande quantité de sels phosphatés, il est souvent utile d’apprécier rigoureusement leurs proportions, et pour cela il est nécessaire de recourir à l’analyse quantitave. Plusieurs méthodes ont été préconisées pour cela.

La plus commode, la plus rapide, et la plus généralement employée, est sans contredit le dosage volumétrique à l’aide de l’acétate d’urane. Par cette méthode on évalue le chiffre des phosphates à l’état d’acide phosphorique. Elle repose sur le principe suivant. Quand on fait tomber quelques gouttes d’une solution d’acétate

d’urane dans un liquide contenant des phosphates en solution, l’acide phosphorique qui se trouvait uni aux bases dans le liquide est déplacé, il s’unit à l’urane pour former un précipité de phosphate d’urane insoluble, qui est une combinaison parfaitement stable, et auquel les chimistes ont attribué la formule 3 (U20*) P05Leconte (1). Il est clair qu’on pourra juger de la quantité d’acide phosphorique contenu dans l’urine, d’après la quantité do la solution d’acétate d’urane employée pour précipiter les phosphates qui y sont contenus. Il s’agit seulement d’avoir une indication qui permette de savoir à quel moment il faut s’arrêter de verser le réactif. Or l’acétate d’urane en contact avec le ferro-cyanure de potassium donne une réaction caractérisée par une coloration rouge brun fort sensible. Dès lors qu’une goutte du liquide à analyser donnera avec le ferro-cyanure la coloration indiquée, c’est que tout l’acide phosphorique s’est combiné avec l’urane et qu’il y a de l’acétate d’urane en liberté. Alors on doit s’arrêter.

Voici maintenant la façon d’opérer.

On verse dans un gobelet en verre ou en porcelaine une certaine quantité d’urine 50 cc. en général (Neubauer, Harley, Pincus, Bodelcer). Nous croyons avec M. E. Hardy qu’il vaut mieux n’employer que 10 cc., on dose ainsi avec plus de précision. On a eu soin auparavant d’ajouter quelques gouttes d’acide acétique ou chlorydrique à l’urine si elle contient un dépôt, afin de dissoudre les phosphates qui pourraient s’être précipités, et de la filtrer si elle est trouble et contient du mucus. On place le gobelet dans un bainmarie et on ajoute au liquide quelques gouttes d’une solution d’acétate de soude. Puis on laisse tomber goutte à goutte dans le mélange* au moyen d’une burette de Mohr graduée en dixièmes*

(1) Lecoute. Th. Paris, 1853.

de centimètre cube, la solution d’acétale d’urane. On voit alors un précipité jaunâtre et floconneux se former dans le liquide. Tant que ce précipité se produit on est assuré qu’ii n’y a pas d’acétale d’urane en excès ; mais dès qu’il semble se ralentir, il faut recueillir une goutte du mélange au bout d’un agitateur et essayer si le liquide mis en contact d’une solution de ferro-cyanurée donne la réaction caractéristique. Pour cela on a attendu la solution ferro-cyanurée sur un morceau de porcelaine. Chaque essai est fait sur un point isolé et l’on a ainsi une échelle, une gamme qui permet d’apprécier très-nettement les différents changements de coloration subis successivement par le liquide. On s’arrête dès que la réaction s’est nettement produite.

Il ne reste plus alors qu’à lire sur la burette combien de centim. cubes de la solution ont été employés, et un simple calcul basé sur le titre donné à la liqueur indiquera le chiffre de l’acide phosphorique contenu dans l’urine examinée.

Quelques mots maintenant sur la manière de composer la liqueur titrée d’acétate d’urane.

Les auteurs ont reconnu que le titre le plus convenable à donner au réactif était de le composer de telle façon qu’un centimètre cube précipite 0,005 d’acide phosphorique. Pour Cela, on fait dissoudre 20 gr. d’acétate d’urane pur dans de l’acide acétique concentré, et on étend d’eau distillée pour parfaire un litre de liqueur Un centimètre cube de cette solution, comme nous venons de le dire, précipite 0,005 d’acide phosphorique. Mais pour être parfaitement sûr de pratiquer un dosage exact, il faut véiàfier le titre et le faire souvent. On se sert dans ce but là d’une solution contenant

Eau- distillée 500 gr.

Ph. de soude 5,043.

