‹ Du diabète phosphatiqueChapitre 7 sur 19 · PREMIER GROUPE · texte numérisé non relu

PREMIER GROUPE

Polyuries phosphatiques avec troubles nerveux prédominants.

Obs. I. — Hypochondrie, suite de chagrins ; troubles nerveux ; douleurs rhumatoïdes ; polyurie phosphatique.

G..., de Turin, imprimeur sur étoffes, entré à la salle Saint- Bruno (service de M. Boucaudl, à la fin d'avril 1875.

Cet homme qui jusqu'à il y a un an, avait toujours joui d'une excellente santé, s’est mis à dépérir brusquement à la suite de grands chagrins de famille. Il a perdu ses quatre enfants presque coup sur coup. Depuis cette époque, il a maigri, le sommeil l'a abandonné, ou s’il s’endort, il est bientôt réveillé par d’affreux cauchemars; ses digestions sont pénibles; il est constipé, son ventre est fortement ballonné. De plus , il accuse des douleurs rhumatoïdes dans les membres et des névralgies intercostales si violentes, qu on ne peut le soulager qu’avec des injections hypodermiques. Il se plaint aussi d’uriner plus qu’autrefois.

Ses urines recueillies pendant vingt-quatre heures mesurent près de 3 litres, et chaque litre donne à l’analyse près de 10 g r. 50 de phosphates terreux.

M. Boucaud le soumet à l’usage de l’extrait de noix vomique à la dose de 4 centigrammes par jour.

Le 8 mai, après un traitement d’une semaine, on trouve des urines très-acides d’une densité faible (1013) et ne contenant plus que 4 gr. 50 de phosphates terreux par litre.

Le 15 mai, le même traitement ayant été continué, on trouve :

Urines claires, légèrement acides, sans dépôt;

Phophates terreux 3 gr. 75 par litre.

On suspend alors le traitement. Le lendemain, 17 mai, les urines sont de nouveau examinées. On constate que l’influence du traitement s’est maintenue. Les phosphates sont à un chiffre relativement bas. 2 gr. 25; mais trois jours après, ils sont remontés à 5 gr. 50 (la densité des urines est alors de 1023).

On remet le malade à l’usage de la noix vomique (4 centigr.). Au bout de dix jours de traitement, les phosphates retombent à 3 gr. 40.

On supprime la noix vomique.

Le malade est laissé au repos, on l’envoie simplement à la douche froide.

Le 15 juillet, son état ne s’étant pas sensiblement amélioré, on réexamine ses urines : elles sont claires, très-limpides, acides, D = 1025. Les phosphates sont évalués à 7 grammes.

On administre alors la teinture éthérée de phosphore, et, après dix jours de cette médication (20 juillet), on constate que les urines sont très-acides, d’une densité égale à 1023 et que les phosphates sont tombés à 4 gr. 50.

A la fin de juillet, G-..., se trouvant mieux, quitte l’Hôtel-Dieu; mais sa santé laisse encore notablement à désirer.

Nous avons revu ce malade quelques mois après; il avait recouvré en partie sa vigueur d’autrefois ; il avait cependant quelquefois encore des digestions pénibles. Malheureusement, nous n’avons pas pu doser exactement les phosphates dans ses urines. Nous avons pu cependant nous assurer, en y versant de l’ammoniaque, que sous l’influence du réactif, elles ne se troublaient pas avec une grande intensité, comme cela avait lieu quand il nous a été donné de l’observer dans les salles.

Obs. II. — Troubles nerveux; dyspepsie; éruptions furonculeuses ; polyurie

phosphatique .

(Communiquée par mon père le Profes. Teissier).

M. X..., de Saint-Etienne, vient à Lyon, le 18 mars 1875, de-

mander des conseils sur l’état de sa santé qui l’inquiète vivement, lui et son entourage. Mon père résume ainsi et en quelques mots, en tête de son ordonnance, les symptômes qu’il présente : « Disposition aux céphalées très-douloureuses. Polyurie. Constipation. Insomnie. Dyspepsie fiatulente. Cependant bon appétit habituel. Amaigrissement. »

On prescrit de l’eau de Vais, des gouttes de Baumé, avant les repas et du chloral pour la nuit. Sous l’influence de ce traitement, la santé s’améliore. Mais à partir du 10 mai, à la suite d’un deuil de famille et d’affaires commerciales très-difficiles, les symptômes d’abord amendés subissent une recrudescence, M. X... se remet à dépérir. La polyurie fait de rapides progrès, elle est tellement intense que, après le repas du soir, M. X... urine dans l’espace de demi-heure trois ou quatre fois, et chaque fois abondamment. Le sommeil fait absolument défaut, les céphalées reviennent plus pénibles que jamais; il y a une lassitude telle qu’une promenade en voiture devient une grosse fatigue. M. X... a peur de perdre définitivement l’usage de ses jambes.