50 cc. de cette solution contiennent 0,1 d’acide phosphorique. L’opération du titre a pour nous une immense importance ; car il faut noter avec un soin extrême le degré de coloration auquel on s’est arrêté dans l’essai avec le ferro-cyanure en terminant l’opération ; c’est lui en effet qui doit nous servir de guide dans les dosages que nous pratiquerons plus tard avec cette liqueur titrée et qui nous indiquera le moment où la réaction doit être considérée comme achevée. Car rien n’est absolu dans ces analyses ; et on ne peut dire : il faudra s’arrêter de verser la solution titrée dès que la réaction avec le ferro-cyanure commencera à apparaître ou lors-

qu’elle sera définitivement et très-nettement produite ; le but qu’on se propose, c’est d’avoir surtout des résultats absolument comparables ; aussi doit-on s’arrêter seulement lorsqu’on voit apparaître la coloration type, celle qui a été notée à la fin de l’opération du titrage.

Ce procédé, comme nous aurons l’occasion de le dire dans un instant, donne d’excellents résultats : il est exact, rapide. Le phosphore peut être dosé par lui en présence de tous les autres éléments contenus normalement dans l’urine; mais si elle contient de l’albumine qui se coagule par la chaleur, il faut précipiter celle-ci et filtrer le liquide avant de l’analyser.

Il donne le total de l’acide phosphorique uni à toutes les hases, aussi bien aux terres qu’à la soude et à la potasse. Mais rien de plus simple que d’avoir le poids de l’acide phosphorique uni aux unes et aux autres séparément; il suffit pour cela, après avoir faille dosage général, d’opérer sur de l’urine dont les phosphates terreux auront été précipités par l’ammoniaque et séparés par filtration. L’opération donnera le poids de l’acide phosphorique existant sous forme de phosphates alcalins ; et on aura par différence celui qui existe à l’etat de phosphates terreux.

Dans l’emploi des autres méthodes que nous avons à signaler le plus brièvement possible, on a recours aux système des pesées.

Dosage à l'état de phosphate ammoniaco-magnésieu.

Cette méthode qui serait préférable à la précédente si elle était plus rapide et n’exigeait pas un outillage que le clinicien ne peut avoir à son service , consiste à précipiter les phosphates at ce la

solution do sulfate do magnésie ammoniacal ; do recueillir le précipité sur un filtre dont le poids dos cendres est connu d’avance; on le dessèche à l’étuve, on incinère on calcine et on pèse. Le précipité ainsi obtenu est à l’état de pyrophosphate de magnésie.

Pour avoir le poids de l’acide phosphorique, on n'a qu’à multiplier le chiffre obtenu dans la pesée par 0,63964.

îJosagc avec le molybdate d'ammoniaque.

Ce procédé n’a pas que je sache été employé, pour évaluer quantitativement les proportions de phosphore contenues dans l’excrétion urinaire. Hâtons-nous de le dire dès à présent, nous ne pensons pas qu’il puisse jamais entrer dans la pratique journalière, car il est encore d’une exécution plus difficile que le dosage par le sulfate de magnésie ammoniacal. Pour nous c’est un simple procédé de laboratoire, destiné à contrôler les résultats obtenus par les autres méthodes. 11 est d’une merveilleuse exactitude et c’est à ce titre surtout que nous l’avons employé afin que nos analyses ne puissent pas être entachées d’incertitude, pour qu’elles aient en un mot un caractère de rigueur indiscutable. Enfin comme il permet de doser des quantités de phosphore presque infinitésimales, quantités que le sulfate de magnésie ammoniacal ne permettrait pas de peser, c’est à lui que nous avons eu recours pour évaluer les proportions de phosphore contenues dans les divers tissus organiques, où nous avons cherché cet élément. Nous donnons la description du procédé telle que M. Péter a bien voulu nous la transcrire, soit pour l’analyse des urines, soit pour l’analyse des matières organiques.

— Faire dissoudre 100 gr. de

1° Préparation de la liqueur.

Teissicr.

molbydate d’ammoniaque dans 400 cc. d’ammoniaque; par l’agitatation, la dissolution s’effectue peu à peu. Ajouter par petites portions cette liqueur à un litre d’acide azotique ordinaire ; il faut agiter constamment, et prendre garde que le liquide ne s’échauffe dès qu’il a atteint une température supérieure à celle de la main, il faut rafraîchir le ballon dans lequel on fait le mélange, au moyen d’un courant d’eau froide. Chaque fois que l’on fait tomber un peu de la solution ammoniacale dans l’acide, il se produit dans le liquide un trouble blanc, qui disparaît au bout d’un instant, on ajoute alors de nouveau la solution, et ainsi de suite. Quand les deux liquides sont complètement mélangés, on ajoute de l’eau pour faire 2 lit. 500 cc. Il faut laisser cette liqueur à une chaleur tiède pendant deux jours, pour laisser déposer le phosphore que des impuretés peuvent avoir introduit ; on filtre ensuite et la liqueur peut alors être employée.

2° Voici maintenant, comment il serait convenable d'opérer:

Dans une toute petite capsule, évaporer à siccité de 2 à 5 cc. de r urine à examiner: reprendre par 5 cc. d’acide azotique pur s’il y a un résidu, ajouter 5 cc. d’eau distillée et filtrer. Dans tous les cas, verser la solution limpide du résidu de l’urine dans 50 cc. de la liqueur de molybdate que l’on aura placée dans une autre petite capsule et y faire tomber avec la fiole à jet les dernières traces de la liqueur contenant du phosphore, tout en employant le moins d’eau possible. Couvrir le vase à précipiter et laisser reposer douze heures, en agitant de temps en temps, afin d’empêcher que le précipité n’adhère aux parois de la capsule.

On coupe alors 2 filtres de 4 ou 5 c. de rayon, et on les pèse séparément, on met le plus lourd à l’intérieur, et on les mouille légèrement avec de l’eau distillée en les mettant sur un petit entonnoir. On filtre alors, de manière à recueillir le précipité, puis on lave la capsule et le filtre avec 100 cc. d’eau aiguisée de 1 cc. d’acide azotique. On terminera en lavant avec 50 cc. d’eau distillée.

On sèche alors jusqu’à 100°, jusqu’à ce que les filtres commencent à prendre une légère teinte bleue. On arrête à ce moment la dessiccation, on laisse refroidir, et l’on fait la tare du filtre intérieur seul : on le remplace sur le plateau de la balance par le filtre extérieur, et l’on ajoute les poids nécessaires pour rétablir 1 équilibre.

Le précipité égale donc la somme de ces poids, moins la différence de poids entre les deux filtres. On multiplie le précipité par 1.63 et on a le poids du phosphore contenu dans 1 litre. Pour avoir le poids de l’acide phosphorique PO5 on multiplie par 3.733.

Voici maintenant le. procédé employé par M. Péter, pour le dosage du phosphore dans les matières organiques.

Opérer sur 0,1 à 1 gr. de matière — 0,1 pour les os = 0,2 à 0,04 pour le cerveau et les substances riches en phosphore ~ 0,5 à 1 gr. pour les muscles, les poumons, le rein.

On attaque par quelques cent, cubes d’eau régale (à parties égales des deux acides), on chauffe dans une capsule, on évapore à siccité et on calcine légèrement, la matière organique se décompose. On la reprend par quelques centimètres cubes d’eau régale, on chauffe un peu; puis on ajoute un volume égal d’eau distillée, on filtre et on lave.

Évaporer en partie le filtratum de manière à n'avoir qu’une dizaine de centirn. cubes ; y ajouter d’un coup 50 cc. de la liqueur molybdique. Laisser déposer 48 h. en agitant le liquide de temps, en temps surtout au commencement.

On filtre ensuite et on pèse comme il a été dit plus haut à propos du dosage du phosphore dans l’urine.

Le procédé que l’on emploie généralement pour doser l’acide phosphorique contenu dans les phosphates insolubles, consiste à précipiter tout l’acide phosphorique à l’état de phospho-molybdate, puis à dissoudre ce précipité dans l’ammoniaque, à reprécipiter et à doser à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien.

Ce procédé, ajoute M. Péter, est beaucoup plus long que celui que nous avons employé et nécessite de plus grandes quantités de matière, le précipité pour une môme quantité d’acide phosphorique étant beaucoup moins con-

sidérable. Du reste les deux méthodes ont été employées simultanément et les résultats sont très-concordants pourvu cpie l’on suive exactement toutes les précautions que nous avons recommandées.

Dosage avec le nitrate acide de Bismuth (Procédé de Chance!).

On pèse la substance à analyser, et si clic n’est pas soluble clans l’eau, on la traite par une suffisante quantité d’acide nitrique, en évitant d’en employer en trop grand excès. Quand tout est dissous, on étend d’eau distillée, on y verse du nitrate de bismuth jusqu’à ce qu’il ne se précipite plus rien; on fait bouillir, on filtre, on lave à l’eau bouillante. On dessèche, on enlève le précipité du filtre qu’on incinère à pai’t, on ajoute le précipité; on calcine au rouge et on pèse. On multiplie le poids du précipité par 0,2328, et on obtient le poids de l’acide phosphorique cherché (1).

Pour que ce procédé soit applicable, il faut que la liqueur soit exempte de chlorures et de sulfates ; aussi, si on opère sur les urines, il faut avoir soin d’éliminer ces diverses substances par le nitrate d’argent et le nitrate de baryte.