Enfin, il voit, à partir du 20 mai, se développer une série de furoncles sur le cou, le cuir chevelu et les mains.

A la fin de juin, on peut noter une toux assez intense avec expectoration abondante, mais sans signes de lésion. C’est à ce moment que nous avons pratiqué l’analyse des urines :

Elles étaient légèrement acides, peu denses 1015, limpides, ne renfermant aucune trace d’albumine ou de sucre, mais 6 gr. 25 de phosphates terreux par litre.

Nous n’avons vu ce malade que pendant quelques jours, et nous n’avons pu suivre l’évolution naturelledes accidents qu'il a présentés. Nous le regrettons vivement. Nous avons cherché à nous procurer de ses nouvelles. Nous n’avons pu recueillir le moindre renseignement.

Mais telle quelle est, cette observation suffitlargement à montrer que les phénomènes de polyurie phosphatique peuvent être la conséquence du nervosisme.

Obs. III. — Polyurie; polydipsie ; boulimie ; troubles de caloricité ; phosphaturie (tirée de notre mémoire sur la Pkosphaturie à torme diabétique, mai 1815).

Il s’agit d’une dame de 40 ans. La malade urine très-fréquemment et en quantité considérable. Elle est constamment tourmentée par une vive soif, et avec cette sensation et de la sécheresse permanente de la bouche, elle a de la boulimie. Mais là ne s’arrêtent pas les symptômes qu’elle présente, elle a des névralgies lomboabdominales avec des troubles de caloricité (même en hiver, elle a trop chaud), son regard est fixe et sa vue très-affaiblie. Enfin elle a un peu d’hypertrophie thyroïdienne accompagnée de douleur, comme dans la maladie de Graves.

L’analyse de ses urines, pratiquée par M. Ferrand, peut être résumée en quelques mots : urines pâles, sans sédiments, aqueuses, densité faible (1012); extrait sec 20 grammes. Rien au microscope ; ne contenant ni sucre ni albumine ; très-acides, riches en phosphates terreux, malgré leur densité, 4 gr. 8 par litre. Et en admettant que cette malade urine (ce qui est un minimum) 2 litres à 2 litres et demi en 24 h., elle sécrète au moins 12 grammes de phosphates terreux par jour, chiffre deux fois plus élevé que celui que nous avons considéré comme représentant la limite maximum que peut atteindre la somme de tous les phosphates sécrétés en vingt-quatre heures par un sujet sain.

Cette malade a été vue seulement une fois par mon père en consultation. Elle a été soumise à un traitement par l’hydrothérapie, l’eau de Vais, les amers. Nous avons appris que sous l’influence de cette médication très-simple, son état s’était notablement amélioré.

Obs. IV. — Hypochondrie ; grande irritabilité du caractère allant jusqu'à la manie ; polyurie ; pkosphaturie .

M. Ch..., 45 ans, à la suite de chagrins de famille et d’embai’ras commerciaux, tombe dans la mélancolie, devient hyperchondriaque au suprême degré et d’un esprit fantasque, la moindre chose l’irrite ; il a laissé percer à plusieurs reprises des intentions de suicide.

Urines franchement acides s’élevant après de 2 litres et demi en

vingt-quatre heures; 41 grammes, extrait sec et 8 grammes phosphates terreux par litre. Le microscope y faisait reconnaître la présence cle différents cristaux de phosphate basique, d’acide urique et d’oxalate de chaux.

Le malade n’a pas été suivi.

Obs. V. — Névropathie , arthritisme; dyspepsie ; polydipsie intense; affaiblissement général ; polyurie ; phosphaturie.

Mme deN...,42 ans. Impressionnabilité nerveuse très-prononcée ; douleui’s rhumatoïdes ; maux de tête; lassitude extrême ; amaigrissement; maux d’estomac avec flatuosités et digestions pénibles; soif intense ; polyurie ; transpirations abondantes ; irritation de la gorge et du voile du palais ; état fongueux des gencives.

Analyse pratiquée par M. Ferrand (22 mai 1875) : Urines acides, sans albumine ni sucre, D = 1020, 32 grammes extrait sec, 4 gr. 5 phosphates terreux, par litre.

Eau de Vais; gouttes de Baumé; prises de lactates alcalins; amélioration.

Un an plus tard, retour des mêmes symptômes, gastralgie, dyspepsie, bronchite intercurrente, polyurie, polydipsie sans glucose dans les urines, surélimination des phosphates.

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