Ce procédé est d’une exécution un peu difficile, car si la liqueur contient des traces de sesquioxyde de fer, il faut encore se débarrasser de cet élément qui empêche les phosphates de bien se précipiter, et faire passer alors un courant d’hydrog'ène sulfuré, destiné à transformer le sesquioxyde en protoxyde.

Néanmoins c’est un procédé exact, et c’est à lui que M. le professeur Béchamp (2) a recouru le plus souvent pour rechercher le phosphore dans les urines. Seulement M. Béchamp opère dans des conditions un peu différentes. Tout d’ahord, il précipite par l’alcool, puis il dissout le

(1) Chancel. Précis d'analyse chimique quantitative: — Appendice.

(2) Béchamp. Mémoire sur [a néphrozymase , Montpellier médical, 1863.

précipité ^par l’acide nitrique: et dans la solution, il dose les phosphates comme il a été dit plus haut, après avoir toutefois précipité les sulfates par le nitrate de baryte.

Evaluation pratique et approximative des phosphates.

Voici les différents procédés qui peuvent être employés pour évaluer d’une façon exacte les proportions de phosphore contenues soit dans les liquides, soit dans les tissus de notre économie. Parmi eux, seul le procédé de dosage volumétrique à l’aide de l’acétate d’urane peut être utilisé par le médecin praticien dans l’examen des urines, parce que seul il n’exige pas un arsenal complet et des instruments embarrassants et coûteux, tels que balances de précision, étuve, etc., etc. Et cependant, bien que ce procédé soit d’une exécution commode et donne de bons résultats, il est difficile d’en vulgariser l’emploi en dehors des hôpitaux et des grandes villes ; la fabrication et la conservation d’une liqueur titrée d’acétate d’urane exigent encore quelques précautions que le médecin occupé n’a pas le temps de prendre ; son maniement ensuite réclame une certaine habitude ; aussi nous croyons bon d’indiquer ici un procédé dont l’idée première nous a été suggérée par M. Ferrand, de Lyon, et qui permet d’apprécier d’une façon purement approximative mais suffisante les quantités de phosphates contetenues dans une urine. La clinique journalière ne réclame pas, en effet, la précision qu’on doit apporter dans l’exécution d’expériences rigoureuses, ou quand on recueille des observations. Pouvu que le clinicien puisse dire s’il y a excèson diminution dans un produit d’excrétion, c’est déjà

un résultat satisfaisant qu’on peut atteindre pour ce qui est des phosphates en opérant ainsi qu’il suit.

Avoir soin tout d’abord d’examiner la. réaction de l’urine. Si elle n’est pas acide, y verser quelques gouttes d’acide nitrique, et faire bouillir, afin de dissoudre les sels phosphatés qui pourraient s’être précipités.

Prendre et verser dans une éprouvette graduée — 50 cc. de l’urine donnée — saturer le liquide avec la solution de sulfate de magnésie ammoniacal dont la formule a été indiquée plus haut. Tous les phosphates se précipitent. Attendre 24 heures et noter ensuite, quand le précipité est bien tassé, la hauteur de ce précipité ; 1 cc. de précipité correspond à peu près d’après nos explorations et celles de M. Péter à 0sr30. d'acide phosphorique par litre, ce qui représente en moyenne de 0,60 à 0,70 de sels phosphatés.

Il suffit ensuite de connaître la quantité d’urines émises en 24 heures par le malade pour savoir approximativement la somme de phosphates ou d’acide phosphorique qu’il élimine dans un jour.

Maintenant que nons connaissons tous les moyens qui sont à notre disposition soit pour reconnaître la présence des phosphates dans les urines, soit pour évaluer très-exactement leurs proportions, il nous reste à insister sur les conditions nécessaires qui doivent être réalisées pour que le dosage ait une véritable valeur; et à signaler en même temps les causes d’erreur quipenvent conduire à une fausse interprétation des chiffres.

Et d’abord, il est d’une absolue nécessité de connaître la quantité d’urines émises en 24 heures. Il est aisé de comprendre qu’en dehors de là il n’y a pas de dosage

possible. En second lieu, il faut avoir soin de n’opérer sur les urines qu’ après en avoir fait le mélange général ; en agissant autrement on s’exposerait à d’énormes écarts, les urines de la nuit, et les urines de la digestion étant d une richesse bien différente en principes phosphatés. C’est ce que démontrent les chiffres suivants, notés dans l’analyse de nos propres urines à différents moments de la journée :

Urines du matin. 1,80 par litre.

Urines de la digestion (lore émission). . 2,80 »

Urines de la digestion (2° émission). . 2,20 »

Cependant, malgré cette apparence d’irrigularité l’élimination des phosphates suit une marche à peu près constante et Mosler, Winter, van Haxthausen, se basant sur un nombre considérable d’observations, ont pu dessiner une courbe qui représenterait pour chaque jour la marche habituelle de l’excrétion des phosphates. Le maximum correspond à l’après-midi et le minimum au matin.

On doit tenir grand compte de l’âge et du sexe des sujets. Nous avons déjà vu que chez les tout jeunes enfants on trouve seulement des traces de phosphates dans les urines; sans doute ils utilisent pour l’accroissement de leur squelette et la constitution de leurs tisons tous les sels phosphatés que l’alimentation fait pénétrer dans leur organisme. Harley d’autre part a cru remarquer que les phosphates étaient aussi moins abondants pendant la période de la première dentition... ce qui tiendrait probablement à une cause analogue.

Chez le vieillard au contraire, chez qui les fonctions

assimilatrices languissent, tandis que prédominent les actes de dénutrition, il arrive souvent qu’on rencontre une élimination supérieure à celle qui se fait dans l’âge adulte (Fourcroy). Cependant cette question nous paraît devoir mériter de nouvelles recherches. Le Canu (i) a déjàrévoqué en doute cette assertion; et nous-même avons bien des fois trouvé chez des personnes âgées l’excrétion des phosphates au-dessous de la moyenne (2). Ceci ne doit nullement suprendre si l’on considère que le vieillard mange généralement peu. C’est probablement la même raison, moins grande quantité d’aliments ingérés qui rend les urines de la femme plus pauvres en phosphore.

Tout ceci doit certainement être pris en considération quand on pratique un dosage, mais il est d’autres causes dont l’influence sur l’élimination des phosphates est plus grande encore et c’<est sur celles-ci que je tiens à insister: 1° l’influence de l’activité cérébrale ou musculaire; 2° l’influence du régime alimentaire.

Sur la première de ces causes, il y a peu de choses à dire, après les remarquables travaux publiés déjà par Hodger Wood (3) etByasson(4) en 1868, par Engelmann(5) en 1870. Qu’il nous suffise de rappeler qu’un exercice musculaire prolongé accroît l’excrétion des phosphates, mais dans des proportions infiniment moindres que le

(1) Lecanu. AcacL des sciences, 1er juillet 1829.

(2) Dans un travail récent, dont les éléments ont été puises.lt Bicrlre dans le service do M, Ch. Bouchard, le D? Roche vient de confirmer nos prévisions en montrant que chez les vieillards l'acide phosphorique éliminé reste généralement au-dessous delà normale.

(3) I-Iodgor Wood. Procecd oftlie Connecticut Med . Soc., 1868.

(i) Byasson. Th. Paris, 18G8.

(6) Engelmann. Elimination des suif, et des phosph . pendant le travail. Arch. f. Anal, vnd Pln/siol., p. 14, 1870.

travail cérébral. Tout le monde connaît en effet 1 histoire du prédicant de GoldingBird, qui, après une journée de prêche, excrétait deux fois plus de phosphates qu’à l’état habituel.

Byasson a démontré d’une façon péremptoire que l’activité musculaire influe surtout sur la production des chlorures, tandis que l’activité cérébrale régit surtout l’élimination des phosphates et des sulfates. Pour Hammond les phosphates apparaissent aussi en excès dans les urines après un exercice violent.

Mais la cause d’erreur contre laquelle il faut le plus se tenir en garde, est sans contre dit l’influence du régime alimentaire. A ce sujet nous pouvons donner quelques renseignements précis et qui nous sont entièrement personnels. Nous publions en effet plus loin une observation détaillée où l’on peut juger des modifications imprimées à l’excrétion des phosphates par l’alimentation, qu’elle soit purement animale ou surtout végétale. Sans doute nous ne sommes pas les premiers à signaler cette influence; déjà Lehmann avait remarqué qu’un régime exclusivement animal faisait monter de 1 gr. 09 à 3 gr. 56 le poids des phosphates terreux, qu’il éliminait en 24 heures ; et M. Ch. Bouchard, dans ses remarquables leçons faites en 1872 à la clinique de la Charité, rapporte que par suite d’une alimentation purement animale, il a vu l’acide phosphorique monter à 3,4 tandis que le régime végétale la faisait tomber à 2,7 ; mais je ne sache pas que nulle part on n’ait noté d’une façon aussi méthodique les variations subies par l’élément phosphaté dans les urines, et surtout en les comparant

soit à la quantité d’urine émise, soit aux autres produits d’excrétion.

Toutefois avant de relater cette observation, je tiens à signaler encore quelques faits qui ne sont pas tout à fait sans importance: 1° L’usage de la viande crue augmente un peu l’excrétion des phosphates. Nous avons pu vérifier ce fait chez plusieurs phthisiques. L’influence exercée par ce mode de traitement n’est pas très-accentuée, néanmoins elle est assez sensible pour qu’elle ne doive pas être négligée.

2° L’ingestion de matières grasses et de substances hydrocarbonées exerce un effet inverse qu’on ne perdra pas de vue si l’on a affaire à un malade buvant de l’huile de foie de morue, par exemple (Bischoff).

Certaines eaux minérales augmentent d’une façon notable le dépôt de phosphates terreux qui se produit dans une urine par suite de l’addition de quelques gouttes d’ammoniaque. Bien qu’on ne soit pas nettement fixé sur l’interprétation à donner à ces faits, ils n’en n’existent pas moins. Sans doute l’ingestion du carbonate de soude ou de chaux exerce une action sur le phénomène. Biesall(l) 1868 a signalé une élimination de phosphates, consécutive à l’absorption du carbonate de chaux, et Jolly (communication orale) a remarqué que l’ingestion de 2 gr. de bicarbonate de soude augmentait singulièrement le chiffre de ses phosphates terreux.

Enfin il est trop naturel de s’enquérir du traitement suivi par le malade dont on a à examiner les urines, pour insister sur le conseil de rechercher si l’usage des pré-

({) Riesall. Elimination des phosphates par F urine après l'usage du carbonate de chaux. — Med. Clin. Untersuchung . Heft 3., p. 319, 1867.

parations phosphatées n'entre pas dans la médication prescrite ; cette médication pouvant évidemment faire passer dans les urines une certaine quantité de phosphates qui ne doit pas être mise sur le compte d’un mouvement désassimilateur. Le chloral et le bromure de potassium favoriseraient encore l’excrétion des phosphates (1). Nous arrivons maintenant à l’étude directe de l’influence de l’alimentation proprement dite ; nous nous abstiendrons de commentaires, cette histoire est tout entière réunie dans notre propre observation.

Observation. — Le 2 août 1874, afin de juger de l’influence que peut avoir sur l’élimination des phosphates une alimentation exclusivement animale, nous nous soumettons pendant une semaine à un régime approprié, composé d’un kilogramme de viande peu cuite, de 125 grammes de pain et de deux tasses de café non sucré. La quantité d’eau et de vin ingérée aux repas, avarié suivant les jours.

Auparavant nous avons soin de nous peser (79 kil. 200) et d’établir sur une base de sept observations la composition moyenne de notre excrétion rénale. Nous sommes arrivé aux résultats suivants :

Quantité pour vingt-quatre heures. 1400 cc.

Densité 1025

Acide phosphorique 3gr. 30

Urée 29

Au bout de cinq jours d’expérience, nous avons perdu 825 gr. de notre poids, la quantité d’acide phosphorique

(2) Bull. Soc. chùn., t. XIX, p. 272.

éliminé s’élevait à 7 gr. 41 et celle de l’urée à 35 gr. Voici du reste les détails concernant le régime et la façon dont il a été supporté.

2 août. Temp. de l’air ambiant + 14 à -f- 23; Temp. du corps, 37,4; Pouls, 84.

Régime. — Bœuf, 500 gr. ; mouton, 500 gr. ; pain, 125 gr.; eau et vin moitié de chaque, 1 litre 1/2.

Le déjeuner a été bien toléré, le dîner a occasionné un peu de surcharge de l’estomac.

Bouche très-sèche, soif très-vive, très-accentuée toute la journée, insupportable la nuit.

Obligation de recourir à de fréquents gargarismes pour combattre cette pénible sensation.

Insomnie, agitation extrême. Il n’y a pas eu de selle.

Eœameïi des urines. — Epais dépôt nuageux au fond du vase, trouble fort marqué par la chaleur, dissipé par l’addition d’un acide.

Acides. — Quantité = 1,225 — Densité 1,033; Urée 34,30; Acide phosphorique 2,65.

Le 3. Temp. 16 à + 24 ; Temp. du corps, 37,4 ; Pouls 92.

Régime. — Mouton, 500 gr. ; bœuf, 500 gr. ; pain, 125 gr. ; vin, 1 litre ; eau, 1 litre 1/2.

Sécheresse indescriptible de la gorge de 4 h. à 6 h. du soir, après diner, moins de polydipsie.

Fatigue musculaire pendant l’après-midi, ceci est surtout marqué à partir de 4 h. du soir, lassitude inaccoutumée.

Une selle moulée à 2 h., une selle diarrhéique à 5 h.

Nuit meilleure que la précédente, bien que toujours agitée ; réveils moins fréquents.

Bouche fort pâteuse au réveil du matin.

Urines très-acides. Dépôt d’acide urique au fond du vase. Quantité, 1,250 cc. — Densité = 1,036; Urée, 439,75; Acide phosphorique, 3 gr. 10.

Le 4. Temp. + 13 à + 21 ; Temp. du corps, 36,6; P. 73 .

Régime. — Mouton, 1 lcilog. dont de la cervelle; pain, 125 gr. ; vin, 1 litre; eau, 1,500 gr.

Une selle diarrhéique à 1 h. 1/2.

Pas de soif trop exagérée dans le courant de la journée.

Moins do fatigue que la veille. Toujours quelques douleurs musculaires.

Parfois une légère cuisson en urinant.

Nuit excellente, bon sommeil.

Bouche un peu amère, mais non pâteuse le matin.

Examen des urines. — Un peu d’acide urique au fond du vase. Très-acides.

Densité, 1,039; Quantité, 1,125 cc.; Urée, 44,80; Acide pliosphorique, 3 g r. 375.

Le 5. Temp. -f- 12 à -f- 15 12/10; Temp, du corps, 36,4. P. 72.

Régime. — Veau (Sous différentes formes). 1 kilog. pain, 125; vin, 1 litre; eau, 1,500 cc.

Selle diarrhéique à 1 h. 1/2.

Soif beaucoup moins vive. Toujours un peu de lassitude, mais les douleurs musculaires ont complètement disparu.

Dans la journée, quelques tiraillements d’estomac ressemblant au besoin de prendre des aliments.

Nuit excellente. Langue parfaitement dépouillée le matin.

Examen des urines. — Acides: densité, 1,031; quantité, 1,530 cc. urée, 36,72 ; acide phosphorique, 4 g. 41.

Le 6. Temp. + 13 à + 15 2/10 i Temp. 36,6. P. 75.

Régime. — -Bœuf, 500 g r. ; mouton, 500 g r. (dont de la cervelle) ; vin, 1 litre; eau, 1,200 gr. c.

Soif très-modérée. La lassitude persiste cependant.

Point de dégoût pour les aliments.

Examen des urines. — Acides — D = 1,031 — Quantité, 1,625; Urée, 38 gr. ; Acide phosphorique, 7,41.

Tous ces résultats sont enregistrés graphiquement sous forme de tracés, leur lecture est facile et se passe d’explication. Nous n’insisterons donc pas sur les relations qui existent entre les variations de tous les éléments consignés : nous ferons remarquer deux faits seulement.

1° Que dans cette observation le maximum d' élimination de l'urée , ne correspond pas au maximum d' élimination des phosphates.

2° Qu'au maximum cl' élimination des phosphates correspond le maximum de la quantité cl'urine excrétée..

Après avoir ainsi déterminé d’une façon évidente la sérieuse influence d’unrégimepresque exclusivement animal sur l'élimination des phosphates, nous avons voulu constater si pareille influence devait être attribuée au régime maigre. Nous avons réalisé cette expérience quelques mois plus tard.

Les résultats ainsi obtenus sont de ceux qu’on peut presque qualifier de négatifs, car les proportions d’acide phosphorique excrété pendant les sept jours d’expériences ont généralement oscillé autour du chiffre habituel. Toutefois nous avons pu apprécier fort nettement l’influence d’un pareil régime sur l’élimination de l’urée que nous avons vu tomber à 10 gr. 75. Mais ce fait avait été déjà noté depuis longtemps.

Quoi qu’il en soit, nous donnons comme pour la première expérience le détail de l’observation avec les indications spéciales concernant le régime.

Comme pour la première observation, avant d’entreren expérience, nous avons déterminé rigoureusement les proportions moyennes des produits d’excrétions contetenus dans nos urines.

Acides: densité, 1028 ce.; quantité, 1600 ce*

Acide phosphorique 3 gr. 20.

Acide chlorhydrique 10 gr. 52.

Urée. . . . ; . 23 gr.

À ce moment nous pesions 79 kil. 000.

3 Avril; Temp. du jour, + 8° à -h 11°.

Régime. — Pain, 500 gr. ; poisson et œufs, 500 gr. ; vin, 1/2 litre; eau, 750 ce.

Régime bien supporté. Pas de soif exagérée. Une selle le matin.

Examen des urines. — Jaunes ambrées. Acides : densité, 1030 ce.; quantité, 1075 ce.

Acide phosphorique, 2 gr. 877 ; urée, 13 gr. 30 ; acide chlorhydrique, 8 gr. 03.

Le 4. Temp. du jour, -4- 3° à -P 15°.

Régime. — Pain, 500 gr. ; aliments féculents, 500 gr. (riz, pommes de terre, petits pois) ; 1/2 litre de vin ; eau 750 ce.

Pas de selle dans la journée.

Examen des urines. — Acides: densité, 1033 cc. ; quantité, 825 cc.

Acide phosphorique, 2 gr. 20; urée, 10 gr. 75; acide chlorhydrique, 7 gr. 40.

Le 5. Temp., -)- 0° à -f 3°.

Régime. — Pain, 500 gr. ; laitage (beurre, fromage, lait), 500 gr.; vin, 1/2 litre; eau, 750 cc.

Une selle le matin. Toujours point de fatigue. Beaucoup d’exercice musculaire dans la journée.

Examen des urines. — Acides : densité, 1032 .; quantité, 1025 cc.

Acide phosphorique, 3 gr. 331 ; urée, 14 gr. 10; acide chlorhy drique, 8 gr. 82.

Le 6. Temp., -f- 1° à -p 8°.

Régime. — Pain, 500 gr.; légumes verts, 500 gr.; vin, 1/2 litre eau, 750 cc.

Pas de selle. Exercice modéré dans la journée. Pas de fatigue stomacale. Un peu de cystite vers le soir.

Examen des urines. — Acides : densité, 1030; quantité, 870 cc.

Acide phosphorique, 2 gr. 95; urée, 16 gr. 20; acide chlorhydrique 5 gr. 49.

Le 7. Temp. de -4- 3° à + 12°.

Régime. — Pain, 500 gr. ; œufs, poisson frais, 500 gr. ; vin, 1/2 litre ; eau 750 cc.

Fatigue musculaire excessive. Pas d’intolérance stomacale pourtant. Sommeil invincible dans la soirée.

Examen des urines. — Acides: quantité, 1250 cc.; densité, 1026 cm

Acide phosphorique, 3 gr. 39; urée, 17 gr. 50; acide chlorhyprique, 6 gr. 10;

Après ces cinq jours d’expérimentation, nous ne posons 'plus que 78 le i 1 . , nous avons perdu 1,600 grammes.

Le 8. Temp., -f- 4° à-f- 14°.

Régime. Pain, 500 gr.; 500 gr., lentilles, pois et pommes de terre ; vin, 1/2 litre ; eau, 750 cc.

Etat général satisfaisant. Une selle dans l’après-midi.

Toujours sommeil insurmontable le soir.

Examen des urines.— Acides : quantité, 1400 cc.; densité, 1021 cc.

Acide phosphorique, 3 gr. 50; acide chlorhydrique, 7 gr. 20; urée, 24 grammes.

Si nous jetons un coup d’œil rapide sur les seconds tracés, nous en tirons les conclusions suivantes.

1° Comme dans les prem iers tracés la plus grande quantité d'urine émise correspond au maximum d'acide phosphorique éliminé.

2° L' alimentation féculente coïncide avec la plus faible émission des urines

Ces deux conclusions corroborent les données expérimentales et cliniques que nous avons exposées plus haut, sur l’influence osmotique du sucre et des sels phosphatés.

Nous constatons enfin une diminution de 1600 gr. dans notre poids du corps, tandis que pour une même période d’expérimentation, le régime exclusivement animal ne nous a fait perdre que 875 gr. D’où la nécessité de nouvelles études sur l’action du régime azoté comme traitement de l’obésité.

Telles sont les réflexions sommaires que cette observation nous suggère.

Dans ce chapitre que nous avons dû restreindre le plus possible, nous n’avons pas eu la prétention de tracer un tableau complet des causes qui, à l’état physiologique,

peuvent faire varier l’élimination des phosphates; de même que vu l’insuffisance de nos connaissances chimiques, nous n’avons pas cherché à sortir des notions les plus élémentaires, concernant la recherche et le dosage du phosphore. Le principal but que nons cherchions à atteindre, était d’indiquer aux praticiens les différents moyens propres à révéler un excès dans l’élimination des phosphates, et de démontrer surtout qu’une élimination exagérée de ces éléments n’est pas fatalement liée à une désorganisation profonde de notre économie ; qu’une alimentation très -animalisée modifie considérablement cette élimination.

Ce fait ne sera jamais oublié quand on pratiquera un dosage de ce genre. S’enquérir avec un soin scrupuleux du régime suivi par le malade, devient d’un absolue nécessité si l'on ne veut pas s’exposer à une erreur qui peut être fâcheuse, tant au point de vue du pronostic, qu’à celui du traitement.

Teissier.

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